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LAVANT-GUERRE
ÉTUDES ET DOCUMENTS
SUR
L'ESPIONNAGE JUIF-ALLEMAND
EN FRANCE
DEPUIS L'AFFAIRE DREYFUS
NOUVELLE EDITION
27" Mille
NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE
II, RUE DE VIÉDICIS — PARIS
LÉON DAUDET
L'AVANT-GUERUE
ÉTUDES ET DOCUMENTS
SUR
L'ESPIONNAGE JUIF-ALLEMAND
EN FRANCE
DEPUIS L'AFFAIRE DREYFUS
NOUVELLE EDITION
NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE
11, RUE DE MÉDICIS — PARIS
MCMXV
U a éié tiré de eet oittmtge mm, atemkpkare sur
Japon et timgt-qmatre eacempêairts smr netgé tT Archet
itsuÊkér&t^
CHARLES MAURRAS
80M JkMl
LEON DAUDET
k
AVANT-PROPOS
Quarante-deux ans ont passé depuis V heure funeste
où Bismarck^ à la suite d'une guerre malheureuse et
grâce à Vintervention du métèque génois Gamhetta^
sut nous imposer ce régime républicain que nous
subissons; quarante-deux ans pendant lesquels le Juif
et V Allemand ont pu accomplir patiemment, silen-
cieusement, sans être inquiétés, leur travail de
pénétration chez nous. Il a fallu les humiliations sans
précédent de Tanger et d'Agadir, la campagne
acharnée menée par rAction Française depuis dix-
huit mois — début : le 2f Septembre Ï910 — pour que
nos compatriotes prissent enfin conscience du danger.
A Vheure actuelle, le péril est devenu pour tous si
évident que certains quotidiens, plus particulièrement
dévoués aux intérêts de la République, ont cru oppor-
iun d'amorcer une campagne de diversion contre
V envahissement des produits ** Made in Germany ".
Le but manifeste de cette contrefaçon est de dé^
tourner Vattention du point de vue exclusivement
Tlll AVANT- PROPOS
national, qui est le nôtre, pour la fixer, Vhypnoiiser
sur la concurrence commerciale.
Les dangers que présente la concurrence commerciale
allemajidene nous échappent pas, mais il est évident
qu'il faut aller d'abord au plus pressé, àVessentiel. Or
une campagne dirigée uniquement contre les perturha-
tioyis économiques que la corumrrence étrangère doit
apporter sur notre marché ne s'appuie pas sur un
terrain aussi solide que celle que nous entreprenons
ici. On peut lui objecter, en effet, qu'il est impossible
d'empêcher nos prolifiques voisins de chercher des
débouchés pour leurs produits et de remplir les cadres
laissés vides par la diminution progressive die la na^
talité française. Aussi ne nous attaquerons-nous à
l'envahissement commercial qu'au seul point de vue
de sa répercussion sur la Défense nationale. Cet
intérêt supérieur doit rallier autour de nous tovLS ceux
qui ont à coeur de conserver intact notre patrimoine
national : la France. Sur ce terrain-là, nous sommes
inébranlables et résolus à aller jusqu'au bout.
Nous allons montrer comment, sous le couvert du
régime républicain, l'Allemand, guidé par son fourrier
le Juif, qu'il s'appelle Weyl, Dreyfus, Ullmo ou
Jacques Grumbackf a su trouver en France toutes les
facilités, toutes les complicités, toutes les trahisons
même, qui lui ont permis de supplanter nos nationaux
dans les diverses branches du commerce et de l'in-
dustrie intéressant la défense nationale ; comment il
a pu se rendre ainsi maître de notre blé, de notre fer,
de notre or et occuper, sous le couvert d'opérations en
apparence légales, les points stratégiques les plus
importants du pays, ses centres ou ganglions ner*
veux, ses nœuds vitaux.
De telle sorte qu'au moment d'une déclaration de
AVANT -PROPO» IX
guerrCj à Vheure grave et peut-être prochaine où il
nous faudra tout abandonner et courir à la frontière
pour faire face aux armées du roi de Prusse, ses
fidèles sujets^ no$ hôtes de la veille^ installés en nom-
bre im.posant dans nos villes, dans nos campagnes,
dans nos ateliers, dans nos usines, dans nos admi-
nistrations, pourront en toute tranquillité, à Vabri de
nos lignes de com,bat, saboter ici même nos travaux
de défense et paralyser ou retarder nos efforts.
La documentation irréfutable, les faits précis que
nous produisons prouveront aux esprits les plus
sceptiques, qu'aurait dû pourtant rendre clairvoyants
la cruelle expérience de 1870^ la nécessité de notre cri
d'alarme.
La responsabilité du désastre qui nous m,enace
incombe uniquem,ent aux institutions démocratiques.
Elles nous ont livrés au Juif. Elles ont arraché toutes
les barrières qui pouvaient s'opposer à ses progrès.
Elles ont désorganisé la famille, la magistrature,
Varmée, en un mot ce qui constituait Vossature même
de notre pays.
Connaissant la cause de nos maux, il faudra bien
conclure à sa destruction et au rétablissenaent du
gouvernement national, traditioyinel, héréditaire, au-
dessus des partis^ seul capable de rendre la France
aux Français.
Le principe même d'un gouvernement dém^ocratique
et parlementaire lui interdit d'apporter un remède
à Vespionenvahissenfient juif-allew.and, à l'Avant-
Guerre.
Ce n'est pas avec une simple digue, comme disent
nos libéraux, qu'on poun^a désormais arrêter le flot
irrésistible.
Limiter le nombre des étrangers, les mettre sous la
X AVANT-PROPOS
surveillance de la police? Impossible. Il faudrait
appliquer cette mesure à des gens comme le m,i7iistre
de V Intérieur du cabinet précédent^ à ce Steeg, fils d'un
pasteur allemand qui n*a jamais pu faire la preuve de
sa naturalisation française.
Celui-ci ne pousserait sans doute pas Vaudace
jusqu'à réclamer ouvertement la protection du Kaiser;
mais il n'en serait pas de même des milliers de
nationaux allemands qu'une telle loi gênerait aux
entournures, et qui auraient vite obteyxu de leur
empereur Venvoi de quelque nouvelle ** Pajxther "
dans les eaux de nos ports devenus à moitié alle-
mands.
La situation actuelle, si elle se prolonge , est donc
sans issue.
De deux choses Vune: ou nous laisserons V Allemand
et son compère le Juif continuer à nous traiter en
pays conquis, à nous menacer dans notre héritage
moral, dans nos biens, dans nos vies même, et nous
serons absorbes, dévorés en pleine paix, sans com-
battre ou nous nous révolterons contre tant
d'humiliations accumulées et rejetterons Vétranger
hors des frontières, mais alors ce sera la guerre.
Sommes-nous donc un peuple fini, et devons-nouê
nous laisser mourir ?
En dehors des nombreux clients du rèijime alimen-
taire dont ils vivent parfois grassement, et qui
constituent le gros de Varmée républicaine, il y a des
Français qui considèrent la situotioix dans laquelle
nous nous débattons comme la conséquence fatale de
notre ancienneté dans le Monde. lS\ms devons, selon
eux, céder la place aux peuples jeunes plus énergiques^
m,ie\LX armés pour la lutte.
Les faits donnent heureusement chaque jour un
AVANT -PROPOS XI
démenti formel à ce poncif funeste^ à ces affirmaiiona
mal fondées.
L'ardeuVy le courage, Vinitiativey Vingéniosité dont
témoignent nos aviateurs sont une preuve, entre mille
autres, que notre race n'a perdu aucune de ses qualités
traditionnelles.
D'autres veulent bien reconnaître que nous ne
sommes inférieurs que par le nombre. Certes, on ne
peut nier cette crise fatale de la natalité française.
Mais on doit en faire remonter la responsabilité aux
institutions démocratiques.
Bien loin d^ enrayer le mal, ces institutions V ag-
gravent en détruisant peu à peu toutes les garanties
tutélaires à Vabri desquelles la fam,ille française a jadis
prospéré. Elles tendent systém.atiquement, automa-
tiquement, à isoler Vindividu de tout groupement, de
ses soutiens naturels, pour en faire l'esclave, la chose
du premier acheteur de bulletins de vote venu.
Ces institutions antiphysiques encouragent le divor-
ce en faisant voter la loi du juif Naquet. Elles
s'ingénient à rendre chaque jour plus lourdes les
obligations et les charges du chef de famille, accablé
d'impôts, de vexations, et dont V autorité est battue en
brèche. On lui conteste même le droit primordial de
donner à ses enfants une éducation de son choix !
Les théories malthusiennes sont enseignées ouverte-
m,ent et le gouvernement le tolère. Il protège les
faiseuses d'anges.
Son origine élective le contraignant à centraliser
pour pouvoir vivre, il attire dans les centres urbains,
dans les usines, toutes les forces vives des cayn-pagnes.
Loin de la vie au grand air, ou la coClaooration
continuelle unit les membres d'une même famille, où
les enfants sont une source de richesse, ces énei'gics
XII AVANT-PROPOS
8C brisent au contact de Veocistence déprimante det
villes, existence étroite, ynalsaine, qui enlève tout son
charme au foyer, où Vhomme, et bien souvent, la
femme ne reyitrent que le soir énervés par la fatigue
ou Valcool, hargyieux, hostiles. Uagriculteur, aban-
donné à sesi seules forces, se désespère dans cette
alternative de faire appel à la Tiain- d'oeuvre que lui
offre l'étranger ou d'abandonner sa terre, bien souvent
guaitée "fjar celui-ci.
A ces maux, le gouvernement républicain croit avoir
trouvé un remède souverain : la naturalisation à jet
continu. Il fabriqua des faux Français à coups de
décrets. Mais une décision administrative peut-elle
donner à Vétranger ainsi étiqueté Français, un sang
e un esprit de chez nous ?. . . L'État républicain
réserve même un traitement de faveur à ces faux
Français, au nom de l Humanité et de la Fraternité des
peuples.
D'un sectari8m.e farouche à l'égard des Français de
race, cet État se montre d'une tolérance sans bornes
pour les métèques et, en particulier, pour les Allemands.
Ce n'est pas sans une certaine stupéfactiori qu
M. Schoen, docteur es lettres, professeur de VU-
niversité, constate dans la Revue Alsacienne quel
accueil chaleureux nous faisons à nos vainqueurs
de 1870.
Cette tolérance le stupéfie, et il lui rend un homm,age
ironique :
« Je ne crois pas, dit-il, qu'il y ait au monde uyxe autre
« cité (Paris) de langue non allemande qui offre autant
« de ressources aux Allemands que la capitale de la
« France. »
c La presse allemande jouit, en France, de la même
liberté qv^ la presse française. Or, le but avoué de cette
AVANT- PROPOS Xlll
presse est de défendre les droits et la politique des
Allemands installés en France. »
Les Sociétés allemandes laïques et religieuses sont
nombreuses et florissantes ; « il faudrait plusieurs pages,
« dit M. Schoen, rien que pour énumérer toutes celles
« qui existent actuellennent en France ».
Ces lignes ont été écrites en 1909. Mais, depuis
quatre ans, il serait intéressant de savoir dans quelle
proportion le nombre desdites sociétés s'est accru chez
nous. C'est une invasion faite avec m,éthode, d'après
un plan nettement défini. Ceux qui Vont conçu savaient
parfaitement que rien ne devait plus contribuer que
ces sociétés à resserrer les liens des Allemands entre
eux, sur tout le territoire de la France. Par leur
attachement et leur fidélité à la patrie aUemande, ces
sociétés sont toutes, à des d^egrés divers, les c/iam-
pions du germanisme en France. Cela, on le sait, on
le cotnprend chez nous et même {je cite textuellement
Vauteur, qui ne peut w.anquer de manifester sa stupé-
faction, en écrivant cette phrase en caractères spéciaux)
« et même le gouvernement de la République va
« jusqu'à l'approuver, tant il sait se placer au point
« de vue des étrangers qui viennent lui demander
« l'hospitalité ».
Mais où la « tolérance » du Gouvemem,ent français
est encore plus remarquable, c^est dans le domaine de
l'enseignement, car ici, elle vajusquà créer, en faveur
de la colonie allemande, des exceptions aux lois généra-
les qui régissent V enseignement en France.
Le fait le plus frappant est Vexistence, en plein
Pans, d'une école allemande, gratuite, ouverte à tous
les enfants qui veulent faire leurs études élémentaires
en allemand. Peu importe que leurs parents soient
d'origine française ou allemande, « Uhisioire de cette
XIV AVANT- PROPOS
« école, dit M. Schoen, est extrêmement intéressante
tet prouve que, même après l'envahissement du
€ territoire, la France ne t*est pas départie de sa
t tolérance traditioi^nelle. Cette école est mieux ins-
1 tallée que la plu})art des écoles françaises ». Les
bancs viennent d'Allemagne et les professeurs aussi,
naturellement.
L'allemand est enseigné comme langue fondamen-
tale, comme langue m,aternelle. Le français y devient
la langue éti^angère. L'histoire est enseignée au point
de vue allemand. Ce quon apprend à airner aux jeunes
élèves, cest V Allemagne, la patrie allemande, lem,pe-
reur allemand.
« Malgré la loi française qui interdit absolument
«toutcliàtimentcorporel infligé aux élèves, ladiscipline
« de l'école est la discipline allemande.
« Même exception aux lois générales pour ce qui est
« de la direction et des professeurs de Vécole allemande.
€ Les lois françaises veulent que, pour avoir le droit
t d'ouvrir une école dans notre pays, on soit Français
t et qu'on ait passé des examens français, plus ou m,oins
€ élevés selon le but de C école. Or, voici un grand
€ établissement scolaire, qui est dirigé uniquement par
« des Allemands et dont les professeurs nont que des
• grades étrangers et éprouvent des difficultég
€ sérieuses à s'exprimer en français. Par respect pour
€ l'âme allemande, par déférence pour la colonie ger-
t yyianique, on permet à un comité allemand, à des
« maîtres allemands, ce qu'on ne permettrait pas à
• un prêtre français qui voudrait ouvrir une école à
t Paris. »
Ce nest pas tout. Non seulement le gouvernement
de la Hêjniblique accorde, en dépit de nos règlements
•colaires, une entière liberté d* action à la direction et
AVANT -PROPOS XV
aux professeurs de l'école allemande en question, mais
encore il encourage et récompense ceux qui sont à la
tête de cet établissement.
A Voccasion du jubilé de l'école, en 1908 {1858-1908),
le ministère des Affaires étrangères a nommé M. A...
chevalier de la Légion d'honneur. Le conseil de l'ordre
n'ayant pu être réuni à temps pour confirmer la
nomination avant la fête, on n'attendit pas la réunion
suivante^ conformément aua. règlements, pour pouvoir
remettre les insignes au nouveau chevaliery le jour
même.
Voilà donc un cas oii Vun de nos ministres, pour
témoigner sa sympathie à une colonie étrangère, va
jusqu^à créer une exception aux usages les mieu^
établis et aux règlements les plus formels !
Mais il est une association dont l'existence à Paris
surprendra encore davantage.
On connaît la célèbre Société allemande appelée
€ Flottenverein », et chacun sait qu'elle a pour but
d^assurer la prépondérance de la marine allemande
sur toutes les mers du globe et d'employer tous les
m.oyens pour faire une concurrence acharnée à la
flotte anglaise et à la flotte française.
Eh bien, cette association, qui est dans le domaine
des choses m.aritimes l'équivalent d'une « Knegerve-
rein » dans le domaine de la guerre contirientale, cette
gigantesque ligue de combat a une filiale en France.
Créée en 1902, cette filiale n^a pas tardé à gagner de
nombreux partisans et a déjà reçu les félicitations
officielles de personnages politiques très en vue dans
la mère patrie. Son titre est : « Flottenverein Paris
Zweigverband des Hauptverbandes Deutscher Flotten-
vereine im Auslandei>. Ce n'est donc qu'une branche de
la grande société allemande. Et cette société ne se
XVI AVANT- PROPOS
cache pas ? — Non, « forte de son droit iur une terre
de liberté », elle se montre au grand jour.
• Est-il possible de pousser plus loin la tolérance ?»
dit Af. Schoen. — Évidemment non, mais pratiquée
jusqu'à ce point, cette prétendue tolérance s appelle
trahison. Et nul ne s'en étonnera, dureste, quand nous
aurons expliqué comment le gouvernement de la
République a confié la surveillance et le contrôle des
étrangers au juif Jacques Grumbach.
AVF.ririSSF.MKM POUK I.A NOUVELLE éoiTlOS.
Kn ces heures douloureuses de l'invasion nous croyons
devoir rééditer ce livre sans y changer ni ajouter une seule
ligne, laissant au lecteur le soin de vériHer lui-môme les
confirmations que la presse apporte quotidiennement.
Les Éditsurs.
PREMIÈRE PARTIE
LES AUXILIAIRES
DE L'AVANT-GUERRE
k
CHAPITRE PREMIER
UN AUXILIAIRE DE L'AVANT-GUEHRE
LE JUIF JACQUES GRUMBACH
Fonctionnaire du gouvernement allemand au ministère
de V Intérieur Jrançais.
Il est évident que, sans la complicité ouverte ou
tacite des autorités chargées de la surveillance des
étrangers en France, il serait matériellement impos-
sible à ceux-ci de pénétrer et de s'installer en maîtres
chez nous.
L'accroissement effrayant et continuel de leur
nombre, le sans-gêne avec lequel ils s'imposent car-
rément, sans dissimuler leur nationalité, ne sauraient
échapper à Jacques Grumbach, sous-direcceur au
Ministère de l'Intérieur, chef du deuxième bureau de
la direction générale (police générale et contrôle des
étrangers), dont Alphonse Humbert eut déjà l'occa-
sion d'entretenir la Chambre dans la séance du
28 mai 1900. Ce Jacques Grumbach est juif, bien
entendu, il est même cousin par alliance de Mathieu
4 LAVANT-GUERRE
I)reyfiis, frère de Tincontestable traître juif Alfred
Dreyfus, auteur du Bordereau, lequel, selon son propre
aveu, < livrait des documents à TAllemagne pour en
avoir d'autres en écbange ». Il est le neveu d'un
autre juif d'espionnage, Emile Weyl, chassé jadis du
Ministère de la Marine par M. de Mahy. Ce Weyl
eut l'audace de faire à la grande Française M"* Ed mond
Adam un procès, lequel tourna à sa confusion et fut
du plus saisissant intérêt, car il contenait en germe
bien des événements. Ces titres devaient ofTrir toutes
garanties, non pas à la France, mais à tous les
Baumann, Himmelsbach, etc.. et autres champions
de r Allemagne dont Jacques Grumbach est le meil-
leur introducteur et protecteur.
Les attributions du bureau de ce juif comprennent
en particulier : le contrôle et la police des étrangen
'déclarations de résidence des étrangers ; arrêtés
d'expulsion ; permis de séjour; avis sur les demandes
d'admission à domicile, de naturalisation et de réin-
téiirration dans la qualité de Français);
Lfi Sûreté natioyiale (surveillance des frontières, du
littoral, des arsenaux, des établissements militaires
et maritimes, des voies de communication, des ca-
naux et voies navigables, des places fortes et camps
retranchés, des postes de la télégraphie sans fil.
Bapports avec le Ministère de la Guerre et le Minis-
tère de la Marine, pour les questions intéressant la
défense nationale).
Cette énuujération officielle semble vraiment un
défi porté au pays. Il n'y a pas, en effet, un des
objets de la surveillance éventuelle de Jacques
Grumbach qui n'abrite un ou plusieurs agents de
l'espionnage allemand. Quelques-uns de ceux-ci sont
dérorés (le la L'''£rinn d'hoiinr^ur. D'autre^; sont con-
UN AUXILIAIRE DE L' AVANT-GUERRE 5
seillers au commerce extérieur. Presque tous sont
bien en cour, ont obtenu les sourires, les faveurs,
les prébendes et des postes importants du gouverne-
ment de la République. Tranquillement installés sur
notre territoire, exerçant cyniquement, ouverte-
ment, ou sous un masque branlant, leur métie.* d'en-
nemis dans la place, ces juifs allemands occupent
avec la complicité souriante de Jacques Grumbach,
chargé de les surveiller, les points stratégiques de la
frontière. Ils encombrent le littoral. Ils ont un port
en eau profonde, sous prétexte de mines souterraines,
à Diélette, à deux pas de Cherbourg. Ils ont un
centre d'espionnage à Monaco, avec ramifications à
Toulon. Ils ont installé ici et là des postes de télé-
graphie sans fil, destinés à capter et embrouiller les
communications de la défense nationale aux arse-
naux et auxnavires.
C'est à la faveur de cette fiction légale qu'on
appelle naturalisation que le juif Jacques Grumbach,
souverain en la matière, a pu installer sur notre sol
une nuée de pirates et d'espions, réclamant même et
obtenant un privilège sur les nationaux.
Le nombre des naturalisations a augmenté d'une
manière saisissante, surtout depuis 1896. Alors, en
effet qu'elles s'élevaient à 38.000^ en 1896 (chiffres
officiels), on en comptait 65.000 en 1901, 00.000 en
lOOG et 120.000 en 1911. C'est-à-dire que de 1896 à
1911 le nombre des étrangers (principalement Juifs
et Allemands) campés chez nous à la faveur de cette
fiction légale a augmenté de quatre-vingt-deux mille.
Cette augmentation s'explique par l'affaire Dreyfus
qui commence à exercer ses ravages en 1897 et les
poursuit jusqu'en 1912. La statistique officielle ne
donne pas — et pour cause — le pourcentage des
b LAVANT-GUERRE
Juifs et des Allemands, mais il est formidable. Il faut
qu'on le dise : l'affaire du traître Alfred Dreyfus a eu
comme premier résultat une véritable invasion, la
formation chez nous d'une Anti- France.
C'est de là que date raccaparement juif dans toutes
les branches commercialrs, théâtrales, journalis-
tiques, artistiques...
C'est de là i[ue date l'espionenvahissement métho-
dique des Allemands et juifs allemands préparant
ce que j'appelle : VAvayit-GuerreK
Surtout le réseau économique, industriel, financier,
une expropriation lente s'opère peu à peu, qui éli-
mine l'élément français au bénéfice de l'élément
pseudo-français ou anti-français. Il n'y a presque
plus aucune avenue dans aucun métier, aucune pro-
fession qui ne soit occupée, commandée, souvent bou-
chée par un ou plusieurs naturalisés.
Cette invasion a profondément modifié déjà les
conditions de la vie en société dans une grande ville
comme Paris. Elle a avili la presse, tenue par sa
publicité au respect des envahisseurs, avili égale-
ment les transactions commerciales et industrielles,
jadis conduites en France avec tme droiture et une
probité qui ne se retrouvent plus que dans les rares
maisons ayant échappé au joug étranger. Elle a
môme ivili les feules, moins spontanément vibrantes
et conmunicatives, quand elles ne sont pas enca-
drées et conduites, qu'il y a seulement une quinzaine
d'annéos.
Quant à ceux de ces métèques qui ont dû, à leur
corps déf(^ndant, participer dans une mesure déri-
soire au service militaire, souvent interrompu d'ail-
1. La presse allemande m'a fait l'honneur de traduire ce
mol nouveau par Vorhriég.
UN AUXILIAIRE Dl^ L AVANT-GUERKE 7
leurs par une désertion ou une maladie opportune,
ils ont apporté au régiment leur état il'esprit, leur
sourde révolte, leur naturelle « anti-France ». Ils ont
certainement contribué pour une grande part à la
poussée antimilitariste, si contraire à notre tempéra-
ment national, qui a sévi de 1S07 à 1910 et de haut
en bas, des seigneurs juifs aux milieux ouvriers.
L'envahissement allemand ne laisse rien au hasard.
Il n'agit que d'après un plan scientifiquement étudié.
Nous avons vu comment il s'assurait près du pouvoir
un appui, une complicité. Les nationaux allemands
ne s'installent en France qu'en connaissance de
cause, après s'être assuré des ressources offertes par
le territoire envahi. Le grand organe de renseigne-
ments Schimmelpfeng vient à point pour rendre un
si précieux service à l'espionenvahissement.
C'est donc la maison d'espionnage allemand
Schimmelpfeng — sous le couvert de renseignements
industriels et commerciaux — que nous allons main-
tenant étudier.
CHAPITRE II
L'AGENCE SCiiliMMELPFENG
M. Henri Schoen, de la Revue Alsacienne, a
qui nous avons emprunté quelques passaijes caracté-
ristiques de son intéressant ouvrage sur « les Ins-
titutions allemandes en France », n'avait point cité
l'agence Schimmelpfeng au nombre de celles dont
le gouvernement républicain encourageait le déve-
loi)pement par sa coupable... tolérance.
En lliOO, en effet, l'existence de cette agence devait
lui être inconnue. Au cas contraire, il n'eût certes
pas manqué de manifester une fois de plus quelque
étonnement de voir opérer en plein Paris un institut
de ce genre. Comme nous le verrons au cours de
cette étude, la t Schimmelpfeng » centralise tous les
renseignements commerciaux, industriels, financiers,
géographiques et militaires qui permettent aux Alle-
mands et aux juifs allemands de s'aboucher entre
eux, de s'entr'aider et aussi de s'installer là où il y a
quelque chose de français à défaire, quelque chose
{l'allemand à faire.
Ce n'est qu'en VJii) que l'existence d'une organi-
l'agence schimmelppeng 9 *
sation de ce genre fat révélée au public français par
M. Pierre Mareuilles. A cette époque parurent en
effet, sous sa signature, dans le Gil Blas d'Henri de
Noussanne, trois articles des plus précis mais où
l'institut n'était toutefois pas désigné par son nom,
ce qui enlevait une grande partie de son intérêt à
oette révélation.
Or à cette date l'agence avait déjà plus de vini?t
ans d'existence.
D'aucuns s'étonneront qu'elle ait pu vivre ainsi
rendant tant d'années à peu près ignorée, sauf des
commerçants et industriels qui avaient affaire à elle.
Il n'y a là pourtant rien de très surprenant. Pour
des esprits non avertis et que n'avait pas encore
mis en éveil la connaissance des faits indéniables
d' « espionenvaliissement » dévoilés par la suite, son
fonctionnement, la nature même de ses opérations
ne devaient pas particulièrement attirer l'attention.
Mais tout change à la lumière des faits et, en cette
année 1913, la lecture du rapport de janvier 1901 pu-
blié à cette date par l'agence vSchimmelpfeng, et dont
le contenu devait sembler alors assez terne, prend
une saveur extraovdinaire.
C'est en quelque sorte un plaidoyer pro domo où
sont entassés, non sans habileté, tous les arguments
jugés susceptibles d'attirer à la boîte allemande les
sympathies françaises.
il importe d'en étudier les grandes lignes, d'en
dégager les idées directrices avant d'exposer le rôle
réel de cette agence qui dissimule, sous le masque
ingénieux du rtMkseigncmont commercial, de savants
travaux d'espionnage.
Lorsque l'agence Sfhimmelpfeng s'est installée en
France, elle ne possédait au<^nn do(^iiniont sur les
10 L AVANT-GUBRRB
commerçants français. Que fit-elle? Elle confec-
tionna un questionnaire extrêmement complet qu'elle
remit aux intéressés en les invitant à y répondre (un
Qui êtesvous ?...). C'est la méthode habituelle aux Al-
lemands. Plusieurs de nos industriels et commer-
çants se soumirent bénévolement à ce procédé et
fournirent sur leur compte personnel des détails qui,
bien entendu, furent enregistrés sans aucun contrôle.
Cette méthode permit à Schimmelpfeng de donner
l'impression d'une organisation très importante et de
s'imposer comme agence de renseignements com-
merciaux.
Ce sont ainsi des commerçants français, des indus-
triels français qui ont, sans le vouloir, aidé l'agence
allemande à s'implanter en France.
Une fois installée, elle s'y maintint et consolida sa
situation encore peu définie. Elle adressa aux patrons
et directeurs d'établissements, de comptoirs, de mai-
sons de commerce, de bureaux de mines, de forges,
le questionnaire suivant qui fait de chaque maisr.n
française l'espionne, la dénonciatrice de ses concur-
rentes :
Messieurs,
« 11 résulte do nos recherches ^ue la situation de la
rotuson sus-indiquée vous est connue. — [Une Jlche
portant le nom et Cadresse de cette maison est jointe
au questionnaire] — Nous prenons donc la liberté do
vous questionner à ce sujet.
• Notre loyauté nous imposant le devoir de sauve-
garder scrupuleusement les intérêts de ceux sur les-
quels nous devons ren«^oigner, — en effof, Fagence
Schimmelpfeng a une peur terrible des procès, comme
nous le verrons par la suite, — nous espérons que vous
vo" ;pn nous aidor, en nous ''• -Inircissant dans la
II! ,1 vniis iiMi'fl'itra p'^mx'f'iiatjV.
L AGENCE SCHIMMELPFENG 11
* En VOUS assurant de noire entière discrétion, nous
vous remercions d'avance de tout ce que vous voudrez
bien nous communiquer, et vous présentons, mes-
sieurs, nos salutations distinguées.
« Institut W. Schimmelpfeng.
« (Dép*. .)
« Prière de répondre, au verso de ce formulaire, ou
sinon de rappeler dans les lettres la maison sus-
nommée et son adresse exacte. »
Et voici, maintenant, le verso de ce « formulaire » :
« 1<* Que savez-vous sur les antécédents, la carrière
commerciale et les qualités personnelles?
<" 2° Quel est votre avis sur la situation de fortune
actuelle et les résultats qu'obtient la maison?
« 3° Pouvez-vous nous dire, d'après votre propre ex-
[lérience, comment les paiements sont effectués?
« 4° Lorsqu'il s'agit d'un agent :
u Est-il apte et prudent dans le choix de la clientèle?
•< Est-il chargé de vos encaissements? »
Certains commerçants s'étonnèrent bien de la
« hardiesse de ces enquêtes sur leur propre situa-
tion ». Chez les uns cela provoqua une colère vio-
lente, chez les autres un certain ébahissement qui se
traduisait par la phrase typique : « Alors, vous en-
verrez à vos abonnés ce que nous vous dicterons? »
Mais peu à peu ces difficultés s'aplanirent et c'est
avec satisfaction que notre agence constatait, dans
son rapport de 1901, que ces deux catégories dimi-
nuaient « dans une très heureuse mesure ». « Nous
pouvons dire, aujourd'hui, » s'écriait-t-cUe, « qiie
nous avons réussi à nous assurer la sympathie de
tous les milieux sérieux et vraiment éclairés du
commerce français, d
12 l'avant-guerre
Et pourtant, dès cotte époque, les commer(;ants
auraient dû trouver fort suspecte cette énergie avec
laquelle l'airence repoussait une responsabilité maté-
rielle « qu'il serait insensé d'exiger de nous », osait-
elle écrire sérieusement dans son rapport. Et qu'y
aurait-il là de si extraordinaire? Le iiouvernement
républicain a toujours, il est vrai, montré une sur-
prenante indulgence en faveur des étrangers ; mais
il semblerait, pour le moment du moins, prématuré
de vouloir les soustraire à toutes les conséquences
de leurs actes.
L'institut Schimmelpfeng n'est j)as de cet avis
et se demande avec une certaine indignation « com-
ment il se fait qu'il ne se soit pas encore produit un
mouvement réformateur dans la jurisprudence fran-
çaise en ce qui concerne le renseignement commer-
cial honnête, dont le libre fonctionnement devrait
jouir de la protection légale ».
Tout porte à croire que celte protection lui a été
largement accordée depuis 1001, car l'institut
Schimmelpfeng a pris aujourd'hui une extension co-
lossale et il a maintenant en France des succursales
à Bordeaux, Lyon, Marseille, etc.
A propos de t cette question si grave de la respon-
sabilité » le rapport de 1901 précise, d'après l'exposé
remis à la Chambre de commerce de Vienne (Au-
triche), les rapports essentiels sur lesquels doit por-
ter l'activité de l'agence. Nous verrons par la suite
avec quelle fantaisie ce programme est appliqué :
€ 1** Le renseignement est fourni en vertu d'un
contrat (pii contient la condition expresse que l'ins-
titut n'est pas responsable des conséquences d'une
dispositi(»n quelconque prise par l'abonné, et que ce
dernier renonce à tout recours contre l'institut en
L'AGBNCË 3CUIMM£LPF£NG 13
cas de dommage provenant, selon lui, d'erreurs ou
de fautes d'auxiliaires {clause de non garantie) ;
2** Le renseignement n'est pas fourni publicjue-
ment ni dans le but d'être répandu au gré de celui
qui le reçoit, mais est uniquement destiné à l'usage
personnel de ce dernier et communiqué sous la con-
dition expresse d'une discrétion absolue {clause de
confidence) ;
o^ Nous fournissons seulement des renseigneynents
sur la situation des personnes qui usent du crédit
commercial et qui, par ce fait même, incitent à ce
qu'on se renseigne sur elles;
4** Nous ne fournissons des renseignements que
sur demande et contre la promesse cpxe la cause et le
but de la demande ont un intérêt purement commer'
cial;
5° Nous fournissons des renseignements en vertu
d'un contrat dans lequel il est entendu que, pour des
honoraires modérés payés par l'abonné, nous ne pre-
nojis riullement rengagement de lui fournir une infor-
mation connplète et encore moins que cette informa-
tion soit composée de faits certains.
Nous ne faisons que transmettre ce que nous avons
pu apprendre par nos recherches, forcément limitées,
dans les milieux commerciaux. »
Il ressort donc de cet exposé que l'activité de
l'agence devait se porter exclusivement sur le rensei-
gnement COMMERCIAL honnêtc. De l'étude de son fonc-
tionnement il ressort, au contraire, que le renseigne-
ment commercial (quand il ne porte que sur des
questions qui n'ont rien à voir avec un commerce
quel qu'il soit), que le renseignement commercial,
dis-je, soi-disant honnête est tout bonnement un pré-
texte malhonnête.
14 l'ava.nt-gubrre
Le rôle de l'institut Schimmelpfeng est double :
Le rôle avoué consiste à fournir au premier de-
mandant, peur une somme assez modique, des ren-
seignements commerciaux; mais l'autre, le rôle
cache, consiste à fournir au peuple allemand deux
ordres de renseii^^nements :
1° Industriels et commerciaux;
2° D'État, ou plus exactement d'éventualité de
guerre.
11 semble bien du reste que quelques commerçants
soupçonneux aient entrevu vaguement ce que dissi-
mulait le renseignement commercial. On pourrait du
moins le supposer si l'on en juge par l'âpreté avec
laquelle le rapport de 1901 s'élève contre ceux qui
s'entêtent à qualifier ses travaux « d'occultes, de té-
nébreux D. N accuF,e-t-on pas l'institut d'avoir
presque des affinités plus ou moins avouées avec la
police? Le monde est si méchant.
Aussi, pour se défendre contre tous les pièges que
l'on veut lui tondre, l'agence Schimmelpfeng a-t-elle
cherché des appuis soUdes, des garants et elle les a
trouvés, sembLe-t-il, à en juger par les remerciements
qu'elle adresse aux Chambres de Commerce, aux
corporations industrielles et commerciales, à des
commerçants et des industriels « dont le jirécieux
concours ne lui a ]jas fait défaut ». Fort de ces
appuis, l'institut allemand déclare « continuer son
« œuvre, convaincu ([u'il est de servir loyalement les
« intérêts du commerce intérieur et extérieur de la
f France ».
Voilà, n'est-ce pu.-, lii uuble désintéressement.
Faut-il que nous ayons l'esprit mal fait poui' ne pas
nous sentir émus à la lecture de cette patriotique
tirade! C'est que nous avons aujourd'hui le sentiment
l'agence schimmelpfeno 15
très net, la certitude que tout ceci n'était qu<5 men-
songe, et, patriotes avertis, nous voulons jeter bas le
masque de cette agence allemande dangereuse.
Située boulevard Montmartre, à Paris, l'agence
Schimmelpfeng est en relations constantes, d'une
part, avec ses succursales des principales villes de
France, de l'autre, avec son siège central à Berlia.
Si M. Van der Donk, — auquel on prête une origine
hollandaise — est directeur du bureau de Paris, le
directeur général pour la France est M. Bosschaertz *.
D'ailleurs tout passe sous le contrôle directorial de
MM. Hans et Richard Schimmelpfeng, seuls maîtres
en droit et fait. Il y a quelques années, un M. Karl
Klee était directeur du bureau de Paris. En 1907, il
fut nommé, par le Ministère du Commerce français,
conseiller du commerce extérieur de la France ! C'est
ainsi que l'agence berlinoise Schimmelpfeng entra
ouvertement dans les conseils du gouvernement de
la République.
Comme nous le voyons, elle est solidement instal-
lée dans la place, et à l'ombre du pavillon français
elle va pouvoir opérer en toute tranquillité.
De quelle valeur est donc le renseignement com-
mercial fourni par cette maison ainsi privilégiée?
De toute évidence ce ne peuvent être que de vagues
ragots et des racontars de quartier, de fournisseurs,
(le domestiques ou de concierges. S'ils étaient sérieux
et détaillés, ces renseignements « difficiles à se pro-
(>Lirer », comme dit le traître Dreyfus dans le Borde-
1. M. Bosschaertz est lui aussi conseiller du commerce
extérieur de notre pays. De sorte qu'il semble que ce titre soit
attaché à la fonction môme de directeur de l'Institut Schim-
melpfeng. 11 serait intéressant de savoir comment et par
quelles relations, à la suite de ai^'^'''>s ^'-marches on obtient
ce titre si envié.
16 l'avant- GUERRB
reau, coûteraient fort cher et le prix modeste de Ta-
bonnement deviendrait aussitôt suspect. En outre, de
semblables enquêtes, capables de nuire extrêmement
si leur résultat était nettement défavorable à des
firmes commerciales et industrielles, exposeraient à
des réclamations, à des poursuites en dommages et
intérêts parfois formidables et nous avons vu avec
quel soin cette prudente agence tient à dégager com-
plètement sa responsabilité matérielle. D'où néces-
sité de ne fournir à la clientèle que des espèces de
devinettes, d'approximations qu'on aura ensuite à
vérifier, parmi lesquelles on devra se reconnaître
tant bien que mal.
Cette sorte de renseignement ne justifierait pas un
pareil déploiement de comptoirs, de personnel très
coûteux. Aussi est-il bien entendu que la Schimmel-
pfeng ne fait pas ses frais et que, limitée à ses seules
ressources et à .ses seuls bénéfices, elle ne tiendrait
pas longtemps. Kn effet, chaque renseignement oriii-
naire obtenu cc'ûte en moyenne à l'agence 1,50 à
2fr. Je ne parle pas ici des renseignements importants
et « difficiles à se procurer » qui peuvent être payés
des 20, 30, et 100 francs et davantage. Le même
renseignement ordinaire est vendu, aux abonnés, de
1 fr. 10 à 1 fr. 25, exception faite pour certains
d'entre eux. On aura une idée de l'importance do
Tagenr^e Sfhimmelpfeng quand on saura ([u'un éta-
blissement de crédit comme la Société Générale lui
demande des renseignements par paquets de dix
mille à la fois.
Cntnme nul n'ignore les facilités qu'ont les établis-
sements de crédit pour se documenter directement
sur la solvabilité de leur clientèle, on est en droit de
se demander si de telles commandes ne constituent
L AGENCE SCHIMMELPFENO 17
liAS une espèce de subvention à Schimmelpfeng, ou,
si vous préférez, une sorte d'assurance, de garantie
contre les risques de mauvais renseignements, con-
cernant cette fois les établissements de crédit eux-
mêmes.
Mais la vérité est que la maison Schimmelpfeng
est, au vu et au su de tout son personnel, subven-
tionnée par les chambres de commerce allemandes,
sinon par le gouvernement allemand. Il n'est rien de
plus naturel. Les services qu'elle peut rendre, tant au
point de vue commercial et industriel allemand qu'à
un autre point de vue, sont certainement considé-
rables.
Et c'est là, nul ne peut plus le nier, sa véritable
raison d'être.
Nous venons de montrer, en effet, que le rensei-
gnement commercial n'est qu'un prétexte et l'on
voudra bien nous accorder que ce n'est évidemment
pas pour rendre service au commerce français que la
Schimmelpfeng est ainsi subventionnée par une
nation rivale et ennemie.
Son but réel et caché est de fournir aux maisons
commerciales et industrielles allemandes le moyen
d'envahir à bon escient et avec le moindre risque
d'insuccès le marché français. C'est ici qu'intervient
l'esprit méthodique et patient, le sens du développe-
ment particulier au Germain.
Chaque branche du commerce, de l'industrie, de
la production agricole, des extractions minières, de la
prospection du sous sol, a fait l'objoi d'une enquête
approfondie et exacte portant sur :
1" Le lieu ; la description exacte do la région, de
son climat, de ses moyens de communication, de sa
[)opulation, de ses ressources pécuniaires, de sa
1/
18 i/avant-guerre
teneur en éléments autochtones et étrangers, de ses
représentants au Parlement, de leur situation de for-
tune et de leur entourage ;
2* Le nombre d'ouvriers et d'employés, que com-
porte le commerce ou l'industrie en question ; leurs
aptitudes; leurs salaires;
3" Les frais généraux ;
4® Le mode de fabrication, d'extraction, les pro-
cédés nouveaux mis à l'étude, etc. ;
5" La production journalière, mensuelle et an-
nuelle ; les hauts et les bas, la courbe en un mot de
cette production;
6' Les matières premières ;
1" Les marqu«^s de fabriqua,;
8* Le prix d(i revient;
9° Le prix de vente, etc.
Un ancien employé de l'agencé Schimmelpfeng
I ous a écrit à ce sujet : « Les fiches de renseignements
sont collationnées dans des cartons, groupées par
villes, et le simple dépouillement d'un de ces cartons,
i^^ros comme un petit Larousse, vous donnera en une
heure plus de renseignements qu'il ne vous en faut
pour évaluer les ressources détaillées d'une ville de
ilO.OOO habitants. Or, notez bien ceci, les doubles de
ims 1rs renseignements établis sur des maisons de
quelque importance sont expédiés immédiatement à
BcrUn où ils sont groupés. » 11 y a lA en somme un ser-
vice de fiches ethnographiques, régionales, commer-
ciales et industrielles des plus ingénieux, qui corres-
pond par certains points à Tadmirable système de
fiches anthropométriques inventé par le grand Ber-
tillon. ^>n peut s'imaginer facilement de quelle utilité
seraient des renseignements si précis au cas où les
L'AGENCE SCUIMMELPFENG V3
armées allemandes pénétreraient à nouveau sur lo
territoire français.
Ainsi sayamment documenté sur les ressources de
toute nature du pays occupé par ses armées, l'enva-
hisseur saurait où s'approvisionner de tous les pro-
duits convoités : grains, bétail, chevaux, four-
rages, etc.
Et si par une fatalité que nous ne saurions envisager
sans une profonde horreur, nous étions encore une
fois vaincus, notre ennemi, exactement renseigné sur
les ressources de l'épargne française, désormais n'hé-
siterait pas à nous imposer une indemnité de guerre
formidable et cette fois savamment calculée, qui
viderait dans ses fourgons tous les pauvres bas de
laine de nos populations françaises si laborieuses et
si économes. On sait quels regrets Bismarck ressentit
de n'avoir, en 1871, exigé de la France qu'une indem-
nité de 5 milliards, qui lui semblait pourtant colos-
sale au moment de la signature du traité de Franc-
fort, et quelle fut sa stupéfaction de la voir si rapi-
dement payée, tant nous avions hâte de voir notre
territoire enfin délivré.
Grâce à la Scliimmelpfeng, les Allemands pourraient
hausser à coup sûr leurs exigences. On pouvait lire,
en effet, le 16 septembre dernier, dans le Figaro
(enquête Bourdon) ces paroles sincères de l'Allemand
Alfred Kerr, directeur de la revue Pan, un des polé-
mistes les plus considérables d'Outre-Rliin :
« La perspective d'une nouvelle campagne ne
< rebute personne. On s'en entretient sans émoi, on
A suppute le profit : l'anéantissement de la France
« une indemnité de guerre de vingt-cinq milliards
(( car on se rappelle que la dernière fois, vous avez
« vraiment payé trop facilement. Et l'on se frotte les
'20 LAVANT-GUERRE
« iiiains. Vous souriez? C'est que vous ne c>ai!iai>.>cz
u pas l'Allemagne d'aujourd'hui. C'est un pays de
« marchands; ce ([ui y domine, c'est l'amour du
« train; gagner de l'argent, être riche, on n'y a pas
« d'autre idéal. »
Malheur au peuple qui ne comprendrait pas de
tels avertissements. Je dis » au peuple», car le gou-
vernement de la Képuhlique, uniquement occupé do
l'électoral et de ses dépendances, est incapable do
les comprendre.
Pour en revenir à la Schimmelpfeng, nous dirons
que le bureau des renseignements n'a pas disparu en
France, bien qu'il ait été supprimé officiellement au
ministère de la Guerre par les amis et protecteurs
du traître Alfred Dreyfus. Il est tenu par Schim-
melpfeng, voilà tout, et il fonctionne contre les Fran-
çais.
En effet, il débarque chaquejour àParis des repré-
sentants de maisons allemandes qui vont tout droit à
l'institut Schimmelpfeng et se font remettre immé-
diatement contre un bon prix — ils ne lésinent
point — chacun selon sa spécialité, la liste de tous
les clients de la concurrence française et la liste de
ces concurrents français eux-mêmes. Fort de ces
excellents tuyaux, le représentant allemand, très
souvent juif, se présente à la clientèle avec une
tranquille assurance, l'entortille et enlève l'alTairc à
moins de frais. Ainsi se trouvent supjilantées et
ruinées, sans même avoir eu le temps de faire « ouf ! »,
des maisons françaises, naguère prospères, et qui
faisaient vivre un grand nombre d'ouvriers et d'em-
ployés français.
Voici un exemple t Miptuni'- aux articles de Pierre
Marcuilles
l'agence scuimmelpfeng 21
« Il y a quelques années, il y avait à Troyes une
industrie très prospère, celle des fabricants de mé-
tiers pour la bonneterie ; de l'aveu des gens de la
partie, la concurrence étrangère ne pouvait lutter
avec la production de ces fabriques. Un jour, deux
ingénieurs allemands, agents d'une firme de Dussel-
dorf, s'engagèrent comme simples ouvriers chez l'un
de ces fabricants de métiers, puis passèrent chez un
autre, enfin firent un stage chez chacun des fabri-
cants de la région. Un jour ils disparurent, mais
alors^ chacun de ces fabricants s'aperçut que ses
modèles, ses dessins avaient été copiés et l'on apprit
alors la qualité de ces deux ouvriers si habiles. Bien-
tôt la firme allemande pour laquelle ils avaient agi
présenta dans la région troyenne, où l'industrie de la
bonneterie est très répandue, des modèles de métiers
copiés sur les modèles français, en un mot des con-
trefaçons habiles que la loi ne pouvait atteindre.
Après cette firme, ce fut le tour d'autres maisons
allemandes, en sorte qu'aujourd'hui, la presque
totalité des métiers de bonneterie est fournie, dans
la région troyenne, par les Allemands, et les fabri-
cants français doivent se contenter des réparations. »
Voici donc dans une région bien déterminée, une
industrie jadis très prospère et faisant vivre un bon
nombre d'ouvriers qui, aujourd'hui, est en complet
marasme.
Mais comment la Schimmelpfeng obtient-elle en
France des renseiirnements si précieux?
A Taiae a une armée ae aemarcneurs nabiles, éprou-
vés, attachés les uns à la maison de Paris, les autres
aux succursales des provinces, qui procèdent tantôt
en démontrant aux enquêtes que c'est leur avantage
de se soumettre à l'enquête, tantôt, suivant les têtes,
22 L'AVANT-GUEttRfi
par une demi-intimidation; et très rares sont les mai-
sons de commerce qui osent envoyer promener les
agents de la maison Schimmelpfeiig. La terreur
d'une mauvaise fiche est pour elles le commencement
de la sagesse. Mais la Schimmelpfeng ne se contente
])us de cela. Elle centralise tous les documents que
lui fournissent en France, avec l'évidciite complai-
sance de l'État français :
!• Certains greffiers des tribunaux de commerce;
2® Certains greffes des justices de paix;
3* Certains huissiers;
4" Certains commerçants, espérant ainsi — par
l'espionnage de leurs concurrents — s'immuniser
contre les mauvais renseignements de Schimmel-
pfen^r;
;> Certains instituteurs et secrétaires de mairie.
C'est ainsi que les plus récentes enquêtes de l'a-
gence Schimmelpfeng portèrent sur la production du
blé en France, l'industrie des machines d'imprimerie
françaises et, enfin, la soie et les tissages lyonnais.
Or, il est clair, qu*avec ces renseignements indus-
triels et commerciaux, d'autres renseignements d'un
autre ordre sont obtenus.
Il est avéré, en elTet, qu'il existe à l'agence trois
ou quatre employés allemands ou juifs qui surveillent
le travail de collationnement et de classement de
leurs camarades et qui sont chargés de recueillir et
de soustraire à la curiosité de ceux-ci les pièces
particulièrement intéressantes, notamment celles
qui concernent les officiers de l'armée française,
surtout dans les garnisons de l'Est. Ces pièces, et en
général tout ce qui a un caractère d'intérêt poli-
tique, sont immédiatement soumises à la direc-
tion de Paris, laquelle les transmet à la direction
I
l'agence schimmelpfeng 23
de Berlin, Ce qu'elles deviennent une fois à Berlin,
il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour le
deviner.
Nous n'étonnerons personne en disant que l'agence
vSchimmelpfeng s'honore d'avoir ici même, à Paris, la
clientèle allemande la pins sérieuse, la pins haut pla-
cée.
Comme, dans tous les sujets les plus graves, il
faut toujours une note ironique, la voici :
On sait aujourd'hui, de source certaine, que, dans
le même temps que l'agence Schimmelpfeng pro-
cédait à cette quête secrète de renseignements
commerciaux, « militaires et sentimentaires », —
comme eût dit le prinne de Ligne, — auprès de
complaisants dresseurs de fiches, notre délicieux
Vadécard recueillait, pour le ministre mouchard
André et pour les Percin de son entourage, des
renseignements analogues auprès des mêmes indi-
vidus. Que ce soit pour le compte de l'Allemagne^
que ce soit pour le compte du Grand-Orient, ce sont
toujours les mêmes, en effet, qui ont le goût et
les aptitudes pour ce genre de travail occulte et
discrédité. Le pire châtiment du mouchard, c'est
qu'il est exposé à servir d'espion. Il lui est difficile
de prévoir l'utilisation ultérieure de son mouchardage.
C'est ainsi que, des mêmes officines radicales etjudèo-
maçonniques — ae 1900 jusqu'à aujourd'hui — s'en-
volèrent des fiches de délation militaire, établies en
double, qui prenaient aussitôt deux directions :
Vune, par Schimmelpfeng, vers Berliji; Vautre, par
te Crraj^d- Orient, vers le ministère de la Guerre
françaiSy rue Saint- Dominique, à Paris. Le « Co-
rinthe et Carthage >i d'André avait ainsi sa réph'qus
au cabinet prussien.
24 l'ava.nt-oubrrb
Il est impossible d'imaginer rien de plus atroce, ni
de plus complet. Cette collaboration de Scbimmel-
pfeng et de Vadécard dans la même besogne, —
patriotique quant à Schimmelpfeng, anti-patriotique
quant à Vadécard, — collaboration voulue do toute
éternité par les affinités de la maçonnerie pour le
juif et du juif pour l'Allemand, cette collaboration
de l'espion et du mouchard définit et symbolise à
jamais l'oeuvre de la République contre la Patrie.
Il est très intéressant de se rendre compte de la
façon dont les délateurs des loges devenaient, plus
ou moins sciemment, des espions au service de l'Alle-
magne. Les officiers français, leurs camarades, qu'ils
mouchardaient ainsi sont bien vengés par cette cons-
tatation.
Au moment où fut dévoilé le scandale des fiches
— grâce à l'énergie et à la ténacité de Gabriel Syve-
ton — le personnel de l'Institut Schimmelpfeng ne
fut qu'à moitié surpris de constater que les princi-
paux informateurs de Vadécard étaient en même
temps les plus zélés correspondants de Schimmel-
pfeng. Un grand nombre de ceux-ci, pris d'une frousse
intense et prévoyant l'indignation de leurs compatrio-
tes, le jour où le pot-aux-roses complet serait décou-
vert, se hâtèrent d'adresser leur démission à l'a-
gence du boulevard Montmartre, ce qui n'alla pas
sans causer une perturbation profonde dans tous les
services. Le directeur du bureau de Paris à cette
époque, M. Karl Klec, depuis conseiller du commerce
extérieur en France, n'était pas, lui non plus, très
rassuré. On ne savait pas comment les choses allaient
tourner. Si l'opposition prenait le pouvoir... Si on
crdonnait des perquisitions chez les fichards et les
francs-nouchards... Si l'on trouvait chez eux la preuve
l'agence schimmblppeng 25
de leurs relations avec l'agence Schimmelpfeng...
C'eût été le désastre. Pendant deux mois, ce furent
des alertes continuelles dans les bureaux du boule-
vard Montmartre. On saisit le prétexte d'un agran-
dissement pour entasser les archives — comprenant
déjà plus de six cent mille dossiers (!) — dans de
vastes caisses. Il n'y avait plus qu'à clouer et à
mettre en lieu sûr.
De plus, il fut défendu expressément aux rédacteurs
chargés du service de la province, et jusqu'à nouvel
ordre, de continuer à demander leurs renseignements
aux fonctionnaires, greffiers de justice de paix, secré-
taires de mairie, huissiers, etc.. On ne devait plus
s'adresser momentanément qu'à des commerçants
choisis, de préférence abonnés de la maison.
Enfin, une circulaire confidentielle de 1905 inter-
dit de répondre aux demandes de renseignements
concernant :
!• Les officiers, même en congé;
2° Les fonctionnaires ;
'S"" Les journaux et les journalistes.
La circulaire spécifiait que les rédacteurs de l'a-
gence ne devraient dorénavant tenir aucun compte
des opinions politiques prêtées par les correspondants
aux personnes sur lesquelles des renseignements se-
raient demandés. Un pareil luxe de recommanda-
tions et de précautions, à la suite du scandale des
Fiches, prouve surabondamment qu'avant ledit scan-
dale, les renseignements fournis par Tlnstitut Schim-
melpfeng yi'éiaient pas exclusivement industriels et
commerciaux.
L'eussent-ils été, le seraient -ils demeurés que leur
nocivité, au point de vue français, n'en demeurerait
pas moins redoutable. Témoin cette maison allemande
20 LAVANT-GUERRE
de la région lyonnaise avec qui on eut une petite dif-
ficulté et à. qui la Scliiminelpfeng écrivit : « J'espère
t que nous marchons d'accord, sinon je serai forcé de
« communiquer votre procédé aux bureaux de ren-
t seignements belges et allemands qui me sont
« connus. »
Un ex-abonné de Schimmelpfeng eut les yeux
ouverts sur les agissements du fameux Institut par
une campagne de discrédit, fort habile et sournoise,
«; intre deux banques d'ailleurs très honorables qui
avaient le tort de soutenir le commerce d'exportation
locale. « On était en droit de se demander s'il n'y
t avait pas, dans ces menées, une tactique voulue dont
t les résultats, désastreux pour nos maisons d'expor-
t tation, eussent largement profité aux maisons
« d'exportation allemandes. »
Un autre m'exposa comment Schimmelpfeng invite
sc.>5 abonnés à jouer le rùle de guillotinés par persua-
sion : « J'étais abonné, comme beaucoup de mes
€ confrères, depuis plusieurs années, quand je reçus
c une circulaire m'invitant, dam mon intérêt^ à
« envoyer moi-même ma propre fiche boulevard
c Montmartre, avec détails sur ma personne, ma
t situation de f-rtune, mon industrie, ses résulUits,
• les capitaux dont je disposais, le nombre de mes
« ouvriers... Naturellement je n'ai rien envoyé du
t tout et je n'ai pas tardé à cesser mon abonnement. •
Quelques commerçantset industriels, ainsiamorcés,
puis tra<iués, cèdent à la crainte, soient qu'ils aient
uii naturel enclin à la timidité, soit qu'ils aient
entendu parler des représailles et vengeances possi-
bles de l'institut Schimmelpfeng.
Je connais l'histoire d'un faln'icani <i<ii; «ir. jiiui\ais
rcnseigueiuciils avaient pre:><pie acculé à la ruine,
l'agence schimmelpfeno 27
qui, d'abord, s'était fâché, puis composa et préféra,
en fin décompte, devenir l'abonné de sespersécuteurs.
Dans une autre occasion — il s'agissait, cette fois,
d'un commerçant des environs de Paris, — comme
celui-ci exigeait une forte indemnité, on lui dépêcha
un concurrent allemand qui s'installa à côté de lui et
lui copia ses modèles. Les histoires comiques ou
dramatiques, de soumission ou de révolte des indus-
triels et commerçants français sont si nombreuses, que
le chapitre Curiosités du rapport annuel de l'Institut,
eût-il cinq cents pages de petit texte, ne suffirait pas
à les contenir. Ajoutez à ceci que les dossiers concer-
nant les personnes — et même leur vie privée — en
dépit de la circulaire de 1905, ne manquent pas à
l'agence et qu'un de ses directeurs, il y a une dizaine
d'années, pouvait se targuer publiquement d'êti^
mieux documenté sur la plupart de nos hommes
politiques que le Préfet de Police lui-même. Ce n*est
pas beaucoup dire, il est vrai.
Cependant qu'elle procède ainsi vis-à-vis des commer
çants et industriel français^ l'agence Schimmelpfeng
a un questionnaire encore plus précis, qu'elle met à
ladisposition des commerçantsetindustriels allemands
installés en France et notamment du juif allemand,
décoré de la Légion d'honneur, Lucien Baumann,
directeur des Grands Moulins de Corbeil. Ce Baumann
est, bien entendu, un des principaux clients de
l'agence Schimmelpfeng.
Chaque fois qu'un employé de l'agence Schimmel-
pfeng prend un renseignement pour Lucien Baumann,
il pose les questions suivantes sur chacun des bou-
langers que ses moulins fournissent
1** Combien occupe-t-il d'ouvriers ?
2** Travaille-t-il lui-même au fournil ?
28 l'avant-ouerrb
3° Combien emploic-t-il de sacs de farine par jour?
Il est bien entendu que les Grands Moulins de
Corbeil ne sont pas les seuls à recevoir des rensei-
gnements de la Schimmeipfenç^^es moulins Vilgrain
et Simon, de Nancy, sont <'£;-alenientses clients. (Jeux-
ci, demeurés français, n'ont toutefois rien de com-
mun avec l'^s sociétés judéo-allemandes que nous
poursuivons, par mesure de salubrité nationale. Il im-
porte de ne pas confondre. Nous extrayons du numéro
de l'Achon Française du mardi 19 novembre 1012 les
lignes parues sous la signature de notre collaborateur
F... et qui corroborent ce que nous avons essayé de
dégager ici, à savoir qu'en dehors de l'intérêt commer-
cial il est un motif plus puissant qui pousse Schim-
melpfeng à se faire le fournisseur de certaines maisons
de commerce et on particulier des grands moulins de
Nancy.
Nous venons de voir que Lucien Baumann, de
Corbeil, recevait des fiches de renseignements de
Schimmelpfeng. 11 les payait à raison de 3 fr. 50
l'une.
t Eh bien, les moulins de Nrn^y, également abon-
nés de l'agence Schimmelpfeng. reçoivent des ren-
seignements établis exactement comme ceux adressés
à Lucien Baumann, mais eux, ne les paient que un
franc dix.
« (Test cette difTérence de prix qui nous a donné
l'éveil, car si, des deux clients de Schimmelpfeng,
l'un devait être privilégié, c'était évidemment Lucien
Haumann, compatriote de Schimmelpfeng, et non la
maison française n'ayant aucune attache avec la
clicpie juive-alleman<le.
<• Comment cxpli(p.er cela?
« On no peut l'expliquer que d'une seule façon :
l'agence schimmrlpfeno 29
t'estque schimmelpfeng, ayant un intérêt puissant
a se renseigner sur la situation de tous les bou-
LANGERS DE LA RÉGION FRONTIÈRE, c'eST-A-DIRE DES
DÉPARTEMENTS DE LA MeURTHE-ET-MoSELLE, DES
Vosges et de la Meuse, devait, pour justifier ses
RECHERCHES ET SES ENQUÊTES, s'aSSURER, n'iMPORTE
A QUEL PRIX, LA CLIENTELE DE LA SEULE MAISON SE
TROUVANT EN RELATIONS d'aFFAIRES AVEC TOUS CES
BOULANGERS.
« Cette explication est la seule logique et acceptable ;
nous avons tenu, cependant, à nous procurer de?
preuves indéniables de son exactitude. D'abord, il
sera très facile de montrer qu'en fournissant au
prix de 1 fr. 10 l'un ses renseignements, Schimmel-
pfeng fait, au point de vue commercial, une afiaire
désastreuse.
« Premièrement, cette somme minime de 1 fr. 10
n'entre pas tout entière dans son coifre-fort, pui.squ'il
accorde au courtier qui a traité avec la maison Vil-
grain et Simon, une commission de dix pour cent;
ce courtier reçoit en outre un traitement fixe de
200 francs par mois.
« D'autre part, nous avons démontré naguère que
chacun des renseignements établis par Schim-
melpfeng, lui revient, l'un dans l'autre, à 1 fr. 75 ou
2 francs.
« Comment, dans ces conditions, peut-il s'en tirer ?
« Pour résoudre ce problème, il n'y avait guère
qu'un moyen : pénétrer dans Tantre de Schim-
melpfeng et étudier, dans ses archives mêmes, quel-
ques-uns des dossiers qui y sont sévèrement gardés
et surveillés. Nous avons pu accomplir cette tâche et
nous venons aujourd'hui mettre sous les yeux de nos
lecteurs un des renseignements types de l'agence
30 l'avant-guerre
Schimmelpfeng. Ce sont les copies de ces renseigne-
ments qui sont adressées aux clients.
« Voici, à titre d'échantillon, un de? nombreux rcn-
seiicnements adressés aux moulins Vilirrain et Simon :
'3'
« X..., boulanger à S... (Fosses)
« X... a repris de son père, il y a une dizaine d'an-
nées, cette bonne petite boulangerie de campagne
qui, depuis plus de cinquante ans, a toujours été
tenue par des membres de la famille.
tt II est honnête, intelligent et travailleur; il est
bieii secondé par son fils, qui travaille avec lui au
fournil ; sa femm^, aidée par un domestique, s'occupn
des livraisons.
« La maison possède une bonne clientèle rurale;
elle emploie en\nron dix gros sacs de farine par
semaine.
« X... passe pour posséder une bonne aisance en
dehors de son commerce et ses paiements s'effectuent
correctement.
t K. 868, 22.5.12.
1. Vilgrain et Simon
2. Berlin. *
t Quelques mots d'explication au sujet des anno-
t.'itions qui suivent le texte du renseignement. 868,
<:'est le numéro du rédacteur qui, d'après les textes
des correspondants, a établi le ren?;eignement; suit
la date à laquelle le renseignement a été rédigé *.
Au-dcpsous, les noms des clients à qui le renseigne-
ment a été transmis. Or, nous avons pu constater
1. Numéro et date od( été modifiés par notre collaboratcui;
(Note de l'auteur.)
l'agence SCUIMMELPFENG 31
que tous les renseignements fournis à la maison
Vilgrain et Simon, tous, sans exception^ ont été,
comme celui qui précède, envoyés également à
Berlin.
« Nous avons donc le droit de dire que l'opération
commerciale réalisée avec la maison Vilgrain n'est
qu'un prétexte, une simple précaution destinée à justi-
fier les agissements de Schimmelpfeng. Il doit fourni
à l'état-major allemand et à^'intendance des rensei-
gnements précis; il faut que les Allemands sachent
exactement sur quelle quantité de farine et de pain
pourra compter Varmée d'invasion lors de la prochaine
guerre. Rien' de plus simple : on se fait demander ces
renseignements par la maison Vilgrain et Simon qui,
précisément, en a besoin ; on les lui cède^ non pas à
prix coiXtanty mais à 'perte ; à la rigueur on les lui
donnerait même gratuitement ; le principal, c'est que
l'opération d'espionnage soit couverte, masquée par
une opération commerciale en apparence licite. »
Voilà avec quelle habileté procèdent les tenanciers
de l'agence Schimmelpfeng.
Pour terminer, un simple détail.
Nous avons appris que, depuis moins de six mois,
Lucien Baumarin a demandé à Schimmelpfeng trois
renseignements sur la maison Vilgrain et Simon.
Des en([uêtes ont été faites simultanément à Paris
et à Nancy. Dans cette dernière ville, les correspon-
dants chargés par Schimmelpfeng de l'enquête con-
cernant les moulins Vilgrain et Simon, ont reçu
un « formulaire » contenant les instructions sui-
vantes :
« La situation financière de la maison ci-dessus
indiquée est connue de nous ; nous désirons simple-
ment savoir si, à votre connaissance, un changement
32 l'avant-goerre
important ne s'est pas récemment produit ou n'est
pas sur le point de se produire dans cette maison. *
Les personnes qui nous ont communiqué ces ren-
seignements se demandent si Lucien Baumann ne
son^'erait pas à mettre la main sur les moulins de
Nancy. Déjà maître des approvisionnements de lu
capitale, qu'il peut afTamer à son gré, il lui serait
tout aussi facile de jouer, à Nancy, le même rôle
qu'à Corbeil. Là-bas comme ici, il peut compter sur
le concours des capitalistes juifs et sur la monstrueuse
inertie de notre gouvernement.
Et pourtant, Lucien Baumann, c'est l'approvision-
nement de Paris. C'est de lui, nous allons le voir,
que dépendra, au moment de la mobilisation, la solu-
tion de la si grave question de l'alimentation de la
capitale. C'est donc un assez puissant seigneur juif
allemand pour que l'on étudie de près son intéres-
sante personnalité et le rôle prépondérant et fatal
qu'il pourrait être appelé à jouer, le cas échéant,
dans notre pays.
CHAPITRE III
LUCIEiN BAUMAiNN
LES GRANDS MOULINS DB CORBEIL DITS ** PETITE PRUSSE "
ET LE JUIF-ALLEMAND LUCIEN BAUMANN
La question du ravitaillement de Paris en temps
de guerre est une de celles qui devraient préoccu-
per au premier chef un gouvernement national.
Il est de toute évidence qu'un aliment de première
nécessité, tel que le pain, ne doit jamais faire dé faut
dans une agglomération d'habitants aussi considérable
que Paris.
Paris affamé, on l'adéjàmalheureusement vu, c'est
rémeute à coup sûr et à bref délai. Or, au moment où
toutes les forces devraient être tendues vers les fron-
tières envahies, les discordes civiles ne seraient pas
faites pour faciliter la tâche des armées en contact
avec l'ennemi.
Il faut donc multiplier les garanties nécessaires au
bon fonctionnement du service, si compliqué même
2
34 i/avaiM-ouerre
en temps de paix, du tavitaillement de la cijjitale.
La première garantie que l'on doive exiger, c'est
que SCS rouaires ne soient pas faussés par dos maijis
étrancrères, c'est que les produits de première né-
cessité soient entre les mains de vrais Français de
France. Même si les directeurs de ces services
d'approvisionnement étaient les plus braves gens du
monde, recommandés et appuyés par des person-
nages importants, le fait qu'ils seraient de nationa-
lité allemande, devrait, surtout dans les circons-
tances critiques actuelles, les amener à se retirer
immédiatement.
Vis-à-vis de ceux qui occupent de tels postes, le
moindre soupçon est encore de trop.
Nul n'ignore, *à l'heure actuelle, l'importance des
Grands Moulins de Corbeil. Considérable, en effet,
en temps de paix, elle le serait bien davantage en
temps de guerre, car c'est d'eux que dépend en
majeur* partie l'approvisionnement de Paris.
Si nous ouvrons V Annuaire de» Sociétés par actions ^
nous y voyons que la Société des Grands Moulins de
Corbeil a pour objet : le commerce et l'industrie de
la minoterie en général; l'établissement des Grands
Moulins établis à Corbeil t-t connus sous le nom
d'Anciens établissements Darbiay et Déranger, la
création, l'achat, la vente, l'exploitation de tous autres
établissements et usines de môme nature et toutes
opérations et participations de commorce ou d'indus-
trie se rattachant aux grains, fécules et autres
produits analogues.
Les Grands Moulins de Corbeil sont les plus
importants do France. Leur production quotidienne
est de 0.r)(X) quintaux. La farine fabri(juée en une
iournée suffit à produire GlO.OOO kilogs de pain, ce
LUCIEN BAUMANN 35
qui représente la nourriture journalière d'un million
de personnes.
Ils rayonnent sur toute la France. Ils ont des
agences dans toutes les villes, des agents un peu
partout. C'est donc là une véritable puissance dans
l'industrie de la meunerie et, étant donné l'aliment
de première nécessité que ces moulins fabriquent,
il serait du devoir du gouvernement de s'opposer à
ce que, à la tête de la société qui les diri^je, se trouvât
un Lucien Baumann, administrateur-déléiiué.
Mentionnons, tout de suite, que Lucien Baumann,
avant d'occuper ce poste aux Grands Moulins de Cor-
beil, s'occupait avec son frère des Illkirche Mûhlen-
werke, moulins situés à Illkircli, bourgade àsept kilo-
mètres de Strasbourg.
Or Lucien Baumann est juif et juif allemand.
La question de sa nationalité fut posée dès le début
de la nouvelle société à l'assemblée des actionnaires.
On lit en effet dans la Vie financière du samedi 4
mars 1905 :
4 mars 1905 :
Compte-rendu de l'assemblée générale ordinaire et
extraordinaire des Grands Moulins de Corbeil.
iDiscussion sur les frais trop considérables occasion-
nés par les directeurs et administrateurs^
17h Ac^êonna/re. — Vous avez présenté tout à l'heure
un nouveau candidat, M. Baumann. On vous a demandé
quelques renseignements sur lui ; je vous pilerai d'en
d(inner. Veuillez me dire qui il es; n ce qu'il a fait.
M. Walhit (administrateur). — C'est bien simple: M.
Baumann est Alsacien.
3G LAVANT-GUERRE
Le même actionnaire. — Allemand ou Français ?
(Bruit.)
M. Waliut. — M. Baumann est né dans un moulin
car son père était meunier à Strasbourg.
Il a été élevé dans le moulin de son père. M. Bau-
mann a donc acquis, en matière de meunerie, une coin,
petence tout à fait spéciale.
Ensuite, il est devenu associé de son oncle, puis
directeur de la Société Baumann frères. Cette Société
possède à l'heure actuelle à Strasbourg un moulin tout
à fait remarquable à tous les points de vue. Ce moulin
est excessivement important, jjuisqu'il broie actuelle--
ment 2,400 quintaux de blé en 24 heures. C'est, à mon
avis, le moulin le mieux monté d Europe. Vous voyez
que M. Baumann nous est précieux à tous égards.
Le même actionnaire. — Je retiens ceci, que M.
B;iumann est un meunier, qu'il a un ou des moulins
très importants en Allemagne, et qu'il est notre con-
current.
On voit qu'à cette époque, l'honorahle M. Waliut
était un chaud partisan de M. Lucien Baumann. Il
serait intéressant de savoir si, depuis lors, son juge-
ment ne s'est pas modifié. Mais ce qui est encore plus
curieux, c'est le débat suivant, tel qu'il nous esf
rapporté dans La Vie Financière du 17 avril 1905 .
Séance du 16 avril.
Un actionnaire. — On nous a demandé pourquoi
M. Huumann était à la tète do l'administration des
Grands Moulins de Corbeil, et comment il se faisait
qu'il pût y avoir ici un Allemand, ex-soldat allemand^
dit-on, membre de la municipalité de Strasbourg, et
propriétaire do moulins allemands.
M. Baumann no joue évidemment pas ici le rôle de
terre-neuvo, venu pour sauver une société qui tombe.
C'e-^t un intérêt de spéculation qui le guide.
Mais il y a un fait beaucoup plus ^-tavo s; malheu-
LUCIEN BAUMANN 37
reusement, une guerre éclatait entre la France et
l'Allemagne, que deviendrait M. Baumann ?
Vous savez que les Grands Moulins de Corbeil appro-
visionnent une partie de Paris. Il est facile de faire des
provisions de grains et de farine. Que ferait M. Bau-
mann ? Rcsterait-il Français pour servir les intérêts
des actionnaires ?
Un autre actionnaire. — En matière d'industrie, il
n'y a pas de nationalisme. Amenez-nous des Russes et
des Japonais, pourvu qu'ils nous donnent des dividendes.
Il est dommage que le nom de cet actionnaire si
patriote n'ait point passé à la postérité. Certainement,
en prononçant ces paroles, il a dû se croire un homme
très fort. Le jour où, la guerre étant déclarée, les
Grands Moulins passeraient instantanément aux
mains de l'autorité militaire allemande, — les colla-
borateurs de M. Lucien Baumann ayant aussitôt
revêtu leurs uniformes — ou bien, paralysés, cesse-
raient de moudre, cet homme très fort s'apercevrait
qu'il a proféré une énorme bêtise... Mais écoutez la
fin :
M. Wallut. — M. Baumann est Alsacien. Il est né
Français. Ses parents avaient des établissements en
Lorraine et il est resté, comme beaucoup d'autres, eu
Msace.
Un actionnaire. — Il n'a pas opté.
M. Wallut. — Il avait trois ans.
L'actionnaire. — Depuis, il a eu vingt ans et il aura. t
pu devenir Français.
Quelque temps après l'installation définitive de
M. Lucien Baumann, il y eut des tiraillements au sein
des actionnaires des Grands Moulins de Corbeil,
certains se plaignant d'être frustrés au bénéfice du
fonds de réserve. Au cours <le la séance agitée de
38 l'avant-guerre
l'assemblée générale du 13 avril 1908, un des plu??
anciens membres du conseil d'administration, l'hono-
rable M. J..., ût les intéressantes déclarations sui-
vantes :
Enfin, ne me sentant pas capable de donner <^d:\
Moulins de Corbeil rimpulsion nouvelle qu'il leur fallait,
je suis allô demander à des gens, de mes amis, M. V...,
ici pré>ent, votre vice-président, M. B..., qui estempéch.
d'assister aujourd'hui à l'assemblée pour raison de santé,
d'entrer au conseil d'administration. Je vous rappellerai
que ces messieurs sont, en Belgique, synonymes de
jirobité et d'honneur. C'est moi qui les ai introduits au
conseil d'administration, et j'espère que les actionnaires
ne me paieront pas d'ingriititude.
MM. V.... et B...., qui sont gens d'iionneur et de pro-
bué, sont ailés trouver un de leui-s amis, particulièie-
ment compétent en matière de meunerie, M. Baumann,
votre directeur actuel etc..
Ainsi donc, d'après Monsieur J..., c'est à la Bel-
gique que nous sommes redevables de l'introduction
de la juiverie allemande dans les Grands Moulins de
Corbeil dont dépend l'approvisionnement de Paris.
Ce processus n'est pas unique.
A la suite de la campagne que nous avions entre-
prise depuis plusieurs mois contre le formidable
daniier de confier la direction des Grands Moulins
de Corbeil à un étranger, M. le sénateur Le Breton
intervint au Sénat, le mardi 25 juin 1912. Cette in-
tervention amena de la part de M. Fernand David,
alors Ministre du Commerce, l'aflirmation que M. Lu-
cien Baumann n'était pas étranger : « Le Directeur
de la société dont vous parlez est Français », dit-il.
Il fallait au ministre Fernand David une stupé-
/iante audace pour qu'il osât faire une semblable
réponse.
LUCIEN BAUMANN 39
Lucien Baumann appartient à une famille juive
allemande, quelques-uns disent d*origine badoise,
campée en Alsace depuis plusieurs générations.
La réponse faite par l'actionnaire en 1905 à l'as-
semblée générale du 16 avril et la prévision des diffi-
cultés à venir incitèrent Lucien Baumann à « devenir
Français » . Il alla trouver son compatriote Jacques
Grumbach, allié du traître juif Alfred Dreyfus, neveu
de l'espion juif Emile Weyl et chargé par le gouver-
nement de la République du contrôle et de la police
des étrangers, de la sûreté nationale, au deuxième
bureau de la direction générale au ministère de l'In-
térieur. A la suite de démarches sans doute compli-
quées, car elles demandèrent un certain temps*,
Tactede dénationalisation attestant que Lucien Bau-
mann avait cessé de posséder la nationalité d'Aisa-
1. Ces formalités ont été simplifiées par la création des
bureaux de naturalisation. Le nombre des étrangers qui vivent
liez nous et les facilités qu'ils ont à revêtir la nationalité
française devaient faire naitre ces fabriques de « citoyens deux
fois français ».
On relève que, de 1867 à 1889, la moyenne annuelle des
naturalisations était de 458 ; depuis 1S89, elle est do 5,968
Pour la seule période lOlÙ-1911, on en a compté 13,430.
Un dernier convoi do plus de treize mille étrang«,^rs a donc
porté, l'année dernière, le nombre total de ceux-ci en France
à cent vingt mille. Et ce nombre n'est plus exact, à l'heure
actuelle, car la période 1911-1912 nous aura valu, sans aucun
doute, un contingent plus considérable encore que la précé-
dente.
On sait que le gouvernement a ordonné une plus grande
sévérité dans la surveillance des étrangers. Cette mesure, de
l'application de laquelle nous avons quelques raisons de
douter, concerne naturellement les étrangers non naturalisés.
Mais croit-on que ces derniers soient les seuls dangereux? Et
n'y aurait-il pas une lourde erreur à s'iiypnotiser sur la vertu
de cet acte administratif qui s'appelle la naturalisation.
Mais revenons à cos fameux bureaux de naturalisation dont
nous avons signalé plus haut la création. Naturallemônt les
40 LAVANT- GUERRE
cien lui fut délivré par la préfecture de Strasbourg
en date du 15 juin 1907, à TeiTet de sa réintégration
dans la qualité de Français en vertu de la loi du
26 juin 1889 et par application de l'article 18 du
Code civil.
Cette formalité, réclamée par le rôle d'adminis-
trateur des Grands Moulins de CorJK.il, n'empêchait
nullement Lucien Baumann de demeurer Allemand
comme devant. Eji effet, d'après la loi allemande, la
qualité d'Allemand ne se perd jamais, d'où l'adage
a Semel Gernianus semper gei-manus. » Le projet de
loi Delbruck, du nom du secrétaire d'Etat allemand
tenanciers de ces officines font une abondante réclame. Voici
la reproduction d'une affiche apposée, par les soins de l'un
d'eux, sur les murs de Lyon :
AVIS AUX ÉTRANGRKS
NATURALISATION
MM. les Étrangers qui désireraient devenir Citoyei.s Fian-
çais, feront bien de profiter des facilités accordées par les Lot*
iur la Nationalité de 1889 et 1893, et de s'adresser au
BUREAU DES NATURALISATIONS
DIRIGÉ par J. Alfred CIIILD
Expert-traducteur juré prés les tribunaux, auteur du • Manuel
de Nr.luralisation françase », L ruf Constantine (au premier),
LYON, de 1 heure à 4 heures ou de 6 h<^ures à 7 heures du
soir.
iSi l'on écrit, indiquer la pro/eggion, Vâge et depuis ûom-
hicn do trmpg on habite la France tan» interruption et si
on est marie ou non.)
Prompte exécution de toutes les formalités exigées pour la
naturalisation des Etrangers.
On fait venir, légaliser et timbrer les Actes de l'État Civil
français c. élranirers. — Lclires de Commerce 'Abonncni» nts».
— Tradu'iion officielle de tous actes, pièces, jugements, pro-
féts, etc. — Formalités pour la constitution de Sociétés • Li
mited ».
LUCIEiX BAUMANN il
qui l'a présenté au Reichstag, le 23 février 1912, dit
formellement à ce sujet :
Il est vrai que n'OUS reconnaissons qu'il y a des
CaS où un citoyen allemand se trouvant a l'étran
GER pourrait AVOIR UN INTÉRÊT A ACQUÉaiR, A COTE
DE LA VIEILLE NATIONALITÉ, une nouvelle
NATIONALITÉ, ET QUE, TOUT EN POSSÉDANT CETTE DER-
NIÈÎIE, IL POURRAIT EN MÊME TEMPS REPPtESENTER
UTILEMENT LES INTÉRÊTS DE SA VIEILLE
PATRIE. Pour faire face a cette éventualité,
NOUS AVONS, DANS LA NOUVELLE LOI, UNE DISPOSITION
DÉCLARANT QUE CEUX QUI AURONT DEMANDÉ ET OBTENU
LA NATIONALITÉ DANS UN PAYS ÉTRANGER, MAIS EN ONT
PRÉALABLEMIiNT AVERTI LES AUTORITÉS COMPÉTENTES
DE LEUR PAYS ET EN ONT OBTENU l'aUTORISATION,
NE PERDENT PAS LA NATIONALITÉ ALLE-
MANDE.
Voilà qui est carré. Voilà qui est net. Soyez
certains que Lucien Baumann avait préalablement
averti les autorités compétentes de son pays, ou
mieux que les autorités compétentes de son pays lui
avaient elles-mêmes donné le conseil de se c faire
Français », de « devenir Français ». M. Fernand
David, ex-ministre du Commerce, est un bien grand
ignorant, s'il ne connaît pas la loi Delbruck. Il est
un bien grand coupable, si, la connaissant, il ose faire
la réponse qu'il a faite à M. le sénateur Le Breton.
M. Fernand David n'avait qu'à demander à sou
collègue du Ministère de la Guerre, si Lucien Bau-
mann, t devenu Français » dans uns intention très
DÉTERMINÉE, uc figurait pas sur une certame liste de
personnages à surveiller et à arrêter dès la première
heure de la mobilisation, liste qui aurait survécu à
la destruction, par les amis du traître Dreyfus, du
42 I' AVANT-GUERRE
Bureau des Renseignements. Payant d'audace et
sentant la situation intenaj-le, le juif allemand Lu-
cien Baumann écrivit à M. le Sf'nateur Le Breton la
lettre suivante :
Corbeil, le 2G juin 1912.
Monsieur le Sénateur,
Je lis clans le Journal Officiel d'aujourd'l ... vjL.ô,
dans la séance d'hier, vous avez déclaré à la tri 1 -une du
Sénat que la Société des Grands Moulins de Corbeil
était placée sous la direction d'un étranger, on dit
même d'un officier de la Landwehr allemande.
Comme cette allégation me vise personnellement, la
vérité m'oblip^e à la rectifier d'une fa<;on très nette.
Né à Strasbourg en 1867, de parents français, j'ai dû.
après 1870, rester avec ma famille dans mon pay>
natal; mais, sur ma demande, j'ai obtenu, en 1907, ma
réintégration dans la nationalité française.
Je suis donc Français, et, non seulement je n'ai jamais
été officier allemand, mais encore je sais, depuis ma
réintégration, soumis aux lois militaires françaises, fai-
sant partie de la classe iy07.
Veuillez agréer, Monsieur le Sénateur, l'expression
de mes sentiments distingués.
Signé : Lucien Baumann.
Je faisais remarquer le lendemain que Lucien
Baumann, étant juif, né de parents juifs, n'avait
aucun droit, en aucune circonstance, au titre de
Français.
Mais j'entrai dans sa fiction de » juif égale fran
çais », et je posai à ce juif les ({ucstions que voici .
!• Si Lucien Baumann est si Français que ça,
comment a-t-il attendu de 1870 à 1907 — c'es^à-dire
trenie-%(*'pi am — pour demander «a réintégration?
N'a-t-il pas précisément attendu d'ôtre délié de toute
obligation militaire réelle en France'f
LUGiEW iiAUMANN 43
2° Comment peut-il se faire que, sujet allemand
de 1870 à 1907, il ait échappé à la c >n?cnption alle-
mande? IL EST IMPOSSIBLE QU'iL n'aiT PAS ACCOMPLI
SON SERVICE MILITAIRE EN ALLEMAGNE ;
3° Sa réintégration dans l'armée française en 1907,
à Vâge de quarante ans — c'est-à-dire dans la réserv'?
de la terrûoHale, — est une mauvaise plaisanterie.
Dans quel corps français, en effet, stitisf ait-il à cette
illusoire obligation militaire?
Je concluais :
« On saisit ici sur le vif l'aplomb phénoménal de
« cet agent juif-allemand qui combine toutes choses
« pour « se faire Français », de façon que cette na-
« turalisation à la Grumbach ne comporte pour lai
« aucune obligation militaire en France, alors que
« forcément ii avait dû remplir son obligation mili-
« taire en Allemagne ! Juif de naissance, Allemand
« de choix, puis « Français » par nécessité, soldat
« allemand, réserviste de la territoriale française,
« cet agent de l'étranger qui nous affame, nous me-
« nace et essaie de nous jeter de la poudre aux
« yeux, en attendant de nous tirer du plomb dans
« le corps, est complet. »
Ces considérations étaient exposées et ces ques-
tions étaient posées dans le numéro de VAction
Française du 28 juin 1912. Il n'y fut fait aucune es-
pèce de réponse par le principal intéressé. Or, j)eu
de temps après, nous recevions la lettre suivante que
nous adressait quelqu'un de très compétent :
Monsieur le rédacteur en chef,
Dans le numéro de VAction Française du 28 juin 1912,
vous avez reproduit une lettre du sieur Lucien Baumann
adressée à M. le sénateur Le Breton. M. Baumann y
44 LAv A-M-VJ.UERRE
déclare que, né à Strasbourg en 18G7,il a obtenu en 1007
sa réintégration dans la nationalité iiaiiçaise et que,
depuis lors, il est soumis aux lois militaires françaiïses,
faisant partie de la classe 1007.
Dans les commentaires dont vous faisiez suivre cette
lettre, vous observiez que M. Baumann, réintégré dans
l'armée française en 1907, à l'âge de quarante ans, était
classé dans la réserve de l'armée territoriale.
Voulez-vous me permettre de vous signaler qu'il y a
là, de votre part, une légère erreur? Ce que vous dites
serait vrai si nous étions encore sous l'empire de la loi
de recrutement du 15 juillet 1889, laquelle disposait, dans
son article 12, que «• les individus devenus Français par
voie de naturalisation, réintégration ou déclaration faite
conformément aux lois, sont portés sur les tableaux de
recensement de la première classe formée après leur
changement de nationalité », mais « ne sont assujettis
qu'aux obligations de service de la classe à laquelle ils
appartiennent par leur âge ».
Mais la loi du 21 mars 1005 a modifié ces dispositions.
Son article 12, après avoir ordonné, comme celui de la
loi de 1889, l'insciiption des naturalisés ou réintégrés
sur les tableaux de recensement de la première classe
formée après leur changement de nationalité, ajoute, en
elTct :
• Les individus inscrits sur les tableaux de recense-
ment en vertu du présent article... sont incorporés en
même temps que la classe avec laquelle ils ont pris part
aux opérations du recrutement. Us sont tenus d'accom-
plir le même temps de service actif, sans que toutefois
cette obligation ait ])Our elïet de les maintenir sous les
drapeaux... au delà de leur vingt-septième année révolue.
Ils suivent ensuite le sort de la classe avec laquelle ils
ont été incoiporés. Toutefois, ils sont libérés à titre défi-
nitif à l'âge de cinquante ans au plus tard. •
Il suit de là que le sieur Lucien Baumann, réintégré
dans la nationalité de Français en 1907, à l'âge de qua-
rante ans, a été incorporé en même temps que la classe
1907, mais dispensé de service actif. 11 suit le sort de
cette classe, laquelle, incorporée en 1908, a été libérée
en 1910 et versée dans la réserve de l'armée active.
LUCIEN BAUMANN 45
M. Baumann fait donc partie de la réserve de l'armée
active, et y restera jusqu'à sa libération définitive, en
1917, car à cette époque la classe 1907 sera encore dans
la réserve de l'armée active.
Cette classe 1907 doit faire cette année même sa pre-
mière période de 23 jours. M. Baumann va donc revêtir,
s'il ne l'a déjà fait, l'uniforme fran<;ais.
Veuillez agréer, Monsieur le rédacteur en chef, l'ex-
pression de mes sentiments les plus dévoués.
Un commandant de reerulement
en retraite.
D'après ceci, le juif-allemand, délégué aux Grands
Moulins de Corbeil, à l'approvisionnement de Paris
par le gouvernement allemand, a dû revêtir l'uniforme
français pour une période de 23 jours. Voici Lucien
Baumann à cheval sur deux devoirs militaires, puis-
que, comme nous l'avons expliqué, sa naturalisation
française et même sa parodie de service militaire
français à l'âge de quarante ans ne Venipêchent nulle-
ment, aux termes de la loi allcrnandey de demeurer
un bon et fidèle sujet allemand. Ainsi donc, dès la
première heure de la mobilisation, habillé d'un uni-
forme mi-parti, français à droite, allemand à gauche,
un casque à pointe négligemment fiché sur son képi
de soldat de deuxième classe, M. Landwehr-Rcscrve
Lucien Baumann aurait toute facilité de saboter,
d'une main solide, « zum befehl », la première mino-
terie de France, de façon à affamer Paris.
Non content d'avoir fait marcher pour sa défense
le ministre du Commerce Fernaad David, le juif-alle-
mand Lucien Baumann fit encore donner en son hon-
neur le président du Conseil d'administration des
Grands Moulins de Corbeil, M. Benjamin Rossier,
qui tint le discours suivant à l'assemblée générale
46 l'avant-guerre
d'octobre 1912 [L' I nj ormatioyx du dimanclie 27 octo-
bre 1912j.
Messieurs,
Permettez-moi d'ajouter quelques paroles au rapport
de votre conseil d'administration.
Nous désirons en elïet adiesser aujourd'hui, devant
tous, un témoignage reconnaissant à M. Lucien Bau-
mann, pour la façon intelliirente et expérimentée dont il
a su prendre en mains la déiense de vos intérêts, depuis
le jour où il a été appelé a rénover les Moulins de
Corbeil.
La situation prospère qu'il a réussi à leur reconquérir
lui a attiré des attaques aussi violentes qu'injustifiées.
On l'a traité d'étranger, et on a, par déduction, présenté
votre Société comme une minoterie à la solde de l'Alle-
magne. Il est nécessaire de protester hautement contre
de pareilles allégations. M. Baumann, né à Strasbourg
en lb<67, a rcclamé sa réintégration de Français, quand,
après avoir réorganisé votre entreprise, il consentit à
quitter sa ville natale et la haute situation qu'il y occu-
pait, pour se consacrer à la direction des Grands Mou-
lins de Corbeil, affirmant ainsi qu'il était Français par
le cœur autant que par la naissance.
Quant a votre Société, ce n'est pas à vous, Messieurs,
que nous aurions àdéclarer qu'elle est une Sociote émi-
nemment française; française par ses origines, fr'»nçaiso
par SOS actionnaires, fiançaiso par son conseil d'admi-
nistration, française par son personnel, française par
toutes les ressource» qu'elle est prête à mettre au ser-
vice du pays à son premier appel.
Mais nous avons tenu à proclamer ic» ces vérités que
vous connaissez tous, afin que vous soyez assurés que,
sans nous laisser émouvoir par d'injustfs polémiques,
M. Baumann et nous, nous continuerons à remplir,
comme par le passé, notre devoir de mandataires, sou-
cieux de contiiî'uer à la pr- de votre Société, et
certains de jusuiier ainsi la :\re que vous voulez
bien nous témoigner.
Cette apologie du juif allemand Lucien Baumann
LUCIEN BAUMANN 4?
est d'une bouffonnerie cynique. Si quelqu'un, en eifet,
était peu qualifié pour délivrer un pareil certificat
de civisme français, c'était certainement M. Benjamin
Rossier.
Premièrement, M. Rossier n'est pas Français mais
Suisse. De plus, en tant qu'émanant du président du
Conseil d'administration des Grands Moulins de Cor-
beil, sou attestation forcément intéressée n'a aucune
espèce de valeur. M. Rossier est également adminis-
trateur délégué de la Banque suisse et française et
chacun connaît les attaches allemandes de ladite
Banque suisse et française, laque] le fait les affaires
des Grands Moulins de Corheil et est en étroites et
constantes relations d'affaires avec elle. II suffit de
consulter la liste des personnalités composant le Con-
seil d'administration de l'une et l'autre Société pour
s'en convaincre.
Enfin ce n'est pas devant une assemblée d'action-
naires et par la voix d'un président du Conseil d'ad-
ministration que Lucien Baumann eût dû répondre
indirectement à nos accusations. C'est devant l'opi-
nion publique.
Lucien Baumann, malgré ses défenseurs mala-
droits, eût dû être deux fois suspect au gouvernement
français en sa double qualité de juif et d'Allemand.
Or il n'est pas le seul de sa race aux Moulins de
Corbeil et, malgré les affirmations, san^ valeur du
reste, de M. Rossier, nous persistons à affirmer que
le haut personnel de ces moulins était tout récem-
ment encore peuplé de juifs et de sujets allemands
ou suisses allemands. Les créatures de Lucien Bau-
mann y foisonnent.
Mais, dira-t-on, s'il est en effet déplorable qu'un
et iblissement de cette importance soit entre les
48 l'avant-guerre
mi^ins d'un Allemand en temps de paix *, il n'est
pas douteux qu'en temps de guerre S'js services
seraient réquisitionnes par l'autorité militaire. Telle
1. Dans une seule journée Lucien Baunnann a pu provoquer
impunément une hausse de trois francs par quintal de blé. Le
résultat a été de faire monter immédiatement le prix du pain
de 5 centimes le demi-kilogramme.
Décidé à provoquer une crise sur le blé au début de l'été 1912,
mais devinant que son rôle serait dénoncé et flairant que des
questions lui seraient posées par des actionnaires récalcitrants,
il racheta à tour de bras ses propres ariions des Moulins de
Corbeil comme un homme qui aura besom à un moment donné
de tenir complètement la Société dont il est l'administrateur-
délégué.
Le 14 février 1912, Lucien Baumann faisait acheter 35 ac-
tions ;
I>e 15, il en faisait acheter 81;
Le 17, il en faisait acheter 20 ;
Le 20, il en faisait acheter 13;
Le 21, il en faisait acheter 41;
Le 22, il en faisait acheter 4 ;
Le 23, il en faisait acheter 34;
I^ 2G, il en faisait acheter 45;
Le 27, il en fai^^ait acheter 35;
Le 28, il en faisait acheter 21 ;
Le 29, il en faisait acheter 2.
Ces achats se poursuivaient pendant tout le mois de mars.
Le 16 mars, Lucien Baumaim faisait acheter 100 at lioiis d'uN
coup et, le 10, il en faisait acheter 51. Dans l'intervalle, il no
vendait pas un seul titre.
Cependant les journaux qui se disent patriotes taisaient !e
nom et le cas de Baumann.
Seul, à la Chambre, le socialiste Lauche a osé tenir le dis-
cours suivant : « Ce sont les grands meunier.^ qui ont spéculé
ii la hausse, en accaparant le blé. et vous ne les fiapi»e7. pas.
Vous les connai.ssez pourtant bien. Il y a le directeur des
Moulins de Corbeil. C'est ce meunier, un Allemand, qm
délient le blé. Que fericz-vous en cr.s de conflit international,
vous qui vous dites patriotes? [jca Moulins de Corbeil ont joué
à la hausse ot ont élranu'lé le marc'ic. En mémo temps ils
vendent la farine à un prix qu'aucun polit meunier ne peut
offrir. Il y a là une manœuvre abominable qui consiste à faire
monter lo pn\ du blé et à ruiner le petit commerce. »
LUCIEN BAUMANN 49
est sans doute l'intention du gouvernement. C'est
alors aussi que risque d'intervenir le sabotage pa-
triotique allemand, des que sera apposé sur les
murs le décret de mobilisation. L'envahissement
allemand en temps de paix permet ce sabotage sys-
tématique en temps de guerre, facilite la destruction
des magasins d'approvisionnemiont et des travaux
d'art, lignes de chemins de fer, communications télé-
graphiques, aqueducs, viaducs, ponts et forteresses.
L'armature industrielle de notre pays a fait d'im-
menses progrès depuis 1870-1871. Ces progrès eux-
mêmes nous exposent davantage aux entreprises de
l'envahisseur, soit qu'il anéantisse et disloque nos
ouvrages, soit qu'il se contente d'éteindre les feux,
de pervertir ou de supprimer le combustible. On
conçoit ainsi l'intérêt qu'a l'Allemand à se glisser,
dès à présent, dans ce que j'appellerai nos œuvres
vives, à se faire notre fournisseur en pain blanc d'ali-
mentation humaine ou en pain noir d'alimentaticni
industrielle, — c'est-à-dire en charbon — de façon à
pouvoir, au moment voulu, et sur un simple signal
de Berlin, nous aiïamer de toutes les manières.
Cependant une note publiée par Vlntransipeant ouvre un
jour singulier sur les procédés employés par le juif alleinnrid
Lucien Baumann « pour neutraliser d'avance la grande
presse »».
« Il a fait fabriquer par sa minoterie un produit (niclcoiuiue,
« une farine semblable à toutes les farines, mais qu'il a ma-
« nufacturée sous forme de pctitoc' boîtes destinées à être ven-
<« d>K'^ a-.i Hf't.iil. Et sous prétexte d'annoncer ce produit, les?
« rciM-'«'^nt.'ui:s (!■'. M. Fîoiimnnn vont, so présenter dans lo.--
« ^r.'inds journaux, otTrvni' -les budgets importants de publi-
« (îité aux rédacteurs pour ce produit à lancer.
« ^>n r-ompi^nd bien qu'il n'y a là qu'un prétexte. Mais dès
« que les Moulins de Corbeil auront ainsi mis le pied dans les
« divers organes de la grande presse, ils estiment qu'ils s'en
« seront faits des amis. »
50 l'avant-guirre
Je suppose qu'à l'instant où l'autorité militaire
française réquisitionnera les Grands Moulins de, Cor-
beil, ceux-ci explosent pour une cause inconnue —
à la façon ti'un simple cuirassé de Toulon — ou, par
une intervention également inconnue, se trouvent dé-
traqués et incapables de moudre avant deux ou trois
mois, une des pièces détachées allemandes essen-
tielles à leur fonctionnement manquant comme par
l'isard. Il sera trop tard alors pour maudire le mé-
ciiant destin et réunir une commission d'enquête. Dût
Lucien Baumann s'arracher les cheveux de déses-
poir, le mal sera fait et irréparable. La ville de Paris
.se>a affamée. Je sais bien que Lucien Baumann cher-
chait récemment à acquérir des moulins de la région
du Nord très connus. Mais ceux-ci ne suppléeraient
point ©n ces heures critiques, à la paralysie acciden-
tels, si inopportune ou si 0])portune — selon qu'on
l'er visage de l'un ou de l'autre côté de la frontière —
fr.«'V Grands Moulins de Corbeil.
•es moulins .sont outillés et organisés de telle
façon qu^en un quart dlieure ils puissent devenir inu-
tilisables. Ctiie constatation, au dire des techniciens,
serait extrêmement facile à faire, si on pouvait les
visiter. Mlùs depuis quelques mois surtout, ces éta-
blissements d'utilité publique, et que chacun a inté-
rêt à contrôler, sont préservés « à Tallemande »,
c'est-à-dire comme une forteresse, contre la curiosité
des visiteurs français ^ .
Néanmoins nous savons que l'outillage est alle-
mand. Il est identique à criai des Grands Moulins
de Strasbourg installés d'un»; façon grandiose et stra-
tégique à Sporeninsel. Il en est de même, assure-t-on,
1 L'huiie des machines provicTU cçalement de la maison
LUCIEN BAUMANN 51
du comité technique. Au jour de la mobilisation,
si une pièce de rechange manquait, et si l'on s'adres-
sait au fournisseur d'Outre-Rhin, il est })ien évident
que la réponse serait : « Mille regrets. Nous ne pou-
vons vous fournir cette pièce. Le gouvernement de
notre pays l'interdit absolument. »
Donc le gouvernement serait dans l'impossibilité
de faire fonctionner les Moulins de Corbeil faute de
pièces de rechange. Que deviendrait alors cette fa-
meuse réquisition ?
En attendant, M. Fadministrateur-délégué des
allemande Stern-Sonneborn comme en témoigne la commande
suivante passée par Lucien Baumann :
GRANDS MOULINS DE CORBEIL.
anciens établissements Darblay et Béranger
Fondés en 1830.
Société anonyme au capital de douze millions entièremeni
versé
Siège social
A
Corbeil (S.-et-O.)
Adr. Télég. : Corbellum-Corbeil.
Téléphones : 74-82-83-84 85.
Corbeil, 4 juillet 1912.
Société anonyme Siern-Sonneborn.
Rua Victor-Hugo
Pantin (Seine,..
Nous avons bien reçu votre honorée du 3 courant. Nous
avons remplacé l'huile Titania de la turbine à vapeur par de
l'huile Gloria, le 30 juin, et avons immédiatement remarqué
une différence de température.
Au palier de butée comme au palier de côté régulateur, !a
température de sortie de l'huile était 65" centigrades av-T
l'huile Titania; elle est actuellement à 55*.
Il est vrai qu'il faut tenir compte de l'état de propreté du
52 l'ava.nt-guerre
Grands Moulins de Corbeil s'entrune en temps dô
paix à rainer les meuniers français.
Le procédé habituel consiste à forcer la main aux
acheteurs pour des quantités de farine supérieures à
leurs besoins, en leur laissant espérer un crédit pro-
portionné à l'importance de l'achat. Puis, quelque
réfrigérant qui vient d'être nettoyé, mais il est toutefois cer-
tain que, mcnie avec un réfrigérant envasé, la température ne
dépassera pas 57 à 58» centigrades.
En ce qui concerne l'huile blanche pour transmissions, nous
avons remarqué encore un abaissement de température, mais
n'avons encore rien pu noter comme consommation.
A vous lire, veuillez agréer, Messieurs, nos salutations
empressées.
Le chef du service technique,
lUiêible.
Grands Moulins de Corbeil.
P. P** de radniini.strateur-délégué,
IllUible.
En s'adressant ainsi à un compatriote, notre homme a toutes
chances pour être bien servi. Mais rien ne prouve, par contre,
que la Société allemande Stern-Sonneborn apporte le même
soin dans la fourniture de l'huile destinée au scn'ice des
automobiles de l'armée française. C'est elle en effet qui a été
choisie par le Ministère de la Guerre, comme en témoigne cet
c.\ trait du prospectus de la Société :
uinis'i>:rp.
de la gl'krhk
Apre* un concours sécère, tant technique que vratique^
32 concurrente ont ctd éliminé* et
l'Huile Sternoline-Oiiag
a clé 8F.ULB retenue comme remplissant toutes les condi-
tions requises : elle est donc adoptée exclusivement pour le
SERVICE DES AUTOMOBILES DE L'aRMÉK FRANÇAISE
Ajoutons qu'en Allemagne le gouvernement vient de décré-
ter que les carburants des automobiles militaires seraient
dorénavant un monopole d'Etat !
LUCIEN BAUMàNN 53
temps après, Lucien Baumann et ses agents refusent
ou restreignent le crédit et attaquent les boulangers
et les courtiers qui ont donné dans leur panneau.
D'où une série de litiges qui représentent, pour les
petits boulangers, la lutte du pot de terre contre le
pot de for. Les Grands Moulins de Corbeil font par
ailleurs une concurrence acharnée aux meuniers
français. Ils vendent leur farlne a des prix trî^s
RÉDUITS, chose ÉTONNANTE, CAR ILS ONT DES FRAIS
DOUBLES : TRANSPORT DU BLÉ AUX MOULINS ; TRANSPORT
DE LA FARINE SUR LES MARCHÉS.
Lors des inondations de 1910, Lucien Baumann
augmenta sa farine de six ou sept francs par gros
sac (150 kilogs), au moment précis où les boulangers
consentaient d'énormes sacrifices pour venir en aide
aux populations. Voilà, pour un « Français de la
quarantaine en 1907 », du patriotisme bien entendu.
Jugez un peu de ce que Lucien Baumann eût fait
s'il était demeuré sujet et soldat allemand !
Le 2 octobre 1912, VHuinanité signalait un nou-
veau coup de Bourse de Lucien Baumann qui se
serait livré, d'après elle, à une opération singulière :
« L'opérateur principal — je n'hésite pas à le nom-
mer — est un personnage que ses précédents exploits
en Bourse ont déjà rendu notoire : c'est M. Bau-
mann, directeur des Grands Moulins de Corbeil. Un
peu avant trois heures, un de ses représentants à la
Bourse a déclaré : « Je prends et je donne à 30,65. »
C'était là Tétranglement classique du découvert, qui,
la base de liquidation étant 27,90, devra donc payer
une prime de 2,75 par quintal. Le bénéfice réalisé
par les haussiers serait, dit-on, considérable. »
Le fait qu'une minoterie joue à la hausse n'est
évidemment pas banal, mais il s'agissait là d'uno
54 l'avànt-gubrre
spéculation à laquelle aurait été mêlée la Baii.jue
Suisse et Française, autrement dit la banque des
Grands Moulins de Corbeil.
Il était naturel que les deux sociétés, ayant des
administrateurs communs, eussent partie liée dans
uu coup de ce genre. Or il est de notoriété publique
qae, selon l'expression de la Revue Financière des
Deux Mondes, la Banque Suisse et Française est
« une caudataire de la Deutsche Bank ».
Il y aurait une étude des plus curieuses à faire sur
les procédés masqués d'intermédiaire et de substitu-
tion qu'emploie ainsi la finance allemande pour
capter et malaxer et faire servir aux visées alle-
mandes l'or français. Certaines maisons, d'apparence
française, ne sont que des agences allemandes qui
drainent impudemment nos capitaux. Tout cela, en
attendant le grand projet d'introduction des valeurs
allemandes à la Bourse de Paris, desideratum non
seulement de toute la finance juive, mais encore de
tous les parlementaires français du clan des Ya,
éminents jetons de présence dont quelques-uns se
donnent comme de fouirueux patriotes.
Pour en revenir à la Ba.iqnc Suisse et Française
d«,s Grands Moulins de Corbeil et de Lucien Bau-
1.1 inn, apprenez que :
Sous rinspiratioD de la linance teutonne, cette Gret-
rhon hybride a constitué un organisme bizari'e qui vien;
; ' I de Soc i 'te Finnuritrc Frai.
• créée, le 1^^ juin dernier, au
capital de six millions de francs, divisé en 1.200 actions
' " ' " -. On notera, en passant, le r! ',
i-ve du [.air. C'e.-t la niotliodc
Inutile de dire que la nouvelle entreprise n'a de fran-
çais que \o. nom. 11 suflit de lire af.entivernent ses sta-
tuts pour voir que le mot • étranger » y figure aussi
LUCIEN BAUMANN 55
Bouvent que le mot « français », la dernière signification
ne servant que de paravent.
Or, cette Société, qui ne compte pas encore trois
semaines d'existence, vient d'avoir l'aplomb de deman-
der l'appui de capitaux français en vue d'un grand
emprunt de cinq millions de francs, en 10.000 obliga-
tions de 500 francs 4 1/2 0/0 qui seraient émises au prix
de 470 francs.
Que valent de pareils titres?
PouT" s'en rendre compte, il suffit de méditer sur les
observations suivantes :
1° L'objet de la Société Financière Française est
extrêmement vague, et cela à dessein, parce que son
véritable but, qui est de venir en aide à des industriels
ou à des commerçants allemands gênés dans leurs
affaires, ne pouvait être avoué publiquement;
2'^ Le Conseil d'administration ne renferme aucune
personnalité de marque ;
3° Les formalités exigées pour un appel au crédit en •
France n'ont pas été, en réalité, observées. La loi
exige, en effet, la publication d'un premier bilan. Or,
celui-ci ne paraîtra que le 30 juin 1913, donc un an
après la tentative d'émission à laquelle on procède
actuellement ;
4° Les obligations ne reposent sur aucune garantie,
car c'est un leurre de proclamer gravement que ces
titres ont comme garanties le capital et les prêts con-
sentis par la Société.
On se garderait bien de déclarer que les prêts en
question seraient garantis par une hypothèque au prolit
des obligataires. Dès lors, ils n'ont comme sûreté que
les brouillards de la Sprée ou du Neckar ;
5® Fait significatif : ni la Banque de Paris, ni le Cré-
dit Lyonnais, ni la Société Générale, ni aucun de nos
grands Etabli^semients de crédit n'ont ouvert leurs gui-
chets à la souscription. Ce silence équivaut à une con-
damnation.
Conclusion : Les Grands Moulins de Corbcil,
Lucien Baumann, la Banque Suisse et Française, la
5R l'avant-gubrre
Société Fniancière Française, tout cela n'est qu'une
même pompe allemande à plusieurs pistons qui
aspire l'or et fait monter le cours du blé. Ces sociétés
allemandes arborent le titre de « françaises », simple
mesure de prudence pour écarter les soupçons des
patriotes peu clairvoyants, et agitent avec frénésie
sur leur tête notre pavillon national aPm de couvrir
leurs menées diverses.
Dans quelle autre nation civilisée une telle situa-
tion serait-elle tolérée?
Imagine-t-on un minotier français installé aux
portes de Berlin, susceptible d'afl'amer Berlin en
vingt-quatre heures en cas de guerre et s'amusant,
en temps de paix, à faire la <lisette par l'agio-
tage?
C'est cependant ce qui se passe cliez nous trait
pour trait. Le gouvernement de la République nous
iinpn^fî une servitudo sans oxf'in[)le.
DEUXIEME PARTIE
LA DÉFENSE NATIONALE
TRIBUTAIRE DE L'INDUSTRIE
ALLEMANDE
LA DEFENSE NATIONALE TRIBUTAIRE
DE L'INDUSTRIE ALLEMANDE
Ce qui se passe pour le pain à Corbeil se passe
également pour le charbon, ce pain noir de l'indus-
trie, dans nos forts de F Est. Avant d'exposer l'extra-
ordinaire situation qu'a faite de ce chef, à ces forts,
le gouvernement de la République, je tiens à rappe-
ler encore que, de 1899 à 1905, le grand État-Major
allemand ne fut plus considéré par nos gouvernants
que comme une réserve de témoins éventuels à la
décharge et en faveur de Dreyfus. Il importait donc
de mécontenter le moins possible ces témoins, de
faire tomber une à une devant eux toutes les barrières
de la Défense Nationale. On verrait après... On a vu.
CHAPITRE PREMIER
DANS NOS FORTS DE L'EST
LE CHARBON ET L'OUTILLAGE SONT
FOURNIS PAR DES ALLEMANDS
LE CHARBON
Nous visnons de voir qu'un Lucien Baumann, juif-
allemand « naturalisé » à 40 ans, aurait toutes facili-
tés pour affamer la capitale et désorganiser une
grande partie du marché français, au moment d'une
déclaration de guerre. De même les compagnies alle-
mandes qui fournissent de charbon allemand nos forts
de l'Est, pourraient à ce moment critique, soit en
cessant leurs approvisionnements, soit en pratiquant
un sabotage méthodique du produit livré, contraindre
ces forts à une inaction dont les conséquences
seraient désastreuses.
Si incroyable que le fait puisse paraître aux
aveugles, qui ont encore conservé quelques doutes
sur la malfaisance du régime, la situation est la sui-
vante : Nos forts de l'Est reçoivent leur charbon de
62 l'avant-guerre
fournisseurs allemands, auxquels le gouvernement
français accorde même des facilités qu'il refuse à
nos nationaux. L'outillage de ces mêmes forts est
également allemand.
Nul n'ignore quel rôle capital joue la question du
charbon dans l'industrie moderne. Le charbon est
aussi utile que le fer et il est actuellement hors de
doute que si nous voulions interdire à l'Allemagne de
continuer à s'approvisionner chez nous de minerai de
fer nous irions rapidement à un conflit armé avec
notre voisine. Sans charbon, sans fer, l'industrie ne
peut vivre et sa ruine entraînerait fatalement et à
bref délai celle d'un Etat aussi essentiellement
industriel que l'État allemand.
Mais si cette question du charbon est appelée à
jouer un rôle vital dans l'industrie en temps de paix,
ce rôle n'est pas moindre dans l'industrie de la guerre.
Si le charbon donne la vie à toutes ces puissantes
machines qui distribuent la chaleur, la force, la
lumière, c'est aussi grâce à lui que nos arsenaux
s'emplissent. Sans lui nos vaisseaux seraient des
corps sans vie. Sans lui nos forts de l'Est ne pour-
raient plus faire entendre les puissantes voix dont
retentiront un jour peut-être proche, les échos de
nos frontières. Il faut donc que ces sentinelles vigi-
lantes soient largement approvisionnées.
C'est le premier devoir d'un gouvernement d'y
tenir la main et aussi d'exercer sans relâche une
surveillance continuelle sur la qualitf'' du charbon
livré. Cette fourniture doit être entourée de toutes les
garanties possibles.
La première devra être demandée à la nationalité
du fournisseur. Il faudra s'adresser avant tout à un
fournisseur français. L'État pour son industrie mili-
DANS NOS FORTS DE l'e^T 63
taire ne peut agir comme un simple puiliculicr qui,
lui, a toujours le droit de rechercher les conditions
financières les plus avantageuse-.
Même si ses nationaux demaudaient pour leur four-
niture un prix plus élevé que oelui offert par la con-
currence étrangère, l'Etat ne devrait pas hésiter a
Tacceptir. C'^st son intérêt c<ïvtain.
En s'adressant à son ennemi, dont le devoir
patriot' îue est l'opposé du sien, l'Etat commet un
véritable crime contre la Patrie.
C'est de ce crime que se rend coupable notre gou-
vernement quand il approvisionne nos forts les plus
importants, les plus menacés, à l'aide d'un combus-
tible fourni par notre ennemi éventuel. Il les expose
ainsi, pour le jour de la déclaration de guerre, soit à
la paralysie, soit au sabotage. Car le charbon fuit
partie de l'outillage du fort et de son approvisionne-
ment au même titre que le pain est la base de l'ali-
mentation. Le charbon est indispensable aux dyna-
mos actionnant les grosses pièces de siège. Il est
indispensable à la forge, à l'atelier de réparations. Il
est indispensable au chautïage. Le fort sans charbon
est frappé d'inanition. Il n'a pas d'autre alternative
que de se faire sauter lui-même ou de se rendre à
l'adversaire.
Parmi les principaux fournisseurs du charbon uti-
lisé dans nos forts de l'Est, se trouvent deux firmes
allemandes :
1"* La maison Hansen et Neuerburg deSarrebrùck'
dont l'agent à Nancy serait un juif du nom de P... ;
1. Dès l'apparitioa dans l'Action Française de nos pre-
mières notes sur la germanisation par le combustible des
forts français dans la région de l'Est, c'est-à-dire au mois do
décembre 1911, alors que les principaux journaux de Paris,
64 L AVANT-GUERRE
2* La compagnie des mines de la Houve, dont le
siège est à Strasbourg, 1, rue du Faisan, qui compte
même patriotes, jugeaient inutile de signaler à leurs lecteurs
que la plupart de nos forts de l'Est étaient approvisionnés de
charbon allemand, notre confrère Hubert Bailly nous appoi- lait
sa contribution dans les lignes suivantes :
« La maison allemande Hanscn et Neuerburg a son siège à
Paris, 3, rue de La Boëtie, et des succursales, notamment à
Sarrebrùck et à Nancy.
• Le directeur de la succursale de Nancy se nomme Mau-
rice Madère,
« Indépendamment de la maison Hansen et Neuerburg, les
forts et camps retranches du "• corps, tels (^ue Belforl, Lan-
gres, Epinai, sont alimentés en charbon par MNf. Chatel et
Dollfus, de Belfort, et ceux-ci fournissent exclusivement du
charbon allemand.
« Ajoutons que Chatel et Dollfus fournissent aussi, toujours
exclusivement de charbons de provenance allemande, un
grand nombre d'administrations publiques de la région, le
lycée de Vesoul, pour nous borner à un seul exemple.
« Nous nous bornons pour aujourd'hui à ces indication»
précises, iiue le Ministère de la Guerre ne démentira pas. »
On m'affirme — de source sérieuse — que l'un des deux
propriétaires de la maison alltmando Hansen et Neuerburi;,
laquelle approvisionne en charbon allemand plusieurs de nos
forts de l'Est, serait consul d'Allemagne à Charleroi. Le
renseignement est à vérifier sur place. S'il était exact, il en
résulterait que ce personnage oHiciel allemand aurait accès,
comme fournisseur de l'État français, dans nos forts français!
On m'assure aussi que la maison allemande Hansen et
Neuerburg, de Sarrebrùck, aurait, avec la Compagnie du
Gai à Paris, un contrat qui lui assurerait le monopole de la
vente du coke aux industriels abonnés de ladite Compagnie.
Quand une autre maison se présenterait chez ces industriels
f)ùur leur proposer du ojkc, il serait répondu : « Impossible.
Nous devons nous fournir chez Hanson et Neuerburg. »
On racoTitc encore que pendant la crise franco-allemande de
l'été de 1911 on pouvait voir, dans la gare de Neufchàteau,
dcg soldat* français en uniforme, dvchargeant du charbon
d'un Lcagon tout Jlambant neuf portant les aigles alle-
mandes. Ce charbon était destiné aux ouvrages français.
• Spectacle honteux » et symbolique. Venez donc nier, après
cela, que le gouvernement de la République soit bien celui de
l'étranger !
DANS NOS FORTS DE l'eST 65
dans son conseil de surveillance M. H. d'Olsinger
et le baron de Stûcklé, et qui a pour directeur
M. Uhry.
Ceci n'est d'ailleurs qu*un point secondaire. Ce qui
est inouï, invraisemblable et scandaleux, c'est que
ces fournitures de charbon allemand, livré par des
maisons allemandes à nos forts de l'Est, aient été
obtenues par adjudication.
Si nous ouvrons le cahier des clauses et conditions
générales imposées aux titulaires de tous les marchés
relatifs au département de la Guerre (du 16 février
1903) à la page 9, article 25 : « Provenance des four-
nitures » , on lit ceci :
Sauf exceptions prévues dans le cahier des charges
spéciales, les matières et denrées livrées doivent être
d'origine française, ou provenir des colonies françaises
ou des pays de protectorat. Les etïets et objets doivent
être de confection ou de fabrication française, ou avoir
été confectionnés ou fabriqués soit dans les colonies
françaises, soit dans les pays de protectorat. Le titulaire
du marché aura à justifier de l'origine, toutes les fois
qu'il en sera requis.
Je n'ai pas besoin de m'étendre longuement sur la
nécessité absolue d'une telle précaution, dont on re-
trouve la trace dans tous les cahiers des charges
spéciales. En voici un exemple pris au hasard, dans
le cahier des charges des ateliers de construction de
Lyon :
Article 12. — Les charbons doivent provenir exclu-
sivement des mines françaises. Les briquettes peuvent
être obtenues avec des matières de provenance étran-
gère, pourvu qu'elles aient été fabriquées dans des
usines françaises.
66 l'avant-guerke
Mais depuis quelques années, les cahiers de
charges spéciales laissent là-dessus une étrange lati-
tude. J'ai, par exemple, sous les yeux celui du 20*
corps d'armée, du i" avril 1911 au 3f mars 1912.
J'y lis à l'article 3 : Conditions de provenance :
Par exception, les combustibles de provenance étran-
gère seront admis dans les livraisons à faire dans les
places ci-après, pourvu qu'ils remplissent les condi-
tions de qualité énumérées à l'annexe 1 du cahier des
charges communes et du présent cahier des charges
spéciales... Toutefois, les adjudicataires ne pourront
livrer des combustibles do provenance étrangère qu'au-
tant que cette provenance aura été nettement spécifiée
dans leur soumiï^sion.
Suit une énumération des places ainsi consacrées
au combustible allemand et à des adjudicataires qui
ne sont autres, évidemment, que les agents des mai-
sons allemandes : Baccarat, Bourlémont, Frouard,
Luné ville, Manonviller, Nancy, Neufchâtcau, Pagny-
la-Blanche-Côte, Pont-à-Mousson, Pont-Saint- Vin-
cent, Ilambervillers, Saint-Nicolas-du-Port et Toul...
C'est, comme on le voit, assez coquet.
Il serait fort intéressant de savoir quelle influence
est intervenue au ministère de la Guerre, pour
annihiler une clause et condition essentielle, et même
nationale, au bénéfice des mines allemandes de la
Houve et de la firme allemande Ilansen et Neuer-
burg. Le bon marché relatif des charbons allemands
ne saurait être une explication. En elTet, en admet-
tant (jue les mines et houillères françaises du Nord
et du I^as-de-Calais fassent des prix plus élevés que
les compagnies allemandes, il existe une nmltitude
de firmes françaises ayant en mains, par marches
DANS NOS FORTS DE l'EST 67
réguliers, des diarbons allemands susceptibles d'être
livrés, même par adjudication, à de bons prix pour
les intérêts de nos forts. Ces maisons, au point de
vue de la défense nationale,, offriraient toutes les
garanties. En cas de guerre, elles pourraient très
bien prévoir, dans leurs contrats, des remplacements
de charbons allemands par des charbons de mines
françaises, avec lesquelles elles travaillent égale-
ment.
En d'autres termes, il y a deux choses dans un
contrat : la livraison et le livreur. Non seulement, le
gouvernement français, quand il s'agit des forts de
l'est, accepte, au mépris du cahier des charges
générales, la livraison allemande; mais il accepte
encore, sans nécessité, le livreur allemand.
Demandons-nous maintenant ce qui se passerait au
moment de la déclaration de guerre : à la page 14,
article 38 de la même brochure bleue du ministère
de la Guerre, on lit ceci :
Sauf indications contraires, contenues dans les cahiers
des charges spéciales, le cas de guerre ne dégage pas
l'entrepreneur des obligations qu'il a contractées. Tou-
tefois, si les conditions du marché ont été profondé-
ment modifiées du fait de la guerre, l'entrepreneur est
admis à réclamer au ministre, sauf recours au Conseil
d'Etat, soit la résiliation pure et simple du traité, soit
le paiement d'une indemnité équitable.
De deux choses l'une : ou la firme Hansen et
Neuerburg et la compagnie des mines de la Houvo
continueraient, en cas de guerre franco-aile ftande,
d'approvisionner de charbon nos forts de l'Est. Ou
elles rompraient le contrat et cesseraient leurs livrai-
sons.
68 L AVANT-OUBRRE
Dans le premier cas, je n'ai pas à insister sur le
dançer de confier à l'adversaire en armes l'approvi-
sionnement en charbon de nos forts. C'est comme si
an particulier confiait les clés de sa maison à son
pire ennemi et le chargeait d'aller faire ses provisions
de bouche. On voit d'ici les conséquences. La firme
Ilansen et Neuerburg, les mines delà Houve se trou-
veraient dans la cruelle nécessité ou bien de trahir
l'Allemagne, en livrant de l'excellent combustible
aux forts français de l'Est, ou bien de tromper la
France en lui livrant, pour sa défense immédiate, un
mauvais charbon *. Dans la crise de tension politique
et économique précédant la déclaration de guerre, la
même redoutable alternative se poserait quant au
stock de réserve. J'imagine les angoisses par les-
quelles ont dû passer MM. Ilansen et Neuerburg et
Jes mines de la Houve, pris entre leurs obligations
professionnelleî: et leur devoir national, pendant
la récente période d'alarme juillet-aoùt-septembre
1911 ^
1. Comme illustration aux risques que fait courir l'emploi
du charbon étrantrer, un correspondant me communiquait 1»
note suivante : « Vers la fin de la guerre de Sécession, lo»
Confédérés aux abois, bloqués de toutes parts par les escadre*
fédérales, s'avisèrent de laisser capturer par l'ennemi u>
navire chargé de briquettes de charbon. Naturellement lo»
fédéraux s'en servir pour chauffer leurs navires de guerrô.
Or, certaines de cet briquettes étaient bourrées de poudra
Des explosions se proihiisirent dans les chaufferies, et certainji
navires furent immobilisés pour longtemps. »
Ceci, c'est le péril n" 2, par sabotage direct. Le péril n» 1»
par refus de livraison du combustible, par la faim noire, est
à la fois plus banal et plus menaçant.
2. Ecoutez ceci, qui est d'hier et que m'affirment des par
sonnes bien renseignées. Dos le début de la dernière tension
diplomatique au sujet du Maroc-Congo, le gouvernement
français demanda à la maison Clément-Bavard un dirigeable
neuf. D'autre part, comme il y en avait en service plusieura
DANS NOS FORTS DB l'eST 69
Dans le second cas, — rupture brusque du contrat,
— je laisse à penser le désarroi que causerait dans
l'approvisionnement en combustible de nos forts, sur
la zone la plus menacée, ce changement soudain de
fournisseurs, au moment de la mobilisation! Une
pareille mesure équivaudrait au désarmement de
plusieurs de nos forts de l'Est, dès le début des hos-
tilités.
Pendant qu'on chercherait, au milieu du trouble
général, à s'approvisionner ailleurs, en toute hâte,
les colonnes allemandes passeraient tranquillement
sous des forts français aux feux éteints.
La raison se refuse vraiment à admettre que les
de son système, on lui donna l'ordre de mettre, le plus tôt
possible, des pièces de rechange à la disposition de l'autorité
militaire.
Parmi les organes essentiels du dirigeable sont les radia-
teurs. Ceux qu'on utilise sur les Bayard sont de fabrication
allemande. Clément avisa le fournisseur. La réponse aurait
été : tt Le gouvernement allemand nous interdit absolument
de vous faire la livraison. » C'est alors qu'on aurait eu
recours aux services de la maison française Grouvelle-
Arquimbourg.
De toutes façons, le gouvernement allemand serait dans son
rôle en faisant cette réponse, car c'est être dupe que de
donner, de ses propres mains, fût-ce sous forme de pièces
détachées, des avantages à son ennemi éventuel.
Mais vous conviendrez que ce qui s'est produit pour des
radiateurs pourrait très bien se produire pour le charbon de
nos forts de l'Est. Que deviendraient ceux de ces forts qu
sont les clients de la maison Hansen et Neuerburg ou de la
Compagnie de la Houve, le jour où la tension s'accentuant
entre la France et l'Allemagne, ces firmes allemandes leur
déclareraient : « Le gouvernement allemand nous interdit
absolument de vous faire la livraison. » Il est bien probable
que les intendants militaires des régions menacées regrette-
raient amèrement alors leur folle confiance et les exceptions
« en faveur du combustible de provenance étrangère » de
leurs cahiers des charges spéciales. Mais hélas! il serait trop
tard.
70 L AVANT-GUERRE
pouvoirs publics, qui devraient être compétents en la
matière, n'aient pas entrevu et même violemment
pressenti les inconvénients si graves que présente-
rait en temps de paix la fourniture, par des maisons
allemandes, du charbon de nos forts et ses dangers
terribles en cas de guerre.
On ne voit guère qu'ime raison possible : l'éco-
nomie *. Il résulte de mon enquête qu'en effet, les
maisons allemandes livrent leur charbon allemand à
des prix plus bas que ne le livrent les maisons
françaises, auxquelles l'autorité militaire aurait un
intérêt national à s'adresser. Il s'agit précisément
de savoir si, dans ce cas, cet intérêt national ne
prime pas, et de beaucoup, l'intérêt tout court. Il
s'agit aussi d'envisager si ces bas prix, ces « prix de
sacrifice i», consentis par les maisons allemandes, en
cas de fourniture aux forts français de l'Est, ne sont
pas suspects, s'ils ne sont point recommandés ou
commandés par le ^gouvernement allemand, désireux
d'avoir ainsi la main sur nos défenses de frontière et
de pouvoir, à la mobilisation, les paralyser instan-
tanément. Le fait qu'une pareille question peut s'im-
poser au patriotisme justement vigilant et inquiet
est de trop. Remarquez bien ceci : quand la maison
Fried Krupp a besoin pour ses canons de minerai
français, elle s'adresse à M. Thyssen, conseiller
privé de l'empereur Guillaume II, possesseur et ex-
ploiteur des mines du Calvados et de la Manche.
Quand nos forts de l'Est ont besoin de combustible,
non seulement celui-ci est allemand, mais encore il
est livré à nos forts i)ar des firmes allemandes. Du
1. Nuus aroas vu que cette raison ne saurait être prise au
sérieux. Quajid l'intcrét naiional est «n jeu il es4 ôt bonne
politique de ne pa*; lésiner sur les prix.
DANS NOS FORTS DE l'eST 71
côté allemand, on est garanti. Du côté français, on
ne l'est pas.
J'arrive à la question d'intérêt matériel, de prix
de transport, qui sert d'excuse à l'intendance mili-
taire française, — de -nauvaise excuse, — pour ger
maniser en combustible nos forts de l'Est et risquer
ainsi, soit le sabotage, soit l'extinction des feux au
moment de la mobilisation. L'un de mes correspon '
dants explique la chose avec beaucoup de clarté
Je lui cède ici la parole : « Par exemple, pour la
« place de Neufchâteau, le transport de dix tonnes
« venant du Nord français est environ de 100 francs,
'«c tandis que celui de dix tonnes de la Sarre est d'en-
« viron 89 francs. Pour Nancy, la différence est
a encore plus forte en faveur des houilles alleman-
« des. Comme prix d'achat, les houilles du Nord
« sont plus chères que celles de la Sarre. Seulement,
€ la qualité des charbons français est bien supé-
« rieure. Ils sont moins flambants et donnent plus
« de chaleur.
« Le plus surprenant, c'est que nous avons, en
« Lorraine française, des gisements de houille très
« importants et que l'on ne peut exploiter, en raison
« des difficultés que soulève l'Etat français. On dirait
« que le gouvernement français favorise Ventrée des
« houilles allemandes, en imposant des charges e.ca-
« gérées aux Français qui voudraient exploiter les
« gisements de la Lorraine française. »
C'est ici le moment de faire remarquer que le kar-
tel allemand, — institution d'Etat, sous le contrôle
du gouvernement de l'Empire, — favorise, par tous
les moyens, l'exportation du combustible allemand.
Notamment, il majore le prix de vente au consom-
mateur allemand, ce qui lui permet de livrer à très
72 l'avant-gubrre
bas prix à la clientèle étrangère. Ce procédé, com-
mun à beaucoup de kartels allemands, est d'ailleurs
emprunté aux trusts américains. D'autre part, les
tarifs des chemins de fer allemands sont sensible-
ment inférieurs aux nôtres. Enfin, tout combustible
destiné à l'exportation bénéficie encore d'une forte
réduction sur ces tarifs. Or, en vertu des fameuses
c conventions scélérates » établies en 1884, par le
juif Raynal, les charbons étrangers introduits en
France sont admis à voyager sur tous nos réseaux,
aux tarifs de leurs pays d'origine. C'est ainsi qu'un
waL'^on de charbon du bassin de la Ruhr, expédié à
Paris, paie moins de transport qu'un wagon expédié
de Lens ou d'Anzin.
Nous retrouvons ici le processus habituel : d'un
côté, — du côté gouvernemental français, — aban-
don, négligence, trahison des intérêts les plus évi-
dents du pays et de l'industrie nationale. De l'autre,
— du côté gouvernemental allemand, — effort d'ex-
pansion et de pénétration nationales sur toute la
ligne.
Non contente de ces avantages, l'Allemagne n'hésite
pas à se servir de la fraude, — vraisemblablement
de comjjlicité avec l'Etat français qui ferme les yeux,
— pour faciliter encore ce qu'on appelle « l'invasion
noire », l'invasion du pain noir de l'industrie. J'ai
sous les yeux une lettre de voiture ayant servi au
transport d'un wagun de charbon allemand. L'cxjk''-
diteur est le directeur dune mine appartenant à un
très haut personnage de l'Ktat allemand. Ce wagon
de charbon r profité d'un tarif de faveur dit « pour
la troupe ». L'expression < p^ur la troupe » est por-
tée, en toiit^'s lettres, sur la feuille de routage. Or,
il y a fraude, car la station destinataire, — Four-
DANfi NOS FORTS DB l'bST 73
mies-Nord, — ne possède pas de troupes, et le wa-
gon était tout bonnement destiné à un marchand qui
en a pris livraison. Il paraît que ce procédé est cou-
rant. Il montre, en tout cas, à quel point les Alle-
mands se gênent peu chez nous.
Le correspondant que je citais tout à l'heure ajou-
tait : « En réalité, l'économie faite par l'État Iran-
« çais, en acceptant les houilles allemandes pour les
« besoins de notre défense nationale, n'est pas con-
c sidérable. Il serait même difficile de soutenir qu'il
« y ait intérêt matériel à accepter ces houilles sou-
« vent pierreuses, qui demanderaient tout au moins
« une surveillance constante et des analyses. Car il
« n'est pas du tout certain qu'elles répondent aux
« conditions des cahiers des charges. »
Si, maintenant, élargissant la question, nous nous
plaçons au point de vue de l'avenir des mines et des
charbonnages français, nous y trouvons un autre
sujet d'inquiétude. L'invasion méthodique, continue
et favorisée du combustible allemand, en s'accen-
tuant, amènera bientôt une paralysie de toute la
production houillère française. Le fléau du chômage,
qui commence à se manifester sur maint carreau de
mine, ira s'aggravant, avec son cortège d'émeutes et
de troubles économiques. Ici, comme en d'autres cir-
constances, c'est à la guerre civile entre Français
qu'aboutit l'envahissement allemand.
Il est bien entendu que le gouvernement français
serait armé pour résister à cet envahissement, s'il le
voulait. Il n'aurait — comme la loi l'y autorise —
qu'à frapper le charbon allemand d'un droit com-
pensateur au montant des primes dont il bcnélicie
dans son pays d'origine. Mais il y a quelque ironie à
parler de ce moyen, alors que le gouvernement
74 l'avant-guerre
républicain donne précisément une prime au char-
bon allemand, quand il s'agit des furts de la fron-
tière.
La vérité est que, pour avoir la paix, et aussi par
cupidité, le gouvernement de la Répul^lique n*a
cessé, surtout depuis Taffaire Dreyfus et la siip-
pres>ion du bureau des renseignements, de concéder
à l'Allemagne tous les avantages qu'elle a voulus,
en fournitures d'Etat industrielles et commerciales,
même et surtout intéressant la défense nationale, en
concessions minières, en privilèges aux compagnies
maritimes, etc., etc.. C'est ainsi que l'appétit de
notre puissante voisine s'est encore accru en man-
geant.
Hier, c'i'tait le Congo, qu'elle engloutissait. De-
main, ce sera l'introduction des valeurs d'État alle-
mandes sur le marché de Paris qu'elle exigera d'un
ton belli({ueux. Après-demain, ce sera l'établisse-
ment d'un véritable Gibraltar, sinon à Cherbourg, au
moins aux environs, à Diélette, par exemple. Nous
en arriverons ainsi à payer rançon, à être démem-
brés, dépecés en pleine paix apparente, comme après
une guerre désastreuse.
Voilù donc nos forts approvisionnés en charbon
allemand par Hansen et Neuerburg et les mines de
la Ilouve, autrement dit à la merci du combustible
allrmand. Mais ce n'est pas tout. Ils sont encore à
la merci de VoutiUagc do transport allemand. Vienne
la guerre ils pourront tout comme les Grands Moulins
de Corbeil, être frappés en quelques heures de para-
lysie.
C'est en effet à la firme allemande Orenstein et
Koppcl (Arthur Koppcl de Lîerlin'i que nos forts de
l'Est, notainmf^nt P.olfort, Toul, Saint-Mihiel et Ver-
DANS NOS FORTS DE L^BST 75
dun, demandent la fourniture d'un type de locomotires
chargées de faire le service, au dire de Koppel lui-
même, sur le tracé de nos forts. Ces locomotives à
essieu breveté permettent aux roues motrices de s'ins-
crire dans de très fortes courbes, à cause du nombre
de ces roues, malgré la puissance relative que ce Ijre-
vet permet de leur réserver. La principale référence
allemande de ces locomotives Koppel est l'adminis-
tration de la Guerre pour les forts de la Lorraine an-
nexée. Leur principale référence française est la
clientèle de nos forts de l'Est*. La mise en route et
les essais de ces machines sont effectués par les re-
présentants et mécaniciens de Koppel, lesquels ont
ainsi toutes facilités pour l'inspection périodique de
nos forts de l'Est. Il est superflu d'ajouter que toutes
1. La Société Orenstein et Koppel affectionne d'une manière
toute spéciale les terrains militaires. Ne lisait-on pas, eneiïet,
dans le Matin du 5 juin 1912, les lignes suivantes :
« Sur le plateau de Satory, à Versailles, au centre de l'or-
ganisation défensive et des approvisionnements de guerre
d'une partie importante du camp retranché de Paris, la cons-
truction d'une voie ferrée militaire a été depuis peu commen-
cée pour desservir les ouvrages fortifiés et les magasins. Tout
le travail de la voie, en partie en déblai, est effectué par une
puissante machine excavatrice à vapeur, véritable monument,
provenant de la maison A. Koppel, de Spandau. Les diffé-
rentes parties de cette machine ont été un beau jour déposées
sur le plateau, dans un très grand nombre de caisses volumi-
neuses venant directement de Prusse. Des Allemands sont
venus ensuite procéder au montage et à la mise en maiche,
toujours en plein milieu d'un terrain militaire, où opèrent à la
fois, chaque jour, une commission des poudres, une commis-
sion de réception de mitiailleuses, de carlouelies, etc., etc.,
sans parler de tous les divers établissements militaires qui
sont situés sur le même teiTain. »>
Le plus fort c'est que la machine en question ponnu en
grosses lettres l'indication de sa provenance allemande. Mais
nous n'en bonmies plus à nous étonner du sans-gêne alle-
mand sous l'oeil bienveillant de nos gouvernants.
76 l'avant-oubrre
les pièces de rechange nécessaires aux réparations
viennent, comme pour les Grands Moulins de Corbeil,
directement d'Allemagne.
Mois qu'est-ce donc que cette fameuse Société
Orcnstein et Kojtpel à laquelle nous sommes rede-
vables de ces magnifiques locomotives si complai-
santes, si roulantes en temps de paix mais qui le
seraient sans doute moins si l'empereur Guillaume
nous déclarait la guerre?
Cette société allemande, comme son nom l'indique
assez clairement; a fusionné en 1911 avec la société
des chemins de fer à voie étroite Decauville.
Les personnalités compétentes en la matière s'ao-
cordent à reconnaître que, en temps de guerre ces
très ingénieux petits chemins de fer Decauville, que
tout le monde connaît, auraient une importance con-
sidérable. On les installe avec facilité. On les trans-
porte aisément d'un point à l'autre. Pour toutes les
besognes de transport, ils suppléeraient avec avan-
tage la traction par chevaux, et chacun sait que la
raréfaction de notre cavalerie, — raréfaction augmen-
tée par les récents achats en chevaux de l'Allemagne,
— est une des préoccupations du ministère de la
Guerre. Au jour de la mobilisation, les Decauville
auraient en particulier ce double rôle :
1** Transporter les matériaux de défense dans les
places;
'1" Alléger les convois et transports de l'ar-
riére.
C'est à ce titre que nous nous occupons de la
nouvelle firme allemande qui a fusionné avec l'an-
cienne société Decauville, car, nous n'envisacroons
dans ces études, que les compromis, industriels ou
autres, qui ont un intérêt quant à la Défense Natio
DANS NOS FORTS DE l'EST 77
nale. Même ainsi délimité, le champ demeure assez
vaste et menaçant.
Voici d'abord, d'après V Annuaire des Sociétés par
actions en quoi consistait la Société Nouvelle des Éla-
hlissements Decauville aîné :
Capital: 4 millions de francs divisés en 40,000 actions
de 100 francs entièrement libérées. — Obligations :
5,000 de 500 fr., 4 0/0 remboursables de 18L'8 à 1942.
Durée : 50 ans, du 31 décembre 1894.
Objets : Exploiter les établissements industriels de
Corbeil (Seine-et-Oise) connus sous le nom de «< Etablis-
sements Decauville aine », ceux du Yal-Saint-Lambert,
commune de Seraing (Belgique) et ceux de Petite-
Synthe, près Dunkerque (Nord), a\ec la clientèle et
l'achalandage y attachés, ainsi que tous brevets,
marques de fabrique, immeubles, matériel, marchan-
dises, droits de toute nature, etc., en dépendant, le tout
provenant de la liquidation de la Société des Établisse-
ments Decauville aine; construire du matériel de che-
min de fer, dit « chemin de fer Decauville » ou autre;
construire tous objets et machines se rattachant au ma-
tériel de chemin de fer fixe ou roulant à voie étroite ou
normale; construire et vendre rails, locomotives, chau-
dières, machines à vapeur, excavateurs.
Voici maintenant un extrait de rapi)ort qui de-
mande à être lu avec soin.
Orenstein und Koppel-Arthur Koppo]
Aktiongesellscliaft, Berlin
Résultats de l'exercice ai/u/it pr-ia jin
le 31 décembre 1910.
RAPPORT DU CONSEIL D ADMINISTRATION
Les stdtuti- de notre Société devront élie modifiés en
78 L'AVAJiT-OUKRRE
vue de la communauté d'intérêts avec la Lùbecker
Maschinenl)au Gesellscliaft, de Lùbeck, et la Société
Nouvelle des Etablissements DecauviJle aîné de Paris,
ainsi que do notre parti-ipation éventuelle à d'autres
entreprises.
Ce qui a donné naissance à cette communauté d'inté-
rêts, c'est que les trois établissements se complètent
d'une façon tout à fait rationnelle; chacun d'eux aura
donc avantage à ce que la concurrence avec les deux
autres soit évitée dans la mesure du possible et que
tous trois adoptent la même ligne de conduite. Nous
vous indiquons ci-aprés, dans la mesure compatible
avec les intérêts de notre Socicté, les points principaux
des accords que nous avons conclus, accords dont la
mise à exécution est subordonnée à votre approbation.
L'accord passé avec la Liibecker Maschinenbau
Gesellscliaft, etc..
Vaccord que nous avons conclu pour une durée de
vingt ans avec la Société Nouvelle des Établissements
Decauville aîné doit être soumis à l'assemblée géné-
rale de cette Société qui se tient au mois de juin ; la con-
currence très vive qui régnait entre nous-mêmes et cette
firme, qui existe depuis 1853, dans les pays latins et aussi
hors d'Europe, devait naturellement, à la longue faire
naître le besoin d'un accord entre les deux parties. Par
une répartition rationnelle des débouchés, nous avons
supprimé les inconvénients de cette concurrence ; en
outre, les commandes que la Société Decauville s'est
engagée à nous faire assurent à nos ateliers une grande
activité d'une façon permanente.
Comme le précédent, cet accord n'a pas pour but la
hausse dos ])rix de vente; il tend surtout à augmenter
la capacité f»roductivo des doux contractants et à réduire
sensiblement leurs frais généraux.
Pour rendre plus étroite la conimunauté d'intérêts
existant entre les deux Sociétés et pour donner plus de
force aux bonnes rrlations qui les unissent, il a été
convenu qu'elles pûrliciperaicnt à tour de rôle aux
bénéfices; d'autre part, il sera procodé à un échange
d'actionîj et les doux Sociétés auront des administrateur»
communs.
DANS NOS FORTS DE L*EST 79
Société nouvelle des Établissements Decauville aîné.
A.ssemblée générale extraordinaire
du 24 juin 1011
RÉSOLUTIONS
V® RÉSOLUTION. — L'assemblée générale extraordinaire,
après avoir entendu les explications du conseil d'admi-
nistration relatives au projet d'un accord à conclure
avec Orenstein und Koppel-Arthur Koppel A.-G.,
approuve les bases dudit projet et décide en conséquence
que, etc..
Si Ton veut connaître les sentiments francophiles
de cette société Koppel, avec laquelle ont fusionné
les établissements Decauville, on peut savourer ces
quelques lignes extraites du numéro du 4 février 1910,
du Berliner Morgen Post alors que la France était
dévastée par les inondations et que les témoignages
de sympathie lui venaient de partout :
Orenstein und Koppel-Arthur Koppel, Berlin.
Nous apprenons, de source bien informée, que la
Société Orenstein und Koppel de Paris tirera profit des
inondations en France, dont les dégâta s'élèvent à plu-
sieurs centaines de millions, parce qu'il y aura un
besoin considérable de chemins de fer portatifs et exca-
vateurs, pour la restauration des chemins de fer, canaux,
etc., etc..
Mais le plus étrange c'est ceci : d'après un renj^ei-
gnement puisé abonne source, la société Koppel aurait
été exclue des fournisseurs de la Marine française à
la date du 23 mars 1910 *. Charbon allemand, outil-
1. D'un article p.iru dans V Action Française, le 17 juin
80 l'avant-guerre
lage allemand, c'est complet. Si la guerre éclatait
demain entre la France et l'Allemagne, on se demande
avec angoisse ce qui se passerait dans des forts
FRANÇAIS DE LA FRONTIERE, ALIMENTÉS EN COMBUSTIBLE
1912, sous la signature de notre collaborateur Pierre Dumou-
lin, nous extrayons les lignes suivantes :
« Léon Daudet rappelait que cette Société aurait été exclue
en 1910 des fournisseurs de la marine. Des renseignements,
qui nous parviennent, nous affirment que cette mesure, si elle
a été prise, n'était point la première dont ait été frappée la
firme Orenstein et Koppel.
En effet, dès 1903, la Société Orenstein et Koppel étant
chargée d'importants travaux pour le compte du ministère de
la Marine; on aurait découvert que deux ingénieurs de celte
maison étaient des officiers allemands qui mettaient à profit
leur présence à Cherbourg et les facilités que leur donnait la
conduite des travaux pour se livrer à l'espionnage. On n'au-
rait pas ébruité l'affaire, et l'on se serait contenté de recon-
duire à la frontière les deux officiers. A la suite de ces faits,
le ministre de la Marine, bientôt imité par son collègue de la
guerre, aurait exclu de ses soumissions la maison Orenstein
et Koppel.
Que firent alors ces industriels? — toujours d'après nos
renseignements — une manœuvre pourtant assez grosse
pour «juun gouvernement vigilant ne s'y trompât point. L'un
des associés, M. Arthur Koppel, se relira de la maison
Orenstein et Koppel, et s'installa, sous son nom. rue de
Londres. Un an s'était à peine écoulé que M. Koppel avait
retrouvé les faveurs des ministres de la Guerre et de la Marina
et leurs plus importantes commandes.
Cela dura jusi^u'cn 1908, date à laquelle l'interdiction qui
pesait sur la maison Orenstein et Koppel fut levée. Arthur
Koppel ferma aussitôt ses bureaux de la rue de Londres et
reprit sa place dans l'ancienne firme qui fut, de nouveau
admise à soumissionner pour les travau.x du gouvernement.
Le tour élail joué, mais il n'est j)orsonne qui ne trouvera
étrange le système bénin d'exclusions momenlauces dont le
gouvernement se sert vis-à-vis d'un groupe reconnu aussi
daiireroux pour les secrets de notre défense nationale. ICt i>
appo.iaU bien, d'ailleurs, qn'Oronstein et Koppel utili.sent
c« 'ude. Ils ne i : rien pour s'assurer l'exclu.
nv ^truclions d s de fer à voie étroite et des
travaux sy rnttarhaiit. Ils ont nussi à faire .servir A leur»
ftns la Société Dcrauvillc. On dit, maintenant qu'ils tentent
DANS NOS FORTS DE L'BST 81
ALLEMAND PAR DBS MARCHANDS DE CHARBON ALLEMANDS
ET MUNIS EXCLUSIVEMENT DE LOCOMOTIVES DE TYPE
ALLEMAND, EXÉCUTÉES, LIVRÉES, REPAREES PAR DES
CONSTRUCTEURS ALLEMANDS.
d'acquérir une des rares compagnies qui puissent leur faire
concurrence et dont le siège est en Bourgogne.
Cette dernière opération, si elle réussit, nous met, pour les
travaux ci-dessus indiqués, comme pour les travaux de ter-
rassement, dans les ports et près des forts, à la merci d'une
compagnie allemande déjà soupçonnée — pour ne pas dire
plus, — de faits d'espionnage. »
CHAPITRR n
NOTRE AÉRONAUTIQUE
EST TRIBUTAIRE DE L'ALLEMAGNE POUR
LA FOURNITURE DE L'HYDROGÈNE
DE NOS DIRIGEABLES ET CELLE DES APPAREILS
DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
DE NOS AÉROPLANES
DIRIGEABLES
La tactique de l'air est à Tordre du jour. Il semble
préinatuic de discuter les avanta^res respectifs des
dirigeables et des aéroplanes en temps de guerre.
Dans le doute, qui tient au manque de preuves directes,
il est clair que le gouvernement allemand a intérêt .i
suivre de très prôs nos progrès dans l'une et l'autre
fabrication et à se ménager — du côté des diri ^'ca-
bles, comme du côté des aéroplanes — des possibilités
d'intervention, de mainmise, soit par sal)otage n" 1,
soit par sabotage direct.
il existe, à quebiues kilomètres deCompiègne, une
usine allemande de produits chimiques, qui prend en
NOTRE AÉRONAUTIQUE 83
ce moment, comme d'ailleurs la plupart de ses simi-
laires, un développement considérable. L'Allemagne
a, depuis quelques années, monopolisé, en quelque
sorte, le commerce de b droguerie et des spécialités
pharmaceutiques à la mode. Elle inonde le monde de
ses poisons. La liste complète de ceux-ci tiendrait des
pages et des pages. L'Allemagne est, d'ailleurs, le
pays par excellence de l'intoxication chronique, et
l'on ne connaît pas encore en France, Dieu merci
comme au delà du Rhin, des villages entiers de mor-
phinomanes ! L'intoxication chronique offre cet avan-
tage — purement commercial — de faire à la fois
la fortune des droguistes, qui vendent le poison,
et des sanatoria, où on en déshabitue les malades.
Mais ceci est un autre sujet qui mériterait une étude
de fond.
Donc, et pour en revenir aux environs de Compiè-
gne, cette usine allemande emploie un personnel de
fabrication entièrement allemand. Seuls, les manœu-
vres sont du pays. Elle est dirigée par un Hollandais
M . Vis. Elle est la propriété d'une Société anonyme
dite Société industrielle des Produits chimiques^ dont
le siège social est 10, rue de Vienne, à Paris.
Si j'ouvre V Annuaire des Sociétés par Actions, je
vois que cette Société industrielle des Produits chi-
miques a été fondée au capital social de deux mil-
lions cinq cent mille francs, divisés en 2.500 actions
de 1.000 francs, entièrement libérées. Les titres
sont au porteur et non cotés. La durée est de 50 ans,
depuis 1896. Elle a pour objet :
La création d'une ou de plusieurs fabriques de produits
chimiques, soit en France, soit à l'étranger ; pri.se ou
cession d'intérêt dans d'autres sociétés ; l'acquisition,
rexploitation de tous procédés de fabrication, brevets
84 l'avant-guerrb
et licences ; l'acquisition de tous terrains et immeubles;
le commerce, la vente et l'acliat do tous produits et
tous brevets, procédés et appareils relatifs à leur
fabrication et à leur emploi.
Le conseil d'administration était récemment en-
core ainsi composé : Membres : MM. H. de Glenck,
J. Stroof, E. de Bondelii, J.-C. Ertel, Ch. Kœcblin,
H. Oswald, Th. Plieninger, Ch. Schlumberger, Vis-
cher.
L'usine fabrique, entre autres, énormément do
dérivés chlorés. Dernièrement, elle s'est mise à la
fabrication du chloroforme et elle approvisionne ac-
tuellement de ce produit les principales drogueries
parisiennes. Elle est située dans la commune de La
Motte-Breuil, dans une position stratégique, à l'en-
trée de la forêt de Compiègne et presque au
confluent de l'Oise et de l'Aisne. Elle est gardée
comme une forteresse. Personne ne peut y pénétrer,
et on ne délivre même jamais aucune autorisation aux
personnes étrangères aux services. Nous avons déjà
eu l'occasion de remarquer, à propos des Grands
Moulins de Corbeil, dits « Petite Prusse », que c'est
là une coutume constante des installations allemandes
en territoire français. Alors que nos administrations,
usines, maisons de commerce sont ouvertes à tout
venant, les Allemands campés en France, avec l'auto-
risation et la i)rotection du gouvernement français,
verrouillent jalousement portes et fenêtres. Ils se bar-
ricadent.
Sachez maintenant (ju'à Lu Motte-Breuil, plusieurs
de nos dirigeables sont construits et font leurs essais.
Le parc aérostatique est contigu à l'usine allemande.
Celle-ci produit, comme déchet, d'inmienses quanti-
tés d'hydrogène. Elle avait fait récemment, soit à
NOTRE AÉRONAUTIQUE 85
Clément-Bayard, soit à l'État, des offres exceptionnel-
lement avantageuses pour la fourniture de l'hydro-
gène destiné au gonflement de nos dirigeables. Ces
OFFRES ONT ÉTÉ ACCEPTÉES. Quoi dc plus tentant, en
effet, que de s'approvisionner à bon marché et à sa
porte même ? Vous retrouverez ici l'ingéniosité, la
présence perpétuelle et l'opportunité du fournisseur
allemand..., qualités réelles, mais auxquelles il est
imprudent de se livrer.
Quand nos dirigeables rentrent au parc, après une
sortie, et quand l'opération est un peu difficile, on
voit, spectacle touchant, les ouvriers allemands de
l'usine allemande prêter leur concours à nos sapeurs
du génie, pour la réintégration des ballons au bercail !
La situation est donc la suivante : Nos dirigeables
MILITAIRES SONT CONSTRUITS A La MoTTE-BrEUIL, A
DEUX PAS d'une fabrique DE PRODUITS CHIMIQUES ALLE-
MANDE. C'est elle qui les fournit d'hydrogène. Les
Allemands connaissent a fond toutes les instal-
lations du parc aérostatique *
Je laisse à mon 'ecteur le soin de tirer de cette
constatation les conséquences qu'elle comporte, non
seulement en temps de mobilisation, mais encore en
1. Celte usine ne fournit pas seulement d'hydrogène le
parc aérostatique de La Motte-Breuil.
Exemple : Maubeuge est devenu, depuis quelques mois, un
centre très important d'aéronautique. Un dirigeable, le /)«/) j/^-
de-Lôme, et huit aéroplanes garnissent son parc aérostatique.
Or, le Dupuy-de-Lôme est alimente en hydrogène par nos vieilles
connaissances de l'usine de La Motte-Breuil, succursale do
l'Elektron-Chemische de Griesheim-Bilterfold. Cet hydrogène
arrive ici en tubes et il est incontestable que l'usine de La
Motte-Breuil, chargée officiellement de cette fourniture,
demeure en mesure de saboter, à distance et à soq heure, le
dirigeable de Maubeuge, comme il lui serait facile, au mo-
ment de la mobilisation, de saboter ceux de La Motte-Breuil.
(Pierre Dumoulin, Action Française du S février 1913.)
86 LAVANT-OUERRB
cas de simple crise diplomatique. En outre, le risque
d'incendie des hanirars et des ballons — même avec
les meilleures intentions du monde — n'est pas petit
dans le voisinage d'une fabrique de produits chimi-
ques. Sans compter le sabotage possible de la fabri-
cation de l'hydrogène et de la canalisation qui la
complète.
Une fourniture d'hydrogène impur peut en effet
détruire complètement un dirigeable. Or la chose se
serait produite à La Motte-Breuil où une enveloppe
de dirigeable aurait été mise hors d'usage par la
faute de rhydrogène*.
Remarquez que ce scandale de la livraison des
dirigeables français à une usine allemande, — sous
prétexte d'hydrogène — peut avoir des conséquence*
désastreuses. Je lis, dans la Technique moderne
une conférence, d'ailleurs fort claire et très bien faite,
de M. Camille Matignon, professeur au Collège de
France, sous la présidence de M. le général Roques,
inspecteur permanent de l'aéronautique militaire.
Cette conférence du mercredi 27 décembre 1911
traite De la préparation de Vhydrogène pour les be-
soins de Vacronautique militaire. On y trouve une
description des divers procédés, deux cartes de la
répartition des usines à hydrogène en France et dans
la région parisienne. On y lit les lignes suivantes :
La Société' des usines de Griesheim, prés de Franc-
fort-su r-lc-Mein, fjui, la i)reinièro, a mis au point un
procédé fonctionnant rc^^'ulicrcmcnt pur la préftaration
éloctrolytique de la soude, a commencé, dès 18ÎH), à
recueillir une partie de son hydrogène.
1. M. Vis, directeur de l'usine allemande ne nous a rien
ré|>ondu quand nous avons publié oe reneeigncment dans
VAciion Française.
NOTRE AÉRONAUTIQUE 87
D'après le rapport du professeur Graebe, les usines
de Griesheim ont livré aux consommateurs les cubes
d'hydrogène suivants :
1899 12.200 met. c.
1900 50.000 —
1901 70.000 —
1002 100.000 —
1903 125 200 —
1904 145.800 —
1905 185.200 —
1906 157.200 —
1907 242.400 —
1908 311.000 —
1909 610.000 —
Et un peu plus loin :
En France, la Société industrielle des produits chi-
miques, qui exploite, depuis longtemps, à La Motte-
Breuil, dans l'Oise, les procédés de Griesheim, s'est
préoccupée, en 1910, de faire les installations néces-
saires pour recueillir tout ou partie du million de mètres
cubes d'hydrogène qu'elle produit annuellement.
L'hydrogène, capté dans un réseau de tuyauterie,
subit une épuration avant de se rendre au gazomètre de
1.500 mètres cubes. Un ventilateur chasse l'hydrogène
du gazomètre et le conduit dii-ectement dans la manche
du ballon.
Une autre partie de l'hydrogène est comprimée à
150 atmosphères, dans des tubes contenant 7 mètres
cubes. Par son usine génératrice de gaz léger, La
Motte-Breuil est ap}ielé à devenir un véritable port
aéronautique où pourront se faire au robinet des gon-
flements faciles et rapides et où des wagons, cliargés do
bouteilles d'hydrogène comprimé, attendront l'ordre de
dupart pour s'en aller assurer le ravitaillement. M. Clé-
ment a déjà fait construire, à 700 mètres de l'usine, un
hangar aux dimensions imposantes, qui peut abriter
deux de ses grands dirigeables de 7.000 à 8.000 mètres
cubes et qui est alimenté en hydrogène par une con~
duite souterraine venant directement de l'usine.
88 l'avi.nt-qubrrb
Voilà qui est gai ! Pour que la fôte fût complète, il
faudrait que les wagons chargés de bouteilles d'hy-
drogène fussent fournis par la société allemande
Orenstein et Koppel (ex-société Decau ville).
Si, au jour de la mobilisation, ces chemins de fer
ne fonctionnaient pas, si la conduite souterraine
était bouchée, si riiydrogèno impur détruisait les
enveloppes des dirigeables, M. Clément et le général
Roques s'arracheraient les cheveux. Mais il serait
trop tard.
Je répète : pourquoi l'aéronautique militaire ne
demande-t-elle pas son hydrogène, soit à des sociétés
de construction aéronautique sévèrement contrôlées,
soit à des usines militaires? Il est fou de mettre une
force nouvelle comme celle-là aux mains de l'en-
nemi, à la disposition de l'ennemi. Cela est aussi fou
que d'accepter comme combustible, dans les forts de
la frontière, du charbon allemand livré par des firmes
allemandes *.
1. Pendant ce temps, on lit dans le Matin, à propos de la
première sortie du dirigeable monstre L-I, à Friodrichi<hafen :
l'j^iquipagfc: est oomp08é de marins foumks au sekvicr
des dikiubaulks.
Le sbcret le plus absolu est gardé au sujet de l'ar-
MKMKNT DU UALLON. On SAIT SEULEMENT QU'iL POSSÈDE UNE
MITRAILLEUSE.
Le secret de nos dirigeables, hélas ! est certainement moins
bien gardé au parc de La Mottc-Brcuil, où l'hydrogène de nos
ballons est fourni par la Socu'té Industrielle des Produits
Ckimiqucs, simple succursale do la Griesfieim-Elektron.
D'un cùt6, du côté allemand, secret absolu.
Dr l'autre, du cAré français, proximité du parc de
ItlRliiLAliLES et DR l'USINE ALLEMANDE. CANALISATION d'fIY-
l)ROOi;NE ALLEMAND. PROMISCUITÉ DU PERSONNEL ALLEMAND
DE LA Société Industrielle et du personnel français
d'aéuortaiikn militaire.
Quoi coiUraHic, quel scandale ! Quel Français patriote no
serait frappé (ie stupeur et d'indi|;natioa!
NOTRE AÉRONAUTIQUE 89
LA PRESSE REPUBLICAINE
AU SECOURS DE l'uSINE ALLEMANDE DE LA MOTTE-BREUIL
Les révélations précédentes sur le parc aérosta-
tique de La Motte-Breuil et l'usine de produits chi-
miques allemande, sa voisine, qui fournit nos diri-
geables d'hydrogène, ont paru dans plusieurs numé-
ros de VAction Française quotidienne du mois de
janvier 1912.
Elles ont ému la presse républicaine de l'Oise,
moins prudente que celle de Corbeil qui n'a pas osé
souffler mot, à ma connaissance, de notre étude sur
Lucien Baumann et ses Grands Moulins de Corbeil
dits « Petite Prusse ».
Les principaux journaux de la région dont dépend
La Motte-Breuil sont : notre excellent et vaillant con-
frère le Réveil de VOise^ organe royaliste, donc natio-
naliste intégral, et qui combat avec nous l'espion-
nage juif-allemand; la Dépêche de VOise, organe
de Tex-député Butin, lequel défend éperdument la
très suspecte installation de La Motte-Breuil et le
Hollandais Vis, directeur de la Société chimique
Elektron de Griesheim Bitterfeld ; la Gazette de
l'Oise, organe républicain, lequel, plus habilement,
d'un ton quasi officieux et en prétextant l'intérêt
régional (!), se porte aussi au secours des fournis-
seurs allemands d'un hydrogène destiné à des diri-
geables français; enfin, le Progrès de VOise^,
1. Il convient de citer ici une note comique du Progrès de
l'Oise (numéro du dimanche 24 novembre 1912). Ce journal est
de ceux qui prirent, au début, contre moi la défense de la
maison allemande, jusqu'au moment où les preuves accumu-
90 LAVANT-GUEREtB
organe libéral. Il est intéressant de voir l'intérêt
allemand ainsi soutenu et représenté par deux
journaux du régime que Bismarck implanta chez
nous.
La Dépêche de VOise déclare qu'elle a pour M. Vis,
directeur de cette usine, « une particulière estime »,
ce qui n'a rien à voir avec la question. Elle ajoute
que les habitants de La Motte-Breuil sont très con-
tents de cette usine, point de vue électoral qui prouve
simplement leur manque de renseignements ou de
clairvoyance. Nous sommes là pour leur ouvrir lea
yeux. Elle conclut :
Tout cela ce n'est que propos enfantins. L'Usine dô
La Motte-Breuil n'est pas plus allemande que l>ieii
lées du péril qu'elle faisait courir à nos dirigeables fermèrent
la bouche à ce bon républicain. Savourez-moi ça :
« Trosly-Breuil. — Une nouvelle école. — M. Vis, dirco-
■ tour de l'usine de produits chimiques de La Motte, vient de
« mettre gracieusement à la disj osition de la commune de
« Trosly-Breuil, pour y installer une nouvelle école de gar-
• çons, un local spacieux qu'il a faH aménager et qui com
« prend un beau mati'nel scolaire.
• M. Vis a, en outre, pris à sa charge le traitement du
« maître que l'administration académique a d''signé.
« De son côté, M"» Vis a tenu à offrir un mobilier personnel
« pour l'instituteur.
• Cette nouvelle école a été inaugurée lundi «lernier, dans
• l'inliniilé, par M. Deciry, maire de Tro>ly-nreui!, et M. Co-
« chct, le svmpalhique inspecteur priniaiie de C'ompiégne. »
Non seulement l'usine de La Motte-Breuil fournit de l'hy-
drogène à nos dirigeables. Klle fournit encore du mobilier à
nos instituteurs! Timeo Grrmanoê et dona /crentes. Si le
Progrèê de VOite m'objecte que M. Vis est Hollandais, je lui
répliquerai tout aussitôt qu'il agit pour le compte des Alle-
mands et que son usine n'est qu'une succursale de l'ELEHnioN
de Grietheim Bitter/eld^ en relations étroites avec l'usine
Mbuck, installée comme par hasard au Pont d>^ Moscou à
Montereau.. gu'est-ce que M. Merck et madame vont bien
offrir au.\ inalitutcurs de Monlereau?
NOTRE AÉRONAUTIQUE 91
d'autres et elle a fait entrer dans la région de jolies
sommes dont les Français profitent.
A cette affirmation d'un patriotisme bien républi-
cain, nous répondrons simplement ceci : l'usine alle-
mande DE La Motte-Breuil n'est qu'une succursale
DE l'usine Elektron A Griesheim-Bitterfeld, la-
quelle approvisionne en hydrogène les dirigeables
ALLEMANDS. Le clicf de l'usine de Griesheim-Bitterfeld
est membre lui-même du conseil d'administration de
l'usine de La Motte-Breuil, laquelle se trouve ainsi
— n'en déplaise à la Dépêche de VOise — « plus
allemande que beaucoup d'autres ». Quant à M. Vis,
directeur de Tusine de La Motte-Breuil, il est en effet,
Hollandais, mais son entourage immédiat est alle-
mand. On m'affirme — je n'en ai pas confirmation -^
qu'il a été longtemps professeur en Allemagne. Le
directeur qui a précédé M. Vis se nommait Pistor et
était Allemand. Il est fréquent que l'Allemand em-
ploie comme pionniers, à la tête de ses succursales
en pays étrangers, en France notamment, des Hol-
landais ou des Belges.
Mais la note rectificative ou prétendue telle la plus
importante, et d'un tour quasi officieux, a paru dans
la républicaine Gazette de VOise — propriétaire-direc-
teur G. Bourson. M. G. Bourson serait en même
temps imprimeur et aurait comme client M. Vis,
directeur de l'usine allemande, ce qui expliquerait
l'abondance et la rapidité de sa défense de ladite
usine. Voici donc le morceau qui a p£u:u dans lu
Gazette de VOise du 18 janvier, le lendemain même
de mon article et à la suite de sa reproduction :
Cet article appelle plusieurs rectifications. Tout
d'abord, M. Vis, l'honorable directeur de l'usine, n'est
92 l'avant-oubrrb
pas allemand, mais hollandais, et il professe pour notre
pays la sympathie la plus vive.
Parmi les ingénieurs, il est évidemment des Aile
mands, mais il est aussi et surtout des Suisses.
Si l'élément français n'est pas représenté comme i\
le devrait dans cet état-major, la faute n'en est nulle-
ment à la société, mais bien à l'insuffisance de nos
écoles de chimie industrielle. La chimie, il ne faut pas
l'oublier en effet, est surtout une science allemande et
en fait les ingénieurs de La Motte-Breuil sont de véri-
tables savants, des chercheurs, tels qu'on en trouve en
France, seulement dans nos laboratoires de Faculté.
Les savants chez nous dédaigneraient d'ailleurs de
faire de l'industrie. Bien à tort, du reste.
M. Bourson me permettra de lui faire remarquer
que ce ton dédaigneux à l'endroit de la science chi-
mique française et des chimistes français est, dans
un journal français, tout à fait extravagant. La note
serait rédigée par un chauvin allemand, ignorant les
noms de Lavoisier, Berthelot et autres, qu'elle ne
serait pas différente, ni plus comiquement inexacte
et liautaine. Mais continuons :
Pour no citer qu'un exemple, l'actuel directeur,
M. /is, a fait notamment do véritables découvertes on
ce qui concerne la production des rubis artificiels et
c'est lui également qui a trouvé le moyen do capter
l'hydrogène entièrement et gratuitement perdu jus-
qu'alors.
La Gazette de l'Oise n'a évidemment jamais en-
tondu parler du Français Moisan, qui s'est occupé,
lui aussi, quel<iue peu du rubis artificiel.
Cet hydrogène, ainsi récupéré, peut évidemment être
livré à très bas pris, puisque auparavant il était absolu-
ment inutilisé. Voilà toute l'explication des offres de la
société. Il n'y a là aucun machiavélisme.
NOTRE AÉRONAUTIQUE 93
Qui a parlé jamais de machiavélisme? J'ai dit et je
répète que le voisinage immédiat d'une usine de
produits chimiques et d'un parc d'aérostation est un
danger permanent d'incendie, que la connaissance,
par les Allemands, de toutes les installations d'un
parc aérostatique français est un danger d'autre
sorte, que l'approvisionnement de ballons français
en hydrogène fourni par des Allemands, par une
usine allemande, expose la Défense Nationale aux
pires sabotages. La question d'économie, quand il y
va du salut du pays, est dérisoire. C'est ce même
prétexte d'économie qui fait approvisionner en char-
bon allemand nos forts de la région de l'Est, qui
les expose ainsi au désarmement par l'extinction des
feux, dès les premières heures de la mobilisation. Je
comprends fort bien que les Allemands l'allèguent,
ce prétexte d'économie, car il fait partie de leur sys-
tème d'invasion industrielle, commerciale et d'espion-
nage. Mais que des Français s'y laissent prendre,
voilà ce qui me demeure incompréhensible.
D'ailleurs, si les chimistes sont étrangers pour la
plupart, il n'en est pas de même des autres employés
et l'on y compte notamment un certain nombre d'an-
ciens fonctionnaires des contributions indirectes.
Quant au Conseil d'administration, que M. Daudet
ne se trompe pas aux sonorités étrangères, il comprend
d'excellents Français incapables de prêter la main à
une œuvre antipatriotique. Certes, il est en majorité
cosmopolite, mais dans des consortiums semblables
n'est-ce pas la règle? N'est-ce pas l'internationale des
capitaux qui ne voit que des aifaires et se préoccupe
peu des frontières?
h'Action Française a trop souvent mené campagne
contre les capitaux français qui font vivre les Alle-
mands pour ne pas se louer de voir des capitaux alle-
mands faire vivre des Français.
94 l'ayant-oubrrb
Car les Français sont extrêmement noinbreux à La
Motte-Brcuil. Loin de faire venir de la main-d'œuvre
étrangère, on ein])loie tous les ouvriers disponibles du
pays et même, à ce point de vue, l'uïiine est un élé-
ment très appréciable de la prospérité de la région.
Ajoutons que les ouvriers de l'usine sont fort bien
traités et que M. Vis et ses collaborateurs ont pour
eux les plus grands égards.
M. Vis et ses collaborateurs sont en vérité bien
bons. Il ne leur manquerait plus que d'empoisonner
ou de manœuvrer à l'allemande leurs ouvriers fran-
çais! Maintenant la Gazette de VOise pourrait-elle
m'aflirmer que l'État-Major scientifique db La
MoTTE-BllEUIL NE COMPTE PAS d'oFFICIERS DE RESERVE
DE l'armée ALLEMANDE? Puisqu'elle veut bien servir
d'intermédiaire entre moi et l'usine allemande, ce
point serait intéressant à élucider. Par ailleurs, je
poserai à mon confrère de l'Oise cette simple ques-
tion : une usine française pourrait-elle obtenir en
Allemagne une situation semblable à celle de La
Motte Breuil? L'Alleniaû:ne permettrait-elle une pa-
reille installation française à cent mètres des han-
gars de ses Zeppelin et en contact avec les soldats
allemands chargés de la manœuvre?
Enfin la question de la difficulté des visites à
l'usine allemande — comme aux Grands Moulins de
Corbeil — et du secret allemand bien gardé, a visi-
blement ennuyé et embarrassé l'auteur de la note de
la Gazette de VOisc. Éroutez-le plutôt:
Quant aux visites, il n'y a rien là que de très naturel
Toutes les maisons semblables en font autant. Il y a des
secrets de fabrication qu'on ne livre |)a.s aux premiers
venus. D'ailleurs, en fait, l'usine est bcaucouj» moins
défendue que ne le prétond notre confrère -et, à notre
connaissance, un certain nombre de personnalités, dont
NOTRE AÉRONAUTIQUE 95
l'une au moins très compétente, y ont été admises.
Nous nous en tiendrons là, ne connaissant ni le direct-
teur, ni les administrateurs de la société, nous n'avons
pas qualité pour présenter leur défense. Nous avons
simplement voulu mettre les choses au point et rassurer
le public que le pessimisme de M. Léon Daudet pour-
rait à bon droit effrayer.
Tout cela est très gentil, très bien intentionné à
l'égard des Allemands, bien qu'un peu faible comme
argumentation. Il est seulement fâcheux que le parc
d'aérostation ne soit pas aussi bien gardé vis-à-vis du
personnel de l'usine allemande, que celle-ci est bien
gardée vis-à-vis des visiteurs indiscrets.
La Gazette de VOise admettra, sans doute, que le
secret de l'aérostation militaire française vaut le se-
cret de la chimie allemande !
Autre point de vue, moins important, mais qui
démontre, une fois de plus, les complaisances de la
République pour l'Etranger campé chez nous : fré-
quemment, depuis plusieurs années, on eut l'occa-
sion de constater que la rivière d'Aisne, dans la vallée
de laquelle est située l'usine allemande, était infectée
par les déversements résiduaires des produits chimi-
ques. Les poissons empoisonnés flottaient et flottent
ventre en l'air. La Société des pêcheurs à la ligne de
Compicgne fit faire des prélèvements et procéda à des
analyses. La ville de Compicgne elle-même — qui
s'aUmente, en aval du confluent de l'Aisne et de l'Oise,
en eau de consommation — s'émut et intervint auprès
de l'administration compétente. Ponts et Chaussées,
Ministère de l'Agriculture. Ces plaintes légitimes n'eu-
rent aucun résultat. Cela, alors que des sucreries sont
inquiétées à tout bout de champ dès que les circons-
tances les obligent, contre leur volonté, à envoyer
96 l'avant-guerrb
parfois des eaux résiduaires beaucoup moins nocives
dans des cours d'eau sans importance , tels que
l'Aronde, le Matz ou le Marquais.
Des influences discrètes, mais certaines, veille-
raient-elles donc sur l'usine allemande de La Motte-
Brcuil et sur son directeur?
• La Dépêche de VOise et la Gazette de VOise étaient
réelleirieiit bien imprudentes de se porter ainsi au
secours de l'usine allemande. En elTet, lors des pre-
miers e-sais des dirigeables, à La Motte-Breuil,
l'entrée du hangar fut sévèrement refusée à deux
officiers de dragons d'un régiment voisin. Le même
jour, le Hollandais Vis, pouvait, avec des amis
étrangers, visiter le hangar à sa convenance et étu-
dier le navire aérien dans lequel il est d'ailleurs
monté plus tard.
Qu'en pense l'ex-député radical Butin, lequel
est, m'affirme-t-on, dans les meilleurs termes avec
cette usine de La Motte-Breuil que la Dépêche de VŒse
déclarait « n'être pas plus allemande que beaucoup
d'autres »?
Édifions maintenant l'ex-député Butin sur ses amis
de La Motte-Breuil.
J'ai dit qu'elle n'était, cette usine destinée au gon-
flement des dirigeables français, qu'une succursale
de la Chemische Fahrik Elektroiiy laquelle a dans ses
attributions, à Bitterfeld, le gonflement des diri-
geables allemands. On sait que, dans l'éventualité
de la guerre prochaine, l'Allemagne attache plus d'im-
portance aux dirigeables qu'aux aéroplanes. Elle les
assimile volontiers aux cuirassés et compare les
aéroplanes aux torpilleurs ce qui semble, d'ailleurs,
ime image inexacte et forcée.
Quoi qu*il en sc-it, je vous présente Herr Doctor
NOTRE AÉRONAUTIQUE 97
Ignatz Stroof, vice-président de la Société de pro-
duits chimiques de La Motte-Breuil, dont le siège
social est 10, rue de Vienne, à Paris. Le doctor Ignatz
Stroof est également vice-président de la Chemische
Fabrik Griesheiw Elektron et de olusieurs autres
sociétés a DuisDourg et a Berim, aont l'énumération
serait fastidieuse.
M. J.-C. Ertel, de l'usine de La Motte-Sreuil, est
lui aussi, un gros personnage industriel allemand,
propriétaire-gérant de la firme Ertel Bieber und C° des
■ usines de cuivre de Hambourg, de la Vereinsbank de
• Hambourg, vice-président de la Metallurgische Ge~
sellschaft de Francfort, etc., etc., et, enfin, admi-
nistrateur de notre Chemische Fabrik Griesheim Elek-
iron.
M. Th. Plieniger, de l'usine de La Motte-Breuil, est
vice-président des Duisbûrger Kupferhûtte de Duis-
bourg, administrateur de la Société électrochimique
de Flix, et enfin, directeur général de la Griesheim
Elektron,
Vous me direz que les résidus d'hydrogène de si
importants personnages ne sont pas à dédaigner et
que nos dirigeables français ont de la veine d'être
gonflés par eux. Je vous répondrai qu'en cas de mo-
bilisation, la garantie n'en serait pas moins des plus
médiocres, et je rappelle ici la phrase prodigieuse de
Gazette de VOise (propriétaire-directeur, G. Bour-
n), qui écrit froidement:
« Quant au conseil d'administration, que M. Daudet
' ne se trompe pas aux sonorités étrangères, il
'omprend d'excellents Français incapables de prê-
: er la main à une œuvre antipatriotique. »
Si ces lignes tombent sous les yeux de MM. lûrnatz
troof, J.-C. Ertel, Th. Plieninger, H. Oswald, ou
4
98 l'avant-ouerre
Schiumberger Viescher, je crains positivement qu'ils
ne crèvent de rire , tout comme un dirigeable
français gonflé d'hydrogène allemand, le jour do la
déclaration de guerre.
Les fameuses rectifications de M. G. Bourson, de la
Gazette de VOise étaient donc ainsi réfutées une
première fois dans VAction Française du 31 janvier
1912.
M. G. Bourson ne se tint pourtant pas pour battu
et voici l'apologie de La Motte-Breuil telle qu'elle fut
présentée alors par le germanophile directeur de la
Gazette de VOise :
M. Léon Daudet, rédacteur en chef de VAciion
Françaisej revient aujourd'iiui dans son journal sur la
question de l'usine de La Motte-Breuil et consacre la
majeure partie de son leader article à la réfutation de
nos arguments.
M. Léon Daudet nous accuse notamment d'avoir
calomnié la science française en pi'étendant que l'Alle-
magne nous est mallieureusement supérieure dans le
domaine pratique de la chimie industrielle.
Cela n'est, hélas! que trop exact. En chimie comme
dans trop de sciences, d'ailleurs, les découvertes initiales
sont généralement dues aux Français mais l'application
en est, non moins généralement, laissée aux étrangers.
Ce n'est pas manquer de patriotisme que de constater
ce défaut, exagération d'une belle qualité do désinté-
ressemcnl, et il vaudi'ait mieux tâcher d'y remédier
que de le nier, puérilement.
La Gazette de VOise ne disait plus que « la chimie,
il ne faut pas l'oublier, en effet, ost surtout une science
allemande. » Elle s'était, sans doute, mieux
renseignée sur le rôle plus que modeste de M. Vis
en ce qui concerne la production du rubis artifici-el
et la capt^tion de l'hi'droi'cne. M. Bourson n'a qu'à
NOTRE AÉRONAUTIQUE 99
aller faire un tour dans le laboratoire du professeur
Verneuil, savant français, aux Arts et Métiers. Il
sera édifié sur le véritable auteur des découvertes
quant aux pierres de synthèse. Il verra ensuite où
est la « puérilité » des arguments.
La Gazette de l'Œse continuait :
Ceci dit et une fois réglé, nous ferons remarquer à
M. Léon Daudet que la fabrique de produits chimiques
n'est pas venue se placer près du parc aérostatique.
C'est le parc qui s'est installé auprès de l'usine, et
celle-ci ne saurait évidemment être rendue responsable
d'un état de choses qu'elle n'a pas créé.
Ce parc n'est pas surveillé ! s'écrie notre confrère.
En admettant même la vérité de cette assertion, il
faudrait s'en prendre à la station aérostatique, l'usine
n'a rien à voir là-dedans.
En une phrase toute fleuriede conditionnels, M. Daudet
insinue ensuite, sans l'affirmer d'ailleurs, que l'usine
est une filiale de celle qui en Allemagne fournit d'hydro-
gène les ballons allemands.
Nous ne reniseignerons pas M. Daudet sur ce point,
que nous ignorons autant que lui, mais nous pouvons
affirmer en tout cas, que la liste des chimistes et
ouvriers qui seraient, kn Cas de guerre, « utilisés » a
La Motte-Breuil, a la fabrication de l'hydrogène est
DÉPOSÉE au ministère DE LA GUERRE ET QUE CETTE LISTE
NE COMPREND PAS d' ALLEMANDS 1.
1. A propos de cette déclaration si curieuse de la Gazette de
l'Oise, nous avons reçu la lettre suivante qui émane de quel-
qu'un de bien renseigné ;
« Votre adversaire a répondu une sottise. Toutes les usines
françaises dont les produits intéressent la défense nationale
doivent remettre chaque année, au ministère de la Guerre,
une liste de la partie de leur personnel français qui serait
nécessaire en temps de guerre pour la fabrication, et qui,
comme telle, doit être soustraite à la mobilisation. Cette limite,
étant donné son but, ne doit donc contenir que des noms de
Français. Si l'usine, en cas de guerre, doit marcher avec dix
100 l'avant-ouerrb
Sur le premier point, priorité de rinstallation, je
réponds qu'une enquête serait nécessaire, — à vous,
Jacques Grumbacli ! — afin de déterminer dans quelles
conditions s'est produite la remarquable coïncidence
de La Motte-Breuil, — parc aérostatique contigu à
l'usine depro<]uits chimiques, — coïnci'lence calquée
sur celle de Griesheim Bitterfèld. Avec cette difTérence
toutefois qu'à Bitterfèld, l'hydrogène allemand gonfle
des ballons allemands, au lieu qu'à La Motte-Breuil,
l'hydrogène allemand gonfle les ballons français. Il
y a là un de ces hasards, heureux pour l'Allemagne,
malheureux })Our la Franco, dont une recherche
approfondie dans les dossiers du ministère de la Guerre
donnerait, sans doute, la clé. Si nous avions encore
un Bureau des Renseignements, j'aurais plus de con-
fiance dans son activité, je l'avoue, que dans celle du
juif qui a nom Jacques Grumbach.
A défaut de ce bureau de renseignements qui n'au-
rait du reste peut-être pas toute liberté de la Hépu-
blique pour pousser par trop loin ses investigations,
nous poserons la grave quçstion suivante :
Qui donc s'est entremis pour préconiser et favoriser
cette installation du parc aérostatique, si préjudiciablo
Français et trois cents Allemands, les noms des dix Français
à ne peu mobiliser doivent être remis au ministère de la
Guerre; mais cela n'empêchera aucunement les trois cents
Allemands d'être employés à l'usine pendant la guerre. »
La Gazette de l'Oise nous faisait donc une objection
absurde, soit que celle-ci vint de son cru, soit qu'elle li;
eût été soufflôe par un des élraiipors de l'usine, M. Vis ou un
autre, ainsi que la faute de français grossière uriLisés au
liiMi " r.
li imalité administrative serve
d'argument aux Allemands cl aux défenseurs des Allemands.
On ncnt '>p..,^..o;..|. ainsi le d'^"'" '-^ r^"^'-'^^ des uns et des
autres
NOTRE AÉRONAUTIQUB 101
aux intérêts de notre défense nationale ? Qui donc a
fait les démarches ? Qui donc a poursuivi de sollici-
tations, au ministère de la Guerre et ailleurs, ceux
dont dépendait une aussi criminelle décision ? En
d'autres termes, quels sont, dans cette région, les
mystérieux protecteurs de M. Vis et de ses Allemands,
qui donc écarte soigneusement les cailloux, les pannes
et les accidents d'automobile sur la voie triomphal©
qui mène la firme Griesheim Elektron de Bitterfeld
à La Motte- Breuil, en passant par notre Défense
Nationale ?
Quant à mes insinuations et à mes conditionnels,
la Gazette de VOise doit être fixée aujourd'hui. A
moins de publier les portraits et biographies com-
plètes des Allemands qui administrent conjointe-
ment La Motte-Breuil et Griesheim Bitterfeld, je ne
sais pas quelles précisions de plus j'aurais bien pu lui
offrir.
Résumons-nous : il y a, à La Motte-Breuil près
Compiègne, une fabrique allemande de produits
chimiques, dirigée par un Hollandais du nom de Vis,
laquelle n'est que la succursale de la Chemische
Fabrik Elektron de Griesheim Bitterfeld.
L'usine de Bitterfeld a dans ses attributions le
gonflement des dirigeables allemands, à l'aide du
gaz hydrogène résiduaire.
L'usine de La Motte-Breuil a dans ses attributions
le gonflement des dirigeables français, à l'aide du gaz
hydrogène résiduaire.
En cas de guerre, plusieurs de nos dirigeables
seraient à la merci de l'Allemagne, grâce à cette com-
binaison très simple qui remet à nos ennemis alle-
mands le soin de les gonfler. Je dis à leur merci :
soit par privation d'hydrogène {sabotage n* 1), soit
102 l'avant-guerre
par corruption du même hydrogène {^(tbotage n* 2).
Il ne faudrait peut-être pas trop compter sur le petit
personnel italien de cette fabrique allemande pour
contrecarrer les volontés et les ordres d'en haut.
Qu'en pense M. Edouard Herriot, maire de Lyon,
qui écrivait il y a quelque temps, dans le Joitmaides
Letellier, un pressant article sur « notre flotte
aérienne t ? '
Mais on m'affirme que les mêmes mystérieux pro-
tecteurs solliciteraient actuellement sur les instances
du Hollandais M. Vis, pour la prochaine adjonction
au parc des ballons d'une station d'aéroplanes ! Ainsi,
quand le savant chimiste, le Doctor W..., officier de
réserve, m'assure-t-on, dans l'armée allemande, vien-
drait à La Motte-Breuil, il aurait le plaisir d'assister
à lu fois à des expériences de dirigeables ©t à de
expériences d'aéroplanes.
Je demanderai à M. Edouard Herriot, maire de
Lyon, auteur de l'article précité, si c'est ça qu'il
appelle placer les centret d'instruction aéronautique à
proximité des grands ccjxtres militaireê? L'inHldUa.-
tioi), à La Motte-Breuil de la Griethcim Elcktron do
MM. Stroof, J.-C. Ertel, Plieningeret Cie peut être,
en ^ffet, considérée comme un grand centre ohimico-
militaire allemand.
AÙRO PLANES
Nos aéroplane*? du moins échappent-ils à l'ingé-
rence étrangère?
S'ils y ont échappé au début, il semble bien que
|3tto situation soit appelée sous peu à se modifier.
Par, des moyens détournés, l'Allemagne s'efforce
NOTRE AÉRONAUïiCiUB 103
de prendre position dans cette nouvelle et importante
branche de notre industrie militaire.
Cette question a fait l'objet d'un article de notre col-
laborateur Pierre Dumoulin, dans V Action Française
du 30 septembre 1912.
On sait quelles espérances on fonde, en France,
d'une manière peut-être exagérée, dans l'état actuel
de la science, sur le rôle que nos aéroplanes seraient
appelés à jouer en cas de guerre.
Il n'est pas contestable que cette nouvelle arme
doive donner le maximum de résultats pratiques
que Ton peut attendre d'un outil encore fort impar-
fait surtout grâce à la surprenante habileté profes-
sionnelle de nos aviateurs tant civils que militaires.
Telle quelle, cette arme est appelée à rendre de
grands services.
Le principal rôle qui lui est attribué semble être
de renseigner les armées sur l'importance, la situa-
tion, les mouvements des troupes adverses, rensei-
gnements d'autant plus précieux qu'ils seront trans-
mis plus rapidement et avec plus de précision par
l'officier observateur. Or, si les aéroplanes doivent
interrompre leurs randonnées aériennes pour atterrir,
ils perdent alors un temps précieux, les conditions
atmosphériques n'étant pas toujours favorables ; de
plus le mouvement des armées leur échappe momen-
tanément. Ainsi apportés dans des conditions défec-
tueuses, les résultats de leurs explorations risquent
de perdre une grande partie de leur valeur d'utilisa-
tion.
En somme nos aviateurs doivent remplir, à l'égard
de nos armées un rôle analogue à celui du périscope
de nos sous-marins.
On a donc été amené tout natin^ellement à recourir
104 l'avant-guerre
à cette admirable invention qu'est la télégraphie sans
fil et on a cherché à munir nos avions d'appareils
facilement transportables, pouvant se tenir en commu-
nication constante avec des postes de T. S. F. situés
à terre. C'est à la Compagnie Générale radio-télégra-
j'hique (brevet Lepel) que l'Administration a com-
mandé les appareils de nos postes de T. S. F. les plus
importants. Or, l'administrateur de la Compagnie
G('riérale radio-télégraphique fait partie du Conseil
d'administration de la Compagnie Universelle de télé;
phonie sans lil, et Ton raconte qu'il ne cache pas, ïr\siis
annonce, au contraire, ouvertement son intention de
faire absorber la petite compagnie par la grande
Compagnie Universelle. De sorte, qu'à la place d'une
société en grande partie française, nous allons avoir
une société surtout allemande et que c'est elle qui,
vraisemblablement, va fournir d'appareils de T. S. F.
nos aéroplanes militaires.
Qu'est-ce donc que la Compagnie Générale radio-
télégraphique?
C'est un société anonyme à capital assez faible.
Le brevet de télégraphie sans fil qu'elle exploite vient
d'Allemagne. L'inventeur est un nommé Lepel.
On a prétendu que cet appareil était assez perfec-
tionné pourdonncr unedirection aux ondes hertziennes
et, par consé<|uent, ])our empocher celles-ci d'être captées
par un poste voisin ou ennemi.
Prétention erronée, puis(|ue des expériences faite-
sur les côtes de la Manche ont démontré que cette dire<
tion des ondes n'est possihle qu'à de petites distances.
Ltc'est cependant à l'invention de l'Allemand Lepel que
e gouvernement de la République a donné la préfé-
renee et ce sont ses appareils dont on a muni nos postes
de la Tour Eitïel, de Bordeaux, d'Ajaccio, de Dakar et
de Tanger. Cette préférence est d'autant plus étrange
qu'au point de vue de a télégraphie sans fil, la France,
NOTRE AÉRONAUTIQUE 105
patrie du grand Branly, n'est aucunement en retard
sur l'Allemagne.
Mais ce n'est pas tout. La Compagnie générale radio-
télégraphique possède à Paris, rue des Plantes, un labo-
ratoire. La cliose, en elle-même, n'est pas extraordi-
naire : la société du Télégraphe Multiplex, possède aussi
le sien, rue Henri-Monnier. Seulement, de ce côté, nous
sommes bien tranquilles, puisque le chef de laboratoire
est un officier français, le même précisément qui com-
mande le poste de la Tour Eiffel.
11 n'en est pas de même rue des Plantes. Il s'agit là
d'un appareil allemand, dont le maniement ou les répa
rations peuvent exiger la présence d'un ingénieur alle-
mand. Nous avons vu le cas se produire pour des
appareils infiniment moins délicats. Or ce poste, comme
tous les postes et, sans aller plus loin, comme ceux
que tout ingénieur peut créer dans son grenier, ce poste
peut capter des ondes et, par conséquent, saisir des
communications.
Voyons maintenant ce qu'est la Compagnie Uni-
verselle qui doit — affirme-t-on — absorber la Com-
pagnie Générale.
La Compagnie Universelle de télégraphie et de té-
léphonie sans fil est une société anonyme française
au capital de dix millions. Nous allons voir à l'instant
de quelle manière imparfaite cette nouvelle compa-
gnie est « française ».
Elle a pour but : l'organisation et l'exploitation
commerciale de communications radiotélégra])]n(|ues
à grande distance et nottmiment des communications
transatlantiques par l'emploi de la machine à h.-iuto
fréquence du système du professeur Rudolf Gold-
scluniùt.
Arrivons maintenant au Conseil d'administration
de la Compagnie Universelle.
Voici d'abord un technicien, M. Bordelongue, ancien
106 LAVANT-GUERRE
directeur des services télégraphiques axi ministère des
Postes et Télégraphes, puis M. Paul Dislère, président
de section honoraiie au Conseil d'État; un savnnt très
honorablement connu, M. d'Arsonval, du Collège de
France; M. E.-G. Suis, administrateur en chef des
Postes et Télégraphes. Puis trois gros juifs, Lazare Weil-
ler, yîarcellilodi .^dïrecteurde la Banque transatlantique,
L't M. Emile Cohn, de Berlin. Puis, M. Julius Drucker,
industriel à Brûnn (Autriche-Hongrie); Robert Held,
directeur de la Compagnie Lorenz, de Berlin; et enfin,
M. Curt Sobernheim, directeur de la Commerz und
Disconto Bank de Berlin. Ce dernier nom est signifi-
catif.
La Compagnie Universelle est fondée au capital de
dix millions. Or, la Commerz und Disconto Bank de
Berlin a souscrit plus de la moitié de ce capital, c'est-
à-dire cinq millions et quelques centaines de mille
francs. En d'autres termes, elle s'est assuré la haute
main sur la Compagnie et c'est ainsi que nous voyons
son directeur occuper, dans le conseil d'administration,
le fautt.'uil de vice-président.
Or, pourquoi la Disconto Bank s'est-elle assuré une
aussi grande part d'intérêts dans la nouvelle société?
Pour les beaux yeux des Français? Je ne le pense pas.
Pour gagner de l'argent? Il semble bien qu'une science
telle que la télégraphie et la téléphonie sans fil, à TV >
où elle est, soit plutôt utilisée par les gouvernemei.s
pour la défense de leur pays, que par les hommes d'af-
faires à des fins commerciales.
Me trompé-je beaucoup en affirmant que la Disconto
Bank poursuit plutôt une œuvre patriotique qu'une
aiTairo — et, après tout, f)ourquoi les deux intérêts ne
mair-heiaiei»t-ils pas (1« t»;iir
CHAPITRE III
NOS COTONS-POUDRES ET L'ALLEMAGNE
LE MINISTÈRE DE LA GUERRE FRANÇAIS
A ADOPTÉ EXCLUSIVEMENT
UNE HUILE DE GRAISSAGE ALLEMANDE
POUR LE SERVICE AUTOMOBILE
DE L'ARMÉE FRANÇAISE
NOS COTONS-POUDRES ET LES « GEBRUDER MARTIN »
Cette question a fait l'objet d'un article paru dans
ï Action Française du 25 décembre 1912 sous la si-
gnature de notre collaborateur Alain Mellet.
A la suite des nombreuses déflagrations spontanées
qui se produisirent dans nos poudres do guerre on
s'est préoccupé de chercher le véritable secret des
poudres stables.
Or, il y a quelques mois, un éminent industriel qui
est un remarquable savant et dont le patriotisme est
notoire, M. de X..., offrit à notre ministre de la Ma-
rine de lui révéler ce secret et de doter notre flotte
d'un explosif offr«tnt toutes garanties.
108 l'avant-ouerre
Le Laboratoire Central ainsi que tous les appareils
qu'il demanda furent mis à sa disposition. Tous les
produits indiqués par lui et, notamment, le coton qu'il
déclarait nécessaire à ses essais lui furent fournis.
M. de X... eut besoin d'un coton déterminé : celui de
la société anonyme de blancliiment de Montferrand
(l)oubs).
Qu'est-ce que la société de Montferrand?
Nous allons trouver de précieuses indications dans
les minutes du greffe du tribunal de commerce de
Besançon. En voici un extrait :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE :
N" 343 du Répertoire.
Dé|)6t du six mai mille neuf cent cinq.
Société anonyme pour le blancininoiit du coton, dont
le sièj^e est à Montferrand, canton de Boussières
(Doubs), au capital de six cent mille francs, divisé en
douze cents actions de cinq cents francs chacune,
dont neuf cents à souscrire en numéraire et à libérer
du quart au moins lors de la souscription.
Liste des souscripteurs et état des cersementi
ejfeciués.
M. Maitin (H.), industriel à Mûlheim-sur-le-Rliin
' Allema^Mie) ; nombre d'actions souscrites; 250; luon-
laiit nominal des actions : liJô.OOO francs; ver.semenis
eiï(^ctués: 31.250 fiancs.
M. Martin (P.), industriel à Mùlheim-sur-le-Kliin
(Mlemagne); nombre d'actions souscrites: 200; mon-
tant nominal des actions : 100.000 francs; versements
effectués : 25.000 francs.
M. Martin (G.), industriel à Mùllx-nn-sur-le-Hliiii
(Allemagne); nombre d'actions souscrites : 20(J; mon-
tant nominal des actions : 100.000 francs: versement»
effectués : 25.000 francs.
NOS COÏONS-POUDItES ET L ALLEMAGNE 109
{Ici un certain nombre de souscripteurs français in-
dustriels et négociants de la région).
Totaux. — Nombre d'actions souscrites : 900; mon-
tant nominal des actions : 450.000 francs; versements
etîectués : 112.500 francs.
Le présent état est certifié exact et véritable par
M. H. Martin, soussigné, fondateur de la Société ano-
nyme pour le blanchiment du coton dont le siège est
à Montferrand (Doubs).
Besançon, le cinq avril mil neuf cent cinq.
Lu et approuvé :
Signé : H. Martin Pour expédition :
Le Greffier : Guillemard.
Qu'est-ce que ces frères Martin qui figurent pour
325.000 francs sur 450.000 francs dans la liste des
souscripteurs?
Leur nom, commun en France, l'est non moins en
Allemagne, et, il ne faut pas qu'on s'y trompe : nous
avons les preuves absolues que les Martin, les Ge-
brûder Martin, de Mûlheim-sur-Rhin, sont allemands.
Ce sont ces Allemands qui, depuis plusieurs mois,
avec la ténacité propre à leur peuple, intriguent sous
le couvert d'un nom français pour se rendre indispen-
sables dans la fourniture de la matière première de nos
poudres. Ce sont ces Allemands qui, installés en pleine
France, ont cherché à développer à leur aise une in-
dustrie allemande sur un point que sa situation géogra-
phique sur le canal du Rhùne au Rhin, rend précieux
pour eux en cas de guerre, puisqu'il leur serait aussi
facile d'approvisionner de là leurs compatriotes alle-
mands que l'Etat français.
Les « Gebrùder Martin » n'en sont d ailleurs pas à
leur coup d'essai. Ils reçoivent depuis plusieurs années
d'importantes commandes du ministère de la Guerre,
puisqu'ils prennent part régulièrement aux adjudica-
tions. Mais ils reçoivent aussi les commandes derÉiat
allemand. Si scandaleux que le fait puisse paraître, il
110 l'avant-guerrb
est certain. Il existe, en effet, à Mûlheim une seconde
usine dirigée par les Gebrûder Martin Or, l'usine
allemande soumissionne aux adjudications du minis-
tère de la Guerre allemand.
A la suite de ces révélations, M. de X nous
adressa une lettre rectificative dans laquelle il nous
déclarait :
!• Qu'il n'avait jamais eu aucun intérêt dans la
Société de Montferrand et qu'il n'en avait plus dans
la Société de Besançon ; il avait demandé des cotons
de Montferrand parce qu'il les connaissait pour en
avoir employé en Hongrie. « Il avait, au contraire
constamment demandé que le gouvernement français
achetât ses cotons en balles d'origine et les blanchît
lui-même. »
2» Que les échantillons de pyroxyles de guerre par
lui préparées aux Poudres et Salpêtres avaient ré-
pondu exactement aux conditions requises, comme en
faisait foi le procès-verbal officiel.
3* Que les expériences de purification et de stabi-
lisation ne pouvaient être entreprises à Paris, parce
que le Laboratoire Central des Poudres et Salpêtres
ne possédait aucun des appareils nécessaires.
Qu'il soit bien entendu que l'éminent chercheur
qu'est M. de X n'est nullement en cause dans
cette affaire. L'essentiel de notre renseignement con-
siste en ceci : qu'une Société allemande prend part
indircctcaiont — par ses trois membres les plus im-
portants — aux adjudications du ministère de la Guerre
pour la fourniture du coton-poudre. C'est là le point
capital, le seul qui nous intéresse, car il met en péril
une fois de plus, les intérêts de la Défeaee Nationale*
NOS COTONS-POUDRES ET l'aLLLMAGNE lit
HUILE DE GRAISSAGE ALLEMANDE ET AUTOMOBILES
DE l'armée française
Nous avons déjà eu l'occasion de ne us occuper
incidemment, au cours de ces études, de la Société
Stern-Sonneborn et du produit- qu'elle fabrique sous
le nom d'Huile Sternoline-Ossag.
Lucien Baumann est, nous l'avons vu, fort satis-
fait des résultats obtenus dans ses Moulins de Corbeil
par l'emploi de cette huile. Qu'il se fournisse chez
ses compatriotes, c'est son intérêt. Mais où la chose
devient inexplicable, c'est quand on voit notre minis-
tère de la Guerre français s'adresser à une société
allemande pour lui demander de lui fournir son
huile de graissage pour ses automobiles !
Tel est pourtant le cas.
Notre confrère le Mois Automobile a signalé ce
fait scandaleux. Il ne faudra donc pas trop s'étonner
si, au moment de la mobilisation, un certain nombre
de ces automobiles restent en panne, soit que l'huile
de la société « française » Stern-Sonneborn vienne à
manquer, la maison- mère de Hambourg (21-26,
Werfstrasse) n'en envoyant plus à Pantin, soit que
cette huile, comme par hasard, devienne d'une qua-
lité détestable et, en l'occurrence, dangereuse. C'est
à se demander si les services responsables du minis-
tère de la Guerre n'ont pas perdu la tête. Il ne
manque pas de maisons françaises qui fourniraient
de l'huile de graissage. Cette préférence exclusive
accordée à l'ennemi éventuel ne s'explique pas.
J'ai là, sur ma table, à la disposition des incré-
112 l'avant-guerre
dules le prospectus suivant imprimé en caractères
rouges :
Ministère de la Guerre.
Après un concours sévère, tant technique que pra-
tique, 32 concurrents ont été éliminés et l'Huilo Stcr-
noline-Ossag a été seule retenue comme reinplis>jant
toutes les conditions requises; elle est donc adoptée
exclusivement pour le service des automobiles de l'ar^
mée française.
C'est formidable, n'est-ce pas?... surtout quand
on sait que les administrateurs de la société ano-
nyme « française » Stern-Sonnkborn s'appellent
Maurice Baer, Isidore Braun, Paul Berliner, Jo-
seph Stern et J. SoNNCBORN ! Jugez un peu ce que
ce serait si la société n'était pas « française ».
Les administrateurs de la Société Stern-Sonne-
born soiit domiciliés légalement en Allemagne, et
ceci constitue un manquement à la loi qui veut que
les administrateurs de sociétés fourn': ant l'État
aient au moins leur domicile légal en i'r • ^e.
Stern et Sonneborn fournissent en particulier
l'arsenal de Tulls. Ils fournissent aussi et exclu-
sivement la Préfecture de la Seine {usines de»
Eaiwc, etc.). Le 21 septembre 1912, la concession
leur fut adjugée d'un premier lot de fourniture (huiles
et graisses), atteignant le chiffre de 17G.0()0 francs.
Il serait intéressant, entr-^ 'hèses, de connaître
les noms des agents de c. .. .Lime allemande qui
sont chargés de visiter les arsenaux se fournissant
chez elle.
Enfin, on m'affirme que Stern et Sonneborn font
des ral«ais énormes et coronlètempnt inexplicables.
NOS COTONS-POUDRES ET l' ALLEMAGNE 113
Le cas a déjà été signalé dans diverses branches
d'industrie et notamment quant aux locomotives
allemandes fournies à nos compagnies de chemins
de fer... ce qui constitue aussi', de la part de ces
compagnies, une grave imprudence. Comment, en
temps de guerre, proccderait-on aux réparations
qui exigent soit un personnel allemand, soit des
pièces de rechange allemandes ?
Pendant ce temps, l'État allemand, comme le
constate notre confrère Georges Prade, du Journal,
décide que, vu l'importance nationale des services
automobiles et de dirigeables et des moteurs à ex;lo
sion, il fabriquera lui-même le carburant des mo-
teurs de son armée :
Le gouvernement allemand vient de prendre une
décision plus hardie : il vient de passer commande
d'un matériel d'usine qui sera sa propriété et qui, ali-
menté par le charbon fourni par le gouvernement lui-
même, doit fournir un minimum de trois cent mille
hectoHtres do benzol par an.
Le carburant destiné à l'armée allemande sera désor-
mais fabriqué en Allemagne, par l'État allemand.
Que va-t-on faire en France ?
En France, mon cher confrère? Oh I c'est bien
simple : on va s'adresser à une société allemande et
lui accorder le privilège exclusif de fourniture de
carburant aux moteurs de l'armée frangaivso...
CHAPITRE r?
LES MESSAGERIES DÉPARTEMENTALES
PAR AUTOMOBILES
Il est inutile d'insister longuement sur ce fait que
les transports par automobiles — qu'il s'agisse de
troupes, ou d'approvisionnements, ou de munitions,
ou de combustible, ou de chevaux — joueront un rôle
considérable dans la guerre future. Ces chariots que
Napoléon réquisitionnait pour les derniers combats
de la Campagne de France seront remplacés par des
camions couverts à traction automobile. Il serait
donc prudent, dès maintenant, de n'accorder de con-
cessions de ce genre qu'à des messageries absolu-
ment françaises, administrées par des Français au-
thentiques, je veux dire qui ne soient ni Allemands,
naturalisés ou non, ni Juifs d'origine allemande, ni
Juifs tout court, ni métèques. L'autorisation serait
encore aggravée dans le cas où elle s'accompagnerait
d'une subvention du ministl:re de la guerre fran-
çais octroyée sans de sérieuses garanties de nationa-
lité et mémo, en ce cas, de patriotisme.
Or, je vous présente la Société des Messageries
MESSAGERIES DÉPARTEMENTALES PAU AUTOMOBILES 115
départementales par automobiles, telle que nous la
peint la Cote Des fossés — organe financier des plus
connus — dans son numéro du 16 février 1912. Je
vous dirai tout de suite que le conseil d'administra-
tion de cette société se compose de MM. Blumentiial
[président, domicilié à Paris), Zouckermann [admi-
nistrateur-délégué, à Coulommiers) , Bauml et R.
Gabriel. Voici maintenant quel est l'objectif de cette
société que je mets ici en cause comme faisant appel
au crédit public français :
La Société des Messageries Départementales par
AM^omo6?7es, dont les actions figurent dans nos tableaux
de Bourse du marché en Banque, au comptant, a
été constituée le 28 janvier 1908.
Elle a pour objet toutes opérations de transports par
automobiles en commun, en France et à l étranger,
tous camionnages automobiles, l'obtention, l'acquisition
et l'exploitation de toutes concessions et de contrats de
transports en commun par voitures automobiles, l'étu-
de, la création et l'organisation de toutes entreprises
de transports en automobiles; enfin l'acquisition ou la
location de tous meubles servant à l'exploitation de
cette industrie.
Elle peut également prendre des participations dans
toutes opérations industrielles ou eommerciales pou-
vant se rattacher en tout ou partie à l'objet social, par
voie de création de Sociétés nouvelles, d'apports, de
souscription ou achats de titres ou droits sociaux,
fusion, association, participation ou autrement.
Vous remarquerez ce « en France et à l'étranger »
qui internationalise la société de MM. Blumenthal,
Zouckermann et Bauml. Vous remarquerez égale-
ment la latitude qu'elle se réserve, latitude do rat-
tachement à l'industrie et au commerce. Tous les
détails ici ont leur valeur.
116 LaVANT-u..^
Au début, il lui a été accordé la concession d'un
service de transports en commun par au omobiles entre
Coulommiers et Meiun d'une part, et La Ferté-sous-
Jouarre et Coulommiers d'autre part. La première
comportait une longueur de 49 kilomètres; elle était
dotée d'une subvention du département de 19.600 frs.;
la seconde (La Ferté-sous-Jouarre-Coulommiers), d'une
longueur de 23 kilomètres. A ces deux lignes furent
ajoutées successivement celles de Coulommiers à
Mcaux, de 25 kilomètres et Melun à Nangis, de 33 kilo-
mètres.
Jusqu'en mai 1909, seule la ligne principale Melun-
Coulommiers fonctionna; à cette date, celle de Meaux-
Coulommiers entra en activité, puis en août 1910 celle
de Coulommiers à La Ferté-sous-Jouarre, La dernière
n'a été concédée qu'en septembre 1911. La longueur
totale du réseau atteint- dans ces conditions, 130 kilo-
mètres.
La première subvention de 19.600 francs a été élevée
progressivement : en avril 1911, elle a été portée à
59.200 francs par an; puis en septembre 1911, le Conseil
général l'a augmentée de 44.800 francs, dont moitié à
la charge de l'État, l'autre moitié au département;
enfin, quelques communes desservies ont alloué
1.125 francs, de sorte qu'au total, les sommes accordées
à la Compagnie s'élevaient à 105.125 francs par an.
J'ai à peine besoin de faire remarquer l'importanco
stratégique de la région choisie, pour ses premiers
essais, par cette sociûté de messoircries automobiles.
Pour au^^menier encore ses piouii?, la Couipagnio
va orgunisui" en Seine-et-Marne, à partir du mois pro-
ciiain, un service de gros camionnage pour relier direc-
tement les centres principaux du département avec
Paris. Cette nouvelle installation exigera 250.000 francs
de dépenses de matériel et d'organisation qu'elle prélè-
vera sur les sommes dont elle dispose.
Llle estime que cette nouvelle branche commerciale
lui procurera une recette annuelle de 556.400 francs et
n'exigera que 393.800 francs de dépenses, de telle
HESSÂQERIES DÉPARTEMENTALES PAR AUTOMOBILES 117
sorte qu'il lui resterait 162.000 francs de bénéfices nets-
En outre, comme ses disponibilités seront encore plus
que suffisantes pour ses besoins, elle a sollicité dans
un département de l'Ouest de la France, une conces-
sion d'un réseau de 133 kilomètres pour le service de
transports en commun par automobiles. Le conseil
général de ce département aurait accordé en principe
la concession et voté une subvention de 106.400 francs
par an à la charge de l'Etat et du Département, chacun
par moitié. Cette nouvelle ligne n'exigerait que
250.000 francs de dépenses.
Lors de la session d'août 1911, messieurs Blumen-
thai, Zouckermann et Bauml demandaient au dépar.
tement et aux conseillers généraux de la Charente -
Inférieure la concession de cinq lignes (rien que ça!)
dont « Uochefort à Royan », « Ilochefort à Port-des-
Barques », « La Rochelle à Charron ». Un des con-
seillers généraux ainsi sollicités, m'a fait remarquer^
fort justement, que deux de ces lignes partent d'un
port de guerre, Rochefort; que toutes deux abou-
tissent au littoral, l'une à l'embouchure delà Gironde
(fort de Royan), l'autre à la rade de Rochefort, à
l'embouchure même de la Charente. La troisième
ligne suit la côte, de La Rochelle à l'embouchure de
la Sèvre-Niortaise, passant à côté du port de la
Pallice, bassin en eau profonde, station de sous^
marins, longeant la rade où mouille souvent l'escadre
du Nord. On voit que MM. Blumenthal, Zoucker-
Hiaun et Bauml, dans leurs tracés de plans, ont une
dilection spéciale pour la marine de guerre française.
Cette remarque émut sans doute les conseillers géné-
raux de la Charente-Inférieure, mais pas au point
de leur faire accepter les conditions, par ailleurs fort
onéreuses pour le département et l'Etat, de MM. Blu-
menthal, 21ouckermaaQ et Bauml. Avec la ténacité
IIB l'avant-guerrb
juive, ces intrépides oamionnpvaiji if&ûav^eiéreiii itîur
demande en avril 1912, sans ^ iS d6 snccè,^
Il n'échappera à personne ri^ ^*:î:i*:05ion d'un
semblable service de transport nnui&rt au point
de vue des opérations de guerre iie réelle impor-
tance.
Il semble donc, en conséquence, que les pouvoirs
publics devraient tenir la main à ce que les per-
sonnes à la tête de cette entreprise fussent de natio-
nalité française. Mais pas plus ici que pour les cas
précédents, le gouvernement républicain n'a pu ou
voulu exiger cette garantie élémentaire.
Admettre des étrangers et spécialement des juifs
allemands ou polonais à la direction d'une entreprise
comme celle des Messageries Départementales, c'est
leur donner toutes facilités pour ciudier le pays,
ses routes, ses ressources. On peut craindre qu'en
temps de guerre ils ne laissent saboter leurs voi-
tures, mettant ainsi le service des transports dans
l'impossibilité de les utiliser pour les approvision-
nements et la troupe.
Le ministère de la Guerre devrait, semble t-il,
exiger d'autant plus de garanties spéciales de ces
compagnies que, pour justifier son droit de réquisi-
tion, il leur attribue une prime une fois versée de
5.600 francs par voiture automobile et de 6.800 frau' s
par camion automobile.
Cette prime représente à peu près la moitié du
prix d'acquisition.
En vertu de l'article 103 de la loi de finances du
•8 avril 1910, ces primes sont accordées sous diverses
obligations. La première c'est que les véhicules pri-
més doivent {article 4} :
MESSAGERIES DEPARTEMENTALES PAR AUTOMOBILES 119
Être neufs, avoir été complètement construits en
France avec des matières premières usinées entière-
ment en territoire national, dans des établissements
employant un personnel dirigeant et ouvrier dont les
trois cinquièmes au moins soient d'origine française ou
naturalisés français, et possédant une installation et un
matériel suffisant pour assurer la continuation de la
tahrication et de la fourniture des pièces de rechange
en temps de guerre.
Le règlement a donc presque tout prévu, sauf la
nationalité des administrateurs de sociétés fournis-
sant ces véhicules, les entretenant et réglant leurs
parcours. Ces primes du ministère sont accordées en
vue des services éventuels que doivent rendre en
temps de manœuvres, que devraient rendre en temps
de guerre les camions et transports automobiles. Il
est clair que si l'administrateur de la société desdits
camions est un Alfred Dreyfus, un Ullmo, un
Emile Weyl, un Jacques Grumbach, par exemple,
un traître ou un déserteur juif, ou juif allemand ou
juif polonais, il y a de grandes chances pour qu'en
temps de guerre :
!• Certains camions automobiles, primée par le
ministère de la Guerre français, ne fonctionnent plus
et qu'un immense truquage de fausses bandes et de
moteurs fourbus soit découvert tout à coup;
2° Les camions automobiles, par hasard en bon
état, servent au transport des approvisionnements
et des soldats allemands.
En d'autres termes, ce qu'il y a de plus important
dans ces entreprises, au point de vue des primes
jiïiHi? au point de '.Tie national, c'est la personna-
Mié H f-' sf'îiOH'ay-^ '//? ceux qui les dirigent.
lies Boms r^ ^.:.v:^n '.f!>\e».n* dû mettre les pou-
120 l'avant-guerrb
voirs publics en méfiance. Leur consonance est si
peu française que l'on est tout naturellement porté à
poser les questions suivantes :
1° MM. Blumenthal, Zouckeumann et Bauml sont-
ils Français, je veux dire nés en Franck de parents
FR-NNCMS?
2** MM. BuiMKNTHAL, ZOUCKERMANN ET BaUML NE
SONT-ILS PAS d'origine ALLEMANDS, OU JUIVE ALLEMANDE ?
3* MM. Blumenthal, Zoucke.'.mann et Bauml ont-ils
FAIT LEUR SERVICE MILITAIRE EN FrANCE OU EN ALLE-
MAGNE, ET DANS QUELS CORPS?
Au cours de notre campagne dans V Action Fran-
çaise, nous ne nous sommes pas fait faute de répéter
inlassablement ces questions précises. Elles n'ont
encore reçu aucune réponse au moment où nous
mettons sous presse.
Nous avons tenu toutefois à nous documenter
coniplcteinent, tout au moins sur la personnalité
d'un des administrateurs-délégués des Messageries
Départementales et voici les renseignements que
nous avons recueillis.
Ce M. Zouckermann serait un juif de Varsovie.
Ce qui vérifie une fois de plus ce fait curieux qu'on
ne peut pénétrer dans une affaire louche, sans y
rencontrer un juif ou une collection de juifs!
Or, Zouckermann, que ses employr'S ay^pclaient
Zouc, a toujouis eu du goût pour les ulVaires. Mais les
iiiïaires qu'il a entrenri^es n'ont jamais éto '*'-'" 'onguo
durée ni d'une extrême rlarlo.
Il a éui imprimeur. Pas l>ien loni^temps. l'uis bijou-
licr, faubourg du Temple. Un incendie dont les jour-
naux ont p:iilé, à l'époque, dôtnii^it son ma,:asin et le
\ transporter son commerce à Coulommiers.
MESSAGERIES DÉPARTEMENTALES PAR AUTOMOBll-ES 121
D'ailleurs, Zouckermann a abandonna assez promp-
tement la bijouterie pour lancer f^on idée de Message-
ries automobiles.
Ce lancement nécessit^iit de l'argent et des appuis de
toutes sortes.
Zouckern^ann chercha à se procurer l'un et les au-
tres. Rochette, le fameux Rochette, se chargea de
J'oinission de ses actions, en reconnaissance de quoi
le frère dudit Rochette fut pris par la société naissante,
comme directeur. Lorsqu'il voulut obtenir l'autorisation
du conseil général de la Charente-Inférieure pour le
réseau qu'il projetait d'établir dans ce département,
Zouckermann, en vue de s'assurer au moins un avis
favorable, accepta comme employé M. X., frère d'un
chef de division à la préfecture de la Charente-Infé-
rieure. Probablement parce que sa requête demeura
sans succès, Zouckermann congédia brusquement ^
M. X... qui n'en pouvait mais.
Les projets de Zouckermann dépassaient, d'ailleurs, le
cadre d'un département et se souciaient même assez
peu des frontières, puisque, il n'y a pas très longtemps,
il partait pour la Ville éternelle et causait longuement
avec un autre juif — et lequel ! — Nathan, maire de
Rome, en vue d'établir dans cette ville un service de
transports automobiles.
Ayant serré d'assez près sa personnalité, voyons main-
tenant avec quelle désinvolture Zouckermann agit vis-à-
vis des lois françaises, lesquelles montrent d'ailleurs
à son endroit une indulgence qui resterait inexplicable
si nous ignorions le 445. Cela nous conduira ensuite à
parler de certaines manœuvres qui sont autrement
graves.
Le 15 juin dernier, le bureau de l'enregistrement de
Coulommiers écrivait à Zouckermann, pour lui récla-
mer le paiement : 1** des droits sur des obligations
émises; 2^ d'une amende â laquelle il avait été con-
damné pour n'avoir pas déposé un extrait de la délibé-
ration de son conseil d'administration, en date du
1. Action Française du 19 septembre 1912, Pierre Dumou-
lin.
122 l'avant-gukbhk
11 novembre lOil, et qui fixait le dividende de la société
pour l'exercire de 1010. Cette amende a été réduite à
vingt-cinq francs.
Zouckermann ne fut pas corrigé par cette punition et,
au mois de juin dernier, une né^Ugence du même
ordre lui valait une amende nouvelle.
Mais voici qui est plus sérieux, parce qu'ici c'est
l'intérêt direct des ouvriers français qui est ouvertement,
cyniquement méprisé par ce juif.
On aflirme qu'il n'existe pas, dans les ateliers des
Messageries départementales de repos liebdomadaire, ni
de caliiers de roulement. Et l'inspecteur du travail
aurait fait récemment, à Zoucltermann, des observations
restées vaines.
Zouckermann emploie, pour ses transi^orts, des
camions primés par le ministère de la Guerre et qui
devraient, nous l'avons vu, en cas de guerre, être réqui'
sitionnés par l'autorité militaire
Or on nous assure enfin qu'au mois de Juin dernier,
il aurait soustrait au recensement des véiiicules auto-
mobiles huit camions sur les vingt-deux qu'il possède à
Coulommiers. 11 aurait, à cette occasion, été frappé
d'une amende qui lui aurait été enlevée par 1 effet de
quelque mystérieuse protection.
On dit encore que ces voitures sont déjà en fort mau-
vais état et qu'au moment de l'examen annuel de ces
camions par Tautorito militaire, Zouckermann use d'un
stratagème pour cacher cet état et emploie notamment
des pneumatiques de pacotille, mais qui paraissent
solides et neufs ^
On le voit, il n'y a rien dans tout ceci qui permette
de justifier cette bienveillance toute particulière des
pouvoirs publics dont bénélicie, une fois de plus, une
1. Kxirait d'un article paru dans un numéro de l'Action
Frun,aige du 19 septembre 1912, sous la .signature de notre
collaboiat','ur Pierre Dumoulin, et qui n'amena aucune pro-
testation ni rectiQcatlon de la part dee intéressés.
MESSAGERIES DÉPARTEMENTALES PAR AUTOMOBILES 123
société étrangère, la société des Messageries Dépar-
tementales.
Et l'on est en droit de demander avec une nouvelle
insistance quelles influences sont inteivcnues en
faveur de cette compagnie, à rencontre des intérêts
de la Défense Nationale?
TROISIÈME PARTIE
LA NORMANDIE ENVAHIE
CHAPITRB I
GExNERALITES
La formidable expansion industrielle qu'a prise
TAllernagne depuis sa victoire de 1870, l'a mise dans
la nécessité absolue de se procurer les matières pre-
mières indispensables à la vie industrielle : le char-
bon, le fer.
Pour ce qui est du charbon, la Westphalie lui en
fournit en quantité plus que suffisante ; mais le fer
va lui manquer. Le maximun de son exploitation
sera atteint dans dix ans, et dans quarante ans toutes
ses ressources en fer seront épuisées. Il faut donc
qu'elle en trouve à tout prix. Or par suite du procédé
Thomas, qui a permis l'exploitation des gisements
phosphoreux, sans valeur jusque-là, la France est en
train de devenir la première puissance métallurgique
du monde.
L'importance de la question n'échappe à personne
et elle est un peu partout à l'ordre du jour. La
Gazette des Tribunaux elle-même s'en occupe. On
lisait, en effet, dans son numéro du 26 octobre der-
nier, à propos du cinquième congrès de la Propriété
minière, récemment tenu à Liège :
128 l'avant-guehrb
M. Pawloski a présenté un rapport sur la situation
générale des ressources en minerai de fer. Pendant
longtemps, l'Espagne, avec la région de Bilbao, a été
le principal producteur. Mais les gisements s'épuisent,
et d'après les derniers rapports du gouvernement
espagnol, ils auront disparu dans trois ou quatre ans.
L'Allemagne et quelques autres pays ont recours à la
Suéde, mais l'exploitation d'État y réduit l'extraction,
de façon à réserver les gisements. Cette exploitation
sera donc toujours limitée. Restent l'Allemagne, le
Luxembourg, l'Alsace-Lorraine et la France. Le fer
Luxembourgeois durera cent ans, si l'on n'exagère
pas l'extraction. 11 en sera de même des gisements
d'Alsace-Lorraine. C'est la France qui contient le grand
centre sidérifére à sa région frontière, au prolonge-
ment du morceau que les Allemands ont eu soin d'an-
nexer en 1870, croyant absorber ainsi toutes nos
mines de fer. On ne se figurait pas, alors, que le
bassin de Brieypût s'étendre à l'ouest. On le reconnut
en 1880. Aujourd'hui, il y a dans le bassin de Briey
soixante-dix concessions, dont vingt-cinq en exploi-
tation. La production s'accroît sans ce.sse. Elle a atteint
quatorze millions de tonnes en V.Hl. Même avec toutes
les augmentations prévues, il y a. là du minerai de fer
pour plus d'un siècle. Les Allemands y développent
celles des concessions qui leur appartiennent ou dans
lesquelles ils ontdes participations.
Il y a trois ans et demi, le gouvernement français
chargeait le conseil des mines d'élucider la question
consistant à savoir s'il y a du fer en Normandie. r)éjà
dix-sept concessions avaient été octioyées et l'on crai-
gnait la mainmise allemande. Le conseil des mines
déchira qu'il n'y avait pas de fer.
Or, c'est le contraire qui était exact, conformément
à l'opinion déjà exprimée par Elie do Beaumont. La
Normandie est un immense champ rie fer, dix fois plus
riche que celui de Briey. Aujourd'hui, ce bassin est
la propriété d'Allemands. Une première bande con-
tient quatre mines, dont trois appartiennent à la
GutehoJJ'nunqshutte et la quatrième à des Français
qui ont un contrai de dix-neuf ans arec des Aile-
QÉNéRALirés 129
mands. Une deuxième bande contient cinq concessions^
appartenant aux firmes allemandes Thysseny Gute-
hoffnungshutte et Phœnix. Une troisième bande con-
tient une concession appartenant à des Allemands.
Enjîn, une quatrième bande contient une concession
appartenant à un Hollandais.
Dans la zone sud de la Normandie, les sociétés fran-
çaises sont enfin intervenues, grâce à l'active propa-
gande de M. Métayer, professeur à l'Ecole centrale, et
sur dix-huit concessions deux appartienent à des so-
ciétés françaises, les autres à des Allemands.
On n'a pas fait la même erreur en Anjou, où d'im-
portants gisements de fer se sont révélés. La grande
métallurgie française y a fait un effort extraordinaire
et sollicite de toutes parts des concessions.
La France est donc un vaste champ de fer, minerai
qu'elle est appelée à fournir au monde entier. Dans les
Pyrénées, dont les gisements, riches en qualité comme
en quantité, s'étendent de la Garonne à Port-Vendres,
plus de cent millions de francs ont été dépensés en
recherches par des demandeurs en concession. Actuel-
lement, 360 postulants attendent qu'il soit statué sur
leurs demandes. Le gouvernement prétend que, pour
statuer, il lui faut attendre le vote de la nouvelle loi sur
les mines.
Le dénombrement de ces 360 postulants serait
intéressant à connaître. Il doit y avoir parmi eux un
certain nombre de prête-nom de Thyssen. Par ail-
leurs, une récente communication à l'Académie des
Sciences montre une fois de plus l'importance des
gisements de Normandie. Cette note a pour objet :
n La structure du bassin d'Uvville [Calvados) et ses
conséquences au point de vue de Vexploitabilité du
minerai de fer. » Cette structure, telle qu'elle vient
d'être dévoilée, assure à l'industrie une réserve
de minerai de beaucoup supérieure au tonnaire
prévu.
Cette situation prépondérante ne va pas sans sus-
J30 l'avant-querre
citer l'envie de notre voisine de l'Est et allumer ses
convoitises. Elle cherche à les satisfaire en se pro-
curant chez nous ce qui lui fait défaut chez elle. Pour
arriver à ses fins, tous les moyens lui seront bons : la
corruption, l'intimidation, la violence même. Elle les
emploiera avec succès, car elle ne trouvera pas en
face d'elle, en France, un gouvernement national
capable de s'opposer à la mainmise de notre ennemi
sur les richesses de notre sous-sol.
Toute la question est de savoir si la France conti-
nuera à se suicider en alimentant en minerai de fer
le dieu Arminius et les usines Krupp, si elle conti-
nuera à abandonner à son ennemi éventuel des en-
claves en plein territoire français.
Si nous avions un gouvernement soucieux de l'in-
térêt national, il aurait depuis longtemps pris ses
précautions, soit en modifiant les tarifs de douane,
soit en réservant à ses nationaux seuls les conces-
sions de mines. Mais la France, étant en république,
est privée de cet organe indispensable de résistance,
de continuité et de responsabilité politique que pos-
sède l'Allemagne monarchique. Celle-ci, depuis la
guerre, et notamment depuis l'AtTaire Dreyfus, use
et abuse de la situation. Les divers cabinets qui se
sont succédé dans cet intervalle ont continuellement
et invariablement cédé aux exigences progressives
de l'Allemagne, soit par cupidité, soit par peur. De
concession en concession, nous en sommes arrivés à
ce point que nous ne pouvons plus résister aux dites
exiiiences sans courir les risques d'une guerre. Il
semble à l'heure actuelle complètement impossible,
non seulement d'interdire, mais même de limiter
l'exploitation par notre encombrante voisine des
lui UPS de l'er de Normandie. Elle en tire, en elTet, le
OéNÊRALITBS 131
fer qui lui est indispensable à son industrie. Or, l'Ai
lemagne est, nous l'avons dit, une puissance essen-
tiellement industrielle et une telle interdiction ris-
querait de la plonger avec son armée formidable et
sa population de 66.000.000 d'habitants dans la
misère. Soyons bien assurés qu'elle ne se résoudrait
pas à mourir de consomption, quand elle sent, à portée
de sa main, de quoi continuer une vie intense.
Est-ce à la peur d'un conflit ou à un mobile moins
désintéressé qu'il faut attribuer la clause dite « Au-
gagneur » du projet du ministre des Travaux Publics
de 1911, clause grâce à laquelle, en Normandie
comme en Lorraine et partout ailleurs, notre sous-
sol minier courra le risque d'être entièrement livré à
l'Allemagne?
Avant d'étudier ce fameux projet Augagneur, chef-
d'œuvre du genre, il faut savoir comment s'obtient,
le plus souvent, une concession, en République, avec
la loi de 1810.
C'est bien simple. Un individu se présente chez un
propriétaire et lui demande d'effectuer des fouilles
sur son domaine, en vue de découvrir des minerais,
généralement des minerais de fer. Si le propriétaire
veut éconduire le visiteur, celui-ci lui explique que
son intérêt serait, au contraire, de signer un arran-
gement, afin de participer aux bénéfices éventuels de
l'exploitation. Il insiste. Il fait luire des chiffres. Le
propriétaire est ébranlé, puis finalement se laisse
convaincre et finit par signer chez le notaire une
convention en bonne et due forme. L'individu opère
les fouilles, demande la concession, l'obtient et l'ex-
ploite. Quand le propriétaire s'adresse alors à lui,
afin de réclamer la part convenue, l'autre lui rit au
nez et lui exhibe l'article suivant de la loi de 1810 :
132 l'ayant-ouberk
€ Lorsque l'Etat accorde une conce^sion^ cette conce^-
$ion se trouve^ par le fait même, libérée de toutes
charges et de tous engagements antérieurs. » Le tour
est joué.
Cela se passe ainsi dix fois sur douze. On m'af-
firme qu'en ce moment même, dans beaucoup de
sites normands et bretons, notamment dans l'arron-
dissement d'Argentan (Orne) et de Segré (Maine-et-
Loire), des centaines d'engagements semblables se-
raient signés par des propriétaires trop confiants.
D'après le projet Augaimeur, TKtat rompant avec
tous les principes de droit civil, et ceux de la loi de
1810 sur les mines, se déclarerait carrément pro-
priétaire du sous-sol. Il n'y aurait plus aucun privi-
lège ni pour l'inventeur ni pour ceux qui ont fait des
recherches. Par conséquent, l'État serait maître d'ac-
corder une concession à qui lui plairait et sans (]ue
les étrangers en soient exclus. Vous voyez d'ici la
belle source de pots-de-vin et la porte ouverte à
toutes les sociétés étrangères.
Sans doute le retour à l'État apparaît comme plus
juste en principe que ce qui se passe actuellement,
vu que, sous un régime normal, la collectivité fran-
çaise profiterait du marché. Je me hâte d'ajouter
qu'avec la République, régime de l'étranger, le retour
de la mine à l'État continuera à favoriser les Krupp,
les Tliyssen et les de Poortcr, protecteurs naturels
et bienfaiteurs dt's Fcrnand David.
L'industrie du fer est montée sur un tel pied qu'un
particulier ne peut se lancer dans cette exploitation.
11 faut un capital de 15 à 30 millions pour créer une
usine et creuser des puits de mines. Il n'y a donc que
des sociétés anonymes par actions qui puissent
tenter le coup. L'Allemagne manquant de minerai,
OKNBRALITÉS 133
l'État français accordera des concessions à des
sociétés allemandes qui se constitueront avec des
capitaux français *. C'est ainsi que procèdent en
effet nos habiles voisins qui ne veulent pas compro-
mettre leurs capitaux et cherchent à dissimuler la
vraie nationalité de leur entreprise derrière les capi-
taux français.
Une fois bien installés si l'affaire est avantageuse,
les capitaux allemands afflueront et remplaceront
les capitaux français avec la même élégance que le
personnel allemand se substituera de plus en plus
au personnel français... comme nous le verrons par
la suite chez les Thyssen et autres.
Il est un axiome que ne devait pourtant pas ignorer
1. Les lignes suivantes, parues dans l'Action Française^
reproduisent fidèlement la pensée de M. Weiss, directeur des
imines :
« Interrogé au sujet d'une demande de concession minière
dans le Calvados, formée par une entreprise germano-belge et
plus germanique encore que belge M. Weiss, directeur des
mines, a répondu qu'il ne savait rien à ce sujet. Mais il s'est
empressé d'ajouter que le gouvernement examinerait « avec la
plus grande impartialité » les deux cents demandes de con-
cession qui sont en ce moment en souffrance au ministère des
Travaux publics, qu'elles émanent d'étrangers ou de nationaux.
Et M. Weiss a dit encore : « Naturellement, à égalité de
titres, le gouvernement donnera toujours la préférence à une
société française, mais j'estime qu'il ne doit pas rejeter d'emblée
les demandes émanant de sociétés étrangères, qu'il doit même
y faire droit quand ces sociétés offrent toutes les garantie»
désirables. »
En somme, M. Weiss, directeur des mines, trouve tout
naturel que nous apportions notre contribution — et dans des
proportions formidables — à l'armement de l'Allemagne. Les
affaires sont les affaires. Krupp ou Thyssen ou d'Ougrée
Marihaye de liodingen, — c'est tout un, — ont besoin de mi-
nerai et oflrent les « garanties désirables » à Augagneur. Il
n'y a qu'à s'incliner et à leur livrer le Calvados et la Manche :
« Entrez, messieurs, ne vous gênez pas. Installez-vous. La
maison vous appartient. C'est à nous d'en sortir, t
134 L*AVANT-GUBRRB
le parlementaire Augagneur et qui est le suivant :
Quiconque livre le ious-sol, livre le sol.
On peut chaque jour en contrôler la justesse en
Normandie, dans l'Orne, dans le Calvados, voire
même en Bretagne, sur laquelle l'Allemagne a des
vues certaines et où des sociétés allemandes plus ou
moins bien grimées accaparent nos minerais.
Et ce n'est là que l'exécution d'un plan métho-
dique, à la fois industriel et militaire, poursuivi avec
une grande ténacité et une hâte significative, abou-
tissant à la germanisation du pays occupé. Ce n'est
pas à un pur liasard qu'il faut attribuer, en effet, la
coïncidence de cette exploitation intensive des
mines de fer normandes avec la germanisation de
Caen (Hauts-Fourneaux) et de Cherbourg (compa-
gnies du Norddeutscher Uoyd et de la Hainburg
Amerika); l'établissement de personnages suspects
au voisinage des postes de télégraphie sans fil
comme celui des Rouges- Terres; les créations de
lik'nes de cliemin de fer Thyssen, actuellement des-
tinées au transport du minerai, mais qui, à l'occa-
sion, serviront aussi bien au transport des che-
vaux et de la troupe; les acquisitions de lignes élec-
triques fournissant la force motrice; le projet d'amo-
diation du port de Gran ville (de Poorter-Krupp)...
Le but est double : alimentation de la métallur-
gie allemande, et principalement des usines Krupp
d'Essen-Fluhr, en minerai de fer; germanisation pro-
gressive de la côte normande et de l'hinterland nor-
mand. La conquête en temps de paix pose ainsi les
jalons de l'action guerrière.
De deux choses l'une : ou le gouvernement de la
République ne voit pas cela, ou le voyant, il le tolère
eÉNÉRÀLITBS 135
et cette tolérance est criminelle. Dans l'une et Tautre
hypothèse, il n'y a qu'un mot pour qualifier cette
altitude : trahison. Cela est tellement vrai que, de-
vant nos accusations précises et répétées, les organes
du régime, depuis le Temps et les Débais jusqu'au
Petit Parisien, n'ont eu qu'un seul moyen de s'en
tirer : le silence.
Nous allons voir comment les Allemands ont com-
mencé par exploiter le sous-sol minier en y puisant
du fer pour leur métallurgie militaire, pour les
usines Krupp.
Puis comment, possédant le sous-sol, ils y ont
adjoint un port tel que Diélette, non loin de notre
port de guerre Cherbourg, déjà menacé par les Com-
pagnies de navigation allemandes et cela avec la
complicité officielle du ministre du Commerce d'alors
Fernand David, qui est venu dans l'été de 1912
inaugurer le port de Diélette.
Puis comment se sont installés à Caen des Hauts-
Fourneaux sous le couvert de l'Association Thyssen-
Le Chatelier.
Enfin comment les envahisseurs ont pu établir un
chemin de fer, minier au début.
Chacune des étapes de cet envahissement scienti-
fiquement conduit mérite une mention à part.
CHAP'TRB n
EXPLOITATION DES MINES
DE FER DE NORMANDIE PAR L'INDUSTRIE
ALLEMANDE
L'exploitation du sous-sol minier normand est
entre les mains de plusieurs sociétés allemandes dont
les trois plus importantes sont :
La Société Minière et Métallurgique du Calvados* ;
La Société Française des Mines de fer ;
La Société des Mines et Carrières de Flamanville
(Manche).
1. A Saint-Germain-le-Vas6on {Cahadot], la concession
dr>* mines de fer appartient à une société, i|ui se dit franco-
allcniando, laSociéie des rninrs de Barbery, mais qui ei>l bel
et bien allemande. Son directeur français, bien eniendu, est
l'ancien directeur de Diélette. Le directeur actuel de Diéletie
était lui-même directeur à Saint-Germain-le-Vasson. Ils ont
permuté. Les machines sont de marque allemande (loconio-
bilf'ii Wol/, icarjonnel» Orenêtein et Koppel, niarleaujo W/eit-
phalia, etc.). Le monteur mécanicien est Allemand. L'ex-
ploitation, encore k ses débuts, va prendre une extension co»»
•iderable. Un important centre d'extraction sera installé d'ici
peu sur le» bords de la Laize. Un embranchement avec les
chemins de r«r départe mentaux fi Actuellement mi oons-
truction.
Bl^PLOITÀTION DES MINES DE FER 137
St.
LA SOCIÉTÉ MINIÈRE ET METALLURGIQUE DU CALVADOS
Si nous ouvrons V Annuaire des Sociétés par ac-
tions, répertoire admirable quand on sait le lire et
qui vaut avec ses sèches nomenclatures les plus
grands romans de Balzac, nous y voyons que la
Société Minière et Métallurgique du Calvados a son
siège social, 6, rue Blanche à Paris.
Cette société a été fondée au capital de un million
deux cent mille francs. Sa durée est de cinquante ans,
du 5 décembre 1901. Elle a pour objet :
La mise en valeur et l'exploitation du gisement do
minerai de fer, dont la concession, dite de Perrières, a
été apportée par M. Masse ; l'obtention éventuelle,
soit directement, à la suite de recherches et formalités
nécessaires, soit par suite d'achat ou autrement, d'au-
tres concessions de minerai de fer et métaux connexes,
soit en France, soit à l'étranger; tous achats et ventes
de minerais provenant, soit des concessions de la
société, soit d'autres; l'acquisition de tous ateliers et de
toute usine nécessités par le but sus-indiqué, ou des-
tinés à traiter ou transformer les produits de la Société,
notamment à l'élaboration de produits métallurgiques,
fer, fonte, acier et autres; toutes prises d'intérêt dans
des établissements de cette nature, et généralement
toutes opérations industrielles, commerciales, finan-
cières, même immobilières, se rapportant à l'exploita-
tion des minerais de fer, au traitement, à la transforma-
tion, au commerce et au transport des produits des
exploitations de la Société et de tous autres simi-
laires.
Je recopie ces documents, malgré leur aridité appa-
138 l'avant-ouerrb
rente, parce qu'ils s'animeront de vives couleurs,
comme vous le verrez par la suite.
Le cons'Ml d'administration est ainsi composé : Pré-
tident: M. Ch.-E. Solacroup; membre : M. Horten:
commissaire : M. Rabes.
Cette exploitation a prospéré et s'est étendue sin-
gulièrement depuis 1901. Elle rayonne, aujourd'hui,
sur Potigny, Perrières, Saint-Germain-le-Vasson et
le« environs. Elle a acheté du terrain et fait bâtir
de nombreuses maisons, dont une école; ce qui fait
dire aux habitants français que, si cela continue, dans
quelques années, la lani^ue allemande sera celle de
toute la région ; attendu que tout le personnel des
mines et extractions de minerai est allemand ou ita-
lien.
Il est avéré que les mines en question sont partiel-
lement ou en totalité dans la dépendance de la maison
Krupp et qu'elles servent à alimenter ses usines et
fonderies en minerai de fer.
SOClÉTé FRANÇAISE (?) DES MINES DE FER
L'Annuaire des Sociétés par actions nous fournit
sur le capital et l'objet de cette importante entreprise
les renseignements suivants :
SOCléTÔ FRANÇAISE DES MINES DE FER
Siège social : 9, Square Moncey, Paris.
Capital : 5 millions de francs divisés en 50.00"> .''.étions
4e 100 fj-ancs chacune, dont 10.000 eotièremeut iibé-
EXPLOITATION DES MINES DE FER 139
rées, attribuées à M. de Poorter en représentation de
ses apports : Parts bénéficiaires y 4.000, attribuées à
M. de Poorter.
Durée : 50 ans. Objet : l'exploitation en France et à
l'étranger de tous gisements de minerai, notammt^nt
le mineiai de fer et toutes opérations commerciales,
industrielles ou financières se ratiacdant à cet objet; la
création, l'acquisition de tous établissements quelcon-
ques se rattachant à ladite industrie ou pouvant en faci-
liter l'extension et le développement, no^ammen^ toutes
opérations de transport de minerais ou autres mar-
chandises, ainsi que l'acquisition de la flotte nécessaire
à ces transports ; la participation directe ou indirei'te
dans toutes opérations industrielles ou commerciales
pouvant se rattacher à l'un des objets précités soit par
voie de création de Sociétés nouvelles françaises ou
étrangères, d'apport, de fusion ou autrement avec toutes
Sociétés françaises ou étrangères.
Sans qu'il soit besoin d'un examen approfondi, on
reconnaît immédiatement, dans la latitude et l'esprit
de conquête de ces statuts, en quelque sorte la mar-
queallemande, l'estampille d'Auguste Thyssen, maître
de forges, con-seiller privé de l'empereur Guillaume II,
personnage dans son genre aussi caractérisé que le
juif Lucien Baumann. Cette phrase « l'acquisition de
la flotte nécessaire à ces transports » vous donne
déjà froid dans le dos s'il est bien vrai que ladite
société française soit au fond une société au service
des intérêts allemands.
D'ailleurs, un article très documenté de Ylnforma-
tion du 19 mars 1912 va nous permettre de préciser.
Nous apprenons que la Société des Mines de fer
s'est assuré, dans le bassin normand, l'exploitation
de quatre concessions s'étendant sur une superficie
de 3.711 hectares. Ces quatre concessions sont celles
de Jurques, Bourberouge, Mortain et Ondefontaine.
140 l'atant-oubrrk
Pour Ondefontaine, l'achat a été effectué, mais on
attend la ratification du Conseil d'Etat. Nul doute nue
t.
cette ratification ne fasse pas un pli. Bourré de juifs,
notre Conseil d'Ktat n'a rien à refuser ni aux Alle-
mands, ni aux prête-nom des Allemands.
Voici ce que l'Information dit de la concession de
Jurques :
« La concession de Jurques a une étendue de 580 hec-
tares et est aujourd'hui en exploitation normale. Sa
production est d'environ 100.000 tonnes par an. Ces
100.000 tonnes sont achetées par avance^ pour une
période de 10 ans, par le groupe Thyssen. Les mine-
rais de Jurques sont donc diri^^^és sur le port de Caen.
Cette concession est d'ailleurs susceptible de faire face
à une production supérieure à 100.000 tonnes par an,
mais ce sont ses moyens d'exportation qui sont un peu
limités, car le port le plus proche, celui de Pont-à-Bes-
sin, n'est pas aménagé pour faire face à des exporta-
tions de quelque importance; il est fort possible que,
par la suite, ce port soit amélioré, à moins que la So-
ciété n'ait intérêt à diriger ses minerais sur quelque
autre point de la côte normande. Ajoutons que le
contrat passé avec le groupe Thyssen assure à la So-
ciété française des Mines de fer un bénéfice minimum
de 2 francs par tonne. »>
Quant aux mines de Bourberouge, elles étaient ex-
ploitées de Ionique date, ainsi que l'indique leur nom
fort siernificatif. Aux dix-huitième et au dix-neuvième
siècles, les paysans extrayaient le minerai dans une
partie de la propriété dénommée « minières ». Ils
formaient entre eux de petites associations, procé-
dant à l'extraction et à la fonte par des procédés
rudimentaires. La fonte était vendue à la forge de
Bourberouge, qui la transformait en fer. A partir de
1840, «eus l'habile impulsion de M. de F..., père du
conceft»ionnaire actuel, ces travaux prirent une
EXPLOITATION DBS MINES DE FBR 141
grande importance. Les ouvriers transportaient le
minerai à dos de cheval et le maître de forges le leur
payait à raison de 0 fr. 25 le demi-hectolitre. Leur
situation, on le voit, était un peu meilleure qu'au-
jourd'hui. C'est ainsi que, jusqu'en 1860, l'usine de
BOURBEROUGE FUT LE FOURNISSEUR ATTITRÉ EN BOU-
LETS DE CANON DES ARMÉES DB TERRE ET DE MER. Main-
tenant, en 1912, ce minerai normand va alimenter
''usine Krupp. Ne trouvez-vous pas le rapprochement
msiructi*'? En 1861, l'Empire signa avec l'Angle-
terre un traiiê Nbre-échangiste qui ruina complète-
ment les forges ae .Mormandie. Déjà, depuis quel-
ques années, la plupart des autres forges de l'Orne
et des environs avaient éteint leurs fours les uns
après les autres. M. de F... lutta jusqu'à la dernière
extrémité et fut finalement acculé à prendre la même
détermination que ses confrères. Ce bon Français,
afin de conserver du travail à ses ouvriers, trans-
forma alors son usine en fonderie de deuxième fu-
sion, recevant lui-même d'Angleterre les gueuses de
fonte et la houille.
Voici, d'autre part, ce que dit VInformation de la
concession de Bourberouge.
La concession de Bourberouge est entrée récem-
ment en exploitation et sa production qui s'est éle-
vée à 70.000 tonnes l'an dernier atteindra cette an-
née aux environs de 75.000 tonnes.
Cette concession est susceptible de faire face un
jour à un très gros tonnage et on estime normale-
ment qu'elle pourra produire 400.000 tonnes par
an * . Le seul obstacle qui s'oppose actuellement à
1. La concession amodiataire de Bourberouge octroyée à
J. de Poorter le 8 mars 1906 extrait au maximum 200 tonnes
de minerai par 24 heure* alors qu'elle pourrait fournir uonna-
142 l'avant-oubrrb
son extension réside dans les difficultés d'exploita-
tion du minerai. Le port le plus proche est en effet
celui de Granville, qui n'est situé qu'à 94 kilomè-
tres, mais le port de Granville n'est point actuelle-
ment aménagé pour permettre l'embarquement de
grosses qu<uitités de minerai.
Comme il y a là une question primordiale poui la
Société des Mines de fer, M. de Poorler ' i, olTert à la
lement de 900 41.000 tonnes. Du simple point de vue industriel
cela, au dire des gens compétents, apparaît comme un lamen-
table {.rûchis.
1. Mis en cause dans ces termes par un article paru sous
ma signature dans l'Action Française du 14 avril 1912, Won-
sieur Jos. de Poorler, aJministialeur de la Société Française
des mines de fer m'adressa le 17 avril suivant la leur© de rec-
tification que nous reproduisons ici :
JOS. DE POORTER
ITEAMSHIP AND IKON ORK MINE 0WNER8
IKON ORK ANU COAL WtKCHANTS
REGULAR STEAMKRS TO KINO's LYNN
AGENT TO THE MIDLAND RAILWAY
Codes : Spotts, Watkins, A. Z. Lieber and A. B.C.
Teukpiionb No. 7.T27 and 7S28
After Six p. m. 34:d2 and 6076
AT Paris, 9 Swuark Moncey
TELEPHONE 231-77
» aloiers, Quai d'Aora
• HoNA
Tff ''graphie A'IdrPêM :
PooKTEK ROrTKKDAM.
UkTKOOP PARIS.
PooKTKR At.iHKRS.
Foohter aoNA.
Rotter.Lim, le 17 avril 1912.
Veerkade No. 8.
PoBlbox 576.
EXPLOITATION DES MINES DB FER 143
municipalité de Granville de se charger de l'établisse-
ment d'un port, moyennant qu'on lui assure l'ainodia-
Monsieur le Rédacteur en Chef de l'Action Françaite,
3, chaussée d'Anlin, Paris.
« Monsieur le Rédacteur,
« Je proteste contre votre article du 14 courant, et je vous
prie de prendre bonne note de ma protestation et de la publijr.
« Il serait inutile d'énumére? toutes les inexactitudes sur
lesquelles les conclusions de cet article sont basées.
« Je tiens seulement à déclarer formellement que : ni
M. Thyssen, ni M. Krupp, ni quelque autre Allemand quel-
conque se trouve sous mes espèces, comme l'imagination do
l'écrivain de votre article semble le croire. Je tiens à déclarer
que les actions de la Société française des Mines de fer appar-
tiennent exclusivement à des Français et à des Hollandais,
sans exception, et que je travaille pour mon compte personnel,
sans que personne, Allemand ou autre y soit intéressé. Je ne
sais où les journaux que vous citez dans votre article puisent
leurs informations, mais elles sont souvent inexactes. De tout
ce qui est dit dans votre article, il ne reste de vrai que ce qui
suit: « Les minerais de fer de la Bretagne et de la Normandie,
exploités soit par la Société Française des Mines de fer, soit
par tout autre exploitant quelconque, sont vendus pour la plus
grande partie en Allemagne. » La seule conclusion à tirer de
cet état de choses est « que les Allemands donnent pour ce
minerai le meilleur prix », c'est tout.
« La politique que tous y cherchez n'y est pour rien!
« Et surtout dans la Société Française des Mines de fer,
dont je suis l'administrateur-délégué, il n'y a aucun Allemand,
ni personne quelconque (sic) étrangère, à part de Hol...ndais
susnommés, qui y aurait la moindre influence ni direcie, ni
indirecte.
« Je n'ai cherché que des concours français.
« Et la dite Société se trouve exacieiiiont dans la même
situation que, par e.xemple, les marchands de vi.is de Hur-
deaux ou de Champagne, de modes de Paris, etc., etc., c'est-
à-dire qui dirigent leurs produits ou leurs articles sur l'Alle-
magne, sans que, pour cela, vous puissiez conclure que les
Tilles de Bordeaux, de Reims ou de Paris soient sous l'in-
fluence allemande.
« Veuillez agréer, monsieur le Rédacteur en chef, l'assu-
rance de ma haute considération.
« » JOS. DK POORTKR. »
Tout ceci est fort bien, mais en somme secondaire. M. de
144 L*AVANT-OUBRRR
tion des services de ce port. Cette opération est pos-
sible, puis4ue la loi sur l'autonomie des ports a été
récemment promulguée, mais le décret d'administra-
tion publique n'a pas encore été rendu et sa promulga-
tion est nécessaire pour que la municipalité de Gran-
ville puisse traiter avec M. de Poorter. Il faut bien
i^ooner ne souffle pas mot de l'essentiel à savoir de l'amodia^
tion du port de Granrille qu'il sollicite et qu'il espère bien
arracher à la complaisance du Gouvernement français. Or,
c'est précisément cette concession, grave entre toutes, d'un
port français à un étranger qui m'a fait écrire l'article du
14 avril l'Jl2.
M. Jos. de Poorter me dit en gros que ■ ni M. Thyssen, ni
M. Krupp, ni quelque autre Allemand quelconque se trouve
sous ses espèces ». Mais il ne souffle pas mot de l'ajourne-
ment de l'offre Krupp jusqu'à ce que la concession du port de
Granville à M. Jos. de Poorter soit accordée.
Par cette condâiiou iine gua non la maison Krupp tient
M. Jos. Poorter, lequel aspire lui-même à tenir le port de
Granville.
Je lui ferai observer aussi qu'il a eu tort d'appeler sa société.
Société Française des Minet de fer, attendu qu'il n'est pas
français et qu'il est à la tête de la combinaison. Cette façon
de franciser une entreprise hollandaise, suspendue pour une
pari au bon vouloir de Krupp, apparaîtra comme un peu
sommaire et même audacieuse.
Tous les Français penseront, comme nous, qu'il faut 4
M. Jos. de Poorter du toupet pour oser formuler l'assimila-
tion entre sa Société des Mines de fer, dite française, admi-
nistrée par un Hollandais et des marchands de vins français
écoutant leurs produits au dehors. M. de Poorter oublie deux
choses ; la première, qu'il n'est pas français. La seconde,
qu'un ne saurait confondre uo canon de vju et un canon
Krupp.
La lettre de M. de Poorter, extrêmement prudente et flot-
tante sous son aspect de dénégation générale, ne modifle en
rien lei> réflexions ijue ses prétentions sur le port de Granville
m'avaient bUggcroes. M. Jos. de Poorter n'est peut-être pas
• M PUS les espèces » de Thyssen et de Krupp, mais la qualité
du c.onirat pasbé par lui avcc Thysïjin pour la conceshion de
Jurquca, par exemple, — 100.0000 tonnes par an achetées
d'aeanee pour 10 ans par Le groupement Thyssen, — fait de
lui, Hollandais, l'associé et le féal du métallurgiste allemaad
•a Normandie.
EXPLOITATION DES MINES DB FBR 145
remarquer que, d'ores et déjà, une grosse partie de la
production de Bourberouge trouvera un placement
immédiat, car la maison Krupp a offert à M. de Poorter
de traiter pour 200.000 tonnes par an. Cette offre a été
ajournée jusqu'à ce que la question du port de Gran-
ville soit résolue.
La concession de Bourberouge a donné lieu à des
expertises d'ingénieurs allemands et, à la suite de leurs
rapports, le groupe Stinnes avait demandé à M. de
Poorter de prendre la direction de cette mine,
moyennant la remise d'une somme de 1.500.000 fr.
En outre le minerai extrait eût été partagé par moitié
entre le groupe Stinnes et la Société française des
mines de fer et enfin le groupe Stinnes aurait con-
sacré une somme de un million cinq cent mille francs
au développement de la mine. L'intention de ce groupe
était de créer une usine métallurgique, avec un ca-
pital de 40 millions de francs.
On a estimé à 50 millions de tonnes le minerai pro-
bable de la concession de Bourberouge et on constate
un enrichissement en profondeur.
Ainsi cette loi sur l'autonomie des ports français
va avoir comme premier résultat la germanisation
du port de Granville, condition sine qua non d'un
contrat en bonne et due forme du Hollandais J. de
Poorter avec la maison Krupp d'Essen Ruhr.
C'est de cette façon que la richesse métallurgique
de la Normandie qui devrait être, sous un régime
normal et national, une condition de prospérité pour
notre pays, est devenue, de par la trahison de la
République, un moyen de réalisation pour les visées
allemandes, un moyen de pénétration pour l'indus-
trie allemande.
A Bourberouge, comme à Jurques, chez de Poorter
comme chez Lucien Baumann des Moulins de Cor-
beil, ne pénètre pas qui veut. Ces précautions ont
leur raison d'être. Mais il n'est pas de porte si h«r-
146 l'avant-gubrre
métiquement close que ne puisse forcer un patriote
vigilant, malgré les cerbères étrangers.
On sait que l'aménagement d'une mine comporte
un certain nombre de précautions et de travaux préa-
lables, puits de sondage, constructions et autres, que
règlent avec soin les ingénieurs, car c'est de cette
vigilance initiale que dépendra, par la suite, la sécu-
rité des travailleurs. A l'exploitation de Jurques,
rien de semblable. Il n'y eut là aucun travail préa-
lable, et tout y indique encore aujourd'hui la ferme
volonté, chez l'exploitant, d'obtenir le plus de mine-
rai, dans le plus bref délai possible, avec le minimum
de moyens. Pour l'installation et la mise en œuvre,
M. de Poorter a fait appel non à des ingénieurs, mais
à un certain nombre de maîtres mineurs qu'il tenait
ainsi plus étroitement dans sa dépendance. Il est
entendu que le salaire des ouvriers — français, espa-
gnols ou italiens — ne doit jamais dépas5îer six francs
par jour. Il n'y a ici ni cité ouvrière, ni jardin, ni
coopérative. Bien mieux, la société de secours
MUTUELS, LÉGALEMENT OBLIGATOIRE, n'existe PAS. Amo-
diataire de Jurques, alors qu'il est propriétaire d'On-
defontaine, M. Jos.de Poorter considère évidemment
que les lois françaises ne sont pas faites pour les
étrangers et qu'il est au-dessus de leur observance.
Ce :i donne un avant-goût de ce qu'il fera du port de
Granville, le jour où le gouvernement de la Répu-
blique et la municipalité lui en auront accordé la
concession.
Par ailleurs, la désobéissance aux règlements con-
cernant les mines serait flagrante à Jurques. C'est
ainsi que l'absence des manœuvres de sécurité y est
absolue. Lk'< machines ont leurs soupapes calkes,
DE FAÇON A MARCiŒK A PLUS HAUTE PRESSION, ÉCONO-
EXPLOITATION DES MIN£S DE FBR 147
MIE QUI EXPOSE A DB GRAVES DANGERS BT QUI EST FOR-
MELLEMENT INTERDITE PARTOUT AILLEURS. Cc dernier
fait prouverait que les visites d'inspection ne sont
pas fréquentes dans les mines de M. de Poorter ou
qu'elles sont conduites de façon plutôt sommaire.
Ajoutons que M. de Poorter, tout à fait incompétent
dans les questions minières — puisqu'il est, de son
métier, armateur — emploie, bien entendu, des ma-
chines étrangères, lesquelles, au dire de personnes
compétentes, ne seraient pas de première qualité. Si,
dans ces conditions, la mine de Jurques fonctionne
longtemps sans aléa et sans accident, c'est que
M. Jos. de Poorter aura pour lui une heureuse étoile.
On se soucie aussi peu à Bourberouge qu'à Jurques
de se conformer aux règlements concernant les
mines.
Pas plus qu'à Jurques, il n'y a ici de société de
secours mutuels réellement en vig^ueur, ni de cités
ouvrières, ni d'écoles, ni de coopératives d'aucun
genre. La mine, éloignée pourtant de tout centre
industriel, ne possède même pas un atelier de répa-
rations mécaniques, absolument nécessaire, quoique
le directeur, le maître-mineur et les ouvriers ne ces-
sent, depuis le début, d'en réclamer un. Les mar-
teaux pneumatiques — outils indispensables au mi-
neur — sont ici en nombre insuflisant. Dans toute
exploitation bien conduite, on possède non seulement
les outils immédiats, mais encore des outils de re-
change, afin de parer à toute éventualité et d'éviter
le chômage inutile.
Chose plus forte, Bourberouge nb possède même
PAS de tuyaux de rechange pour LES CANALISATIONS
d'eau, de telle SORTE QUE SI l'uN DE CEUX-CI VENAIT
▲ SE ROMPES, LA MINE COURRAIT LE RISQUE d'ÂTRB
148 l'atànt-oubrri
INONDÉE. Les ouvriers se sont plaints maintes fois de
ces dangereuses conditions de leur travail. Il y a eu
des grèves, des renvois et il y a toujours de nom-
breux mécontents. Je demande ici, comme pour
Jurques, à quoi pensent les inspecteurs des mines
quand ils font leurs visites réglementaires à Bourbe-
rouge. Je le demande aussi au ministre des Travaux
publics, auquel il est évidemment très facile de véri-
fier les détails ci-dessus, et aussi de savoir si, à
Jurques, les soupapes des machines sont calées ou
NON. Jean Dupuy me répondra peut-être qu'en sa
qualité de membre d'un cabinet « national » , il est
d'avis, comme son compère Fernand David, que le
service de l'Allemagne et les intérêts de la maison
Krupp passent avant tout. Je lui objecterai aussitôt
qu'il ne devrait pas s'étonner le jour prochain où
un épouvantable accident viendrait le rappeler au
sentiment des réalités et à l'observation des règrle-
ments, même quand il s'agit de l'envahisseur étran-
ger. En tout cas, il ne pourra pas alléguer l'igno-
rance. Le voilà prévenu.
Cette situation tranche avec celle des exploitations
vraiment françaises en ces mêmes régions, chez les-
quelles tout se passe de la façon la plus correcte, la
plus normale et la plus humaine.
Il est bon de faire remarquer, enfin, qu'en dehors
des actionnaires français éventuels — car M. Jos. de
Poorter daijne faire appel, dans les journaux spé-
ciaux, à notre crédit public, et c'est même à ce titre
que je le mets en cause — tout est étranger dans
l'entreprise de la Société Française des Mines de fer^
et pas un sou ne peut en revenir à notre pays. En
effet, j'ai dit que M. de Poorter était armateur. Ce
«ont se» bateaux qui em{)ortent de Caen notre mine-
EXPLOITATION DBS MINSS DE FER 149
rai de fer, pour le livrer à l'excellent Krupp. Ce sont
ses bateaux qui apportent à Caen le charbon de
grillage nécessaire à son exploitation. La municipa-
lité de Gran ville est ainsi prévenue de ce qui l'attend, le
jour où M. de Poorteraura obtenu d'elle l'amodiation
du port, et ce serait une illusion de croire que la vieille
cité maritime retirera de cette opération le moindre
profit. J'insiste sur ces points qui paraissent secon-
daires, afin de bien montrer la fausseté de l'argu-
ment d'après lequel l'exploitation intensive par
l'étranger serait une source de richesses pour les
régions ainsi exploitées. Des magistrats ou fonction-
naires locaux malhonnêtes peuvent, à l'occasion, tirer
profit de cet envahissement, si dangereux au point
de vue national. Mais les habitants eux-mêmes, les
autochtones n'ont à en attendre que des déboires et
de graves déceptions. On l'a déjà vu, on le verra
encore de plus en plus. Les Thyssen, les de Poorier,
les Lucien Baumann traitent la France — sol et
habitants — comme le chercheur d'or traite la région
sur laquelle il s'est abattu, plein de convoitise et de
hâte. Leurs entreprises peuvent avoir, derrière la
visée financière, une seconde visée métallurtri({ue,
politique ou militaire. Elles sont exhaustives et
gaspilleuses. Elles ne comportent point ce caractère
de modération, de solidité, de précision et de durée
qui n'appartient, dans chaque pays, qu'aux natifs
de ce pays, auxquels sont permis les longs desseins
et la longue sécurité, qui n'ont rien à dissimuler ni
à taire.
150 LATANT-GUBRRB
13
société des minbs de diéletth et de flama.nv1llb
(Mamchb)
L'exploitation des Mines de Diélette et de Fia-
manville appartient au chef d'indastiie allemand
Tliyssen, lequel figure en nom propre au conseil
d'administration et alimente en minerai la maison
Krupp, avec laquelle Auguste Thyssen a passé toute
une série de contrats.
De VAnnuaire des Sociétés par actions nous ex-
trayons ce qui suit :
SOClIiTÉ DES MINES ET CARRIÈRES DB FLAMANVILLB (MANCHE)
Société anonyme.
Siège social : C, rue Blanche.
NOTICE.
Capital. — Neuf cent mille francs, divisés en 1.800
actions de 500 francs, dont 620 d'apport, entièrement
libérées, à M. Casel et 1.180 souscrites et entièremect
libérées.
Durée. — 99 ans, du 6 avril 1907.
Objet. — L'exploitation de mines et carrières dans
le département de la Manche et les départements cir-
convuisins, et, notamment l'explottution des mines do
ftr dites de Diélette et des biens et droits apportés par
M. Tasel ; l'obtention, l'acquisition et l'exploitation de
diverses autres mines et carriéies ou concessions de
mines et carrières dans le département de la Manche et
les dé{)artements circonvoisins; la vente des produits
et toutes opérations se rapportant à ces objets.
EXPLOITATION DES MIiNES DE FER 151
Acte constitutif, reçu par M* Kastler, notaire à
Paris.
Conseil d'administration.
Membres. — MM. E. Castel, A. Horten, C. E. Sola-
croup, E. Thyssen.
Commissaire : M. Rabes *.
C'est en somme une fois de plus la mainmise sys-
tématique de l'Allemand sur la Normandie.
Après l'organisation de l'exploitation métallur-
gique dans l'Orne et le Calvados, Auguste Thyssen
s'est en etïet rendu acquéreur de vastes terrains
situés dans la commune de Diélette, proche de Cher-
bourg, en face du raz Blanchard, tombeau du Ven-
démiaire •.
1. On remarquera la fraternité de cette Société avec la
Société Minière et Métallurgique du Calvados. Même siège
social. Même conseil d'administration, à peu de chose près.
La note que voici vous donnera une bonne idée de la façon de
procéder de la maison Krupp. Je l'extrais du Bulletin de
renseignements coloniaux (29* année, n» 352). Elle a pour
titre la Maison Krupp en Noucelle-Calédonie :
La maison Krupp, d'Essen^ sous le coucert d'une Société
belge, son intime associée, oient de se rendre maîtresse
d'une importante mine de nickel en Noucelle-Calédonie.
Mais pour se conformer au décret minier en rigueur dans
la colonie, la société belge constitue une fliale française.
Remplacez nickel parler, Noucelle-Calédonie par Calva-
dos, et vous aurez une bonne image de la manière dont se
trouve peu à peu livré notre sous-sol à Krupp, sans calem-
bour. La seule petite chose un peu ennuyeuse, c'est qu'avec
ce minerai français, rAllcmairne fond des canons qui, un
jour prochain peut-être, tireront sur les soldats français.
2. Du Journal de Valognes, sous ce titre : « Le Cotentin
allemand •.
« Le Cotentin deviendra-t-il allemand? Voilà une question qui
inwresse au plus haut point les ha^oitants de la Manche car,
cette fois, ce n'est plus le Congo ou les frontières de Lorraine
152 l'avant-oubrre
La Mine de Diélette-Flamanville est à un kilomètre
environ du port de Diélette, au pied de roches sau-
vages fort pittoresques.
La concession comprend quatre couches de mine-
rai parallèles à la côte. C'est vous donner une idée
de l'importance du rapt que vont exécuter chez nous
les Allemands et de l'aubaine qui attend l'usine
Krupp.
On aurait même récemment constaté à Diélette la
présence de minerais d'or et d'argent. Mis au cou-
rant du fait, le vieux Thyssen aurait recommandé là-
dessus le plus complet silence. Je l'étonnerais beau-
coup en disant qu'en effet la présence de galène dans
sa mine est certaine. Or la galène est un minerai de
plomb presque toujours argentifère.
L'installation actuelle est provisoire. On commence
les travaux d'aménagement. L'extraction sérieuse de
que les Teutons rêvent de s'approprier, mai» c'est Cherbourg
et le Cotentin, c'est notre département.
« Les Allemands ont remarqué que le Cotentin, isolé de la
France par les marais d« Carentan, forme en réalité une lie
qu'il serait facile de rendre inexpu;:nable. Le Cotentin s'avance
dans la Manche comme un m(Me naturel ; il est la sentinelle
avancée de l'Europe en face de l'Amérique, c'est pour cela que
tant de transallanti<iue8 partent aujourd'hui de Cherbourg. Le
Cotentin par lui-même est un beau pays; au bout de vingt
ans, il pourra nourrir une nombreuse population allemande
après que les premiers possesseurs du sol auront été progres-
sivement évincés. En outre et surtout, Cherbourg situé en face
des côies an;,'laises, à quelques heures de Portsmouth, est une
admirable position stratégique qui domine la Manche et tient
cri respect l'Angleterre. Lorsque le drapeau des Hohenzollern
Ilottcra sur la digue et sur le fort du Roule, Cherbourg
jouera, à l'entrée de l'Atlantique, le rùle que joue Gibraltar, à
l'enti-ée de la Méditerranée, comme lui en terre étrangère,
comme lui inexpu'jaable, comme lui commandant le chemin
des mers. Aiisti In pangcrrnanitte», dan* Icurg articlet et
concrsationt, appellent-ilt Cherbourg le Gibraltar alU-
mand.M
EXPLOITATION DBS MINES DB FBR 153
minerai ne sera entreprise en grand que dans quel-
ques semaines. Au dire des gens compétents, ce mi-
nerai est de qualité supérieure. Krupp en sera content.
J'en ai là un morceau sur ma talbe, qui me sert de
presse-papier. Je ne songe pas sans mélancolie que
ce fer français va être fondu, travaillé, façonné
contre nous, nous reviendra quelque jour sous forme
d'obus allemands, de matériel d'artillerie allemand,
de bateaux cuirassés allemands crachant le feu par
tous leurs sabords. C'est ainsi que la République
Bismarck-Gambetta paie sa dette au vainqueur qui
l'installa chez nous sous le couvert de « la Revan-
che »!
Les machines employées sont les locomobiles Wolff
de Magdebourg et les Lanz de Mannheim.
Le matériel utilisé est en effet exclusivement alle-
mand : seuls quelques rails employés à l'établissement
du chemin de fer à voie étroite de la mine du port pro-
viennent d'un lot de Micheville 1912 : tout ce qui cir-
cule sur ces rails est allemand : wagonnets d'Orenstein
et Koppel, machines des mêmes... etc.. Jusqu'au char-
bon brûlé à la mine, tout est allemand : ce charbon
vient de Westphalie par la voie du Rhin jusqu'à Rot-
terdam, où il est chargé sous forme de briquettes à
bord de navires qui le transportent à Diélette; jusqu'à
présent ces navires battent pavillon hollandais : ce
sont le San Antonio et le Si/ra, appartenant tous deux
à la firme Hammerstein de Rotterdam ^encore un nom
germani(iue), qui perçoivent par contrat un fret de
10 francs par tonne rendue à Diéletle : lorsque le con-
trat de ces navires sera terminé (ce qui no tardera
guère), nous verrons si les navires qui appoi-teront le
charbon allemand à l'établissement allemand de Guerfa
ne seront pas, eux aussi, allemands.
Est-ce que Diélette profite au moins de cette coloni-
sation allemande? Un fait certain est que le prix de
l'existence a notablement renchéri dans la réerion
154 l'avant-oubrrb
depuis que les travaux ont été repris à la mine. Les
productours de denrées, dira-t-on, en profitent; peut-
éire. Mais ce renchérissement de l'existence n'a-t-il
pas, par ailleurs, de répercussions fâcheuses pour la
généralité des habiuntsî
CHAPITRE ni
LE PORT DE DIÉLETTB
Le port de Diélette de peu d'importance par lui-
même, mais d'un intérêt capital, comme nous allons
pouvoir le constater, depuis que les Allemands s'y
sont installés en maître, est situé sur la côte, dans
l'anse de Vauville, à l'Ouest de Cherbourg, dont il
n'est distant que par un ruban de route de 28 kilo-
mètres.
Le sous-sol des terrains environnants et de la grève
renferme une quantité considérable de minerai de
fer.
Voilà longtemps déjà que l'extraction en fut tentée.
Des puits ont été creuses et des galeries souterraines,
à cent môtres de profondeur, sillonnent le oessous de
la mer jusqu'à plusieurs centaines de mètres du ri-
vage.
La première corapaprnie qui amorça ces travaux,
abandonna après quelques années, devant les frais
énormes nécessités pour le transport par voie de terre,
jusqu'à Cherbourg, du minerai extrait. Cette contrée
déserte n'était, en etïet, desservie par aucune voie ferr.-e,
et le primitif tombereau devait être employé. Or, de
J56 l'avant-qubrks
Diélette à Cherbourg, il y a un ruban de route de 28 kilo-
mètres.
Depuis deux ans, une compagnie nouvelle exploite la
mine, et ses actionnaires ont consenti les sacrifices
pour obvier à ces inconvénients. Le transport du mine-
rai se fera désormais par voie de mer; la compagnie a
creusé un port en eau profonde à 80(J mètres du ri-
vage, relié à la terre car un chemin de fer aérien. Ce
port sera accessible à toutes les marées aux navires
veiiant prendre leur chargement de minerai.
Le cliemin de fer aérien a nécessité, lui aussi, des
travaux fort importants. On a lancé, dans l'avant-port
du commerce de Cherbourg, un énorme caisson-wharf,
dans lequel ont été coulés 12.000 mètres cubes de ci-
ment armé et de maçonnerie, et qui formera l'extré-
mité de la voie en mer. Quatre autres caissons, im-
mei'gés à 180 mètres de distance l'un de l'autre,
supporteront les pylônes sur lesquels courra le chemin
de fer.
L'ensemble des travaux s'élèvera à plusieurs millions.
Des milliers de tonnes de minerai sont déjà extraites.
Sitôt que la ligne aérienne sera terminée, les transports
commenceront à destination de Caen. C'est là, en effet,
sur le territoire de la commune d'Hérouville, que la
société a installé quatre hauts fourneaux, qui produi-
ront 230 tonnes de fonte par jour i.
Mai.s bien des indices permettent de prévoir que
cette installation d'un chemin de fer aérien sera sui-
vie de la construction d'une digue. Ce gigantesque
travail causera sans doute d'anicres désillusions.
Il sera foncé sur du sable et il devra tenir à l'endroit
voulu de par son propre poids : e.<it-ce suffisant? On en
peut douter, étant donnée la violence des courants dans
ces |iarages qui comptent, sans contredit, parmi les
plus mauvais dci côtes de France. Alors, qu'adviendra-
t-il de ce chemin de fer aérien? Le moins qu'on en
l. CcH renseignements sont extraits de U Dt'pêche de Breit
dci premiers jours de juillet 1912.
LB PORT DE DIÉI.BTTB 157
puisse dire, c'est que sa durée apparaît comme des plus
problématoires.
C'est à ce moment que se posera la question
de la digue, déjà envisagée par les ingénieurs de
Thyssen.
Quant à ceux qui s'imaginent que le personnel
allemand diminue a Diéletie*, parce quii se cache
et fait le mort, je leur apprer.drai que le contremaître
R..., de Dresde, sous-of licier de réserve de l'armée
allemande, habite à Diélette même et surveille les
opérations.
Mais j'arrive au grand projet, assez limpide celui-
là, pour quiconque réfléchit, grand projet qui terrifie
à bon droit les malheureux Normands demeurés dans
la région Diélette-Flamanville, et sur lequel se pour-
suit actuellement, pour la frùne, une enquête « de
commodo et incowmodo ». Car il est à peine besoin
dédire qu'Auguste Thyssen et ses agents ont déjà
partie gagnée : la Compagnie Allemande des Mines
DE Diélette — n'oublions pas, je vous prie, qu'Au-
guste Thyssen est conseiller privé de l'empereur
Guillaume II — a la prétention d'installer la, a
quelques pas de l'arsenal db Cherbourg, un dépôt
DE deux mille kilos DE DYNAMITE I...
Ce dépôt sera censé sous la surveillance du commis-
saire central de Cherbourg. En réalité, il sera sous
la garde du sous-officier allemand R... ou d'un de
ses cajnarades et d'un ingénieur allemand. Dans ces
1. Dans les mines de Normandie comme aux Grands Mou-
lins de Corbeil, tout ce qui n'est pas allemand ou juif est sus-
pect, surveillé de près et finalement mis en demeure de céder
la place au conquérant. Mais les agents de Thyssen ne pro-
cèdent que peu à peu et par étapes à i'eiimiuaùon du person-
«ounel françai*.
158 l'avant-guerre
conditions, s'il se produit, un jour ou l'autre, à l'arse-
nal de Cherbourg, une catastrophe comparable à
celle de Lagoubran, il ne faudra pas trop s'en éton-
ner; et il faudrait encore moins s'étonner si, au len-
demain de la déclaration de guerre, ledit arsenal sau-
tait d'un seul coup.
Cette installation du port de Diélette en eau pro-
fonde, à côté d'un de nos ports militaires, n'est certai-
nement pas le pur effet d'un hasard ^. Les inconvé-
nients multiples qui doivent en résulter fatalement
pour nous, et, par contre les avantages innombrables
1. Le 3 septembre 1912, je publiais dans l'Action Française
les lignes suivantes sous ce titre :
Comment Caillaux liera Diélette aux Allemand».
« J'apprends de très bonne source comment le Gouverne-
ment allomand a obtenu du gouvernement de la République,
de Caillaux, pour préciser, l'autorisation de construire à
Dicl( tte un havre qui fait de cette partie du Cotentin un
véritable Gibraltar prussien.
« C'était au moment des tractations du Maroc-Congo. Le
traité du 4 novembre par lequel nous cédions le Congo à
l'Allemagne était signé et cef>endant la « Panther * restait
toujours devant Agadir. Caillaux voulait à tout prix devant
l'opinion française soulevée obt»^nir le retrait du bateau alle-
mand. 11 sollicita à ce sujet l'ambassadeur d'Allemagne qui
répondit en substance : • Soit, mais à une condition: l'octroi
du port de Di-leite. Thysscn en a besoin pour son minerai et
l'Empereur serait heureux qu'on lui donnât saiisfaciion. • Ça
ne traîna pas. Caillaux ignorant d'ailleurs profondément de
quoi et de qui il s'agissait, accorda aussitôt ce qu'on lui
demandait. C'est ainsi que la mine de Diélette, le port do
Diélette et les travaux connexes se trouvent aujourd'hui
constituer une enclave des plus dangereuses pour notre pays,
l'ius tard, afin de pallier autant que possible cette monstruo-
sité, le gouvernement incita le cauJide M. Le Chal<'licr à
c»»riiraci«;r alliance avec Thyssen, à servir de paiavciit au
conseiller privé de TLmpereur ei à ses prises sur le sol fran-
çais. »
Notre excellent confrère, le NouoellLtte de la Sart/ie, ayant
LE PORT DE DIÉLETTB 159
que ne manquera pas d'en retirer la nation allemande,
constituent la meilleure preuve que cette installa-
reproduit cette information, reçut de Caillaux la lettre sui-
vante :
CHAMBRE Mamers, 5 septembre 1912.
DES DÉPUTÉS
Monsieur le Rédacteur en chef,
J'apprends par le Nouoelliste du mercredi 4 septembre, qui
me parvient ce matin même, l'attaque dirigée contre moi par
M. Léon Daudet dans ï Action Française au sujet d'un certain
port de Diélette.
La réponse que, las de certaines calomnies, je juge, cette
fois, à propos de faire sera simple : c'est la première fois que
j'entends le nom de Diélelte ; personne ne m'a jamais sollicité
à cet égard. L'histoire que vous rapportez est inventée de toutes
pièces. Je défie qu'on apporte pour la justifier l'ombre d'une
preuve, l'apparence d'une présomption.
Je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, de vouloir bien
publier ma lettre à la place même où a paru l'article lu ce
matin, et je vous adresse les assurances de mes distingués sen-
timents.
J. Caillaux, député de la Sarthe,
ancien président du Conseil.
A M. le Rédacteur en chef du Nouoelliste, au Mans.
Nous faisions suivre cette lettre, publiée dans l'Action Fran-
çaise, des commentaires suivants :
Nous ferons remarquer ici que, pour la première fois,
M. Caillaux so donne la peine de démentir publiquement ses
complaisances «nvers l'Allemagne. Il le fait dans un journal
où son silence serait caf^able de nuire à ses intérêts électoraux,
qu'il préfère, évidemment, comme tout bon parlementaire, à
l'intérêt du pays
Ceci établi, je réponds à M. Caillaux :
1* Qu'il est extravagant qu'un président du conseil avoue
publiquement sa complète ignorance de travaux aussi colos-
saux que ceux de Diélette et de rétablissement d'un port alle-
mand sur la c6te normande! Il ne reste plus qu'à traduire
devant une Haute Cour les ministres des Travaux puldics «t
du Commerce du cabinet Caillaux, en l'occurrence Augaimeur
et Couyba — mon pauvre vieux camarade de Louis-le-Grand
— coupables d'avoir caché à leur chef direct des tractations
et un événement de cette importance.
160 l'avant-qdbrre
tion de Diélette est l'aboutissement d'un projet sava-
ment étudié par nos voisins.
Le personnel allemand * des mines n'est-il pas,
2» Qu'à l'époque où M. Caillaux i^orait Diélette, il était de
notoriété publique qu'il ne jouissait pas de la vigilance de
toutes ses facultés nnentales. Il a donc parfaitement pu, sans
s'en aperceyoir, livrer le port de Diélette à Thyssen, de
même qu'il ne s'est peut-être pas aperçu qu'il lirrait le Congo
aux Allemands.
Moralité : les démentis de M. Caillaux ne prouvent pas
grand'chose, et il les a peut-être déjà oubliés à l'heure
actuelle.
1. De l'aveu des habitants du pays, nombreux sont les ouvriers
allemands et italiens qui sont employés à Diélette et qui vien-
nent chercher de l'embauche à la Pierre-Butée : « Voyez-vous,
me disait un officier, tous ces gens-là nous espionnent main-
tenant et demain ils prendraient tous le fusil pour nous tirer
dans le dos !
« Certes, dans les terrains va^es qui entourent le poste do
T. S. F. des Rouges-Terres, il est bien défendu aux proprié-
taires déposséder des récepteurs qui pourraient leur permettre
d'intercepter les messnges. De plus, les communications se
font presque habituellement à l'aide de messages chiffrés dont
les commandants de navires possèdent seuls le code. Mais
l'espionnage n'est-il pas défendu plus que tout autre crime?
Non seulement il est difficile de se garder contre de« étrangers
qui, établis en maîtres dans leurs propriétés, cherchent par
tous les moyens possibles à servir leur pays, mais encore ne
faut-il pas compter avec les consciences trop faibles T
« Ilclas! l'argent est tout-puissant, et on m'a certifié que
déjà rien n'est négligé pour ménager des intolligences utiles.
« A supposer que, pour une raison ou pour une autre, le
code chiffré de T. S. F. tombe aux mains d'un espion, la
défense de nos côtes peut être rendue momentanément impos-
sible, l'ennemi pouvant dévoiler les moindres mouvements de
nos vaisseaux. »
On a pu lire également dans V Action Françaue :
« Il y a, aux mines de Diélette, un ingénieur allemand en
permanence. En outre, d'autres ingénieurs viennent fréquem-
ment visiter par groupes ces puits et ce port déjà fameux.
Enfin, la construction d'un des caissons du warff « Kolossal »,
que Thyssen projette de construire pour le transport de son
minerai — et probablement aussi des canons prussiens, en cas
de guerre — la construction de ce caisson, dis-je, bien que
LE PORT DE DIBLBTTB 161
en effet, tout porté pour pratiquer l'espionnage en
toute sécurité dans les parages du port de Cher-
bourg et provoquer ainsi au moment opportun une
catastrophe irréparable?
C'est là un premier avantage dont ne manquera
pas de tirer parti le patriotisme allemand. Par ail-
leurs, cette invasion cosmopolite sera la source de
conflits multiples dont les conséquences risqueraient
d'être fort graves. Il semble, du reste, qu'elles n'ont
pas échappé aux autorités et que l'on cherche,
sinon à les éviter, du moins à en restreindre l'impor-
tance.
On pouvait lire, en effet, dans le Journal de la
Manche et de la Basse-Normandie ^ — numéro du
14 septembre 1912, — sous le titre « gendarmerie »
et à propos du Conseil Général de la Manche les
lignes suivantes :
<c En raison des troubles qui s'élèvent fréquem-
« ment dans la région de Flamanville, on demande
« qu'il soit créé un poste de gendarmerie à Flaman-
« ville.
« La commission est de cet avis et demande que
« des mesures soient prises et que des instructions
« formelles soient données à la gendarmerie pour
« réprimer les troubles qui se produisent au pays.
« Les conclusions du rapport sont adoptées. ^
La gendarmerie fera bien d'être prudente et
d'avoir l'œil ouvert, car il peut éclater au moment le
confiée à un entrepreneur français, légitime, autorise la pré-
sence incessante desdits ingénieurs allemands, officiers de la
Landwehr, naturellement, au cœur du port de Cherbourg.
Ce serait vraiment de la candeur que de s'étonner des faits
d'espionnage qui se commettent à Cherbourg, puisque les es-
pions y pullulent. Mais c'est de la trahison tout simplement que
de tolérer plus longtemps ces espions dans notre grand port. »
162 L*AVANT-OUERRB
plus inattendu, et comme par hasard, le plus favo-
rable pour les intérêts de nos voisins, tel incident de
grève, d'émeute, de tuerie qui fera fort bien les
affaires des sujets du Kaiser.
Qu'à l'occasion d'un conflit toujours possible entre
ouvriers français et allemands, un de ceux-ci soit
blessé, qu'à l'occasion d'un conflit entre ouvriers et
patrons les établissements de MM. Auguste Thyssen
et Krupp aient à souffrir quelque dommage, on verra
immédiatement intervenir un nouveau Kiderlen
Waechter. « Là où il y a un seul commerçant alle-
mand — dit le menaçant axiome — toute la patrie
allemande est engagée. » A plus forte raison quand
ce commerçant unique dispose de centaines de mil-
lions de marks, de milliers de travailleurs et occupe
une situation quasi officielle dans son pays.
Il suffit de faire le voyage de Cherbourg pour se
rendre compte du sans-gène avec lequel les Alle-
mands s'installent à Diélette.
Un de nos ligueurs nous écrivait l'an dernier :
c Deux de mes amis étant à _Diélettç, il y a une
quinzaine de jours, apprirent que les Allemands s'y
considéraient si bien comme chez eux, que le seul
fait de ramasser une pierre sur la chaussée, c'est
s'exposer, pour un Français , à être molesté.
Étant entrés dans un restaurant, l'un d'eux dit à
voix haute à son compagnon : t C'est tout de même
vexant pour des Français d'être ainsi traités dans
leur propre pays par des Allemands! »
Immédiatement, la patronne de l'établissement — •
une Française — lui imposa silence, en lui disant
qu'il l'exposait à des ennuis en parlant ainsi des Al-
lemands. Mes amis ne voulurent pas rester un ins-
tant de plus à Diélette et quittèrent indignés et
LE PORT DE DIÉLETTB 163
écœurés cette localité livrée en pleine paix, par la
République, au joug allemand... »
Que les sceptiques prennent donc un train et y
aillent voir. Ils seront rapidement édifiés. J'affirme
qu'avant deux ans, s'il n'y a pas la guerre, le jouo
allemand sera devenu si dur et si intolérable
DANS LA Normandie qu'il y aura des soulèvements
GRAVES.
L'utilité pour l'Allemagne du port de Diélette, ne
saurait être un seul instant en doute. Elle va
avoir, en effet, sous la main, un véritable ponton de
débarquement où ses plus grands cuirassés pourront
venir opérer comme à quai. L'endroit serait certes
bien choisi pour une surprise à la japonaise, dans le
voisinage du port et de l'arsenal de Cherbourg.
La côte en ces parages est très découpée. Une
tentative de débarquement serait donc très difficile.
Aussi ce point est-il dégarni et le front de défense
de la ville n'a pas été étendu jusque-là.
Cherbourg est très bien défendu du côté de la mer.
A quoi bon se livrer de front à l'attaque de cette
place imprenable? j
Du côté de l'Ouest, au contraire, pas un canon,
pas une garnison. Rien de plus simple, en consé-
quence, que le débarquement d'un corps d'armée à
Diélette. Cherbourg ainsi coupé pourra utiliser ses
munitions contre les vagues de la Manche. C'est par
le sud et non par le nord, par la terre et non par la
mer que l'ennemi occupera Cherbourg. Et c'est ainsi
que nous retrouvons ici cette adaptation éventuelle
des travaux de la paix et de l'industrie aux entre-
prises de la guerre qui est éminemment la marque
allemande. La prévision germanique sait conjoindre
164 l'avant-ouerrb
ses intérêts commerciaux à ses intérêts militaires,
de telle sorte qu'au moment voulu, la combinaison
des uns et des autres s'opère automatiquement. Cette
énergie tenace et rusée ne rencontre chez nous, qui
serons ses premières victimes, aucune opposition.
Dans les grandes choses comme dans le menu détail,
la République se fait, contre la France, l'auxiliaire et
la complice de TEtranger.
Cette complicité, peut-on encore la nier après la
visite en juin 1912, du ministre du Commerce fran-
çais d'alors, Fernand David, membre du fameux
« ministère national », au port de Diélette?
Le port de Cherbourg prête aux Allemands —
m'af(irme-t-on — le matériel dont ils ont besoin
pour la construction de la digue destinée à protéger
et fermer le port de Diélette, à en faire une rade et,
comme je l'ai dit, un Gibraltar allemand.
Est-ce pour négocier ce prêt de matériel que Fer-
nand David a fait tout exprès le voyage de Cherbourg
et Diélette?
Notre ministre se déclara fort satisfait de cette
visite.
Sans doute il y apprit que lorsque la mine de
Diélette serait en pleine exploitation on pourrait
chanrer tous les jours un navire de 6.000 tonnes de
minerai'? Mais il ne pouvait ignorer que ce minerai
1. Voici des extraits du Phare de la Manche (numéro du
samedi 6 juillet 1912) ; et d'abord la visite à Diélette, posses-
sion du métallurgiste allemand Auguste Thyesen, conseiller
privé de l'empereur :
« Tout près du i)uits de la Cabotière, au jour, lo ministre
visita une importante construction en cours d'exécution, dans
laquelle sera déposé le minerai sortant de la mine. Des con-
casseurs y seront installés et le minerai sera ensuite chargé
dans Ips wagons aériens qui partiront de cet endroit à une
iJliiude de U mètres, pour aller se déverser sur le navire qui
LE PORT DE DIÉLBTTE 165
était destiné aux usines Krupp qui nous le retourne-
ront, par la gueule des canons allemands, sous la
forme d'obus.
Alors son premier devoir n* était-il pas d'arracher
Diélette à Auguste Thysssen et à l'impérialisme alle-
mand... de faire interrompre immédiatement ces
travaux monstrueux ?
Si erronés qu'aient pu être les renseignements
recueillis par Fernand David près du maire de Cher-
bourg, le sieur Mahieu*, que sa goujaterie lors des
sera accosté le long du wharf du large. Ce travail est d'autant
plus intéressant qu'il faut attaquer le granit à l'aide de perfo-
reuses électriques. Le ministre du Commerce a mis lui-mém«
un outil en main pour percer un trou. M. Fernand David a
parfaitement pu se rendre compte du mouillage des premiers
caissons supportant les pylônes destinés à supporter la ligne
aérienne. Cette visite au puits de la Cabotière a été très inté-
ressante, et M. Brischoux a fait connaître que lorsque l'ex-
ploitation fonctionnera, on pourra charger cinq cents tonnes
de minerai à l'heure, c'est-à-dire qu'en douze heures, un navire
de 6.000 tonnes pourra faire son chargement.
« On compte actuellement à la mine, tant au jour que dans
les galeries, environ 200 ouvriers, pour lesquels la direction
a fait commencer la construction d'un réfectoire ei d'un
dortoir.
« Le ministre a pu se rendre compte que, contrairement à
certains bruits pessimistes, la mine de Diélette était bien ex-
ploitée par des Français, et non par des Allemands. »
L'aveuglement à ce point-là est-il encore involontaire? Pour
ma part je ne le crois pas.
1. Le passage suivant du scandaleux discours du député-
maire Mahieu prononcé à l'occasion de cette visite est à citer.
« Notre port est le plus merveilleux point d'escale de la côte
française, pour les grands paquebots cosmopolites qui sillon-
nent l'Atlantique et viennent déverser ces pléiades d'étrangers
qui sont, pour notre pays, une source inépuisable de prospé-
rité. Et Von coudrait, dans une certaine presse, mener une
campagne contre ce mouvement étranger, pour des raisons
d'un cague patriotisme? Mais nous le sommes, patriotes,
autant que qui que ce soit, et dans la pleine acception du moi,
nous, les habitants de cette ville-froniière où nous avons
166 l'avant-guerre
funérailles du Vendémiaire a si tristement illustré,
un ministre du Commerce français ne pouvait igno-
rer la situation critique dans laquelle se débat la
Normandie envahie. Il a des secrétaires dont le
tous les jours sous les yeux l'exemple de notre marine, de son
dévouement, de ses sacrifices. {AppiaudisiemenU.)
• Mais nous sommes aussi sans haines, et nous pensons
que c'est grandir son pays que vouloir le dresser noblement,
vii>-à-vis des autres dans une rivalité d'intelligence, de volonté
travailleuse, de grandeur matérielle et morale, exempte de
jalousies.
« El c'est pourquoi nous souffrons, mon cher ministre —
nous souffrons dans notre amour-propre de Cherbourgeois et
de Français, d'être obligés de recevoir les hôtes que nous
envoie le monde entier en ii piteux endroit. »
Ce n'était déjà pas mal, mais il y a mieux et il serait cri-
minel de ne pas citer cette conclusion du discours prononcé
par M. Hattemer, agent de la Hamburg-Amcrika, parlant à
David et à Mahieu, ainsi qu'un malire à ses domestiques :
« A l'époque lointaine dont je vous parle, disait-il, c'est des
paquebots de 9. 000 tonnes que nous amenions à Cherbourg,
puis successivement nous avons vu leur tonnage monter à
15.000 tonnes, iio. 000 tonnes, 45.000 tonnes et, au printempi
proc/iain, eout verrez tur cotre belle rade le paquebot de
ma Compagnie^ Imperator, première unité de la te'rie det
50.000 tonnes.
€ Ces constatations, ces prévisions me conduisent à vous
exprimer un voeu, je pense que vous voudrez bien me per-
mettre de le faire en ami, titre auquel je crois avoir droit en
raison des relations très amicales que j'enUeiiens depuis si
longtemps avec vous, messieurs, et qui me sont chères. Ce
vœu, c'est que les améliorations de votre port de commerce
soient effectuées sur un plan prévoyant les exigences de la
navigation de demain; l'établissement maritime, c'est-à-dire le
port, doit être fait pour recevoir le plus parfaitement possible
son client, qui est le navire, et il n'est pas douteux que celui-
ci s'acroltra eticore en dimensions. Si nous pouvions en dou-
ter, l'accroissement des bas.sins, des cales sèches, l'apjjrofon-
dis-^tmenl des rades et des passes, qui sont les travaux
qu'entreprennent tous les pays, nous convaincraient que la
yictoire dans la lutte des ports est à ce prix. •
Quand on sait que des officiers de la marine de guerre
allemande font des stages réguliers sur ces paquebots, afin
d'apprendre es passes et les ecueils de a Manche, quand on
LE PORT DE DIÉLETTB 167
métier est de lui mettre sous les yeux des documents»
des avertissements comme celui-ci que publiait en
juin (1912) un vieux journal libéral de Pont-l'Évêque,
le Pays d'Auge^ sous ce titre c les Allemands chez
nous j>.
Nous avons déjà signalé, disait-il, que trois membres
de la famille Thyssen font partie de la Société des Hauts-
Fourneaux qui doit s'établir à Caen. Cette famille de
grands industriels allemands a déjà la haute main sur
les mines de fer de Sousmont-Saint-Quentin, près de
Falaise et de Diélette, dans la Manche.
Or, on annonce que les Thyssen viennent d'acheter,
dans la commune de la Glacerie, à six ou sept kilo-
mètres de Cherbourg, des terrains qui entourent com-
plètement le poste de télégraphie sans fil de la marine
sait aussi qu'en temps de guerre, ces paquebots seraient uti-
lisés comme éclaireurs et transbordeurs, on accueille avec
moins d'enthousiasme que David et Mahieu l'annonce de la
venue de ÏImperator. C'est à croire que tous ces gens-là sont
devenus fous, les Allemands d'orgueil et d'audace, les politi-
ciens français d'abrutissement, de vénalité, de servilité.
L'émotion provoquée dans les milieux maritimes par les
incroyables détails de cette visite à Cherbourg fut grande et
justifiée. D'autres politiciens et des armateurs du Havre
notamment s'en firent les échos. On s'est demandé quels
INTÉRÊTS SORDIDES — c/i la circoTistance, de trahison —
liaient ainsi le ministre David à la fortune des Compagnies
transatlantiques et minières allemandes.
Mais Fernand David a pour lui un journal important à
cause de sa gallophobie et de son impudence bien connues :
la StrastbûrQcr Post qù l'on peut lire ceci :
« La défense de M. Fernand David est facile. Les minerais
de Diélette sont tombés aux mains allemandes pour la seule
raison que la France en possède trop et que l'Allemagne
n'en a pas assei. D'autre part, les sociétés maritimes étran-
gères ont gagné en importance à Cherbourg parce que le»
Compagnies françaises sont plus chères et plus mal orga-
nisées que n'importe lesquelles. Les acquisitions de terrains
par M. Thyssen contribueront à la prospérité de la Norman-
die et il est tout naturel qu'en retour de cet enrichi><sement
d'une région le gouvernement français fasse montre de quel-
que politesse. »
168 l'avant-gubrre
française, qui a le premier reçu la nouvelle de la catas.
trophe du Vendémiaire.
Sotre pays est ainsi livré à t Allemagne, et le gou-
vernement laisse faire.
Encore une fois, est-ce de tout cela que s'est mon-
tré fort satisfait le ministre Fernand David?
Bien plus, non content d'aller donner, par sa pré-
sence, une consécration officielle à l'installation de nos
bons voisins à Diélette, il a tenu également à porter
l'amical encouragement du gouvernement de la Répu-
blique aux Compagnies transatlantiques de Cher-
bourg : La Hamburg-Amerika et la Norddeutscher
Lloyd.
Ce fut, un moment, le projet de Bismarck, en 1871,
de nous arracher la cession de Cherbourg. Tout au
moins l'Allemagne a-t-elle obtenu, dans notre se-
cond port de guerre, une escale pour ses transa-
tlantiques du Norddeutscher Lloyd et de la Hamhurg-
Amerika. Le président de la Haynburg-Amerika,
M. Ballin, — est-ce un cousin éloigné du Ballin-
Grùnebaum, dit le Francfortois de la Séparation?
— est, entre parenthèses, un des conseillers les plus
écoutés de l'empereur Guillaume II. On lui prête
actuellement le désir de remplacer, pour ses transa-
tlantiques, l'escale de Cherbourg par celle de Brest.
Le rêve de l'Allemagne, Cherbourg port franc, ville
de la Hanse comme Hambourg et Brème, serait
remplacé par celui-ci : Brest port franc. Un journal
technique, lÉconomiste Indépendant, donnait, ré-
cemment, à ce sujet, les intéressants renseignements
que voici :
Chaque semaine, la Hambiirg-Amerika paie 10.0(»0 frs.
pour ses deux trains spéciaux Paris-Cherbourg et
Cherbourg-Paris. Or, elle trouve, avec raison, que le
LE POKÏ' DB DIÉLETTE 169
matériel mis à sa disposition est misérable, que les
trains marchent trop lentement et que les horaires ne
sont pas respectés. Il n'y a d'ailleurs pas que les Alle-
mands qui pâtissent de l'état d'anarchie du réseau mo-
dèle. En transportant à Brest son escale, la Hamburg-
Amerika veut remédier à cette situation. Elle veut des
moyens modernes et confortables et des trains ultra-
rapides allant de Cologne à Brest par Jeumont, Saint-
Quentin, Amiens et Rouen.
Et savez-vous comment elle pense arriver à ses fins?
Tout simplement en établissant en territoire français
une ligne électrique à son usage personnel. Si vous
rattachez ces visées à la mainmise des gros industriels
d'Outre-Rhin sur nos mines de fer normandes, il vous
apparaîtra que le plan ne manque ni d'habileté, ni
d'audace. Dans quelques années^ notre région Nord-
Ouest serait une véritable colonie allemande. Le gou-
vernement ne peut vraiment pas aller jusque-là dans la
voie des concessions!
Les navires de la Hamhurg-Amerika et de la Nord-
deutscher Lloyd, non seulement luxueux et confor-
tables, mais solides et faciles à armer, — tout y étant
disposé à cet effet, — deviendront instantanément
en temps de guerre des croiseurs. Les officiers de la
marine régulière allemande font déjà un stage sur
eux, aiin de connaître à fond les passes, — qu'ils
possèdent, en effet, aussi bien que nos meilleurs pi-
lotes. Il y a bien à bord un pilote français, mais il
n'est là que pour la parade et pour donner des ren-
seignements supplémentaires, demandés incidem-
ment au cours des conversations de fumoir. Les of-
ficiers de ces navires connaissent minutieusement le
littoral. Ils ne se gênent pas, dans les causeries con-
fidentielles, pour exposer à leur interlocuteur, môme
français, le rêve de Cherbourg ou de Brest, villes de
la Hanse, ou du Cotentin coupé à Carentan et devenu
170 l'avant-ouerrb
allemand. Cette nouvelle coupure les passionne
beaucoup plus que celle du Congo.
Mais il y a mieux : partout où touchent les paque-
bots de la Hamburg-Aynerika ou du Lloyd, quel que
soit le pays, quelle que soit la ville (Soutliampton,
Gênes, etc.), rautorité locale exige, sur ordre de son
gouvernement, que l'agent de ces Compagnies soit un
national, anglais pour l'Angleterre, italien pour l'Ita-
lie..., etc.. C'est là une précaution élémentaire, sur
la nécessité de laquelle il n'est pas besoin d'insister,
en même temps qu'un droit et un devoir strict.
Encore faut-il que cet agent national, qui prête son
nom à ces Compagnies étrangères, soit agréé par
les Chambres de commerce et les municipalités.
Étant tenu pour responsable, il exerce naturelle-
ment une surveillance proportionnelle à sa responsa-
bilité.
Or, il n'en va pas ainsi, pour les Compagnies alle-
mandes * de transatlantiques, à Cherbourg, ^ort de
1. Conformément à l'usape international. Tapent de ces
transatlanlic^ues à Cherbourjç fut, pour commencer, un Fran-
çais : M. Emile Le Pont, Conseiller municipal, vénérable de
la loge maçonnique « la Solidarité », licencié en droit, par-
lant couramment l'anglais et l'allemand, M. Emile Le Pont
appartenait, en outre, à une des familles les plus connues de la
ville. Son père était membre de la Chambre de commerce et
commissionnaire à la marine, comme tel, en relations cons-
tante» avec lft« nrincipaJas usine^ç el foDderi»^^ de France;. Il
avait ainsi toutes lacilites c» kuut accès auprès des pouvoirs
publics, civils ou militaires. Enfin, il avait comme ami
intime le député socialiste et actuel maire de Cherbourg,
M. Mahieu. Si je donne 'ous ces détails, c'est afin de bien
montrer, sur le vif, le pruc< dé allemand qui consiste à s'im
planter chez nous, en utilisant, au dt-but, des personnalités à
la fois com[)ét<;ntes et importantes. Avant d'agir, l'Allemand
te renseigne bien, beaucoup mieux môme que l'Anglais, son
concurrent. Comment oeLa ? Par un syblcme perfeclionné
d'ageaces et de Ûehee.
LE PORT DB DIÉLETTE 171
guerre français. Après avoir pris, pour faire les dé-
marches au ministère de la Marine, près de la Cham-
bre de commerce, près de l'Amirauté et des diverses
autorités, un notoire Cherbourgeois. — de la noto-
Une fois bien et dûment installées à Cherbourg par les soins
et l'activité de M. Emile Le Pont, leur agent, les Compagnies
allemandes le remercièrent, pour recourir aux offices de leurs
nationaux. C'est dans l'ordre. C'est la deuxième phase de
l'occupation. Mais on raconte, à Cherbourg, que la Nord-
deutscher Lloyd et la Hamburg-Amerika demeurèrent en
fort bons termes avec le citoyen député Mahieu, maire de
Cherbourg. Quoi de plus naturel? Le parlementaire socia-
liste est, par définition, ami de l'humanité. 11 importe au
bonheur de l'humanité qu'il soit élu et réélu. Si donc, pour
assurer cette élection ou cette réélection, il devait recourir à
la sympathie active et manifeste d'étrangers, il serait bien sot
d'hésiter une minute. C'est ainsi que le citoyen député Mahieu,
maire de Cherbourg, est ouvertement dans les meilleurs
termes avec les Compagnies allemandes susnommées et qu'il
ne leur tient pas rigueur d'avoir éliminé son ex-camarade
M. Emile Le Pont.
Le zèle transatlantique pro-aliemand du citoyen député et
maire de Cherbourg, M. Mahieu, est tel qu'il a mené en per-
sonne, comme député et comme maire, dans l'exercice de ses
fonctions, une campagne acharnée, pour faire réduire les
frais de pilotage des compagnies. Sans doute, les droits de
pilotage, proportionnels au tonnage des bâtiments, étaient-ils
parfois excessifs. Mais chacun se demanda, à cette occasion,
s'il était dans le rôle du maire de Cherbourg de prendre le
parti des étrangers contre ses concitoyens ; et au cours d'une
réunion tenue à l'Hôtel de Ville, les pilotes cherbourgeois,
firent une scène des plus vives à leur maire comme trop éco-
nome des deniers teutons.
Il faut avouer que l'étrange sollicitude de M. Mahieu
dépassait les bornes. Que les compagnies étrangères bénéfi-
cient des avantages de nos nationaux, cela est déjà excessif,
mais qu'elles jouissent d'un régime de faveur, c'est tout sim-
plement exorbitant ! Et nous trouvons encore la confirmation
de ce que nous venons d'écrire au sujet des droits de pilotage
dans les lignes suivantes extraites d'une brochure de M. Bos-
sière sur la prospérité des ports français.
« ... Sait-on que le transatlantique allemand du Norddeut-
scher Lloyd, qui touche chaque semaine à Cherbourg pxour
enlever aux lignes françaises le meilleur de leur» passager», a
172 l'avant-oubrrb
riété duquel ils ont largement usé, — les Allemands,
une fois solidement implantés, ont rejeté, sous un
prétexte quelconque, notre compatriote. C'est là leur
tactique invariable. Ils se servent d'un national
comme moyen de fixation et de pénétration, ils uti-
lisent son influence locale, sa bonne situation, puis,
quand ils ont ce qu'ils veulent, au premier tournant,
ils se débarrassent de lui et le remplacent par un
Allemand. C'est ainsi qu'à Cherbourg, les deux agen-
ces du Hoxjd et des Hambourgeois fonctionnent, —
contrairement à tous les usai^es, contrairement à ce
qui se passe partout ailleurs, — avec un personnel
entièrement allemand, [sans aucun agent français.
Les Allemands, ici, agissent en maîtres.
Faut-il insister sur les facilités que leur donne une
situation aussi privilégiée et paradoxale quant à la
connaissance des parties vives de notre défense
côtière, quant aux arsenaux, quant aux sous-marins?
Le péril a été signalé maintes fois et dans maint rap-
port confidentiel, dont il n'a été tenu aucun compte
en haut lieu. On aurait môme été jusqu'à interdire
aux autorités maritimes d'intervenir, dans la crainte,
sans doute, de tomber sur un second Ullmo. Vous
me direz que, d'un certain côté, cette mainmise de
l'Allemagne sur Cherbourg est pour nous une garan-
tie que nos cuirassés y sauteront moins aisément qu'à
obtenu une réduction considérable sur le t&rif de pilotage et
ne paie aucun droit de quai..., tandis que son concurrent
direct, le transatlantique français qui, chaque samedi, lors-
qu'il sort des jetées du H.ivre, laisse derriùrc lui, aux dix mille
personne» qui ont travaille à son armement, une somme qui
Toisine le demi-million, se voit miposer à chaque yoyage, les
droits de quai à l'entrée et à la sortie, c'est-à-dire doubles, et
le plein tarif de pilota^^'e, augmenté même d'une surtaxe s'il
yeul choisir sc« pilote*» 7 »
Il faut avooer «n efTut que c'«8t un peu raidtt !
LE PORT DE DIBLBTTB 173
Toulon ; la poudre B leur sera moins nocive, attendu
que l'explosion risquerait d'endommager les transa-
tlantiques allemands, ce qui n*est pas le cas pour
Toulon, où les Allemands ne font pas escale. L'ui^
gument a du poids, je n'en disconviens pas.
CHAPITRE IV
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES
DE CAEN.
(ASSOCIATION THYSSEN-LE CHATELIER)
La création des hauts fourneaux de Caen était
indispensable pour permettre la mise en valeur des
gisements de minerais normands.
Le transport en Allemagne du minerai brut, tel
qu'il était sorti de la mine aurait été trop dispendieux.
Il no fallait apporter aux usines Krupp que des
produits achevés et prêts à être travaillés.
Mais cette installation n'allait pas sans rencontrer
de nombreuses difficultés et c'est alors que Thyssen
n'hésita pas à avoir recours aux capitaux d'un puissant
groupe français.
Sur cette opération la Gazette de Cologne a publié
les renseignements suivants, reproduits par une
foule d'organes financiers, notamment le Moniteur
des Intérêts Matériels, journal belge (numéro du
9 août 1912). Ce morceau est particulièrement ins-
tructif.
On sait que la Gewerknebnft Deuischer Kainer^
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES DB CABN 175
propriété delà famille Thyssen, s'occupe depuis plusieurs
années de minières de fer en Normandie. La société en
question a acquis, en effet, il y a environ cinq ans, les
concessions de Soumont et Perriéres. Pour mettre ces
gisements en valeur, elle décida de construire un chemin
de fer minier reliant les minières au canal de Caen à
la mer et d'établir des hauts-fourneaux. Toutefois, Vexé-
cution de ce programme n'était possible quavee
l'intervention d'un groupe français puissant, qui fut
la Société des établissements Cail. La société Deutscher
Kaiser donna donc option au groupe français, et ce au
prix de revient, sur une part importante de ses propriétés
en Normandie. Les concessions nécessaires ayant été
accordées par le gouvernement français, les intéressés
fondèrent la Société des hauts-fourneaux et aciéries de
Caen, au capital de trente millions de francs ; le groupe
français participa à la création pour 19/30, la société
Deutscher Kaiser pour 11/30. Cette nouvelle entreprise
construira et exploitera les usines ; celles-ci compren-
dront trois hauts-fourneaux, une aciérie, un train de
laminoirs et une batterie de fours à coke. En outre, les
Hauts-Fourneaux, les Aciéries de Caen ont acheté à la
société Deutscher Kaiser une part des 11/30 dans une
concession charbonnière en Westphalie en vue de s'as-
surer les combustibles nécessaires à l'exploitation. Enfin,
la société Deutscher Kaiser a fondé, de commun accord
avec les Hauts-Fourneaux et Aciéries de Caen, la Société
des mines de Soumont, au capital de douze millions de
francs, dont 60 p. c. appartiennent à la Société de Caen
et 40 p. c. à la Deutscher Kaiser. La Société des mines
de Soumont construira et exploitera les minières et le
chemin de fer des mines aux ports. On projette également
la création d'une compagnie spéciale pour l'aménage-
ment des installations maritimes. Le tout réalisera donc
une nouvelle et vaste entreprise sidérurgique en
Normandie. L'usine pourrait fabriquer environ 250.000
tonnes de produits finis par an. Pour faire face à cette
participation, la Société Cail doit procéder à une
augmentation de son capital, opération qui serait réalisée
avec le concours du Comptoir national d'escompte de
Paris.
176 l'avant-guerrb
Pourquoi Texécution de ce programme n'était-elle
possible que grâce à l'intervention d'un groupe fran-
çais puissant ? C'est que ledit groupe français paraissait
plus commode pour obtenir les concessions nécessaires,
pour servir de paravent à Auguste Thyssen. On
comptait que la cbose se ferait à la muette et que
quand les patriotes protesteraient, s'indii^meraient de
voir concéder à un Allemand, conseiller privé de
Vempereur Guillaume i/, un chemin de fer et un port
français, on les renverrait à l'excellent M. Le Chatelier,
Français authentique, personnalité très honorable,
mais qui eut le tort, en toute cette affaire, de tirer les
marrons du feu pour Thyssen et pour Krupp.
M. Le Chatelier est président du Conseil d'adminis-
tration de la Société française des Constructions
mécaniques (anciens établissements Cail).
Frappé de l'extension colossale que prenaient les
opérations d'Auguste Thyssen, M. Le Chatelier
ima2:ina de devenir machiavéliquemcnt le maître de
la situation en francisant les mines allo blindes de la
Normandie. Naïvement il crut facile d'y parvenir en
prenant des actions de ces mines. "Au lieu de protes-
ter contre l'envahisseur, envahissons-le à notre tour."
Tactique merveilleuse qui fut jadis celle de Gribouille.
On n'humanise pas le loup en lui portant ses bras et
ses jambes à manger. On aiguise sa voracité, voilà
tout.
Les sociétés allemandes de M. Thyssen accepteront
toujours avec plaisir l'argent français et même l'argent
des bons Français. Elles s'arrangeront toujours pour
que cet argent demeure le très humble serviteur de la
volonté allemande et de l'intérêt allemand. D'autre
part, M. Thyssen se rend parfaitement compte, comme
le gouvernement fra/içais, des complications qui résul-
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIERIES DE CAEN 177
teront fatalement un jour de la germanisation inten-
sive de la Normandie. Il ne demande pas mieux que
de laisser, en apparence, le champ libre à un simu-
lacre d'initiative, de concurrence française. Rien ne
lui sera plus facile ensuite que de raclieter ou de faire
racheter, en sous-main, fût-ce au double, au triple de
leur valeur, les actions des sociétés rivales et d'en
redevenir ainsi le possesseur.
Auguste Thyssen est un vieux renard qui a plus
d'un tour dans son sac. On prétend qu'il excelle à
accepter en pays étranger des collaborations rendues
nécessaires à un moment donné par l'excès même de
ses empiétements, puis à secouer et éliminer lesdites
collaborations aussitôt qu'elles contrecarrent ses pro-
jets.
Il faut vraiment que M. Le Chatelier soit d'une
candeur sans bornes pour supposer qu'un homme
rompu aux affaires comme Thyssen consente à se
laisser débarquer d'une entreprise aussi avantageuse
par des moyens aussi rudimentaires que ceux préco-
nisés par le président du conseil d'administration de
la Société Française des Constructions mécaniques.
Quoi qu'il en soit, voici d'après les journaux finan-
ciers le schéma général de l'entreprise métallurgique
franco-allemande qui s'établit en Normandie :
Le cadre de cette entreprise comprend :
1* Une société minière, au capital de 12 millions,
qui aura, sans doute, sous son contrôle les trois sociétés
déjà existantes :
Société minière et métallurgique du Calvados (con-
cession de Perrières, 1.460 Ha, inexploitée jusqu'ici).
Société des mines de Soumont (concession de Sou-
mont, 777 Ha, avec une demande d'extension). Cette
Société, qui extrait depuis 1908, a produit en lUlO
40.000 t. de minerai, partie iitmatite à 46,ô 0/0 de fer
178 l'avant-querrb
et partie carbonate à 38,40 de fer. C'est le substratum
de l'affaire.
Et la Société des mines de Flamanville, qui a repris
rexj)loitation de la concession de Dielette. Cette con-
cession, qui produit de l'oxyde de fer à 50,55 0/0, offre
cette particularité d'exploiter sous la mer, d'où de
grandes difficultés qui ne paraissent pas avoir été sur-
montées jusqu'ici;
2° Une Société métallurgique au capital de 30 mil-
lions d'oljligations.
Cette Société établira non loin de Caen, en faced'Hé-
rouville, sur la rive droite du canal de Caen à la mer,
une usine qui comprendra fours à coke, hauts four-
neaux, aciéries Martin et laminoirs, usine du modèle-
type français, c'est-à-dire d'une capacité de 300.000
tonnes de fonte ;
3* Une Société de transports au capital de 3 millions
pour construire le chemin de fer destiné à relier la
mine de Souraont à l'usine d'Hérouville, et aménager
le port de réception et d'expédition.
Les parts respectives des capitaux et des influences
dans cette entreprise seront de 60 0,0 pour les Français
et 40 0/0 pour les Allemands.
On sait que les doux chefs de file sont : colonne
française, M. le Chatelier, président de la Société Fran-
çaise de Constructions Mécaniques (anciens Établisse-
ments Cail), el colonne allemande, M. Aug. Thysseo, le
grand industriel de Westphalie.
Tout l'essai de t francisation » repose, en cette
affaire, sur la pre^-pondérance des capitaux français
ainsi qu'il ressort du compte rendu de l'assemblée
extraordinaire de la Société Française des Cons-
tructions Mécaniques. M. Le (>hatelier après diverses
considérations techniques d'un intérêt moindre y
tenait en effet le langage suivant :
Mais il ne suffisait pas que l'affaire parût avantageuse
comme nous venons de vous l'exposer; nous nous trou-
vons en face de la situation très nette que voici : en
LES HAUTS FOU&NBAUX BT ACIÉRIES DE CAEN 179
totalité pour l'une, en presque totalité pour l'autre, les
sociétés déjà constituées pour l'exploitation des conces-
sions de mines de Soumont et de Perriôres sont la
propriété d'une firme allemande. Cette situation exis-
tait avant le moment où nous avons été appelés à
examiner l'affaire; résolus dés l'origine à la modifier
dans le sens d'une prépondérance française, nous
avons poursuivi ce but par de longs et laborieux pour-
parlers, et ce n'est qu'une fois parvenus à faire admettre
contractuellement le principe de cette francisation,
que nous avons envisagé la réalisation du programme
industriel ci-dessus exposé.
Il n'est pas inutile de souligner ici cette considéra-
tion, que le but et l'intérêt des possesseurs des mines
de Soumont et de Perrières étaient bien moins de
constituer une entreprise métallurgique à Caen que
d'alimenter en minerai les usines allemandes. La
portée pratique de nos conventions peut se résumer
dans cette indication que, d'une part, l'objet principal
devient l'établissement de hauts fourneaux près de
Caen, pour le grand profit du développement industriel
et économique de cette région et, d'autre part, que sur
la production des mines un minimum de 60 0/0 restera
pour les besoins de ces hauts fourneaux, c'est-à-dire
en France.
Votre conseil d'administration a été heureux de pou-
voir régler financièrement la question soumise à vos
délibérations par un accord conclu avec un groupe
financier de premier ordre.
Il est peu vraisemblable que M. Auguste Thyssen
ait admis sans arrière-pensée la francisation des
affaires importantes germanisées par lui en notre
pays *. Un homme d'une grande compétence en la
1. L'admirable, c'est que cette association a permis à
Auguste Thyssen, le sompteux chAtelaia de Landsberg, et à
la Gewerk^diaft Deatscher Kaiser, de faire appel aux capi-
taux français. Cet appel, d'un étonnant cynisme, est distribué
dans plusieurs de nos établissements de crédit. Je l'ai eu enli'e
les mains. Il m'a semblé qu'il était couvert de taches de sang
bienel, qu'on prétende que l'argent n'a pas d'odour, ces taches
180 l'avant-guerrb
matière, M. J. Bertal, a vu clair dans le jeu des in-
avaient l'odeur du san? français. Vous me direz que j'anticipe.
On disait cela, en 1869, aux patriotes de l'époque qui avertis-
saient leur pays comme je le fais en ce moment.
Le directeur de Diélette — tout au moins en apparence —
est, bien entendu, Français. On me le peint comme un homme
aimable et courtois. Mais c'est un directeur qui ne dirige
RIEN. Alors que, dans toute industrie, le directeur technique
étudie à fond les projets, fait et discute les marchés, transmet
ses ordres et demeure indépendant, celui de Diélette est un
simple paravent. Il a derrière lui des ingénieurs allemands,
envoyés par Auguste Thyssen, dontquklques-uns nk savent
1IÉME PAS un mot de FRANÇAIS. Ce sont CCS derniers qui diri-
gent et exécutent tous les travaux. Tous les dessins, tous
^ES PLANS, tous LES « BLEUS » SONT FAITS BN ALLEMAGNE et
expédiés à Diélette.
Le projet monstre de l'installation future comporte des géné-
rateurs Babcock et Wilcox, lesquels entretiennent des tur-
bines à vapeur distribuant la force motrice à l'exploitation.
Vous vous figurez peut-être qu'au moins ces turbines seront
françaises? Pas le moins du monde. Ce seront des turbines
Thvssen. Partout se distingue la volonté évidente de germa-
niser l'entreprise, dans le moindre détail, afin qu'en cas d'a-
lerte, le havre et les travaux de Diélette puissent de-
venir en quelques heures une enclave e.ntièrembnt alle-
mande ET DONT l'outillage NE SOIT, EN AUCUNE CIRCONS-
TANCE, tributaire DE l'INDUSTRIB FRANÇAISE. AU poiut dC
vue Strictement économique, il ressort de là que notre pays
ne saurait retirer aucun profit, d'aucun genre, des travaux en
cours.
A qui fera-t-on croire qu'une pareille entreprise se monte
à l'allemande, a quelques kilomètres de Cherbourg, port
l'RANÇAis, sans que l'aiiiirauté allemande et l'état-major de
Berlin s'en occupent !
On me signale aussi que les ouvriers sont de nationalité
mêlée et qu'un grand nombre sont des repris de justice.
Leur recrutement se fait par des affiches apposées dans les
gares italiennes et allemandes et, bien entendu, l'on n'est pas
très difficile quant au choix du personnel. C'est trop souvent
le rebut de la civilisation, la pire racaille qui se rend à l'invi-
tation. Ceci e.xplique les rixes, assassinats, petites émeutes
qui se produisent journellement et nécessitent la présence cons-
tante de la gendarmerie. Les Normands du voisinage, peu
rassurés, commencent à émigrer, s'éloignent de ce foyer
dégoûtant d'anarchie et de crimes, et laissent les Allemands
cohiplètetnent uialtrct» du pays.
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES DB CABN 181
dustriels allemands. Dans un article remarquable
intitulé « Les Allemands et la Métallurgie Fran-
çaise » on lit ceci :
Il ne faut pas compter sur des textes légaux pour
que soient écartés de piano les demandes émanant de
groupes étrangers. Il serait toujours facile à ceux-ci
de tourner la difficulté en passant par l'intermédiaire
de Sociétés françaises dont ils posséderaient, sinon en
apparence, du moins en fait, le capital et le contrôle
technique. C'est en vain que l'on ciierchernit à dégui-
ser la vérité et à tromper Topinion publique en exi-
geant que les souscripteurs du capital, le Conseil d'ad-
ministration et le personnel dirigeant fussent, en ma-
jorité, composés de Français. La francisation ne
serait toujours qu'apparente.
Et un peu plus loin :
De même que nos métallurgistes français, les Alle-
mands ne se font pas d'illusions sur les résultats à
obtenir du traitement de minerais défectueux ou de
qualité secondaire. Si donc ils viennent en prendre
possession, s'ils constituent quelque jour des Sociétés
à gros capital, s'ils construisent des usines à côté de
ces mines pauvres pour y fabriquer des tôles ou d'autres
produits, ce ne sera certainement pas avec l'espoir de
retirer des bénéfices de cette exploitation. Leur but
réel serait de venir troubler le marché métallurgique
français en avilissant les prix et en faisant ainsi subir
des pertes sérieuses aux usines françaises. Celles-ci
se voyant concurrencées sur leur propre domaine com-
mercial se trouveraient obligées, soit d'abaisser leurs
prix de vente, soit de restreindre leur production, si-
tuation dont les producteurs allemands s'empresse-
raient de profiter pour développer leur exportation.
On comprend facilement que, pour atteindre ce ré-
sultat, la métallurgie allemande serait toute disposée à
soutenir de ses capitaux les Allemands désorganisa-
teurs qu'elle aurait ainsi placés en France ^
1. Dans la Liberté du lundi 4 mars 1912 notre confrère
182 l'avant-ouirrb
Il se pourrait même qu'on assistât au curieux spec-
tacle d'une Société « brûlot • de ce genre au capital de
laquelle les Allemands n'auraient souscrit que pour
M. J. Bertal, a encore publié sous oe titre « L'Invasion éco-
nomique allemande ■ un excellent ariicle.
Je le soumets aux méditations des administrateurs français
que les Allemands installés en France appellent à collaborer
avec eux et qui se flattent de mettre dans leur poche, de
« franciser », — comme ils disent, — lesdits industriels alle-
mands et lesdites industries allemandes. Voilà ce qu'écrit
M. Bertal :
• Il sera toujours possible à des financiers ou à des indus-
triels étrangers de détenir en fait le contrôle d'une société
française et de s'assurer la plus belle part des profits que cello-
ci est appelée à réaliser.
« En ce qui concerne le contrôle administratif de la société,
c'est un jeu pour des gens rompus aux affaires que de la con-
server quand bien même, à l'origine, la majorité absolue des
actions auraient été souscrites par des béinques ou par des
individualités françaises. Il n'est même pas besoin pour cela
d'acheter sur le marché les titres que les souscripteurs fran-
çais viennent offrir tôt ou tard. Les firmes allemandes procè-
dent d'une façon beaucoup plus simple. Sachant avec (quelle
facilité s'effectue léparpillement des titres dans les portefeuilles
français, il suffit de conserver en tous temps un lot souvent
peu important d'actions pour se trouver, au moment de l'as-
semblée générale annuelle, détenteur de la majorité des actions
déposées.
« On sait, en effet, que plus une affaire est prospère, plus
ses titres sont classés dans le public et moins le nombre des
actions présentes ou représentées aux assemblées générales
est considérable. Le souscripteur d'origine qui conserve un
paquet bien groupé a, par conséquent, de nombreuses chances
de pouvoir faire la pluie et le beau temps dans toutes les
réunions d'actionnaires.
« Le but principal du fabricant de matériel étranger qui
souscrit une part du capital d'une société industrielle française
est d'être le fournisseur obligatoire de la société. Les bénéfices
qu'il réalise, soit sur les fournitures directes de matériel, soit
sur les redevances perçu<;s pour l'exploitation de la licence de
fabrication, sont 8urfiï>amment élevés pour lui permettre
d'amortir rapidement les Actions qu'il conserve en portefeuille
afin d'avoir la majorité aux assemblées. Il peut même, si les
circonstances l'exigent, s'off'rir le luxe d'en augmenter le
nombre temporairement pour avoir cette majorité. ■
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES DE CAEN 183
une part infime, le reste étant bel et bien souscrit par
des actionnaires français. Bien plus il ne faudrait pas
s'étonner si ce plan magnifiquement machiavélique se
trouvait assuré du concours de personnalités fran-
çaises qui, avec la meilleure foi du monde, se feraient
ainsi les auxiliaires inconscients des adversaires de
la France.
En tous cas ces personnalités françaises ne pour-
raient plus, à partir de maintenant, arguer de Tigno-
rance où elles seraient de ces stratagèmes grossiers
des industriels allemands. Elles sont dûment aver-
ties et ne tomberaient plus dans de semblables
pièges sans y mettre une complaisance qui pourrait
s'appeler cette fois de la complicité.
Le centre métallurgique de la nouvelle entreprise
Thyssen sera à Colombelles, entre l'Orne et le canal
de Caen à la mer, à quelques kilomètres (4 ou 5) de
Caen. Or, c'est à cet endroit que l'Orne se rapproche
le plus du canal. Cinq cents mètres à peine l'en sé-
parent. Les terrains achetés par la Société des Hauts
Fourneaux et Aciéries de Caen commandent l'Orne
et le canal, chose très importante à noter, car, en
CAS DE GUERRE, GaBN SE TROUVERAIT AINSI TRÈS FACI-
LEMENT SÉPARÉ DE SON PORT VÉRITABLE QUI EST OuiS-
TREHAM. Ce port vient d'être modifié : deux grands
bassins ont été construits, et il n'y a, pour défendre
ce point de relai occasionnel de notre flottille de tor-
pilleurs de la Manche, que quelques batteries vo-
lantes (Merville, Amfreville, Colleville), jamais ar-
mées ni occupées en temps ordinaire. Les ingénieurs
allemands auront donc beau jeu, surtout quand l'on
constate que la ligne électrique fournissant la
FORCE MOTRICE NÉCESSAIRE AU PORT DE OuiSTREHAM,
AINSI qu'a la MANŒUVRE DES PONTS TOURNANTS SUR
184 l'avant-gubrrb
le canal, est aérienne et passe sur les terrains
ACHETÉS PAR ThYSSIîN !...
Rien ne sera plus facile que de transformer cette
énorme usine en une véritable petite garnison
allemande, entourée de murs géants, où personne
n'aura le droit de pénétrer..., si ce n'est avec une
autorisation signée en partie double par Auguste
Thyssen, et par quelqu'un du grand état-major, à
Berlin.
En ce moment même, on creuse le canal pour per-
mettre à des navires de 4.000 et 4.500 tonnes de par-
venir jusqu'à Caen, d'où ils emporteront le minerai
français vers les usines Krupp, qui le transformeront
aussitôt en matériel de guerre, à destination du
peuple français. C'est ce qu'on appelle un circuit
fermé ou je ne m'y connais pas.
Le minerai de fer des Mines de Diélette, c'est-à-
dire de la Manche, sera donc traité par ces Hauts
Fourneaux. Mais ils traiteront également le mi-
nerai de fer des mines d© la Société des mines
de Soumont, de la Société minière et métallur^
gique du Calvados, détentrice de la concession de
Perrières.
Pour obtenir plus facilement les concessions de
chemin de fer nécessaires à l'exploitation de ces
mines * Auguste Thyssen mit en avant le candide
Louis Le Chatelier.
1. Nous avons déjà eu au cours de cette étude l'occasion de
parler des complaisances du Ministre du Commerce Fernand
David, pour les envahisseurs allemands tels qu'Aupuste
Thcyssen à Diélette et Lucien Baumann aux Grands Mou-
lins de Corbeil. Or, on a pu lire dans le bonhomme Nor-
mand :
« Aujourd'hui, je me permets une question indiscrète. Elle
vise le chenim de fer minier destiné 4 apporter, au port de
LBS HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES DE CAEN 185
La Société Française de Constructions Mécani-
ques (Anciens Etablissements Cail) dont l'attention
avait été attirée par les richesses minérales de la
Caen, les richesses minières extraites des flancs de notre dépar-
tement. On se le rappelle, à un moment donné, tout faisait
supposer que le Conseil général en refuserait la concession à
une société franco-allemande. De son côté, la société des
Tramways départementaux y mettait une vive opposition et
proposait soit de tenir le chemin de fer actuel en état de trans-
porter tous les produits miniers de Soumont-Saint-Queniin,
soit au besoin de « construire à ses frais, un chemin de fer à
voie normale ». — Le Conseil général et le préfet paraissaient
partisans de cetle combinaison, lorsqu'on un clin d'œil tout
changea. Les difficultés disparurent, les formalités furent rem-
plies et la compagnie des Tramways ne fit plus d'objections,
comme si Thyssen, le grand distributeur de la « galette » alle-
mande, avait passé par là. Et le chemin de fer fut autorisé
au profit d'une société dont la façade est française^ mais
dont le fond est bien allem.and.
■ C'est alors qu'un conseiller général put s'écrier, dans un
déjeuner donné à la préfecture: « Monsieur le préfet, nous
sommes roulés ! Il y en a qui ont touché la grosse somme ! »
Ce hors-d'œuvre était dur à digérer ; cependant, il le fut, car
le propos ne fut pas relevé. Je me demande si, dans son
exclamation indignée, cet enfant terrible de notre Conseil
général faisait allusion aux 50.000 francs versés, comme
honoraires, à un membre du Gouvernement, pour son arbi-
trage, ou à des pots de vin du Rhin, apportés par l'Allemand
Thyssen lorsqu'il vint, au moment de la délibération, faire un
petit voyage à Paris et à Caen.
« Jacques Bonuommb. »
Dans son numéro du 30 novembre 1912, le Moniteur du
Calvados réclamait une énergique protestation «des diverses
personnes mêlées aux négociations », et il ajoutait;
« Il n'est pas douteux, en effet, qu'au début de la discussion
relative au chemin de fer minier, le préfet, le Conseil général
et la Compagnie des Tramways semblaient unanimes pour re-
fuser la création d'un chemin de fer allemand. C'était l'intérêt
du département et de la compagnie. Tout à coup le choix
changea.
« Dans un de nos précédents articles, nous avons attribué
ce changement d'attitude à V intervention officielle motivée
186 l'avaj*t-querre
Normandie et les avantages de la création d'une
grande industrie sidérurgique à proximité de la mer
et des mines, était donc entrée en pourparlers avec
la Société des Mines de Soumont et la Société Mi-
nière et Métallurgique du Calvados, détentrice de
la concession de Perrières. Elle fut chargée de
faire les diligences nécessaires en vue d'obtenir
la concession d'un chemin de fer reliant les mines à
l'emplacement de l'usine, ainsi qu'à la gare et au
port de Caen,
Voici maintenant la composition du conseil d'ad-
ministration de cette affaire franco-allemande, oij
l'élément français tire innocemment du feu les mar-
rons de la guerre de demain, qui nous reviendront
sous la forme que l'on sait :
MM.
Louis le Chatelier, ingénieur en chef des Ponts et
Chaussées, président delà Société française de Cons-
par une démarche de l'amboêsndeur d'Allemagne, démarche
dont nous eroyont poueoir aj'jlrmer la réalité. A-t-elle été
réellement suivie d'une visite de M. Thyssen à Caen et cette
▼isite a-t-elle laissé des traces? C'est ce qu'il serait bon
d'éclaircir. »
Le ministre compétent n'éprourera-t-il pas le besoin de
fournir ces éclaircissements nécessaires? Le Président de la
République, Raymond Poincaré, ne saura-t-il pas l'y con-
traindre ? La chose en vaut la peine, si l'on réfléchit aux ter-
ribles danpert que présenterait, en cas de guerre, ce chemin
de fer minier franco-allemand — et plus allemand que fran-
çais — dont le réseau, une fois amorcé, ne cessera de rami-
fier à travers la Normandie.
Toutes ces acquisitions étrangères ne vont évidemment pa»
sans pots-de-vin.
Combien de temps laisserons-nous les ministres et les parle-
mentaires de la République s'enrichir aux dépens de la Défense
Nationale? Car, au bout do tous ces pots-de-vin, il y aurait,
au moment d'une guerre, des pots de sang.
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIERIES DE CAEN 187
tructions mécaniques (anciens établissements Cail),
président.
J. Barois, inspecteur des Ponts et Chaussées,
administrateur de la Société française de Construc-
tions mécaniques, vice-président.
H. Lartigue, administrateur de la Société française
de Constructions mécaniques.
H. Legru, banquier à Paris.
Ch. Rabes.
Jules Rostand, administrateur du Comptoir Na-
tional d'Escompte de Paris.
Ch.-E. Solacroup, administrateur de la Société
des mines de Soumont.
A. Thyssen.
F. Thyssen.
M. A. Bougault, administrateur délégué de la So-
ciété française de Constructions mécaniques, secré
taire du conseil.
Ces messieurs feront bien de méditer les lignes
suivantes de notre confrère J. Bertal publiées dans
La Liberté du 4 mars 1912 et qu'a illustrées d'une
façon si saisissante le coup de force du lende-
main 5 mars, de la Compagnie Générale d'Elec-
tricité de Creil (élimination des administrateurs
français).
Peut-être s'imagine-t-on que la présence d'un conseil
d'administration composé en totalité ou en majorité de
personnalités françaises est appelée à assurer à la So-
ciété une indépendance administrative capable de
contrebalancer, dans une mesure efficace, TmAuence
de l'élément étranger dans une atTaire?
On commettrait, en raisonnant ainsi, une très grave
erreur.
Que le président du conseil, l'administrateur-délégué,
le directeur de la Société soient Français, cela ne gêne
188 l'avant-guerrb
que médiocrement le groupe étranger qui possède une
part du capital. Il sait qu'on lui demandera, surtout
dans les débuts et dans toutes les circonstances déli-
cates, le concours technique d'un codirecteur, d'un ou
plusieurs ingénieurs, de contremaîtres, voire même de
simples ouvriers destinés à mettre au courant des pro-
cédés qu'il s'agit d'exploiter en France. Ce personnel
auxiliaire, bien que placé sous l'autorité d'administra-
teurs français, reste, par la force même des choses,
sous la direction réelle de la firme étrangère.
Une correspondance, qui est tout d'abord d'ordre
technique et consultatif, s'établit directement entre lui
et ses anciens patrons. Elle dégénère peu à peu en
rapports périodiques par lesquels le groupe étran-
ger se trouve tenu au courant de tout ce qui se
passe, et cela complètement à Tinsu de la direction
française.
Si des divergences de vues viennent à se produire
entre les administrateurs français et étrangers, ceux-
ci ont ainsi la faculté de pouvoir envoyer, s'ils le jugent
nécessaire, à leurs représentants dans l'affaire, des
instructions contraires à celles, qui leur seraient
données par le siège social. C'est donc, en réalité, de
l'étranger que vient le mot d'ordre.
Lorsque les arJ ministrateurs et directeurs français
s'aperçoivent qu'ils ont Joué le rôle de simples para-
ventSf il est généralement trop tard pour qu'ils puis-
sent prendre des dcci fiions. Cest alors la rupture et le
remplacement des administrateurs gênants par d'au-
tres personnes de moindre valeur peut-être, mais plus
aptps à se soumettre, en toutes circonstances, aux co-
lonies des actionnaires étrangers.
La francisation pratique et durable d'une entreprise
industrielle est, comme on le voit, un problème très
difticile à résoudre.
En revanche et malheureusement, la germanisa-
tion du sous- sol et même du sv\ français a fait un
grand pas de plus depuis ce fameux essai de franci-
LB3 HAUTS FOURNEAUX ET ACIERIES DE CAEN 189
sation tenté si malencontreusement par M. Le Cha-
telier.
Notre compatriote a été roulé, comme il était fa-
cile de le prévoir, par ce vieux méphisto d'Auguste
Thyssen.
Dans le Moniteur du Calvados qui a toujours
dénoncé très courageusement et patriotiquement la
mainmise des Allemands en Normandie, on a pu
lire ces lignes suivantes :
Quand nous avons montré le danger patriotique de
l'invasion industrielle allemande dans le Calvados —
comme d'ailleurs dans une foule de départements, —
on nous a répondu par deux arguments :
V Le péril allemand, a-t-on dit, est conjuré; rélé-
ment français domine dans la constitution de la Société
des hauts fourneaux;
2° L'intérêt commercial de la ville de Caen est une
ample compensation au péril chimérique.
Or, le Journal de Caen a publié l'acte de la Société
nouvelle des hauts fourneaux. Loin de calmer nos
craintes légitimes, les termes du contrat ne peuvent
que les justifier et les augmenter.
Nous n'avions jamais cru à l'abandon volontaire, par
la maison Thyssen, de la majeure partie des conces-
sions qui lui furent livrées, au profit de Sociétés fran-
çaises. Et nous avions raison.
Aujourd'hui, comme hier, dans la réalité, la maison
allemande conserve bien la majorité dans la Société
des hauts fourneaux. Les noms de la plupart des Fian-
çais qui figurent parmi les actionnaires sont les noms
allemands de banquiers établis à Paris ou d'ingénieurs
parisiens aux noms d'outre-Hhin.
Le fait étant indiscutable, nous réservons la publica-
tion de la liste au cas où il serait contesté.
Le Moniteur du Calvados ajoute impitoyablement :
Ce n'est pas d'ailleurs sur ce point, depuis lon^tcmiis
connu, que nous voulons attirer l'attention, mais sur
190 l'avant-querre
le but poursuivi par la Société des hauts fourneaux.
On a mis l'intérêt commercial caennais en jeu. Il
est effectivement complètement en question.
On a cru jusqu'ici que la Société des hauts fourneaux
se bornerait à l'exploitation du rainerai. Or, elle vise
une véritable mainmise sur les plus grosses industries
de la région.
L'article 3 des statuts de la Société des hauts four-
naux définit l'objet de la Société c tant en France
qu'à Vétranger », ce qui veut dire tant en France
qu'en Allemagne.
Outre l'exploitation métallurgique, le but de la
Société est :
La construction et l'exploitation de voies ferrées et
de transports, ainsi que de tous ports destinés à des-
servir ou faciliter l'écoulement des produits, non seu-
lement des usines de la Société, mais aussi de « toutes
autres usines ».
La conception est donc vaste : construire des voies
ferrées, percer des routes, créer des ports partout où
cela leur conviendra.
Voilà notre région en bonnes mains allemandes...
D'autant que la Société des hauts fourneaux entend
traiter « toutes opérations connexes à l'industrie métal-
lurgique •• et, de ce nombre : la fabrication des engrais
minei'aux, la fabrication du gaz, de l'électricité, les
tramways, chemins de fer électriques ou à vapeur, la
lumière, etc., etc.
S'il n'y a pas là une véritable mainmise sur le com-
merce local, je ne m'y connais guéro.
Je suis seulement surpris que des protestations ne se
soient pas encore produites de la part de ceux qui,
par une étrange aberration, approuvent avec désinvol-
ture des projets d*acca{>arement du commerce local.
Ce mal ne serait d'ailleurs que secondaire s'il n'était
accompli par une maison allemande.
Mais se Jl/jure-t-on ce que serait notre département
au cas d'une déclaration de guerre ? La Prusse serait
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIÉRIES DE CAEN 191
chez elle ; sur un simple mot d^ordrCf la conquête se-
rait faite !
Cest là le vrai danger.
Elle est vraiment peu banale la « francisation »
de la Normandie, et je maintiens que tout Français
vraiment digne de ce nom, en présence de l'opéra-
tion des Hauts Fourneaux de Caen, pourra difficile-
ment cacher son indignation et sa stupeur. Cette
aventure associe devant l'histoire, le aupeur et la
dupe, Auguste Thyssen, maître de forges allemand,
et le Français Le Chatelier.
La cause est d'ailleurs tellement exécrable que
M. Le Chatelier semble avoir absolument renoncé à
la défendre. De temps en temps, ici ou là, il essaie,
d'une façon plus ou moins détournée, une vague
publicité en faveur de son affaire franco-allemande,
beaucoup plus allemande que française. Mais il
n'insiste guère et il a l'air gêné de sa propre ré-
clame. Il est impossible que quand il se trouve seul
devant son contrat avec Thyssen-Krupp et ces plans,
qui peuvent devenir d'une minute à l'autre si funestes
à son pays, il est impossible, dis-je, qu'il ne sente pas
entre les épaules un léger frisson : « Si pourtant
Thyssen projetait réellement de faire de la Normandie
une pro\ince allemande. »
Ce n'est plus, hélas! un projet, c'est un fait: toute
une province française, côtes et sous-sol, tombe aux
mains de l'étranger, de l'ennemi éventuel, sans qud
les autorités locales ni le pouvoir central élèvent la
moindre protestation.
La Manche, le Calvados, l'Orne, appartiendront
bientôt à Thyssen, Krupp et de Poorter.
Citons également dans la Seine- Inférieure l'usine
192 L*AVANT-aUBRRB
d'électricité du Grand-Quévilly, près de Rouen, qui
est une entreprise entièrement allemande.
Elle a été construite sous la direction d'ingénieurs
et d'administrateurs allemands. Toutes les machines
sont allemandes. Tous les matériaux, sauf la maçon-
nerie, sont venus d'Allemagne, par des douze et
quatorze wagons à la fois. Tous les contremaîtres, le
concierge lui-même, sont Allemands. « Que sera-ce
quand l'usine sera en pleine exploitation! » m'écrivait
Je ligueur qui me donne ces détails et qui compte
en fournir d'autres à V Avant-Garde de Normandie.
Notez que cette usine allemande est destinée à
éclairer plusieurs communes suburbaines des plus
importantes : le petit et le grand Quévilly, Sotteville,
etc. Elle fournira, au moins en partie, la force
motrice à la Compagnie des tramways de Rouen. Le
BUT ACTUEL DE l' ALLEMAGNE EST DE GERMANISER
l'Électricité en France, de telle façon qu'au
MOMENT de la PROCHAINE GUERRE, LES MOYENS DE
TRANSPORT ET DE COMMUNICATION, Y COMPRIS LES SER-
VICES DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, SOIENT AUX MAINS DK
l'envahisslur. Que tous les patriotes retiennent soi-
gneusement le nom de l'A. E. G, c'est-à-dire de
ÏAUgemexne Electriciiàts Gesellschaft^.
1. La Société française d'Électricité A. E. G. (Allge-
meine Fleclricitdts GeseUêcha/t), dont il est question ci-des-
sus, a le conseil d'administration suivant :
Prdêident : M. Deutsch :
Membre» : MM. P. Mamroth, Thurnauer, Barrell, Roos
Koch ;
A d mi nittrateur- directeur : M. Koch;
Commisiaireê : MM. Neuinann et Pfeffer.
Juger, un peu ce que ce serait si l'A. E. G. n'était pas
française !...
LES HAUTS FOURNEAUX ET ACIERIES DE CAEN 193
Nous connaissons les exploitations de Jos de Poor-
ter en Normandie (Mortain-Bourberouge-Jurques,
etc.). Nous savons comment elles fonctionnent.
Grand acquéreur de concessions de mines en
France, grand fournisseur des usines Krupp, M.
Jos de Poorter a récemment acquis des minières à
ciel ouvert en Bretagne. Ce sera, n'en doutez pas, le
point de départ d'opérations d'avant-guerre, car notre
belle province de l'Ouest excite déplus en plus vive-
ment les convoitises de nos entreprenants voisins de
l'Est,
CHAPITRE y
L'ENVAHISSEMENT COMMENCE
EN BFiETAGNE,
DANS LA LOIRE-INFÉRIEURE
ET SUR CERTAINS POINTS DE LA COTE
(manche bt mbditerranéi)
§1
PREMIÈRES MANIFESTATIONS DE l'eSPION.
ENVAHISSEMENT
EN BRETAGNE BT DANS LA LOIRB-INFÉRIEURB
Ce n'est encore qu'un essai d'envahissement du
sous-sol breton qui se dessine dans la Loire-Inférieure
(arrondissement de CliAteaubriant).
I^s concessions minières que nous allons rapide-
ment énumérersont en effet loin d'avoir encore l'am-
pleur de celles que nous avons relevées en Normandie.
M. Jos de Poorter, associé et féal de Krupp, a donc
affermé dans cette région l'exploitation des minières
suivantes :
l'envahissement en BRETAGNE 195
!• La grande minière de Rougé. Cette exploitation
êst reliée à la ligne de Pioérmel à Cliâteaubriant par
une voie Decauville, e'est-à-dire, ne l'oublions pas,
Orenstein et Kofjpel. Le bail a été fait pour douze ans.
L'exploitation dure depuis huit ans. C'est la minière
la plus importante de la région et peut-être de toute
la Bretagne. Les quantités de minerai enlevé sont
TELLES QUE CERTAINS xMOIS ONT DONNÉ AUX PROPRIÉ-
TAIRES UNE REDEVANCE DE 600 FRANCS, ALORS QUE LA
REDEVANCE PAR TONNE n'eST QUE DE 0,40 CENTIMES I
C'est que, depuis quelque temps déjà, il règne une acti-
vité fébrile dans les usines Krupp. Arminius a besoin
de beaucoup de minerai français pour fondre beau-
coup de canons et d'obus allemands.
2" La Minière de la forêt de Teillay, reliée à la
gare de Teillay (ligne de Ploërmel à Châteauhriant)
par un embranchement. Ce qui permet de charger
directement les wagons dans la minière.
3** La Minière de la Haute-Noè (commune de Sion).
Celle-ci est reliée à la gare de Lusanger [ligne de
Redon à Châteauhriant), distante de 12 kilomètres,
par une voie Orenstein et Koppel, dite Decauville.
Elle est moins importante que les deux précédentes.
Ce n'est qu'un commencement, mais si les pouvoirs
publics laissent faire, la situation deviendra bien vite
aussi précaire qu'en Normandie. Fort heureusement
les patriotes, mis en éveil par notre campagne, com-
mencent à faire leur police eux-mêmes et leur vigi-
lance semble avoir déjà eu à Brest, notamment, un
résultat en rendant impossible l'installation d'un in-
dustriel allemand aux portes du Complet.
La presqu'île bretonne est certainement un objet
de convoitise pour l'Allemagne qui n'iernore pas qu'à
eon extrémité se trouve le plus beau port du monde,
196 l'avant-oubrre
capable d'abriter toutes les escadres européennes.
La situation exceptionnelle du port de Brest aurait
dû le désigner depuis déjà fort longtemps comme le
plus apte à servir de point de départ et d'arrivée
pour les paquebots qui mettent en relations, de plus
en plus étroites cbaque jour, la vieille Europe et la
jeune Amérique.
La question de Brest-Transatlantique a fait couler
beaucoup d'encre, mais elle n'est pas encore entrée
dans la voie des réalisations. Ici comme partout
ailleurs en République, les intérfîts particuliers ont
prévalu contre l'intérêt national. Seul un gouver-
nement national, indépendant de l'élection, situé au-
dessus des partis, pourrait faire aboutir cette question
capitale.
Un des plus grands griefs que l'on ait élevés contre
le projet, c'est l'insécurité, les dangers de la naviga-
tion dans ITroise où la brume serait plus fréquente
que partout ailleurs et rendrait l'entrée du goulet im-
possible à certains moments. « L'entrée du goulet de
Brest est impossible par temps de brume. » Tel était
du moins l'avis du commandant chargé, il y a cinq
ans, par la Compagnie Générale Transatlantique de
faire un rapport sur la question de Brest.
Citons à ce sujet les lignes suivantes de M. Claude
Casimir- Périer dans le Breton de Paris du 8 dé-
cembre 1912 :
« Contre l'affirmation d'un commandant de paquebot,
nous n'invoquerons ni l'opinion du pilote-major
Renoiiard qui, en 1893, ramena de Quiberon, par temps
bouché, les quatorze navires de l'escadre du Nord et les
ancra, sans une avarie, à leurs corps morts de la rade-
abri de Brest; ni l'autorité du vire-amiral de Cuverville
qui, par tous les temps, est entré dans la rade de Brest
L'EiNVAHISSEMENI en BRETAGNE 197
et en est sorti, avec des frégates à voiles et des croi-
seurs à vapeur, et qui se faisait fort d'y entrer n'importe
quel navire, p?r n'importe quel temps, à n'importe
quelle vitesse. Nous ne discuterons pas l'objection du
commandant Poirot, parce qu'un paquebot transatlan-
tique ne peut pas couramment se permettre de marcher
à la sonde comme fait un cuirassé en manœuvres.
Le rapport de la Compagnie Générale Transatlantique
avait toute sa valeur en 1907. Mais il ne vaut plus rien
aujourd'hui. Une découverte récente a révolutionné la
navigation en donnant aux navires perdus dans le
brouillard la même sécurité que leur apportent, par
temps clair, les éclats lumineux, d'un phare. Deux
ingénieurs italiens, MM. Tosi et Bellini, ont perfectionné
l'émission des ondes hertziennes et créé des « phares
sensibles » aussi puissants, aussi pratiquement appli-
cables que les » phares lumineux. »> Entre deux postes
hertziens qui croiseront leurs ondes, tout navire muni
d'un poste sympathique « sentira » sa route sans y
voir et ne pourra pas s'en écarter sans en être instanta-
nément averti.
Il est permis d'admettre que les extrémités nord et
sud de riroise sont dangereuses; on peut laisser dire
que la brume couvre toute l'année les côtes de Bretagne.
Un seul fait est à retenir : « Brest est le seul port de
France où les paquebots les plus rapides puissent
aujourd'hui entrer par temps de brume, sans avoir un
seul instant quelque hésitation sur la route à suivre ou
la crainte de dangers invisibles. »
Nous extrayons encore les lignes suivantes du
Breton de Paris du 19 Janvier 1913, sous la signature
du même auteur :
« Les principaux ports par où se fait le commerce tran-
satlantique de l'Europe ont été fondés à une époque o\\
la rareté et la difficulté des communications artificielles
avec l'intérieur donnaient une supériorité marquée
aux ports situés à l'embouchure d'un grand fleuve, et
où l'insuffisance des moyens de dragage ne laissait au
problème de la profondeur d'autre solution que celle
198 l'avant-oubrre
du bassin des écluses. D'ailleurs, les dimensions des
navires, il y a seulement vingt-cinq ans, n'exigeaient
pas des écluses maritimes très différentes de celles
que nous voyons aujourd'hui dans les ports fluviaux de
la Seine et du HIjin, et la valeur de la vitesse et du
temps gagné était encore assez minime pour qu'un
paquebot pût — sans infériorité — attendre au larj^e
l'heure de la pleine mer et l'ouverture du port.
« C'est »'nsi que les grands ports de l'Europe occiden-
tale — qui sont en même temps les plus anciens — ont
été, d'emblée, voués aux différentes sercitudes qui (/ré-
cent les ports d estuaires : barre à franchir, dani^er
d'ensablement, rade peu sûre, bassins à écluses ou
d'une profondeur insuffisante, faible superlicie et exten-
sion difticile.
« Pas un seul n'y échappe entièrement.
<i La Merseify à Liverpool; VElbe, à Cuxhaven; la
Weser, a Bremerhaven ; l'Escaut, à Anvers; la SeinCy
au Havre; la Loire, k Saint-Nazairo ; la Gironde, à
Pauillac, forment des barres dont le seuil à marée
basse, ne descend pas au-dessous de 9 métrés 72
(Liverpool. Queen's Channel) et atteint jusqu'à 7 mè-
tres au-dessous du zéro des cartes marines (Saint-
Nazaire, barre des Charpentiers).
« Aucun de ces ports na de rade où les navires puis-
sent s'ancrer en eau calme en attendant l'ouverture du
port, parce que les courant! d'estuaire y entretiennent
un [)erj)étuel ressac, et que ces estuaires sont eux-
mêmes grands ouverts à tous les vents du large. Dans
tous ces ports, les paquebots qui ne peuvent pas fran-
chir la barre par gros tcdips nont d'autre ressource
que d'aller chercher un refuse ailleurs.
• Ces poils, en outre, sont des ports à écluses, c'est-à-
dire des ports fermés, ou des ports peu profonds,
c'est-à-dire ouverts par intermittence.
• Entîn, ces ports d'estuaire ont une surface d'eau ^
qui répond à peine aux besoins actuels de leur trafic;
qu'il est extrêmement coilieux d'augmenter, parce qu'il
faut conquérir les nouveaux bassins sur la terre ferme,
l'envahissement BN BRETAGNE 199
et qui est même limitée par définition, parce qu'il est
impossible de découper artificiellement des bassins
dans l'eau toujours agitée d'un estuaire.
« Brest est le meilleur port de l'Europe, parce qu'il
est le seul port européen en rade abritée, sans barre,
sans risques d^ ensablement, sans écluses, profond de
17 à 40 mètres, et indéfiniment extensible jusqu'à pou-
voir offrir au commerce une surface d'eau de quinze
mille hectares.
« Le seul port européen où l'on puisse, à peu de frais,
réaliser un programme de constructions modernes et
définitives, sans avoir, auparavant, a se protéger contre
la mer (comme à Cherbourg ou au Havre), et sans
avoir, après, à lutter contre l'apport des courants
(comme au Havre, à Saint-Nazaire, à Liverpool et An-
vers). Le seul port qui soit assuré de pouvoir croître
avec sécurité, parce que les bassins de Liverpool, de
Hambourg, d'Anvers, de Londres, de Rotterdam, de
Marseille et du Havre réunis n'occuperaient pas encore
les quatre dixièmes de la rade de Brest..
« Le seul port, enfin, que tout désigne — situation,
facilité d'accès, profondeur, étendue — pour être défi-
niticement le siège européen des échanges transatlan-
tiques.
Cette question du port de Brest, on le voit, est
capitale et devrait passionner l'opinion publique. Et
pourtant celle-ci semble s'en désintéresser.
Mais si l'on néglige en France le problème bres-
tois, il n'en est certes pas de même en Allemagne.
L'attention de Guillaume II a été depuis longtemps
attirée par la position exceptionnelle de l'Armoriquo
au double point de vue militaire et commercial.
L'annexion du Finistère fait, — avec celle de la Cham
pagne et de la Normandie — partie du programme
germanique. Le futur gouverneur, le second fils du
Kaiser, en est d4jà choisi, et il y a plusieurs années
200 l'avant-gubrre
qu'en manière de plaisanterie on l'appelle à la cour
de Berlin « Le duc de Bretagne ».
« L'accaparement de Diélette n'est-il, comme on
l'affirme, que le préambule d'un investissement plus
complet, une façon d'expérimenter la force de résis-
tance française avant d'attaquer ce morceau d'enver-
gure : la germanisation du premier port de l'Europe
Occidentale! * »
C'est notre conviction absolue, les menées de cer-
tains industriels étrangers dans les parages du port de
Brest ont déjà attiré l'attention. Les propositions
d'achat de terrains par des pseudo- fabricants de
soude aux environs du Conquet n'ont pas jusqu'ici
été acceptées. Mais l'Allemand est tenace...
§2
LES ALLEMANDS A BRÉHAT ET LA QUESTION DBS ILES
Le lils d'un banquier de Francfort, le juif allemand
Kahn, est en train d'acquérir la totalité des terrains
à vendre dans l'île de Bréhat (Côtes-du-Nord).
Située dans le canton de Paimpol, devant la petite
baie de TriexLX, au fond de laquelle est Lésardrieu, où
se trouve une station de torpilleurs, entre la Grande
Passe et le Felirless, l'île Bréhat est, au dire de tous
les marins, un point stratégique des plus importants.
La flotte allemande a toujours étudié ces parages en
vue d'un débarquement éventuel. Des essais de
« phares hertziens » ont été efïectués en divers empla-
cements de l'île.
1. Ces lignes sont ex traitée d'un article paru dans l'Action
Française du 26 septembre 1912 sous la signature de notre
collaborateur Kerannoz.
l'envahissement en BRETAGNE 201
Il y a plusieurs années déjà que le docteur V...,
propriétaire en cette île, commençait à s'effrayer de
ces acquisitions germaniques, selon un plan qui sem-
blait méthodique. Il faut croire qu'elles n'effrayèrent
pas Jacques Grumbach, car elles continuèrent. Vers
1908, M. le sénateur Riou, dans sa vigilance patrio-
tique, crut devoir présenter à ce sujet une motion
devant le Conseil général du Morbihan. Il demandait
au Gouvernement de s'opposer au déclassement des
fortins, dont l'achat, par des étrangers, pouvait com-
promettre la sécurité nationale. Cette motion fut
votée à l'unanimité. L'extension prise par les postes
de télégraphie sans fil et la nécessité de surveiller ces
installations, — dont le rôle serait capital en temps de
guerre, — démontrent, à l'heure actuelle, plus encore
qu'en 1908, l'opportunité de l'intervention de M. Riou.
Le sénateur du Morbihan ne s'en tint pas là. En 1909,
une proposition, tendant à prévenir ces dangers, fut
déposée par lui et deux de ses collègues. Elle fut
renvoyée, par le Sénat, à la commission compétente,
laquelle, bien entendu, l'enterra.
Nous verrons tout à l'heure avec quelle obstination
digne d'éloges M. Riou revint encore sur cette ques-
tion, au Sénat, le 14 février 1912.
Par ailleurs, j'ai posé quatre ou cinq fois à M. le
député Long *, rapporteur du projet de loi sur la
cession du Congo à l'Allemagne, la question suivante :
« Est-il vrai que vous ayez été l'hôte du juif allemand
Kahn, à Bréhat, Tété dernier? » M. Long ne m'a pas
1. Or lit dans la Franc-Maçonnene démasquée :
La loge Alsace-Lorraine Écossaise avait organisé le 28 no-
vembre dernier, une tenue qui portait à son ordre du jour la
mention suivante :
L'Œuore Française dans l'Afrique du Nord. Causerie par
notre F .-.M. Long, député de la Drôme, rapporteur de la
202 l'avant-guerrr
répondu et pour cause ; car il a séjourné en effet pen-
dant plusieurs semaines chez le juif allemand Kahn,
à Brôhat, à la grande stupeur de Français du voisi-
nage qu'étonnait une pareille promiscuité en un tel
moment.
Le juif allemand Kahn poursuit ses achats de ter-
rain à Bréhat. C'est ainsi qu'il a acquis cette année
une ferme voisine du séma{)hore; le Moulin du Nord
(vieux moulin à vent démantelé) situé en un lieu
élevé. ^
Il est en pourparlers pour plusieurs îlots qui
seraient, le cas échéant, des postes tout indiques de
télégraphie sans fil. Sans doute, Kahn compte-t-il sur
ses amitiés et relations politiques pour devenir peu à
peu et sans difficultés seigneur juif allemand de Bré-
hat. Je signale cette situation étrange à tous les
patriotes de la réc^ion et aussi au Lorrain Poincaré,
pour (pi'il en fasse part au juif Jacques Grumbach,
chargé de la surveillance des étrangers au ministère
de rintcrieiir.
C'est à proj.os de la vente de l'île de Porquerolles,
située, on le sait, à côté de Toulon, qu'eut lieu la
patriotique intervention de M. Iliou.
L'attitude de la presse parisienne, dans cette occa-
sion comme dans beaucoup d'autres, a été du reste
peu brilhuit©. Elle est demeurée absolument muette
et n'a fait aux paroles de M . Charles Hiou qu'une
allusion vague et peu distincte. V^oici donc in-extenso,
et d'après le Journal Officiel, — que veut bien ne paa
Comm.*. desAff.-. Kxt.-. delà Chambix, membre actif de l'At.*.
Le F.'. L'»ng Imuve snris doute dangereux d'appartenir k
une loge de la région qui) représentt.
Ehl-ce à la l<»ge AUdce-Lorraine EcossaUe que M. le dé-
puté Long a lait la con naissance du juif Kahn, de Francfort,
grand acquéreur de terrains à l'Ile Bréhat?
L'BNVAHISSBMENT en 8RBTA0NE 203
expurger encore M. Jean Dupuy, — le compte-rendu
de ce mémorable épisode. Mémorable, car le jour où
les choses s'aergraveront brusquement, il restera à
M.Charles Riou l'honneur de ne pas s'être tu sur
l'essentiel, je veux dire sur la livraison, en pleine
paix, de territoires stratégiques français, — sol et
sous-sol, — à l'AUem tnd.
On fera bien de lire avec soin et de méditer ces
paroles éloquentes.
M. Charles Riou. — Messieurs, il y a quelques
années, en Bretagne, nous avons été très émus par des
achats prémédités, faits surtout par des Allemands, sur
notre littoral, et notamment par l'acliat de fortins
déclassés; à tel point que je traduisais alors la pensée
et les craintes de mes concitoyens devant le conseil
général du Morbihan.
Un vœu fut adressé au Gouvernement et j'ajoute qu'il
fut pris à l'unanimité de l'assemblée départementale,
sans distinction d'opinion politique.
A ce moment, nous fûmes saisis au Sénat, non pas
en séance publique, mais dans une séance des bureaux,
d'une demande formée par un homme que vous con-
naissez bien, un éminent docteur de l'ai'is, patriote
avant tout, M. le docteur Variot. Nous fûmes saisis par
lui d'une demande de convocation, dont je me char-
geai, de tous mes collègues de Bretagne et de Norman-
die, qu'intéressaient les questions du littoral. Il nous
révéla quelle était la situation d'une île de notre Bre-
tagne, l'île Bréhat, où il est propriétaire et où, depuis
un certain nombre d'années, le fils d'un banquier alle-
mand de Francfort se rend, à vrai dire, maitre du pays
tout entier.
A la suite de ces constatations et de ces révélations,
M. l'amiral de Cuverville, que nous regrettons toujours,
M. Cabart-Danneville et moi, saisîmes le Sénat d'une
proposition de loi qui fut renvoyée à la commission de
la marine. L'autre jour, lorsque le bureau dont j'ai
l'honneur de faire partie désigna deux de ses membres
pour le représenter à la commission de la marine, je
204 l'avant-ouerre
me suis adressé à eux et plus particulièrement — il me
permettra de le nommer — à M. Peytral, pour les
prier de hâter le plus possible le moment où cette pro-
position pourra être discutée en séance publique.
M. Peytral m'a répondu qu'il s'en occuperait, ainsi qu'il
l'avait, au reste, déjà fait, et que bientôt, la commission
ferait connaître au ministère et au Sénat son avis sur
notre proposition de loi qui est due, je dois le dire, à
l'honorable M. Cabart-Danneville
M. Gaudin de Villaine. — Elle est urgente.
M. Charles Riou. — Sans entrer dans d'autres détails
qui ne pourraient que fatiguer le Sénat à l'heure ou
j'ai l'honneur de parler, je me borne à ajouter que,
dimanche dernier, je dus adresser à M. le ministre de
la guerre une lettre dont je demande au Sénat la per-
mission de donner lecture. Mieux que n'importe quel
développement, elle fera connaître la nature de la ques-
tion dont je désire aujourd'hui saisir le Sénat et M. le
ministre de la guerre :
« Paris, le 11 février 1912.
« Monsieur le Ministre,
« Le journal V Action Française qui a entrepris une
campagne courageuse et très documentée sur l'invasion
de la France par des industriels allemands, reproduit
aujourd'hui une lettre adressée, le 4 février, au Petit
Marseillais^ de laquelle il résulte que l'île de Porque-
rolles qui importe, paraît-il, à la défense de Toulon,
doit être mise en adjudication publique, le 22 février
prochain.
« Le Petit Marseillais ajoute que des pourparlers sé-
rieux sont engagés pour l'achat, avec des étrangers
qui se trouvent, en ce moment, sur notre littoral.
« Cette acquisition par un étranger, quelle que soit sa
nationalité, ytouvant porter une atteinte regrettable à la
défense de notre côte méditerranéenne; j'ai l'honneur
de vous prier de vouloir bien accepter, à ce sujet, une
question à l'une des premières séances du Sénat où .se
discutera le ministère de la guerre.
• Bien des fois, j'ai dû, avec quelques-uns de mes col-
l'envahissement en BRETAGNE 205
lègues du Sénat, me préoccuper de ce qui se passe sur
nos côtes, notamment en Bretagne...
M. Gaudin de Villaine. — Et en Normandie.
M. Charles Riou. — « ... en janvier 1909, MM. l'ami-
ral de Cuverville, Cabart-Danneville et moi, nous avons
déposé, sur le bureau du Sénat, une proposition de loi
qui a été renvoyée à la commission de la marine.
« Depuis^ rien n'a été fait d'utiley et il me parait né-
cessaire, plus que jamais, que des dispositions soient
prises sans tarder, pour que l'État mette fin à des em-
piétements sur notre territoire national, d'autant plus
dangereux qu'ils se produisent depuis trop d'années^
sans éveiller Vattention publique, avec une prudence et
une préméditation calculées.
« Veuillez agréer... »
M. Cabart-Danneville. — Voulez-vous me permettre
une courte interruption, mon cher collègue?
M. Charles Riou. — Parfaitement, avec le plus grand
plaisir.
M. Cabart-Danneville. — La commission de la marine
dont je faisais partie Tannée dernière et les années pré-
cédentes, n'a pas examiné la proposition, et voici pour-
quoi : c'est qu'oTi a constaté que non seulement file de
Bréhat était occupée, comme Je Vai indiqué dans ma
proposition que vous avez bien voulu signer d'accord
avec V honorable amiral de Cuverville, mais qu'une
partie du littoral était aussi occupée par des Aile-
mands, en Nornnandie surtout et ailleurs.
M. Charles Riou. — A plus forte raison.
M. Cabart-Danneville. — Et la commission de la ma-
rine avait justement demandé, a cause de la rédaction
qui était extrêmement délicate, qu'une commission
interministérielle fût nommée...
M. Peytral. — C'est moi qui avais fait cette propo-
sition.
M. Cabart-Danneville. — J'allais le dire... qu'une
commission interministérielle fût nommée, comprenant
un représentant de chacun des ministères de la justice,
des atîaires étrangères, de la guerre et de la marine.
206 l'avant-ouerrb
M. Charles Riou. — Et rien n'a été fait.
M. Cabari-Danneoille. — Rien n'a été fait.
M. Charles Hiou. — Par conséquent, M. le ministre
de la guerre voudra bien s'entendre a ce sujet avec son
collègue de la marine.
M. Peytral. — J'ajoute que, dès la première séance
de la commission de la marine, j'ai saisi celle-ci de la
question que vous avez vous-même posée devant le bu-
reau, et que le président de cette commission, M. Cuvi-
not, m'a dit personnellement qu'elle ne tarderait pas à
reprendre l'atlaire au point où elle l'avait laissée. (Très
bien !)
M. Gaudin de Villaine. — Et les Allemands conti
nuent!
M. Charles Riou. — Un de dos collègues, M. l'ami-
ral de la Jaille, qui est une autorité en pareille ma-
tière, s'il n'eût ete retenu chez lui par une indisposition
heureusement sans gravité, aurait pu donner ici son
avis sur la question de l'île de PorqueroUes. Vous savez
que l'amiral de la Jaille a été pendant très longtemps
préfet maritime de Toulon. Or il m'a dit en propres
termes : « L'île de PorqueroUes ne peut pas ne pas
appartenir à la France, PorqueroUes commande la dé-
fense de la rade d'Hyères et, par conséquent, doit
appartenir et rester à la France. »
(^u'en pense M. le ministre de la guerre? C'est la
question que je lui pose au nom de mon collègue et au
mien, et je la pose au Sénat tout entier. {Très bien!
très bien !)
M. le ministre de la guerre. — Je demande la pa-
role.
M. le président. — La parole est à M. le ministre de
la guen-e.
M. le ministre. — Je n'ai pas à m'expliquer sur la
question générale, après ce qu'a dit tout à l'heure
rhonorable M. Cabari-Dunneville.
En ce qui touche PorqueroUes, voici quelle est exac-
tement la situation.
Le do|»aru nient de la guerre a, dans l'île de Por-
queroUes, des batteries de côte; en dehors des terrains
l'envahissement en BRETAGNE 207
militaires, il y a un certain nombre de terrains qui
appartiennent, à l'heure actuelle, à une société dont le
président est, d'ailleurs, un étranger, et dont beaucoup
de membres sont également des étrangers.
La situation n'est pas nouvelle^ et, à plusieurs re-
prises, mes honorables prédécesseurs y notamment T ho-
norable M. Berteoux et V honorable M. Messimij, ont
reçu des propositions de vente quils ont dû décliner.
J'ajoute que le Sénat n'a pas à s inquiéter, et voici
pourquoi : c'est que le jour où le ministère de la guerre
estimera que tels ou tels tei^rains sont nécessaires à
la défense nationale, il aura la faculté d'user du droit
d'expropriation et il n'y manquera pas (Très bien!
très bien !)
Je crois donc que les craintes qui se sont fait jour,
et dont je comprends très bien l'expression, doivent se
rassurer, et j'estime que, à l'heure actuelle, il n'y a
pas lieu de s'inquiéter {Très bien! très bien!)
M. Charles Riou. — Je remercie M. le ministre de
la guerre des paroles qu'il vient de prononcer et je lui
demande en même temps de s'occuper de la question
plus générale dont M. Cabart-Dannoville, l'amiral de
Cuverville et moi, avons saisi le Parlement tout entier.
M. le président. — 11 n'y a pas d'autre observation
sur le chapitre 102 ?...
Je le mets aux voix.
(Le chapitre 102 est adopté).
Le 22 février 1912, l'île de Porquerolles citée plus
haut fut adjugée au prix d'un million cent francs à
M. Audibert, pour le compte de M François-Joseph
Fournier, rentier à Paris.
Ainsi échouait le coup de l'expropriation qui au-
rait très bien pu faire les affaires d'un certain cou-
lissier juif-allemand, fort connu sur le marché de
Paris, lequel avait amorcé et combiné l'opération de
longue date par des achats préalables du terrain à
exproprier. Si le coup avait réussi, on estime qu'il
208 l'avant-ouerrb
eût rapporté à son auteur quelque chose comme
deux millions et demi.
Grâce à la campagne menée en province par cer-
tains journaux locaux, tels que le Petit Marseillais et
à Paris par T Action Française, l'île de PorqueroUes
n'a pas été adjugée à un propriétaire étranger qui
eût agi, très probablement, pour le compte d'une
compagnie étrangère ; c'est ce que redoutait le
Petit Marseillais lequel, au moment de la mise en
adjudication de l'île de PorqueroUes, avait mani-
festé ses craintes avec une franchise d'allure et de
langage que ne saurait avoir une grande partie de la
presse parisienne. La presse des provinces est beau-
coup plus libre que celle de Paris. Sans la presse
des provinces, la presse française, à quelques rares
exceptions près, serait une simple domestique
pouvoir et des lancements financiers.
Sa prétendue liberté, pour laquelle on a tant
combattu, n'a abouti qu'à une ignoble dépendance
d'argent, qu'à une servitude à peine déguisée.
Donc le Petit Marseillais ajoutait ceci :
Nous tenons de source certaine qu'une société alle-
mande a été en pourparlers pour l'achat de l'île voi-
sine de la terre française... Le gouvernement s'est
préoccupé de cela; il s'en est même inquiété. Et la
société a retiré sa candidature. Mais, demain, la même
société ou d'autres sociétés similaires peuvent con-
courir à l'adjudication, sous le couvert d'un manda-
taire moins apparent ^.
1. Le Petit MargeitlaU publia en outre à ce moment la lettre
suivante envoyée par un correspondant particulièrement auto-
risé.
. C« 4 février 1912.
« Vous ne m'en voudrez pas, je l'espère, de vous renseigner
l'envahissement en BRETAGNE 209
Par la situation de Porquerolles, si proche de notre
grand port militaire de Toulon, cette occupation étran-
gère eût présenté de graves inconvénients.
L'État se trompe fort, en effet, quand il dit qu'il
n'a besoin de rien sur l'île. C'est ce que démontre fa-
cilement le Petit Marseillais dans les lignes sui-
vantes :
sur un point qui & son importance. Lee cfu^tes disent que
l'État possède 150 hectares sur l'île de Porquerolles. Les cartes
se trompent. L'État ne possède pas 150 hectares, mais à peine
75. La pointe Est (Les Mèdes) est insuffisante pour les tirs des
navires de guerre puisque, au moment des tirs de Vléna, la
marine avait dû emprunter la moitié de l'île à la Compagnie
Foncière, dirigée par M. Orengo.
« A certaine époque, l'État eut le projet de construire un
vaste sanatorium sur l'Ile. Et des demandes d'achat de terrains
furent adressées au liquidateur de la Compagnie Foncière.
Jamais ces demandes n'ont été solutionnées. Jamais aucune
vente n'a été faite.
« Avant de livrer l'île de Porquerolles atuc enchères pu-
bliques, je puis dire que tout a été fait, tout a été tenté soit
auprès du ministre de la guerre, soit auprès du ministre de
la marine pour les engager à acquérir, au nom de VÉtat,
Vile de Porquerolles. Les lenteurs administratives sont
sans doute cause de l'échec de ces démarches, car, au point
de vue stratégique, Porquerolles a son importance. Certain
dossier déposé au m,inistère de la marine en témoignerait
si on avait pris la peine de l'ouvrir!...
« La situation de la Compagnie Foncière n'a pas permis au
liquidateur de différer plus longtemps la vente. Quels seront
donc les futurs propriétaires de l'île? On n'en sait rien à
l'heure actuelle, "l'out ce qu'on peut dire, c'est que des pour-
parlers sérieux sont engagés avec des étrangers qui se trou-
vent en ce moment sur le littoral. Avouez que la chose serait
pénible si, dans moins d'un mois, nous étions réduits à voir
flotter sur tous les coins de l'Ile le drapeau allemand, espagnol
ou italien. Tout a été tenté auprès du gouvernement pour
éviter pareille éventualité, il a toujours fait la sourde oreille
et, sur l'île de Porquerolles, l'État, nous le répétons, possède
juste 75 hectares, dont 50 pour la pointe des Mèdes et 25 pour
les forts de la Repentance et de Sainte-Agî^e. Les autre»
fortins sont déclassés et loués au liquidateuL pour une duré©
«1« neuf années. »
210 l'avant-ouerre
Les militaires casernes à Porquerolles n'ont pas d'eau
potable à boire. Pour leur en procurer, l'État doit
s'adresser à une compagnie privée qui, si elle était alle-
mande, par exemple, pourrait répondre par un refus
A pari cela, l'Etat n'a besoin de rien sur i'ile.
Et à propos de la télégraphie sans fil :
Le 12 juillet 1911, l'administration des Postes et Télé
graphes passait a l'administration de la Marine le poste
de T. S. F. de PorqueroUes. Et, par lettre en date des
16 septembre, 31 octolire, 15 décemore T'il 3 janvier
et 12 janvier 1912, le service des travaux hydrauliques
du port de Toulon demandait le renouvellement du bail
consenti aux Postes et Télégraphes, bail qui expirait
le 10 janvier dernier. La dernière lettre, celle du 12 fé-
vrier, est à citer. Elle est adressée par l'ingénieur des
Ponts et Chaussées, M. Dclauche, au liquidateur de la
compagnie :
«. Monsieur, j'ai l'honneur de vous demander de vou-
loir bien me faire connaître quelle suite peut être don-
née à la proposition que nous avons faite dernièrement
de louer la parcelle de terrain occupée par la station
de T. S. F. de PorqueroUes et une autre parcelfe con-
ti(/në, de dimention Hgurée sur un plan joint à ma
letLie du U\ décembre 1911. '
Le liquidateur a répondu . « Avant de renouveler le
bail, nous devons attendre la désignation du nouveau
propriétaire. »
Admettons que ce nouveau propriétaire soit un étran-
ger, il pourra diie à l'État : « Je ne renouvelle pas le
bail. • Et 1 Etat devra déménager et se résoudre à
n'avoir plus de poste de T. S. F. à PorqueroUes.
Noii.s l'avons dit, ces craintes ont heureusement
disparu «piaiità l'île de F^onjuerolles. Mais(|ue va-t-on
faire pour l'île de Bréhat, aujourd'hui propriété pres-
que exclusive du juif allemand Kahn, de Francfort?
Enfin, on affirme qu'en Corse, les Allemands ont
l'envahissement en BRETAGNE 211
fait récemment leur apparition sous la forme indus-
trielle. Rien de plus innocent, en apparence, que l'ex-
ploitation des admirables forêts de châtaigniers qui
sont une des parures de Tîle incomparable. Mais
derrière cette exploitation pourraient en même temps
s'abriter des opérations moins innocentes.
Cette affinité des juifs allemands pour les îles s'ex-
plique : celles-ci constituent des emplacements de
choix quant aux installations de télégraphie sans fil
en même temps que des points stratégiques impor-
tants.
Ceux qui ont étudié l'Avant-Guerre savent com-
bien l'Allemand est expert à greffer, sur une entre-
prise en apparence pacifique, une surveillance, puis
une occupation du sous-sol, du sol, de l'air et de
l'eau, pvis un litige diplomatique ou économique à
propos de cette occupation. Inlassablement, la race
germanique poursuit ses projets à double fin : expan-
sion, élimination d'autrui. Pour ne pas voir, il faut,
ou se boucher les yeux, ou avoir reçu un bouche-œil.
L'inertie de la République en face de ces initiatives
impudentes n'a que deux explications qui se mêlent
et se complètent ; la pleutrerie et la cupidité.
■n
î
QUATRIEME PARTIE
LES POINTS STRATÉGIQUES
LEUR OCCUPATION
PAR LES SUJETS DE GUILLAUME U
CHAPITRE 1
GÉNÉRALITÉS
Cette étude sur « l'Avant Guerre » pourrait avoir
comme sous-titre immédiat ; les Allemands aux
points stratégiijues.
Point stratégique, en effet, au sens large du mot,
le bureau des naturalisations au Ministère de l'Inté-
rieur qu'occupe le juif Jacques Grumbach.
Points stratégiques également, les Moulins de Cor-
heil, qu'occcupe le juif allemand Lucien Baumann,
ainsi que les mines de fer de Normandie avec Jos de
Poorter et Thyssen à Diélette et dans les Hauts
Fourneaux de Caen.
Point stragégique, La-Motte-Breuil, avec les Ignace
Strauf, M. J. C. Ertel, M. Ch. Plieninger.
N'avons-nous pas dénoncé, dans tous ces points
occupés par le juif ou l'allemand, de redoutables for-
teresses dont la destination n'échappe qu'aux yeux
mal excercés? N'avons-nous pas arraché à l'ombre où
il se dissimulaient, fort mal du reste, ces ennemis
installés en silence, abrités derrière une fonction
oliicielie ou sous le couvei't d'opérations conimer-
\
II
216 L*AVANT-GUERRE
ciales ? Nous les avons vus pénétrer au cœur du
pays, s'immiscer dans nos affaires, se documenter,
explorer, poster un peu partout des agents qui n'hé-
siteront pas à faire, le cas échant, leur devoir patrio-
tique. Ce devoir consistera à trahir notre hospitalité
trop généreuse. Et l'on entendra résonner dans nos
villes, plus justifié encore qu'il y a 43 ans, ce en
sinistre : « Nous sommes trahis. »
Mais il est d'autres points stratégiques qui corres-
pondent mieux encore au sens étymologique du mot,
c'est-à-dire ceux que Von détermine sur un plan de
campagne pour les opérations d'itne armée.
La situation exceptionnelle choisie par nos voisins
dans certaines régions ne saurait être le pur effet du
hasard. C'est bel et bien là l'exécution d'un pro-
gramme topographique et militaire savamment éla-
boré.
Ces lieux stratégiques sont situés dans le voisinage
des forts et des défenses naturelles ; des garages et en-
branchcments et principalement des voies de chemin
de fer qui seraient utilisées, au moment de la mobili-
satioii, pour la concentration et le transport des
troupes; des ports, des grands dépôts de charbon et
i'outillage militaire, des arsenaux, de certains ca-
naux, df-'S postes de télégraj)hie sans fil, des aque-
ducs et des viaducs. Ces emplacements sont, en
quelque sorte, les ganglions nerveux de ce grand
corps armé qu'est la Défense Nationale. Sabotés ou
détruits par l'ennemi, il en résulterait une forte per-
turbation et parfois de véritables catastrophes.
Comment, me direz-vous, de telles choses sont-
clles possibles? Comment les autorités locales, com-
ment les autorités supérieures laissent-elles des Alle-
mands procéder à ces installations si menaçantes
A
GÉNÉRAJ-ITÉS 217
pour la Défense Nationale? Comment personne ne
proteste-t-il ? A quoi servent les députés, les séna-
teurs, les inspecteurs techniques? Ma réponse sera
bien simple : à boucher les yeux du pays. Les Alle-
mands ont le maniement du parlementarisme fran- _
çais. Ils ont le maniement, par intimidation, du gou- vi (
vernement français. A Cherbourg, ils ont mis le
député-maire Mahieu, socialiste, dans leur poche.
A La Motte-Breuil, les journaux républicains ont
pris, comme un seul homme, la défense de l'usine
allemande qui fournit l'hydrogène à nos dirigeables.
Partout en France il y a, embusqué, un agent électif
français ou juif du clan des Ya, que manœuvre l'Al-
lemand, qui vend à l'Allemand la clé de son patelin,
avec la manière de s'en servir. C'est fou, c'est mons-
trueux, mais c'est ainsi, c'est la République.
Nous avons exposé, à différentes reprises, le plan
général de sabotage industriel et économique soit
direct et actif, soit par abstention et passif, qui est
certainement dans les vues du grand État-Major de
nos voisins et que nous dénonçons sous toutes ses
formes. Gêner les transports et les approvisionne-
ments, affamer Paris, détruire les travaux d'art,
éteindre les forts de l'Est par manque de combus-
tible, rendre les dirigeables inutilisables, éclairer la
route des troupes allemandes vers la Capitale, à l'aide
de relais d'apparence inofTensive, commerciale et
"même alimentaire, utiliser les fermes de la vallée de
la Woëvre, certains dépôts, les chemins de ter à voie
étroite, les canaux, les postes secrets de télégraphie
S|ins fil et tout l'outillage de la paix, — soigneuse-
lûent germanisé, — en vue des opérations de la
guerre, tel est le but de cet immense réseau étendu
Bur notre pays depuis l'Affaire du traître Alfred
218 l'avant-guerre
Dreyfus et la suppression du Bureau des Rensei-
gnements.
Le schéma général de cet envahissement progressif
en vue de l'invasion m'apparaît net et clair. Je me
hâte d'ajouter qu'en pareilles matières, ce qui est
révélé perd la moitié de son péril et de sa nocivité,
si, du moins, le ministère de la Guerre français veut
bien tenir compte de nos révélations. Il est très facile
de contrôler les documents que j'étale ici et, une fois
la certitude acquise, de prendre des mesures en con-
séquence. Ce qui serait criminel, ce serait de fermer
les yeux et de se boucher les oreilles, afin de per-
sister à ignorer la vérité. Mais ce serait alors aux
patriotes à forcer la main au gouvernement.
Dans une série d'articles très remarqués, publiés
au Correspondant par le général Maitrot, le danger
que présente pour la défense nationale l'installation
soit d'usines, soit de fermiers allemands à proximité
de voies ferrées et de travaux d'art, ponts, viaducs,
aqueducs, etc., est exposé d'une manière impres-
sionnante.
Cédons la parole au général Maitrot dont la grande
compétence en ces matières est reconnue de tous :
Les deux nations sont à égalité, au point de vue
transfiorts stratégiques et rapidité de concentration :
c'est cette égalité que nos adversaires chercheront à
rompre en leur- faveur.
Mais coMimeiit? Pas en augmentant le nombre de
voies de coni'.enlration déjà existantes en Alsace-Lor-
raine; il semble bien qu'il y ait saturation sur te front ^
considéré, mais en ralonti>saiit par des destructions
mulliodiques le rendement du réseau français. Et c'est
ici que nous entrons dans le vif du sujet.
Toutefois, nous demandons tout d'abord au lecteur de
vouloir bien se tigurer, en pensée, le spectacle offert
à
etNÉRALITÉS 219
par nos voies ferrées au début d'une guerre : tout le
trafic arrêté, le réseau national est requis par l'armée,
1.8u0 trains de troupes vont rouler vers la frontière de
rEât, 100 trains par corps d'armée, la plupart de rj (f\
ou wagons et longs de 350 mètres. Si on forme 5 trains
d'éléments d'armée soit 1.000 trains, en tout 2.800 trains.
Et il n'y a pas que ces trains qui suivent les lignes de
transport aboutissant à la zone de concentration, il y a
des trains d'approvisionnement de toutes sortes pour
les places fortes, pour les grands centres de population.
Le ravitaillement de Paris, en dehors du racitaille
ment Journalier^ exigerait 8.000 trains de 500 tonnes,
aussi confiera-t-on les deux tiers des transports aux
canaux; il n'en restera pas moins 2.6U0 trains à destina-
tion de Paris.
Pendant tout le temps que dure la concentration, ces
énormes trains, avons-nous dit plus haut, se suc-
cèdent de vingt en vingt minutes, sur les lignes àdouble
voie, à la vite.sse de trente kilomètres à l'heure. C'est
un mouvement ininterrompa, une lente montée vers
l'Est, de toutes les forces vives de la nation; un million
d'hommes, que d'autres qui attendent dans les dépôts
s'app'étent à suivre.
S'imagine-t-on l'effet que produirait dans cette masse
de trains un accident quelconque, déraillement, rup-
ture de pont, éboulement dans un tunnel, etc., etc
C'est l'arrêt immédiat sur une bonne partie de la ligne,
Nous savons que tous les cas qui pouvaient être pré-
vus l'ont été, que dans le plan de transport on a étudié
des « variantes » dans l'hypothèse où tel ou tel ouvrage
serait détruit ; on détournera les trains par la ligne de
X, qui n'est pas, ou est peu utilisée, et on rejoindra la
voie initiale de la station de Z, etc., etc.
Le voilà, le danger réel, terrible et soyons bien con-
vaincus que les Allemands mettront tout .^n œuvre pour
le faire naître et pour provoquer un desastre irrépa-
rable.
N'en doutons pas, les ouvrages à détruire, les por-
tions de voies à faire sautor ou à saboter sont déjà repé-
rés, reconnus, et les moyens d'exécution arrêtés dans
tous leurs détails.
220 l'avant-oukrre
C'est révidence même, et les Allemands seraient
Dien sots s'ils n'adaptaient pas à ce travail de repé-
rage les multiples prises qu'ils ont su se ménager sur
notre territoire, les innombrables facilités que leur
donnent les points de contact d'usines, d'agences, de
mines, de quais d'embarquement et de débarquement,
de lignes transatlantiques, etc., etc. Ce qui est abo-
minable, ce qui demeurera devant l'histoire le crime
du régime, c'est que, sachant cela, il ait levé, de ses
propres mains, les barrières, facilité le plan alle-
mand.
Mais, dira-t-on, il y a un service de protection des
voies ferrées prévu pour tout le réseau; de plus, cer-
tains ouvrages d'art à proximité des villes de garnison
seront gardés par des postes de l'armée active que
viennent relever des postes de territoriaux.
Voici un bateau qui, au pas lent de ses deux chevaux
de remorque, s'avance sur le canal de la Marne au
khin. 11 est monté par un honnête équipage, il va à
Toulou à Bar-le-Duc porter un convoi de bois ou quel-
ques tonnes de farine. Il est accompagné d'un con-
voyeur militaire qui se tient en tenue prés du patron.
Les papiers sont en règle. Rien de susj)ect, rien d'anor-
mal. Soudain, en passantsous le pont du chemin de fer,
à Sermaizo, ce paisible bateau se transforme en un
volcan. Sous son bois, sous ses sacs de farine, il y
avait cinq cents kilos de dynamite. Tout a sauté :
bateau, attelage et pont du chemin de fer. Voilà la voie
coupée sérieusement, il s'agit d'une grosse réparation.
Détourner les trains sur des voies latérales, il n'y faut
pas songer, on est au deuxième jour de la mobilisation,
tout marche à plein. C'est l'arrêt pour combien de
joui's 1
Nous avons cité un moyen pour « réussir un acci-
dent »; nous en citons dix contre lesquels seront désar-
més les gardes de la voie.
Qu'on ne crie pas au rcihan, à l'invraisemblance, tout
GÉNÉRALITÉS 221
ceci n'est que trop réel, les événements le prouve-
ront.
Quant aux hommes nécessaires pour faire ces coups
d'audace, les Allemands n'en manquent pas, ils n'au-
ront que l'embarras du choix. Il y a leurs officiers
d'abord, qui circulent comme ils l'entendent dans toute
la région frontière, qui peuvent faire à loisir des recon-
naisances et qui, lorsque l'heure aura sonné, seront
heureux de risquer leur vie dans une entreprise qui
doit tourner au profit de la patrie. Il y a ensuite les
trop nombreux Allemands, qui se sont fixés dans les
6* et 20® corps, et dont la plupart ont des missions se-
crètes qu'ils sauront accomplir le moment venu.
Nous nous rappelons avoir eu entre les mains une
fiche concernant un Allemand qui était arrivé, certain
jour, dans un village deX., et y avait acheté une petite
ferme toute proche d'un important ouvrage d'art de
Nancy. Cet homme recevait un volumineux courrier et
vivait sur un pied que ne justifiaient pas les maigres
profits qu'il pouvait tirer de sa modeste ferme. C'était
certainement suspect ; il ne faisait pas de doute pour
nous qu'il avait une mission, celle de détruire le grand
point de la voie avec quelques complices qui l'auraient
rejoint à l'heure fixée. Le gouvernement français pré-
venu aurait dû l'expulser; les Allemands, dans un cas
analogue, n'hésitent pas une seconde. On s'est borné à
l'inscrire sur le registre des suspects et en face de son
nom, on a écrit gravement : « A arrêter en cas de mobi-
bilisation générale !
L'homme est peut-être toujours là. Il y a longtemps
qu'il aura disparu, et que le pont aura sauté quand on
viendra pour larrêter.
Nous sommes entourés d'espions et d'agents secrets,
et nous ne faisons rien pour nous en débarrasser. Nous
l'avons déjà dit, nous le répétons, et nous le redirons
encore : Les Français sont incorrigibles, la sévère leçon
de 1870 ne leur profitera même pas.
Il est aisé de faire observer au général Maitrot que
le gouvernement de la République, étant celui des
juifs, c'est-à-dire de la trahison, est dans sa fonction
222 l'avant-ouerre
en tolérant et même encourageant les espions et les
acrents secrets. Mais encore une fois, en levant tous
les masques, nous rendrons la tolérance et l'encoura-
gement plus difticiles.
L'occupation des points stratégiques est une des
formes les plus habiles et les plus hardies de l'Avant-
Guerre.
Comme on dit en escrime et en tactique, les Alle-
mands se logent en attendant l'occasion de nous
attaquer *.
1. Rendons leur cette justice qu'ils le font *Tec une habileté
remarquable. Ils savent revêtir les masques les plus inoffensifs.
Voyez plutôt :
Il s'aj^'it du fameux trust de la colle forte Scheidemandel,
auquel notre confrère Louis Hruneau a consacré un chapitre fort
intéressant de son enquête de la Grande Revue. Comme je l'ai
maintes fois expliqué, ce trust commercial et industriel ne
m'intéresse pas autrement en lui-même. En revanche, ses
applications éventuelles à la Défense Nationale — situation
des locaux par exemple — m'intéresse énormément. De même
il est important de saisir sur le vif le t fregoUsme » tudesque
en matière de sociétés:
On voit, dans les Affichet Parisiennes du 28 mai 1911, la
création de la Société Française de l'Industrie chimique (An-
ciens tlablissements Tancrède et G>llette).
Parmi les administrateurs figurent les anciens proprié-
taires, M. Willy Heilpcrn, avocat, demeurant à Bruxelles, me
Joseph II, numéro 00, et M. Roemer, ingénieur, demeurant à
Paris, rue de Flandre, numéro 111.
Voilà une façade irréprochable : quel est l'acheteur qui
pourrait se douter qu'il traite avec le groupe allemand Schei-
demandel?
Néanmoins, si on va au greffe du Tribunal consulter la'
liste des prfMuers actionnaires, on voit qu'ils ne sont que sept]
ayant souscrit les 2,000 actions, et, sur les sept, il y a :
Willy Heilpern 200 actions
Roemer 200 actions
Société Scheidemandel 600 actions
M. Hf.ilp'Tn a eu soin, pour la circonstance, de se déguiser]
en avo<îai b«lgd, demeurant rue Joseph II, numér© 60.
Le même Heilpern figurait dans l'annexe du Moniteur]
GÉNÉRALITéS 223
C'est ainsi que PAllemagne s'est installée, sans
coup férir :
En Noi-mandie, où, nous l'avons vu, elle menace
Cherbourg où demain elle aura le port de Diélette
et le port de Caen, où ses enclaves sont déjà nom-
breuses.
En Bretagne, où elle commence à exploiter les
mines, à tenir les îles (Bréhat).
Elle s'est également installée dans les environs im^
médiats y dans la grande banlieue et la banlieue de
Paris.
Dans la vallée de VOise et dans le Nordj ce sont les
forteresses chimiques et industrielles qui prédomi-
nent, de préférence le long des voies de chemin de
fer, aux embranchements, dans le voisinage des
ponts, viaducs, canaux, parcs aérostatiques. Nous
Officiel belge du 18 novembre 1910, comme représentant de la
Société anonyme Centrale de Produits Chimiques, autre
création, « anonyme » du groupe ycheidemandel. — Il est
indiqué dans l'acte comme « Wilhelm Heilpern, industriel,
demeurant à Bruxelles, rue Joseph II, numéro 00 ».
Quoique le prénom allemand Wilhelm n'ait pas encore été
changé en Willy, on peut le supposer industriel belge.
Si on remonte plus loin, à la création de la Société ano-
nyme centrale de Produits chimiques (Annexe du Moniteur
Ô/Jîciel belge du 31 décembre 1908), on voit dans les fonda-
teurs : « M. le docteur Wilhelm Heilpern, représenlaiit la
« Zentralgesellschaft fur chemische industrie, établie à Berlin,
« Dorotheen Strasse, n*» 43-44. »
Avec quelle habileté ce docteur berlinois s'est tout douce-
ment transformé en industriel belge, puis en avocat, pour
opérer en France...
Pourquoi ces masques successifs si ce n'est pour égarer
i'opinion publique?
Comment diable ces «herren » à transformations font-ils pour
s'y reconnaître dans leurs personnalités succossive.s? Com-
ment le docteur-avocat allemand-franco- belge Wilhelm Heil-
pern ne s'englue-t-il pas dans ces divers pots de colle vrai-
ment forte?
224 l'avant-ouerrb
avons signalé les dangers de cette invasion dans
l'Oise à La Motte-Breuil, à propos de la fourniture de
l'hydrogène pour nos ballons ; nous verrons d'autres
cas aussi saisissants.
Dans VEst, l' Avant-Guerre allemande a une prédi-
lection pour les fermes, en raison des avantages que
celles-ci présentent au point de vue du ravitaillement
des armées en marche.
Cette Avant-Guerre, dans la région du Centre de
l'Est, du Nord-Est et du Nord de la France revêt
ainsi, deux aspects distincts :
Elle se manifeste :
1*> Sous la forme d'usines, d'entreprises, de forte-
resses industrielles.
2* Par l'accaparement progressif des fermes.
Usines et fermes sont naturellement installées
à proximité des voies ferrées et des travaux d'art.
CHAPITRE n
LES ALLEMANDS OCCUPENT DE VERITA-
BLES FORTERESSES INDUSTRIELLES,
DANS LE CENTRE, LE NORD, L'EST ET
LE NORD-EST DE LA FRANCE.
1® Dans les environs de paris, dans la grande
banlieue et dans la banlieue
Ce n'est pas la régicn la plus encombrée. Ce n'est
pas non plus la plus exposée, du moins immédiate-
ment, en cas de guerre. Par contre, les établisse-
ment allemands de toute nature deviennent de plus
en plus denses au fur et à mesure que l'on s'appro-
che de la frontière do l'Est.
Transportons-nous près de Paris à Puteaux, sur le
quai National.
La lampe Osram.
II ne s'agit ici que d'un phénomène de contiguïté ;
mais vous avouerez qu'il est inquiétant, quand vous
8
226 l'avant-ouerrb
saurez qu'il concerne l'arsenal où se fabrique en
secret le frein du 75, — et la société allemande dite
¥ la Lampe Osram ».
Voici d'abord ce qu'est la Société anonyme de « la
Lampe Oiram » ;
Capital. — Un million deux cent mille francs, divisés
en 2.400 actions de cinq cents francs chacune, dont
1.615 entièrement libérées, attribuées comme prix des
apports.
Durée. — Cinquante années. — Objet : l'obtention,
l'acquisition et l'exploitation de tous brevets, procédés
et secrets de fabrication, concernant l'électricité en gè
nérai ; l'acquisition et la concession des licences y rela-
tives; la fabrication et le commerce de lampes électri-
ques et de tous autres appareils et machines concer-
nant l'industrie électrique, etc.
Conseil d' Administration :
Président. — M. F. Kallmann.
Administrateur délégué. — M. Richard Heller.
Membre. — M. Cahen.
Quant à l'arsenal de Putoaux, il est de t'^ute pre-
mière importance au point de vue de notre artillerie.
J'aime à croire que la surveillance y est étro.^te;
mais vous trouverez, comme moi, extravagant qu'il
ne soit séparé de la Lam,pe Osram que par la rue
Parmentier, laquelle est une étroite petite ruelle, un
simple boyau.
J'ajoute que le haut personnel de la Lampe Osram
(M. Arndt, directeur technique) est entièrement alle-
mand; que certainsemployés princi{)aux font, comme
il est naturel, perpétuellement la navette entre Paris
et Berlin; que toutes les relations verbales eiitre chefs
ont lieu en allemandy de sorte que les ouvriers
français de l'établissement ne peuvent y comprendre
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 227
un mot; que le personnel français est mené à la
baguette; qu'il est strictement obligé d'adhérer à la
loi des retraites ouvrières ; que toutes les matières
premières viennent d'Allemagne, à l'exception des
culots de lampe, importés de Hollande.
Il est d'autant plus remarquable que la Lampe
Osram se soit installée près de l'Arsenal, que sur
d'autres points de Puteaux^ et non loin d'ailleurs
de l'emplacement choisi, abondaient, au moment de
l'installation, des terrains disponibles et d'un prix
beaucoup moins élevé.
La Lampe Osram,, payant d'audace, tout comme
la fabrique allemande de produits chimiques de La
Motte-Breuil, a demandé l'autorisation de construire
un bâtiment de deux étages, en bordure et au coin
de la rue Voltaire et de la rue Parmentier. Elle a
fait acheter les terrains correspondants et entoure
ainsi complètement l'annexe de l'arsenal. De plus,
quand la construction sera effectuée, le personnel
allemand de la La-tripe Osram ne sera séparé des
chambres des ordonnances et de l'atelier de gonflage
et de réparation des freins du 75, situés au premier
étage de l'arsenal, que par la largeur de la rue, ou
plus exactement, de la ruelle Parmentier.
Où l'affaire devient encore plus singulière, c'est
qu'en fait, on ne fabrique pas de lampes Osram à
Poteaux. Même, les lampes à réparer sont envoyées
à Berlin. La nécessité d'une aussi vaste et coûteuse
installation s'explique difficilement pour un simple
entrepôt.
Ma baguette magique m'a permis de pénétrer
dans les conseils de la Lampe Osram. Je sais que le
directeur allemand de la Lampe Osram, M. Arndt,
a recommandé à ses employés, si l'on venait de-
228 l'avant-gubrre
mander des renseignements de la part d'un journal
quelconque, de parler français et de se dire
FRANÇAIS. Consigne plus facile à imposer qu'à exé-
cuter. Mais que M. Arndt se rassure. Aucun journal
n'aura l'indiscrétion de lui poser la moindre question
sur l'aimable voisinage qui le rapproche ainsi do
notre arsenal.
Un vol d'une caisse d'objets concernant l'artillerie,
en gare de Surennes-Puteaux, dans la matinée du
5 janvier 1912, est demeuré entouré de mystère. L'au-
teur du vol, un nommé L..., qui demeurait à Su-
resnes, en garni, déclara avoir agi sous l'empire de
l'ivresse, sans savoir même ce que contenait la
caisse. Il n'en fut pas moins condamné à plusieurs
mois de prison, ce qui laisse supposer que son cas
fut jugé grave et suspect.
De l'enquête faite par quelques-uns de nos amis
de Puteaux, il résulta que la gare de marchandises
de Puteaux était mal éclairée et qu'elle n'était pas
gardée. Tout y est laissé à l'abandon, même les wagons
de poudre, si mal clos qu'on peut lire les indications
de service placées à l'intérieur. Les envois impor-
tants effectués par l'Arsenal sont généralement
accompagnés jusqu'à la gare par un ou plusieurs
factionnaires. Mais une fois là, personne ne s'en
occupe plus. C'est l'incurie, d'autant plus coupable
qu'il pourrait en résulter des catastrophes.
L'Administration de la Guerre a esquissé une vague
réponse quant au vol commis, sur le quai, de la
caisse renfermant des pièces secrètes du nouveau
canon. 11 y a bien eu « tentative de vol », mais il
s'agissait de différents éléments du matériel d'ar-
tillerie, qui ne seraient « ni secrets ni même confi-
dentiels ».
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIBLS ALLEMANDS 229
Simple amusette, sans doute pour passer le temps
dans une gare que n'éclairaient pas les filaments
électriques de la lampe Osram.
Savourons maintenant les lignes suivantes du rè-
glement de cette Lampe Osram, continué à notre
arsenal, et dont les employés allemands frayent, —
dans les cabarets du voisinage, — avec les ouvriers
dudit arsenal *.
« Le personnel est rendu attentif du fait qu'il lui est
rigoureusement interdit de communiquer à des tiers
des renseignements quelconques sur l'installation et
les méthodes de fabrication de l'usine. Il ne devra être
fait aucun dessin, croquis, ni aucune note relative à
l'installation de l'usine ou à la fabrication. L'inobserva-
tion de ces recommandations serait de nature à l'expo-
ser à des poursuites judiciaires. »
Je prie l'administration de la Lam,pe Osram, de
vouloir bien remarquer la plaisante ironie du rè-
glement. Je rends mes lecteurs » attentifs au fait »
que cette méfiance serait encore bien plus légitime
de la part de l'arsenal militaire, alors qu'à deux pas
de cette boutique allemande, au premier étage des
bâtiments de l'arsenal, dans une pièce donnant sur
la rue Parmentier, se trouve l'atelier de gonflage et
de préparation des freins du 75. J'ajoute, pour l'édi-
fication de tous, que le directeur général de la
Lampe Osram, M. Richard Heller, est allemand, que
1. A l'angle de la rue Parmentier et du quai National, se
trouve un petit restaurant, où se rencontrent, comme il est
naturel, des ouvriers et employés allemands de la Lampe
Osram et des ouvriers de l'arsenal. C'e^t ainsi qu'un de nos
amis a vu un jour, de ses propres yeux, quelques employés de
l'usine allemande cherchant à griser un ouvrier de l'arsennl.
lequel, d'ailleurs, ne se laissa pas faire. Le fait peut être iu
cent. Il peut ne pas l'être.
230 l'avant-gukrre
le directeur commercial, M. Bruder, est allemand,
que le directeur technique, M. Arndt, est allemand,
que les principaux contremaîtres sont allemands,
ont fait ou vont faire leur service militaire en Alle-
magne, que toutes les relations verbales entre chefs
se font en allemand, que les matériaux et outils
viennent d'AUemaLjne..., et cela est tout naturel.
Ce qui l'est moins, c'est ce voisinage immédiat
d'un arsenal contenant d'importants secrets mili-
taires et d'une usine allemande; c'est la promiscuité
qui en résulte; c'est l'atmosphère étrange qui règne
à Puteaux, et dont le vol de la nuit du 5 janvier 1912
n'est pas le moins inquiétant symptôme.
2* A CORBEIL
J'ai insisté, dans le chapitre consacré à Lucien
Baumann, sur l'importance que devaient avoir, au
moment de la mobilisation, les Grands Moulins de
Corheil et sur les conséquences désastreuses, incal-
culables, qu'entraînerait, à cette heure critique, un
simple arrêt dans leur fonctionnement.
J'ai ('gaiement montré quel danger offrait la pré-
sence d'un juif allemand à la tète de ces moulins.
Parmi les bons Français qui ont tenu à m'apporter
leur contribution, un homme des plus compétents
m'a signalé qu'un poste allemand inlallé à Corbeil
peut j)aralyser, en une seule nuit, les gares sui-
vajitcs :
Jttr/sy /^Jon^'tion de l'Orléans, du P.-L.-M. et de la
Grande-Cciniure) ;
Vilieneuce-Saint-Georges ^Jonction du P.-L.-M. et de
Grandé-Ceinturo);
ÉTABLISSEMENTS IliUUSTRIfiLS ALLEMANDS 231
Melun (avec ses voies de grande ligne, ses quatre
voies entre Montereau et Paris);
Moret (Isolant le Bourbonnais)*
Montereau (Détruisant la liaison P.-L.-M. et Est par
la ligne Montereau-Flamboin).
Au sujet de Melun, laissez-moi vous conter une
histoire que je tiens d'un officier et dont l'exactitude
est absolue. Il existait à Melun, avant 1870, une bras-
serie du nom de Barthel, qui n'employait en majeure
partie que des ouvriers et employés allemands. Sur-
vint la guerre. Quand les uhlans arrivèrent en vue
de la ville, quels étaient les éclaireurs des premiers
escadrons qui dévalèrent les pentes de Melun?... Cb
FURENT TOUS d'aNCIENS OUVRIERS ET EMPLOYES DE LA
BRASSERIE Barthel qui connaissaient admirablemi:nt
LE terrain et qui FURENT RECONNUS PAR LES HABI-
TANTS.
Or, depuis cette époque, à la brasserie Barthel, a
succédé dans la même ville, la brasserie Grûber, reliée
à la voie ferrée du P.-L.-M. qu'elle domine comme
une véritable forteresse et qui a sa maison mère à
Strasbourg. Mon correspondant ajoute que cinquante
pour cent des employés de cette brasserie Grùber
sont des Allemands, se donnant plus ou moins pour
des Alsaciens, et vont à tour de rôle accomplir leur
période militaire en Allemagne. La proportion fùt-
elle beaucoup moindre que le danger n'en resterait
pas moins grand.
La brasserie Grùber pourrait m'objecter qu'elle
est alsacienne, ayant sa maison-mère à Strasbourg,
que ses employés Allemands ou naturalisés Fran<;ais,
ce qui ne leur retire en rien leur qualité d'Allemands^
sont d'excellents Français, capables au besoin, tout
comme nos déserteurs juifs, c d'aller se faire trouer
232 L'AVANT-OUBRftE
la peau à la frontière ». Je lui répliquerai que le pré-
cédent de la brasserie Barthel est joliment fâcheux, et
qu'une bonne surveillance administrative et militaire
me rassurerait plus que les protestations trop inté-
ressées des intéressés.
Quant à la ligne de Montereau-Flamboin, c'est le
type du chemin de fer stratégique. Quelques hommes
décidés, munis des explosifs nécessaires — et ce
nest pas ce qui manque dans les sociétés de produits
chimiques allem,andes — quelques « officiers-ingé-
nieurs » de réserve ou d'activé allemande, en faisant
sauter les aiguilles des gares ci-dessus désignées, en-
traveraient gravement la mobilisation. Ne souriez
pas, messieurs les Juifs et les dreyfusards. On sou-
riait aussi, en 1869, quand quelques patriotes éclai-
rés s'efforçaient de mettre en garde leurs concitoyens.
C'est ainsi, pour rester dans ces mêmes régions, que
la destruction des écluses, à Moyitereau et à Moret,
SUPPRIMERAIT TOUTE COxMMUNICATION FLUVIALE AVEC
LE CENTRE ET ISOLERAIT NOTAMMENT l'aRSENAL DE
Bourges des armées de l'Est, en coupant les rou-
tes d'eau.
Donc, on ne saurait trop insister sur l'importance
de la ligne Montereau-Flamboin, qui met en commu-
nication la ligne de Lyon et celle do l'Est et permet-
trait, en cas de guerre, de diriger vers la frontière,
par Troyes, des troupes venant de la région lyonnaise,
du Dauphiné, ou de la Bourgogne, par exemple. Sur
le plan de mobilisation qui est au mini.«;tère de la
Guerre, ces itinéraires et ces transports sont, bien
entendu, prévus d'avance.
Or, en quittant Montereau, cette ligne stratégique
vers Flamboin et Troyes franchit l'Yonne sur un
pont connu «îous le nom de Pont de Moscou. Contioub
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS AJLLEMANDS 233
AU PONT DB Moscou, INDISPENSABLE AU TRANSPORT DES
. ROUPES DANS LES CONDITIONS QUE JE VIENS d'iNDIQUER,
sa TROUVE UNE USINE DE PRODUITS CHIMIQUES. CeTTE
usine, QUI APPARTENAIT JADIS A l'industrie FRANÇAISE,
EST TOMBÉE, DEPUIS PLUSIEURS MOIS, AUX MAINS DE
l'industrie allemande, DES FRÈRES W.-E. MeRCK,
MARQUE BIEN CONNUE ET DES PLUS IMPORTANTES *.
Cette usine, qui est encore à la période d'installation
et d'infiltration, n'emploie, jusqu'à présent, que quel-
ques contremaîtres allemands. Néanmoins, les frères
Merck font déjà venir d'Allemagne les ingénieurs,
employés et ouvriers qui leur sont nécessaires pour
la réparation de leurs machines allemandes.
J'admets que les frères Merck aiment ardemment
la France, qu'ils se fassent même naturaliser Fran-
çais à quarante ans, comme Lucien Baumann; il
n'en demeure pas moins à craindre qu'un de ces
agents du patriotisme militaire allemand, comme il
y en a des centaines et des centaines, qu'un sous-
officier ou ofticier de l'armée allemande, grimé en
ingénieur ou en employé pour la circonstance, ne
s'occupe du pont de Moscou beaucoup plus que de
produits chimiques. Si le pont de Moscou saute,
deux heures après la déclaration de guerre, il ne
faudra pas trop s'en étonner. Je répète que l'usine
allemande est contiguë au pont. Le seul établisse-
ment proche est en face, sur l'autre rive de l'Yonne,
1. Le Pont de Moscou n'est séparé de ces dangereux éta-
blissements que par un grillage en bois de 1 m. 80 de haut. U
est creusé de cavités destinées à l'écoulement des eaux de
pluie, mais capables aussi de recevoir une forte quantité
d'explosifs. Rien ne serait plus facile à une personne mal
intentionnée que de faire sauter cet ouvrage indispensable.
Rappelons ici qu'a l'alerte de 1905, il est passf sur ce
PONT DK Moscou PLUS DB CENT TRAINS DB MUNITION». C«
Chiffre démontre son utilité.
234 l'ayant-oukrre
un réduit appelé la Machine Fixe, donnant sur le
chemin de halage. C'est dire que la surveillance est
nulle et que l'usine Merck est en fait maîtresse du
Pont de Moscou.
De plus la maison Merck est en relations constan-
tes d'allaires avec une autre usine de produits chi-
miques allemande que nous connaissons bien : celle
de La Motte-Breuil, succursale elle-même de l'usine
Elektron de Griesheim Bitterfeld. Ces deux maisons
se tiennent comme les deux doigts de la main.
N'est-ce pas une coïncidence saisissante que ces
deux fabriques de produits chimiques, relevant de
l'industrie allemande toutes deux, se trouvent comme
par hasard installées, l'une à côté du parc d'aérosta-
tion de La Motte-Breuil, fournissant l'hydrocrcne à
nos dirii^eables, l'autre à côté du Pont de Moscou et
d'une de nos voies stratégiques les plus importantes?
Il était à prévoir que le,- forteresses chimiipics al-
lemandes s'entr'aidaient. Mais je n'iniat;inais tout
de même pas que leurs rapports fussent tellement
étroits. La coïncidence de leur établissement simul-
tané en de semblables endroits n'en est que plus
saisissante.
Par ailleurs, on m'a signalé la présence d'une usine
allemande suspecte dans le voisinage du pont d'É-
pinay.
Des patriotes ont également déniché à Nanterre,
— région infest/'C d'Allemands, — une usine alle-
mande située sur les bords de la Seine, a deux cents
MHTRES A PEINB DU PONT DB BEZONS, VOlC pHUClpalO
des chemins de fer venant de Normandie à Paris
Saint- Lazare. Cette maison fabrique du papier à
musi(jue et imprime des j)artitions musicales. Elle a
un bureau à Paris, un autre à Berlin, un autre à
ÂTABLISSEMBNTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 235
Leipzig. Le directeur de l'usine de Nanterre serait un
Allemand du nom de Ditzel. Le sous-directeur, un
autre Allemand du nom de Friederich. Depuis que
ces messieurs sont en fonctions, les ouvriers français
sont éliminés un par un, sous des prétextes divers, —
suivant la méthode allemande , — et remplacés par
des Allemands. Sur la centaine d'ouvriers que compte
l'usine, il n'y aurait plus qu'une quarantaine de Fran-
çais.
Voici plusieurs mois qu'à Gargan-Villemomble, on
était fortement intrigué par une usine allemande,
située sur la ligne {station avenue Magne) appartenant
à la maison allemande Hélios, — Société anonym,e
française de produits chimiques et photographiques y
sise 22, rue de Bondy, à Paris. Au moment d'Aga-
dir, tout le haut personnel de cette usine s'éclipsa,
paraît-il. Elle avait adjoint une blanchisserie à ses
produits photographiques, et cette installation oné-
reuse surprenait fort les habitants, vu la concur-
rence forcément victorieuse des blanchisseries voi-
sines de Boulogne et de Billancourt. Celles-ci, en
eiîet, ont à leur avantage la proximité du fleuve et
les écoulements nécessaires. L'usine en question
ÉTAIT SITUÉE A 2 KILOMETRES ENVIRON DE NoiSY-LE-
SeC, EMBRANCHEMENT DES LIGNES d'AvRICOURT ET DB
Strasbourg, la ligne de Gargan, sur laquelle se
trouvait ce batiment, relie les lignes du nord et
DE l'Est, elle était enfin a environ trois kilo-
mètres DU fort de RoSNY-SOUS-BoIS et a peu PRÈS a
LA MÊME distance DU FORT DE ROMAINVILLB.
On relevait dans le conseil d'administration de la
Helios, les noms du baron de Pflugk et de J. Weh-
renpl'ennig, mort depuis. Le baron de Pflugk est
une personnalité des plus entreprenantes et des plus
236 l'avant-qubrrb
importantes. Sa famille a une haute situation à la
cour de Saxe. Ancien officier de l'armée allemande
et des plus estimés, il dut quitter le service à la
suite de nombreuses blessures reçues au cours de
campagnes coloniales. Il n'en faisait pas moins, en
raison de ses affaires, de nombreux voyages en Alle-
magne, et il était bien connu et apprécié dans la
région de Gargan, où il conversait volontiers avec
l'habitant*.
J'ajoute que la maison Hélios n'eut pas à se plaindre
de l'hospitalité française, si j'en crois son prospectus :
« Méthode des formolateurs Hélios, expérimentée
conformément au décret du 7 mars 1903, par le comité
consultatif d'hygiène publique de France, et autorisée
officiellement, sur le rapport favorable de ce comité,
par décisions ministérielles des 9 février et 24 dé-
cembre 1904. »
UOise.
L'Allemagne a en quelque sorte monopolisé, depuis
vingt ans, Tindustrie chimique industrielle et phar-
maceutique. Il serait excessif sans doute de prétendre
1. Le 24 octobre 1912, quelques jours après la publication dans
V Action Française de ces renseignements, je reçus la visite,
— la première de ce genre — du baron de Pflugk, ex-officier
de rarmé« allemande, que j'avais ainsi mis en cause. Fort cour .
toisement, le baron de IMlugk m'assura que la Hélios était
dissoute et que rétAl)lisscmont n'existait plus. U mo donna
au.^si des explications satisfaisantes sur ses fréquents voyages
en Allemagne pendant son s^^jour en France. Il voulut bien
reconnaUr© que la situation actuelle était paradoxale et qu I
était fort légitime r^u'an patriote français s'inquiétât d'in
pareil état de chosesw Par ailleurs, il n'eut à démentir aucun
des renseignements que j'avais reproduit*.
éTABLiaSBMSNTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 237
qu'elle avait, dès le début de cette extension, ses
visées sur nos travaux d'art et nos voies de mobilisa-
tion. Mais il serait stupide de ne pas voir que, là
comme ailleurs, l'Allemagne a fait servir son déve-
loppement industriel à son plan militaire, a greffé
sur l'envahissement économique un plan d'invasion
par les armes. C'est exactement de la même façon
que les entreprises minières en Normandie de
Thyssen-Krupp permettent à l'empire allemand de
créer chez nous des enclaves aussi périlleuses, aussi
scandaleuses que le « Gibraltar allemand », par
exemple, que le port de Diélette.
Chose à remarquer, les fabriques de produits chi-
miques allemandes foisonnent surtout dans la vallée
de l'Oise dans les départements du Nord et de l'Aisne.
La vallée de l'Oise, est infestée d'usines, de fabriques
et d'installations allemandes.
La Dépêche de VOise va me dire que cela fait la
fortune de la région. Je lui demanderai si elle sait
que le loyer des maisons ouvrières de l'usine alle-
mande, à Trosly-Breuil, par exemple, est de 192 fr.
par an. Ces maisons ne sont pas luxueuses, loin do
là. Elles seraient exemptes d'impôts, grâce à de mys-
térieux proteoleurs. Cependant que dans d'autres
cités ouvrières du voisinage, certainement plus con-
fortables, le loyer de maisons appartenant, celles-là,
à l'industrie française, ne serait que de 99 francs par
an. En d'autres termes, les Allemands s'arranijent
toujours, comme les Juifs leurs compères, pour faire
d'excellentes affaires, même avec la « vilandrobie >.
Je reviens à la vallée de l'Oise. Aux prévisions des
meilleurs auteurs allemands, cette vallée sera, dans la
prochaine guerre, une des voies de pénétration de leurs
armées. Est-ce pour cela que les Allemands ont eu soin
238 l'avànt-oubrri
de la jalonner de points d'appui d'apparence inoffen-
sive, tels que fabriques de pâte de paille, de pâte de
bois, de couleurs d'aniline..., ou demi-inoffensive,
tels que dépôts alimentaires d'un genre particulier,
sociétés d'électricité, etc., etc.? 11 ne faut pas oublier
que Creil, par exemple, est sinon un point straté-
gi(]ue au sens militaire du mot, du moins une des
bifurcations les plus importantes de la ligne du Nord.
Il y a là, non seulement au point de vue industriel et
commercial, mais aussi au point de vue de la Défense
Nationale, un foisonnement germanique préalable des
plus inquiétants. Dans la région de l'Est, nous le ver-
rons, nos ennemis occupent dès maintenant aux bons
endroits, des fermes et établissements agricoles.
Dans la vallée de l'Oise, leurs repères — ou, si vous
préférez, leurs repaires — sont actuellement indus-
triels. Les Allemands se prémunissent non seulement
en complicités patriotiques — par leurs compatriotes
installés cbez nous — mais encore en matériaux et
en personnel de remplacement. Il saccageront l'in-
dustrie française, l'approvisionnement français. Ils
laisseront intacts l'industrie allemande, l'approvision-
nement allemand en France, certains qu'à cette
heure-là, leur industrie et leur approvisionnement
nationaux ne fonctionneront plus que pour eux, qu'à
leur profit exclusif.
La gare de Creil est un véritable nœud du réseau
du Nord, où s'opère une quadrifurcation des lignes
ferrées.
Quatre voies divergent, en effet, de Creil vers l'Ouest,
le Nord et le Nord-Est. Elles atteignent respectivement
Pcrsan-Beauraont, Beauvais, Saint-Just et Amiens,
Compio;jne et Teriiier. Ces deux dernières commandent,
à elloK .seules, presque tout lo réseau du Nord.
BTABUSSSMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 239
La voie de Saint-Just-Amiens se bifurque à Saint-
Just, atteignant, à droite, par Montdidier et Cliaulnes^
le secteur Cambrai-Denain-Anzin-Valenciennes; à gau-
che, par Amiens, les secteurs Boulogne-Calais, Arras-
Lens-Bétliune-Dunkerque, Douai-Lille.
La voie de Compiègne-Tergnier atteint, par Busigny,
la région de Maubeuge, où elle se bifurque sur Bruxelles
d'une part, sur Liège de l'autre.
Beauvais et Persan-Beaumont ont, par la voie directe
du Tréport, un dégagement sur Paris, qui ne dépend
pas de la gare de Creil. De même les lignes de Pon-
toise, à l'Ouest, et de Laon à l'Est sont indépendantes
de Creil. Mais à part ces exceptions, peu importantes,
tout le transit du réseau du Nord vers Paris se fait par
Creil.
Creil commande notamment, outre la route franco-
anglaise la plus directe et la plus promptement par-
courue, par Boulogne-Foikestone et Calais-Douvres, les
communications de Paris : avec Dunkerque, premier
port français exposé aux coups de la flotte allemande,
et, qui sait? à un débarquement; avec la région de
France la plus industrielle et la plus riclie en mines
(Bethune, Lens, Douai, Lille, Denain, Anzin, Valen-
ciennes, Maubeuge); avec Bruxelles et la Belgique occi-
dentale. Creil commande également une des voies d'in-
vasion d'Allemagne en France par Liège.
Creil est plein d'usines allemandes, d'ingénieurs alle-
mands, de contremaîtres allemands, d'ouvriers alle-
mands i.
Voici, par exemple, la Compagnie générale d'élec-
tricité de Creil ^.
Cette société est seule concessionnaire des brevets
1. Ces lignes ont paru dans V Action Française quotidienne
du 3 octobre 1912 sous la signature de notre collaborateur,
J. Graveline.
2. Au moment de mettre sous presse, nous avons publié,
dans le numéro de VActix)n Française du 19 février 1913, les
lignes suivantes qui complètent et corroborent nos renseigne-
ments sur la Compagnie d'électricité de Creil :
La « Compagnie générale d'électricité » de Creil vient
2i0 l'avant-guerrb
et procédés allemands Siemens-Schuckert. M. Von
Siemens lui-même, et M. Natalis, des établissements
feiemens-Sclivickert font partie de son conseil d'ad-
ministration. Elle affirme qu'elle renferme très peu
de personnel technique allemand. Son directeur a
indiqué à un de nos amis une proportion très faible
N'y aurait-il qu'un Allemand sur cent ouvriers et
employés que ce serait encore un de trop dans une
telle région. Car les ouvriers de cette usine traver
sont quatre fois par jour la voie pour aller à Creil et
rentrer à l'usine.
Ici encore, comme dans tous les cas semblables,
ce fut l'élimination de l'élément français et son rem-
placement par une collaboration allemande ou juive
(Assemblée extraordinaire du 5 mars 1912. Compa-
gnie générale d'électricité de Creil).
Le groupe allemand de ladite société avait, après
plusieurs essais, reconnu l'utilité de nommer des
administrateurs français. 11 possédait d'ailleurs, outre
lu qualité de créancier, la grande majorité du capital
investi depuis l'origine. Ce qui fit que sur une ques-
d'acquéiir tout récemment des héritiers A..., pour ses agran-
dissements, UN TERRAIN LONGEANT LA VOIE FERKÉE ET SITUÔ
A l'entrée de la gare de Creil. Ce terrain est délimite d'un
côté par les établissements Daydé et l'installation antérieur*
de la Siemens-Schuckert, de l'autre par la rue de Gournay,
au lieu dit • la vallée de Montalaire ». Il est d'une contenance
de 7.000 mètres environ. L'ancienne voie de raccordement le
longe pour une part, et, pour une autre part, le traverse.
Pendant ce temps, VÉcho de Paris des frères Simond dé-
couvre • l'invasion commerciale allemande en France », sans
souffler mot, bien entendu, de l' Avant-Guerre. Quand on ne
veut pas parler du port «Je iJiélettc, on se rabat cur la • guerre
aux poupées ». On pousbe des cris d'alarme en première
page sur l'augmentation des effectifs allemands, mais on évita
d'expliquer aux lecteurs à quelle lin tend cette augmentation:
A LA colonisation db LA Francf. PAR l'Allkmagnb, ni plus,
ni moios.
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 241
tion d'accord avec un autre établissement industriel,
— dont le détail serait ici fastidieux, — l'intransi-
geance hautaine des Allemands se donna libre cours
et aboutit à la démission des quatre administrateurs
français. M. de Marisy, président du conseil d'admi-
nistration, donna lecture en son nom et en celui de
ses collègues français, d'une déclaration des plus
instructives, dont je détache et signale les passages
suivants :
Quoi qu'il en soit, dès que, grâce à nos efforts, les
affaires de la Compagnie de Creil eurent pris une meil-
leure tournure, l'ingérence allemande dans la direction
prit un caractère de plus en plus accusé «t dangereux.
Des ingénieurs allemands furent envoyés à l'usine;
ils correspondirent directement avec Berlin, et leurs
rapports se traduisirent par des observations qui pla-
çaient les chefs de service responsables dans une situa-
tion pénible vis-à-vis des agents étrangers, leurs subor-
donnés. Des comptables allemands venaient bouleverser
notre comptabilité; des inspecteurs modiliaient nos
inventaires, enfin, une puissance occulte paralysait
constamment notre gestion; les bureaux de Berlin ont
été jusqu'à dicter des ordres de service au personnel de
l'usine de Creil I
Suit l'exposé du point litigieux, puis la finale qui
ne manque pas de pathétique :
Aussi, ce parti pris du groupe allemand, de réduire
les administrateurs français à un rôle limité, consis-
tant simplement à enregistrer les décisions prises à
Berlin, sans que nous puissions accomplir librement
notre mandat, qui est de veiller sur tous les intérêts
sociaux, et non pas seulement sur ceux de la majorité,
nous a amenés à résijjner nos fonctions d'admmistra-
trateurs.
En outre, et puisque le groupe allemand prétend diri-
ger seul et sans contrôle les affaires sociales, nous esti-
mons qu'il est plus logique de conférer en droit à ce
242 l'ava.nt-guerre
groupe, ce qu'il revendique en fait. En conséquence, et
après que les droits de la minorité des actionnaires, et
ceux des porteurs de parts bénéficiaires auront été une
fois pour toutes liquidés par une personnalité indépen-
dante, tel un mandataire de justice, nous estimons
qu'il y a lieu de metire ledit groupe détinitivement et
seul en possession de l'actif social.
N'est-ce pas que cela est saisissant? Partout où
/Allemand s'installe en France, que ce soit dans une
mine, dans un Grand Moulin, dans un commerce,
dans un routage, dans une fabrique, il n'a plus qu'un
but : dominer l'actionnaire français, éliminer le col-
laborateur français, que celui-ci soit administrateur,
employé, chef de bureau ou simple ouvrier, et il le
brime et il l'humilie et il le combat jusqu'au moment
où celui-ci, lassé, préfère donner sa démission, lai.s-
sant le champ libre à l'envahisseur. Ainsi le tour est
joué. Ainsi l'essai de « francisation » aboutit réguliè-
rement, invariablement à une germanisation totale,
à une mainmise définitive. L'Allemand n'admet en
principe qu'un seul collaborateur, le juif, parce que
celui-ci est, depuis quarante-deux ans, son fourrier
en France et parce qu'il sait que le juif ne commen-
cera à le trahir que le jour où la victoire, — j'entends
la militaire, la seule qui compte, — aura passé du
camp allemand au camp français. Jusque-là, le juif,
surveillé par rAUemand, sera Tauxiliairo fidèle de
l'Allemand, que ce soit (tel le Kapitaine Dreyfus),
dans les bureaux du ministère de la Guerre français,
ou dans les conseils d'administration de sociétés do
pénétration judéo-allemandes, au Cîongo, au Maroc,
à Corbeil, à Paris.
Citons encore à Creil l'usine du Tremblay.
Cette usine se trouve située aux bords de l'Oise à
âTABLISSBlIBNTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 243
deux kilomètres environ de Creil et sur de<^ terrains
qui occupent une superficie de deux hectares. Son
directeur est M. Burckan, et son personnel comprend
deux cent cinquante ouvriers, les ingénieurs et les
chimistes étant pour la plupart de nationalité alle-
mande.
Ce dernier fait a été signalé dans un des articles
de M. Georges Bruneau, à la Grande Revue. M. Bru-
neau, dans son étude, a été amené à s'occuper de la
Compagnie parisienne des couleurs d'aniline, qui
n'est qu'une filiale des anciens établissements Meister
Lucius et Bruning.
La Maison mère de Hoëchst garde aujourd'hui,
comme par le passé, l'entière direction de l'entreprise
française. Elle est également propriétaire de l'usine
du Tremblay, à Creil.
Dans V Aisne et dans le Nord,
A trois kilomètres de la gare de Tergnier, sur le
réseau du Nord, dont l'importance stratégique est
de premier rang et à deux kilomètres de la ville for-
tifiée de la Fère, existe une importante aciérie, ré-
cemment créée par des Français au-dessus de tout
soupçon et d'une parfaite honorabilité sous le nom
d' « Aciérie et Laminoirs de Beautor. » Elle aurait
pourtant comme directeur un allemand M. Christian,
venu des usines Krupp et un sous-directeur égale-
ment allemand : M. Schwartz.
Bien entendu ces messieurs auraient amené avec
eux un personnel technique, ingénieurs et contre-
maîtres, en partie allemand. C'est leur droit. Mais
c'est aussi i« mien de rernnrnv.f'.r que cette usine
244 l'avant-querre
ainsi germanisée est malheureusement fort mal située
au point de vue de notre intérêt national.
Il est certain qu'en cas de mobilisation, la ten
tation serait forte, pour un Allemand patriote et
décidé, oflicier ou sous-officier de la landwehr, d'uti-
liser au sabotage de la voie, des aiguilles, des com-
munications télégraphiques et téléphoniques, les
outils que la métallurgie met à sa disposition. Il est
à craindre qu'à ce moment-là, MM. Christian et
Schwartz, de si bons sentiments industriels et fran
cophiles qu'on les suppose animés, n'apportent un
zèle fort modéré à empêcher des accidents aussi pré-
judiciables à la mobilisation française, aussi favo-
rables à l'invasion allemande.
De tous côtés, depuis que l'attention du public
patriote est éveillée sur ce point, on me dénonce de
semblables voisinages, des juxtapositions, c travaux
d'art français — usine allemande », « gare d'em-
branchement français — usine allemande », qui
provoquent les mêmes légitimes appréhensions. La
chimie industrielle est une belle chose, mais quand
c'est un adversaire qui l'exerce chez nous, elle de-
vient vite une r-hose redoutable. Nous sommes, nous
Français, grâce au gouvernement de la Képubliquk
Bismarck-Dreyfus, dans la situation d'un monsieur
qui hébergerait chez lui, comme cuisinier ou phar-
macien, son pire ennemi, qui l'entendrait, du matin
au soir, piler ses drogues meurtrières, arsenic, aco-
nitine, cyanure, etc., et songerait avec mélancolie :
€ Pourvu qu'il n'en mette pas dans mon potage I »
Le Français est si peu méfiant! La région de Doua
est infestée d'espions allemands. La raison en est,
outre l'importance stratégiijue, qu'à Douai se trouve
la brigade d'artillerie du premier corps, corps de
éTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 245
couverture, un de ceux qui auraient à subir le pre-
mier choc d'un ennemi arrivant par la Belgique. Il
y a à Douai une quantité considérable de matériel
d'artillerie, des quais d'embarquement et des papiers
intéressant la mobilisation de toute cette artillerie.
Or on m'écrit qu'à côté d'un quartier régimentaire
— que je juge inutile de spécifier — se trouvent, vers
l'extrémité de la ville, un terrain d'exercices et, au
bout de ce terrain, loin des sentinelles, une masure.
Cette masure isolée n'est gardée que par un homme
QUI couche dans une chambrette, ayant a coté de
LUI UN mousqueton. POURTANT, ELLE RENFERME,
MÊLÉS A DU PETIT MATÉRIEL, PLUSIEURS DÉBOUCHOIRS
DE GUERRE.
Mon correspondant ajoute : « Rien ne serait plus
facile que de pénétrer^ la rrnù, dans cette bicoque,
sans que ni la sentinelle du parc, ni les sentinelles des
poudrièreSy ni le personnel de Vinfirmerie s'aper-
çoivent de quoi que ce soit, de bâillonner ou d'assom-
mer le gardien, avant qu'il ait pu pousser un cri, et
d'ennporter un de ces débouchoirs que V Allemagne
recherche avec tant d'ardeur... Qu'on se rappelle
V histoire du caporal Deschamps et de ses mitrail-
leuses. » Il suffira évidemment de signaler ce fait
aux autorités compétentes pour qu'il y soit porté
remède aussitôt. Je le répète : l'espion allemand et
JUIF-ALLEMAND FOURMILLE DANS LA RÉGION DE DOUAI.
En Seine-et-Marne,
Près de Coulommiers, à ChaufTry, s'élève une fa-
brique de celluloïd qui a des succursales à Villeta-
neuse {Seine) et à Geilles (Ain). La manufacture
246 L*AVANT-OUERRB
générale est à Oyonnax [Ain). Cette société serait
judéo-allemande. Klle aurait pour directeurs effectifs
MM. Neuuiann et Marx. Comme par hasard, à Chauf-
fry, l'usine se trouve proche de la lit^ne stratégique
de Paris à Vitry-le-François par Coulommiers, Ferlé-
Gaucher et Sézanne. Pas plus que pour Siemens
Scimckert, je ne dis que Neumann et Marx ont comme
unique pensée la destruction de nos voies ferrées au
jour de la mobilisation. Mais j'affirme, avec la der-
nière viirueur, que des forteresses électro- chimiques
allemandes ou judéo-allemandes, dans des points vi-
taux au point de vue de la Défense Nationale, font
courir à notre pays un grave péril.
Dans VEure.
Tout près de la gare de Serquigny se serait ins-
tallée récemment une fabrique allemande de nitrates
de serium.
En Champagne.
Poursuivant, au cours de ces dernières années,
leur envahissement méthodique et tenace de la
France, les Allemands ont inondé la Champagne.
Après avoir d'abord fabriqué chez eux, à l'aide de
mixtures innommables, uneffroyablejus, élégamment
ba[)tisé par eux « Champagne allemand », ils ont
compris que cette falsilication trop sommaire n'aurait
pas de succès, même auprès de leurs compatriotes.
Et Dieu sait cependant si l'Allemand est ignorant en
matière de vins ! C'est même lorsqu'il a la prétention
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 247
de s'y connaître et de déguster, qu'il est de beaucoup
le plus drôle... Aussi de grandes maisons allemandes
se sont-elles, depuis plusieurs années, installées en
Champagne même, pour y faire le commerce de ces
crus célèbres, jadis richesse de la région.
Il est bien clair que les maisons de Champagne
allemandes songent surtout aux nécessités de leur
commerce et que leur but ne saurait être l'espion-
nage. Mais il est évident aussi qu'au moment d'une
crise internationale et en cas de mobilisation, le
gouvernement allemand utiliserait ces prises com-
merciales et industrielles, qu'il possède en territoire
français, comme centres de surveillance et d'espion-
nage. C'est en ce sens que lesdites installations font
partie du système de l'Avant-Guerre.
Les très rares personnes qui m'ont écrit en faveur
des forteresses industrielles allemandes campées
chez nous, n'ont eu que ces deux pauvres argu-
ments :
1" La preuve que cette maison allemande n'est
pas dangereuse, c'est que j'ai mis de l'argent dedans.
Or, je suis aussi patriote, aussi bon Français que
quiconque;
2" En faisant travailler l'autochtone, cette maison
allemande collabore à la richesse, au bien-être du
pays.
Le premier argument prouve seulement la légè-
reté ou la cupidité de celui qui l'emploie. Le
second est une mauvaise raison d'esclave qui pré-
fère l'acceptation à la révolte. La rançon de cinq
milliards en 71 — on exigerait le quadruple aujour-
d'hui — a-t-elle collaboré aussi au bien-âtre du pays
de France ?
Ce sont là de misérables défaites.
248 l'avant-oubrrb
Donc, la maison allemande IIenkell de Biehrich
Wiesbaden, vient d'acquérir à Reims, pour son com-
merce de Champagne, un terrain dont je dirai qu'il
est trop bien placé. Il se trouve, en effet, à quelque»
mètres du point le plus important de la voie ferré<k
entre les ponts Huet et de la Hussette. Des fenêtres
de l'entrepôt en voie d'achèvement, les employcs
HABITUELS OU OCCASIONNELS POURRONT SURVEILLER
TOCS MOUVEMENTS DE TRAINS MILITAIRES SUR LES TROIS
DIRECTIONS DE ReIMS A ChALONS, A ChARLEVILLE ET A
Laon. C'est le professeur Paul Bonaltz, de Stuttgart,
qui a fourni les plans de cette « kolossale » installa-
tion.
A quelques pas de là, se trouvent les Docks
Rémois, où seraient, en cas de mobilisation, concen-
trées les ressources et denrées de toute la ville. Un
peu plus loin et en allant, sur la carte, circulairement
de gauche à droite : le parc d'artilleriey les casernes
Drouet d'Erlon et de NeufcMtel, le chaynp d'aviation
militaire, les m^agasins de fourrages m.ilitaires, les lits
militaires et enfin les docks de concentration militaire.
En résumé, LES ENTREPOTS HeNKELL OCCUPENT LE NŒUD
VITAL ET STRATÉGIQUE DE ReIMS. Si CCtte Situatiott
unique est l'effet du hasard, on peut dire que le
hasard, en cette circonstance, a bien servi les intérêts
allemands. Les docks Henkell vont constituer, en.
effet, le meilleur observatoire militaire de Reims.
Je n'ai pas entendu dire que M. IIenkell, de Bie-
brich, soit en instance de naturalisation française;
mais, au cas où cela serait, mes observations ne s'en
trouveraient pas modifiées d'un iota. J'estime qu'il y
a là une situation susceptible d'alarmer tous les pa-
triotes, et je ne vois pas sans frémissement l'illustra-
tion réclame de la maison allemande dans Das Erho,
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 249
organe des Allemands en pays étranger. Cette vignette
représente le cours du Rhin : sur une rive, les maga-
sins Henkell, à Biehnch. Sur l'autre, les docks
Henkell, à Reims. Un gigantesque compas, sur
lequel est écrit Henkell Trocken, rejoint, par ses deux
branches chevauchant le fleuve, la maison-mère en
terre allemande et la filiale en territoire français.
J'ajoute que la fabrication du vin se fait à Reim^s et
la mise en bouteilles à BiebHch. D'où un va-et-vient
perpétuel de matériel et de personnel.
Toujours à ReimSj près du canal, au sud de la
ville, on me signale une autre installation allemande,
dont le directeur, M. Max Haenlé, passe pour avoir
le grade de lieutenant-colonel de uhlans. Je n'ai
eu aucune confirmation directe de ce fait qui n'a pas
non plus été démenti, malgré la vente intensive do
V Action Française à Reims.
Passons maintenant de Reims à Châlons.
Il y a deux ans, un Allemand du nom de Ullrich,
demeurant à Annweiler (Palatinat), a transporté de
Nancy, 35, faubourg Stanislas, à Châlons, sa fabrique
de mesures linéaires. Il a construit à Châlons, Chaus-
sée du port, une usine où travaillent des Français,
mais aussi des Allemands et que dirige un Allemand,
M. Schulté.
Cette usine est à deux kilomètres environ de trois
ponts qui se touchent presque, sur la Marne, le canal
et un autre petit cours d'eau. La ligne de chemin de
fer de Châlons-Batilly-Metz, par Verdun, passe sur
ces trois ponts. Cette usine est aussi a un kilomètre
DU quai militaire d'embarquement.
Je ne dis pas que MM. Ullrich et Schulté feront
sauter eux-mêmes ces trois ponts ; mais la situation
de leur usine allemande n'en serait pas moins une
250 L*AVANT-aUBRRB
menace en temps de mobilisation. Car, l'un de ces
PONTS DÉTRUIT, CE SERAIT l'iMPOSSIBILITÉ ABSOLUE DE
diriger des troupes, par chemin de fer, sur
Verdun bt la frontière, vbrs Briey, Tuionville
ET Metz.
En Franche- Comté
Le long' de la voie ferrée qui va de Montbéliard à
Besançon, à Colombier- Foyitainej se trouvent les Fon-
deries de VEst, autrement dit l'usine allemande
Schwiedesse-n et Krehs. Il y a là, dans un site des
plus importants au point de vue de la mobilisation,
UN certain nombre de cités ouvrières, construites
PAR les fonderies, HABITÉES ET PEUPLÉES, EN PARTIE,
PAR DES OUVRIERS ET DES CONTREMAITRES ALLEMANDS.
Les personnes qui s'intéressent à ces études n'ont
qu'à se procurer la carte 114 d'état-major (type 1889)
pour Montbéliard. Elles y trouveront, en bas, à gau-
che, la situation de Colombier-Fontaine.
Peu de jours après que j'avais signalé dans l'Action
Française la redoutable installation allemande de
Schwiedessen et Krobs à Colombier-Fontaine, je
reçus deux lettres bien naïves et qui prouvent l'aveu-
glcment de très braves gens sur la question de l'es-
pionnage. On m'y assurait que M. Schwiedessen
était en instance de naturalisntion etqu'il faisaitbeau-
coup <le bien dans le pays. Et puis après? La natu-
ralisation est le truc habituel des Allemands instal-
lés en F'rance et des juifs allemands ou polonais, qui
ont besoin de ce papier, délivré par le juif Grum-
bach, ponr conduire en paix leurs manigances.
La naturalisation laisse à rAlieinand ses droits
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 251
allemands, son cœur allemand, son instinct allemand,
et au juif étranger sa juiverie, sa propension ethnique
à trahir. Que M. Schvviedessen soit un très bon Alle-
mand, je n'en disconviens pas; qu'il adore la France,
c'est encore possible. Mais en quoi cela empêchera-t-il
un contremaître allemand ou un officier allemand
habillé en contremaître de l'usine de Colombier-Fon-
taine d'être tout porté, le jour de la déclaration de
guerre, grâce à la fonderie Schwiedessen, pour faire
sauter une partie de la voie ferrée et paralyser le
transport de nos troupes ?
Le 17 janvier 1913, nous avons reçu de M. J.
Maître, conseiller général de Morvillars et « principal
intéressé dans l'usine de Colombier-Fontaine», la
lettre suivante.
Bien que M. J. Maître ne nous en eût point de-
mandé l'insertion dans V Action Française, en raison
de l'importante personnalité de son auteur nous avons
tenu à la publier intégralement.
Morvillars, 17 janvier 1913.
Monsieur Léon Daudet,
Action Française.
Je suis informé que vous avez publié il y a quelque
temps deux ou trois articles extrêmement violents con-
tre une alTaire industrielle de la région, la Société des
Fonderies de l'Est, Schwiedessen Krebs et €*•, à Co-
lombier-Fontaine.
Je n'ai pas vu ces articles, mais il paraît que cette
affaire est représentée comme une entreprise exclusive-
ment allemande, ayant eu pour but d'installer au voisi-
nage de points stratégiques des Allemands prêts à faire
sauter nos ponts et nos voies ferrées.
En qualité de principal intéressé et seul commandi-
taire de cette affaire, je tiens à vous dire que vous avez
252 LAVANT-QUERKB
été très mal renseigné et qu'un journal est coupable de
foncer aceuylément^ sans savoir ce qu'il avance, sur
des travailleurs qui ont apporté l'activité et l'aisance
dans un coin de France.
MM. Sc/iwiedessen et Krebs sont bien réellement
sujets allemands, mais libérés de toute obligation mili-
taire et depuis longtemps en instance de naturalisation
française, ayant aujourd'hui tous leurs intérêts en
France. Ils y ont été amenés par une vieille maison
française..., pour y exploiter des procédés spéciaux de
fabrication de moulage d'acier. C'est cette maison qui a
fourni tous les fonds et qui a créé l'usine. Je me suis
trouvé amené par la suite à prendre sa place comme
coinmanditaire. avec le concours d'une grande maison
de banque française, e* il ny a pas 10 0/0 d'argent
étranger dans lajj^aire. La proportion d'ouvriers étran-
gers est à peine aussi forte, malçré le voisinage de la
frontière. Toutes les affaires se font en France, et je me
demande vraiment ce que la France a à perdre à voir
cette industrie spéciale vivre et prospérer sur son sol au
profit de capitaux et d'ouvriers presque exclusivement
français, au lieu de se développer à l'étranger comme
tant d'autres.
Je me crois aussi bon patriote et d'aussi bonne souche
française que qui que ce soit, et je trouve absolument
grotesque et déplacé que vous présentiez cette entre-
prise purement industrielle comme une trahison natio-
nale.
J'ajoute que j'ai été pendant assez longtemps un lec-
teur de r Action Française : je l'ai quittée à cause de
viole nce de ses poloiniques personnelles inconsidé-
rées. Je constate à regret qu'elle a encore fait des pro-
grés dans la voie du parti pris et des attaques injustes.
C'est un étrange moyen de propagande {lour ses idées.
Veuillez agréez, ^Ionsieur, mes sincères salutations.
J. Maître, conseiller général.
Je répondis à M. Maître, conseiller général do
Mormllars :
!• Qu'il eût bien fait de lire préctlablement les ar-
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 253
ticles au sujet desquels il emploie des épithètes
« grotesques et déplacées ». Il faut une singulière
légèreté d'esprit pour tenter de réfuter des critiques
dont on n'a pas pris connaissance. C'est là « foncer
aveuglément, sans savoir ce que l'on avance ».
2** Que l'instance de naturalisation de MM. Schwied-
essen et Krebs, motivée si évidemment par l'intérêt
de leur entreprise, comme celle de Lucien Baumann,
des Grands Moulins de Corbeil, n'était pour moi
qu'une raison de plus de me méfier. M. Maître,
conseiller général, ne connaît certainement pas la
loi allemande, en particulier Vartiendcment Delhrucky
qui fait de la naturalisation un simple artifice au bé-
néfice de l'espion envahisseur, laissant à celui-ci tous
les avantages de sa nationalité allemande. Qu'il lise
à ce sujet ledit amendement dans le texte, et il sera
édifié.
3" Que la faible proportion d'ouvriers étrangers -^
proportion qui ne fera sans doute que croître et em-
bellir — était encore beaucoup trop forte aujourd'hui,
à Colotnbier- Fontaine, eu égard à la défense natio-
nale. M. Maître serait sans doute bien embarrassé
pour me citer, en Allemagne, le paradoxe équivalent
d'une Société française de ce type, dirigée par des
Français, avec une partie du personnel française, et
occupant un emplacement important le long d'une
voie de mobilisation. Le Grand État-Major allemand
aurait tôt fait d'y mettre bon ordre.
4* Que M. Maître, conseiller général, puisqu'il était
dans ;ces sentiments, avait eu joliment raison de se
séparer de l'Action Française. Il nous est tout à fait
agréable de songer que nous n'avons plus parmi les
nôtres quelqu'un qui met aussi manifestement son
intérêt personnel, dans une affaire allemande, — doni
254 l'avant-gubrrk
il serait, d'ajprès ses dires, le principal intéressé et le
seul commanditaire y — au-dessus de l'intérêt national.
M. Maître était fourvoyé parmi nous. Sa vraie place
est chez Schwiedessen et Krebs. Qu'il y reste!
Les commentaires qui accompagnaient la publica-
tion dans notre journal de cette première lettre de
M. Maître furent médiocrement appréciés par lui et
le 24 janvier dernier je recevais cette nouvelle lettre
de M. Maître, de Morvillars, « principal intéressé »
des Fonderies Schwiedessen et Krebs et défenseur de
ces Allemands. Cette lettre fut naturellement insérée
dans VAction Française. J'en supprimai seulement,
conformément à la loi, le passage final concernant un
tiers. La voici :
Morvillars, 24 janvier.
Monsieur Lôon Daudet,
Action française.
Vous avez jup:é bon de publier sans prendre même
la peine do m'en informer, ma lettre de renseigne-
ments du 17 janvier : je vous prierai do publier égale-
ment ma réponse à vos ûbser\'ation9 bienveillantes. Je
vous serais même oblij;é de m'adresser le numéro cor-
respondant do votre journal.
Si je ne me suis pas préoccupé de me procurer vos
premiers articles, c'est simplement la preuve du peu
d'importance que /attachais à cos critiques. J'ai tenu
néanmoins à vous renseigner un peu mieux que vous ne
semblez l'être dans toute cette campagne. Vous confon-
dez en effet deux cboses qui ne se réassemblent guère :
d'un côté une maison fabriquant en France la totalité
de ses produits, avec une main-d'œuvre presque exclu
sicement française, et sans le moindre lien avec au-
cune maison étrangt^re; de l'autre, les succursales fon-
dées en France par nombre de maisons allemandes
pour donner une étiquette française à des produits
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 255
fabriqués en Allemagne au profit des ouvriers et des
capitaux étrano:ers.
S ai la prétention^ en acclimatant,, en maintenant en
France une industrie étrangère, de rendre service à
mon pays et à la population ouvrière.
Je sais bien qu'il est de bon ton, dans certains mi-
lieux intellectuels et mondains, d'accabler de dédains
les gens d'esprit assez vulgaire pour chercher à gagner
de l'argent par le travail. Le malheur est que ceux qui
méprisent le plus les moyens honorables de gagner cet
argent sont généralement ceux qui tiennent le plus à
en avoir pour le dépenser sans compter, vivant ainsi
de la prospérité générale créée par les travailleurs. Les
vertueux anathèmes qui sembleraient à leur place dans
la bouche d'un chartreux détonnent légèrement dans
celle d'un habitué du boulevard.
J'ajoute, enfin, pour ce qui est de l'espionnage, que
Colombier-Fontaine n'a pas plus le caractère d'un
point stratégique que tout autre endroit situé prés
d'une voie terrée dans une zone de 100 kilomètres le
long de la frontière. La même maison..., qui y a ins-
tallé MM. Schwiedesseu et Krebs, a fondé à Moiitreux,
à 40 ou 50 mètres de la grande ligne de Mulhouse à
Belfort, une petite succursale avec atelier de mon-
tage, sans que les Allemands s'y soient aucunement
opposés.
C'est que l'état de guerre n'est pas l'état normal et
que la première condition qui s'impose à une nation
pour être en mesure de se défendre en cas de guerre,
c'est de prospérer dans la paix.
Vous m'engagez, en terminant, à rester en compa-
gnie de ceux que vous avez si violemment pris à partie.
Je me trouve en très bonne société avec tous ceux que
vous avez attaqués et injuriés...
Recevez, je vous prie, Monsieur, mes salutations.
Maître.
Je répondis à M. Maître, conseiller général de
Morvillars :
i** Que s'il n'attachait aucune importance à mes
256 l'avant-guerre
critiques, il était bien bon d'essayer de les ré-
futer :
2* Que la locution e presque exclusivement » ne
signifie rien. Une main-d'œuvre est « exclusiv^ement
française » ou elle ne l'est pas. De l'aveu même du
défenseur des Allemands, la proportion d'ouvriers
étrangers dans la boîte Schweidessen et Krebs est
d'environ 10 0/0. C'est 10 0/0 de trop ;
3* Que je ne voyais pas du tout en quoi cette
colonie allemande, le long d'une voie ferrée impor-
tante, était capable de rendre service à la France.
En revanche, je distingue très bien en quoi elle est
capable de rendre service au « principal intéressé » ;
4" Que l'allusion de l'honorable M. Maître aux
« habitués du boulevard » qui mé|)risent les honnêtes
travailleurs, ne saurait s'appliquer au rédacteur en
chef de Action française, lequel travaille de son
métier et n'est pas un habitué du boulevard ;
5" Que M. Maître n'était pas juge du plus ou moins
d'importance des voies stratégiques, que j'avais fondé
« ma critique » sur des jugements plus autorisés et
compétents que le sien, et n'envisageant, eux, que
l'intérêt national ;
6" Qu'il n'est pas juge davantage de la façon dont
je conduisais une polémique, et que je me moquais de
ses avis, dont la niaiserie n'a d'égale que la débilité
de ses raisonnements.
J'ajoutai :
Et maintenant, quelqu'un qui me paraît bien ren-
seigné sur l'affaire de Colombier- Fontaine me prie
de poser à mon tour à M. Maître les deux questions
que voici, et auxquelles il aura certainement à cœui
de répondre :
Première question : quand MM. Schwibdbssen et
I
établissbmbnts industriels allemands 257
Krebs sont venus s'installer a Colombier-Fontaine,
étaient-ils liberes du service militaire allemand ?
Deuxième question: MM. Schwiedessen et Krebs
AYANT fait UNE DEMANDE, AFIN d'aVOIR DBS FOURNI-
TURES de l'armée FRANÇAISE, POUR QUEL MOTIF LEUR
DEMANDE n'a-T-ELLE PAS ÉTÉ AGRÉÉE ? n'eST-CE PAS A
PARTIR DE CE REFUS, ET DE CELUI-LA SEULEMENT, QU'iLS
ONT DEMANDÉ LEUR FAMEUSE NATURALISATION ?
Lebruitcourt, à Colombier-Fontaine, que le terrain,
sur lequel est bâtie l'usine, aurait été concédé par la
municipalité aux Allemands pour une somme déri-
soire. Pourrait-on connaître le chiffre d'achat ?
Enfin, le 31 janvier dernier, je recevais encore de
M. Maître, une lettre qui fut reproduite dans
V Action Française du 6 février suivant, après que
j'en eus supprimé encore, conformément à la loi deux
passages concernant un tiers.
Morvillars, 30 Janvier 1913.
Monsieur Léon Daudet,
Action française.
Dans les commentaires dont vous faites suivre la
publication de ma dernière lettre, vous protestez contre
tout emploi d'étrangers dans une usine si elle veut
garder le titre de française.
Si vous habitiez le voisinage de la frontière, vous
sauriez qu'il est matériellement impossible à une indus-
trie, même aux plus anciennes, d'y vivre et de s'y déve-
lopper sans avoir recours aux ouvriers étrangers. La
proportion de 10 0/0 est très faible ; dans les profes-
sions touchant aux industries du bâtiment, la propor-
tion est considérablement plus forte. C'est tout naturel
avec notre faible natalité : il faudrait arrêter à moitié
toutes les mines de la zone frontière, supprimer toute
entreprise de travaux publics et couper court à tout
9
258 l'avant-ouerre
essor industriel, si les Belges, les Allemands, les Polo-
nais et les Wallons ne venaient pas faire les travaux
pour lesquels il ne se présente plus de Français.
Vous ne voyez pas le service rendu à la France par
une industrie qui fait vivre 80 ou 100 familles françai-
ses et apporte son contingent aux impôts et au com-
merce français, par suite aussi aux professions libérales
qui en vivent toutes, à commencer par le journalisme.
Libre à vous de nier l'évidence ; on ne peut que plain-
dre les aveugles.
Quant aux considérations sur l'espionnage, il me suf-
fit de constater qu'après m'avoir mis au défi de vous
citer une usine française installée le long d'une voie
ferrée, vous vous gardez bien de me répondre lorsque
je vous cite une succursale française à ^lontreux, près
de la plus importante des voies stratégiques alleman-
des, et non pas, comme à Colombier, sous la surveil-
lance directe de la gare et du village.
Vous me demandez enfin si MM. Schwiedessen et
Krebs étaient déjà libérés du service militaire allemand
quand ils sont venus en France. Je n'ai pas eu à m'en
inquiéter puisque la question n'avait plus d'intérêt
quand je les ai connus...
Je me suis simplement assuré... que mes futurs asso-
ciés étaient non seulement libres de toute obligation en
Allemagne, mais encore désireux d'acquérir au plus tôt
la nationalité française.
Recevez, je vous prie, Monsieur, mes salutations.
Maître.
P, S. — Malgré le peu d'intérêt de cette correspon-
dance j)our vos lecteurs, je suis obligé de réclamer de
nouveau l'insertion de ma réponse à vos commentaires
désobligeants. — M.
Je répondis derechef à M. Maître :
!• Sur la question de la main-d'œuvre : qu'il y
avait lieu de distinguer entre un personnel étranger
occasionnel suppléant au innnque de l»ras autochtones
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 259
— cas des Belges aidant aux moissons en France,
par exemple, — et un personnel étranger installé à
demeure, constituant, comme à C olorabier- Fontaine ^
une enclave allemande en terre française. Je sais
parfaitement que la main-d'œuvre étrangère est
moins exigeante quant au salaire. C'est qu'elle a
moins de charges aussi ;
2' Que M. Maître ne parlait plus du capital étran-
ger, existant cependant dans l'affaire, si j'en croyait
sa première lettre, et fructifiant avec le sien propre,
ce qui empêchait, même au point de vue de l'argent
engagé, ladite affaire d'être « exclusivement fran-
çaise » ;
3* Que le vieil argument de l'avantage de Ten-
vahisseur étranger au point de vue de la prospérité
nationale avait été réfuté mille fois et qu'il avait tout
juste la valeur de la fine plaisanterie f{ui suivait, sur
le journalisme tributaire de cet envahissement. L'es-
prit étant un luxe qu'on ne peut guère s'offrir quand
on manque de logique et de persi)icacité ;
4* Que le fait exceptionnel allégué par M. Maître
d'une succursale française près d'une voie stratégiipie
allemande — fait dont je n'ai pas vérifié les condi-
tions — n'amoindrissait en rien la valeur de mes
observations touchant le très réel danger des instal-
lations allemandes à Colombier-Fontaiyie et ailleurs.
Chacun sait, du reste, que la surveillance d'État alle-
mande est mille fois plus rigoureuse que la française.
J'en ai fourni d'innombrables exemples;
5** Que je donnais acte à M. Maître de son assu-
rance que Schwiedessen et Krebs étaient libres de
toute obligation militaire en Allemagne, mais que ma
deuxième question demeurait entière, à savoir :
MM. SCUWISDËSSEN ET KrEBS AYANT FAIT UNE DE-
260 l'avànt-ouerrb
MANDE, AFIN d'aVOIR DES FOURNITURES DE l'aRMÉB
FRANÇAISE, POUR QUEL MOTIF LEUR DEMANDE n'a-T-ELLE
PAS ÉTÉ AGRÉÉE? N*EST-CE PAS A PARTIR DE CE REFUS,
ET DE CELUI-LA SEULEMENT, QU'iLS ONT DEMANDÉ LEUR
FAMEUSE NATURALISATION?
Quant à cette naturalisation elle-même, je ne puis
que renouveler mon conseil à M. Maître, de se mettre
au courant de la loi allemande {amendement Del-
hruck) qui fait de la naturalisation des Allemands un
simple artifice au bénéfice de l'espion envahisseur.
L'instance en naturalisation des protégés de M. Maî-
tre ne doit être pour nous Français qu'une raison de
plus de nous méfier. L'Allemand m'inquiète beau-
coup plus quand il est naturalisé que quand il ne
l'est pas.
Pour terminer, M. Maître me permettra de lui faire
remarquer qu'il a mené cette longue et vaine contes-
tation du point de vue de ses intérêts personnels et
que, pas un instant, il n'a semblé envisager l'intérêt
national, le seul qui fut en cause dans ces études.
Dans la même région :
Un ligueur me signala Taffluence insolite de
wagons-citernes à pétrole allemands, garés à Besan-
çon, sur la voie ferrée allant de Dijon à Belfort, en
octobre dernier et jusqu'au milieu de novembre. La
structure de ces wagons-citernes était telle qu'il eut
été extrêmement aisé de les vider, en quelques mi-
nutes, de leur liquide, lequel, enflammé à sa sortie,
eut communiqué inmanquablement le feu à la voie
et aux wagons ou ouvrages voisins. La gare de
Viotte, où ceci se passait, est zone militaire, et c'est
pourquoi la Compagnie du P. L. M. n'y a construit
que des baraquements provisoires entièrement en
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 261
bois. Si Ton rapproche ce fait de ce que nous
allons raconter, il y a là matière, ce me semble,
à sérieuses réflexions et aussi à sérieuses précau-
tions.
En effet, transportons-nous à Délie, ville française
frontière sur la ligne Belfort-Bàle, par Delémont. Il
est inutile que j'insiste sur l'importance militaire de
la gare de Délie. Elle est connue de tout le monde.
Cette gare est construite au pied d'une colline. Sur
les flancs de celle-ci s'est établie la société Oester-
reisché Petroleum Aktien-Gesellschaf t. Elle vend énor-
mément dans l'Est où elle fait une concurrence
acharnée au Syndicat des pétroliers. Chose étrange,
elle livre son pétrole trois, quatre et même six cen-
times meilleur m,arché au litre que les maisons de
ce syndicat, de sorte que Von se dem,ayide comment
elle parvient à faire ses frais et même à réaliser des
bénéfices. Mais le plus paradoxal demeure l'installa-
tion de ses cuves.
Un de mes correspondants m'a envoyé un schéma
de cette entreprise que je regrette de ,ne pouvoir re-
produire ici. Les trois immenses cuves de pétrole,
reliées par des canalisations souterraines, aboutissent
à une pompe aspirante et foulante, auprès de laquelle
est le remplissage des fûts. De ce point part une
NOUVELLE CANALISATION SOUTERRAINE QUI ABOUTIT AU
QUAI DES VOIES DE GARAGE DE LA GARE DE DeLLB.
La destruction de cette gare, au jour de la mobilisa-
tion, par une coulée de pétrole en flammes suivant
la pente de la colline, serait donc terriblement facile.
Il n'y faudrait qu'une allumette. En supposant même
le conseil d'administration de V Oesterreische Petro-
leum animé de sentiments très français, il suffirait
d'un ouvrier ou d'un faux ouvrier de ciroonstance
262
L AVANT-OUERRE
pour paralyser complètement le transit de la gare de
Délie.
La région de Nancy.
La région de Nancy * doit plus particulièrement
attirer notre attention.
1. Voici un exemple saisissant et sinistre de la pénétration
allemande dans nos provinces de l'Est : c'est une affiche bilin-
gue {françait et allemand), concernant la vente d'un ter-
rain SIS EN Meurthe-et-Moselle. Ladite affiche a été apoo^sée
en octubrc 1912 sur les murs de Nancy, ej?acfefnent comme ti
la grande cille lorraine était déjà annexée à U Allemagne :
Etudes de M* Marc, notaire à Repistraturen des Herrn
Nancy, rue Saint-Dizier,
n« 20, et de M* Barthélémy,
avoué près le Tribunal civil
de Nancy, y demeurant,
rue de la Monnaie, n* 5.
Marc, Notar in Nancy, 20,
Saint-DizierStr., und des
Herrn Bartlielemy, Rechts-
anwall am Civilf^'erichte von
Nancy, 5, Munz-Slrasse.
VENTE PAR LICITATION
Le jeudi 24 octobre 1912, à
3 heures de l'api és-midi, en la
salle de la Maison Commune
de Moncel-sur-iSeille, il sera
procédé à la vente aux en-
chèrei» publiques, à l'extinc-
tion des feux de :
UNE PRAIRIE
dite • Le* Allieuw •
Swe ban de Moncet-i.-Srille
[Meurthe-et-Moselle) , d'une
contenance de 21 h. 27 a. 21 c.
environ.
Mise à prix : 25.000 franc».
Les enchères s'ouvriront sur
LICITATI0N8-VKRKAUP
Am Donncrstag dcn 24 Ok-
tobcr 1"J12, um 3 Lhr Narh-
miltag.s, im Saale des Gemein-
dehauses von Moncel-sur-
JSeille wird durch œffentliche
Vcrstcigerung verkauf :
BINE WIESB
« Le» Allieux » genannt
wclche sioh auf dem Gebiete
von Monccl-sur-Seille (M.-et-
M.) befindet und 21 Hekiar,
27 Ar und 21 Centiar gros»
ist.
Netto-Prcis : 25.000 fr.
Die Versteigerung wird voi
élABLISSEMBNTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 263
Si dramatique qu'elle soit, en raison des circons-
tances que nous traversons et des détails qu'elle
donne, je veux vous citer ici les principaux passages
de la lettre d'un « Toulois » bien renseigné et que sa
profession met à même d'exposer nettement l'Avant-
Guerre :
« Nancy, ville ouverte, ne peut offrir de résistance
à l'armée allemande. La « division de fer » se fera
héroïquement hacher pour couvrir la mobilisation ; le
fort de Frouard retardera quelque temps peut-être le
flot ennemi, venu de Metz et de Château-Salins;
puis, tout de suite, les Allemands se heurteront aux
forts de Toul. Le Saint-Michel domine la ville, puis,
la mise à pnx ci-dessus fixée
par le Tribunal, aux clauses
et conditions du cahier des
charges dressé par M* Marc,
notaire, et déposé en son étude
où toute personne peut en
prendre connaissance sans
frais.
Les frais faits pour par-
venir à la vente sont payables
par V acquéreur en déduction
de son prix principal d'adju-
dication.
Pour tous renseignements,
s'adresser: à M* Marc, notaire
à Nancy, rue Saint-Dizier,
20 ; à M* Barthélémy, avoué
à Nancy, rue de la RIonnaie,
5, ou à M* Jacops, avoué à
Nancy, 7, rue Dom-Calmet.
L'avoué poursuivant,
H. Barthélémy.
diesem Preise abgehen, wel-
cher, vom Gerichte festgesetzt
wurde und den Bedingungen
des Submissions-Heftes ent-
spricht. Letzteres ist inder Re-
gistratur des Herrn Notars
Marc ohne Kosten sichtbar.
Die verursachten Kosten
bis %um Verkaufstage icer-
den vom Ankaeufer betahlty
und, vom Versteigerungs-
preise abgezogen.
Auskunft geben Herr Marc,
Notar, 20,Saint-Dizier-!Strusse,
Herr Barthélémy, Rechtsan-
walt in Nancy, 5 Munz-
Strasse, oder Herr Jacops,
Rechtsanwalt, in Nancy, 7,
Dom-Culmot-Strasse.
Der verfolgende
Rechtsanwalt.
H. Barthélémy.
Je tiens ce document écrasant à la disposition des incrédules,
de ceux qui ne veulent pas croire que la République est le
gouvernement de l'Étranger.
264 l'avant-quirrb
tout à côté, la côte Barine. Ensuite, vers le sud,
vers, Neufchâteau, ce sont les forts de Domgermain,
d'Ecrouves, de Blénod, et, plus loin, Pagny -la- Blan-
che-Côte, Bourlémont, etc. Sur les flancs des collines
croissent des vignes qui donnent un petit vin au bou-
quet discret et délicat.
« Hélas! là-bas aussi, la terre se meurt. On déserte
les vignes. Des usines établies depuis peu à Foug
drainent les paysans jusqu'à Barisey et plus loin : ils
abandonnent leurs terres, et déjà telle côte de vignes,
jadis fameuse, celle du Saint-Micbel par exemple, se
transforme en friches. Mais cette terre qui meurt,
comme une pauvre vieille mère qu'on abandonne, at-
tire la convoitise des Juifs et des Allemands. Ils la
possèdent; ils la violent, et demain ils la livreront, si
j'ose dire, pieds et poings liés, aux armées teu-
tonnes.
« Parlons d'abord des Juifs. Les plus puissants de
la contrée sont les Bernheim. Il y a cinquante ans,
ils étaient sordides et misérables. Leur mère allait
dans les villages du Toulois porter quelques livres de
viande sur sa hotte, et les fils y allaient chercher les
peaux de lapin. La guerre de 1870, qui ruina tant de
Français, fut le point de départ de leur fortune. Au-
jourd'hui, ils sont les rois du pays. L'un d'eux possède
un ou même phisieurs hôtels au faubourg Saint-
Germain! D'autres habitent à Toul, sur l'ancienne
place Dauphine, — aujourd'hui place de la Répu-
blique, — un véritable petit palais. Pendant trente
ans, on peut dire que pas une vente d'immeubles ne
s'est faite sans eux. Ils tiennent des villages entiers
par les dettes. Grands électeurs à Toul, ils ont fait
nommer dans ce pays patriote le F.'. Chapuis, aujour
d'hui sénateur, qui se prévalait de sa conduite en 1870,
ÉTABLISSBMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 265
OÙ il fît le coup de feu (comme tout le monde, d'ail-
leurs), pour pouvoir sans trop de risques soutenir le
« régime abject » des André et des Pelletan, et se
faire l'apologiste de l'ignoble système des fiches. Ce
F.*, s'est fait remplacer à la députation par un cer-
tain Denis, anticlérical borné, maire de la ville, dont
un fait vous montrera la mentalité. Aux inventaires,
cet ex-enfant de chœur, cet ex-habitué des sacristies,
se conduisit en goujat, entrant dans les églises cha-
peau sur la tête et cigarette à la bouche, malgré les
protestations des catholiques indignés.
« Placée ainsi sous le joug des Juifs et des Francs-
maçons, comment voulez-vous que cette malheureuse
région puisse se défendre contre l'ennemi de l'exté-
rieur ? Aussi, continuellement, des affaires d'espion-
nage couvent dans le pays. L*an dernier, deux surtout
firent du bruit : l'une se passa du côté de Trondes,
l'autre à Toul même, dans un hôtel.
« L'audace des espions est extraordinaire. En voici
un exemple. A Blénod-lès-Toul, il y a un fort très
important, faisant partie du secteur sud de Toul :
c'est la batterie de VEperon. L'accès, l'approche même
du fort sont sévèrement interdits aux Français, aux
gens du pays, mais la consigne n'existe pas pour les
Prussiens. Je puis vous certifier que pendant plusieurs
mois, cette année, un jeune homme, réseirviste alle-
mand, peut-être m,ême gradé, pénétra dans le fort
tous les jours sous prétexte d'y porter le pain. Ce
scandale se poursuivit, encore une fois, une partie de
cette année, jusqu'en juillet ou août, malgré les pro-
testations des habitants. Le village est traversé par la
route nationale qui va de Nancy à Orléans. Le long
de la route s'échelonnent plusieurs moulins ou fer-
mes. Parmi celles-ci, l'une, près des Quatre-Vaux, a^
266 l'avant-ouerre
été achetée il y a quelque temps par des Prussiens.
Ils viennent de la quitter pour s'installer plus près
de Pag ny -la-Blanche- Côte, à Gibeaumeix. Une autre
famille vient d'occuper non loin de là une laiterie à
Rigny -la-Salle. Une famille d'anabaptistes habite la
ferme de Saint-Fiacre, à proximité des forts de
Bié/iodetde Domgermain. Les environs de la redoute
d'UruffCy du fort de Pagny ^ de Vaucouleurs sont
aussi occupés par les Allemands, qui ont acheté les
grosses fermes de Gomhei^aux, de Septfonds et de
la Biscotte.
« Une route conduit du fort de Blénod à la redoute
d'Uruffe. Elle traverse des forêts, dont l'une, la forêt
de Dumast ou bois Dumast^ a été achetée il y a quel-
ques années par des Prussiens qui l'exploitèrent à
blanc étoc. Ces barbares, dont presque aucun ne
parlait notre langue, trouvèrent là le moyen de satis-
faites leurs instincts .mticatholiques et antifrançais.
Au fond d'une vallée boisée, dans une clairière fort
pittoresque, s'élevait une antique chapelle dédiée à
sainte Menne, sœur de Charlemagne. De temps
immémorial, les villages voisins : Blénod, Vannes-
le-Châtel, Uruiïe, BuUigny, Allamps, etc., y venaient
en pèlerinage. Les lendemains de preiuière commu-
nion, les lundis de Pâques, de Pentecôte, on y chan-
tait les vêpres, puis sous les yeux de leurs parents,
les jeunes gens du pays dansaient sur le gazon. La
Séparation et les Prussiens ont passé par là : la cha-
pelle fut désaffectée, puis les Prussiens en firent un
abri pour leurs bûcherons. Et, après avoir tout le jour
abattu les beaux arbres de la forêt de Menne, les van-
dales, le soir venu pouvaient chanter leurs lieds et
pousser leur c hoch » dans la chapelle, entre ces
murs où défi générations de paysans français étaient
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 267
venues prier la Vierge au jour de leur première com-
munion. Il y avait des bas-reliefs fort curieux qui
représentaient la Nativité. Les Prussiens s'en empa-
rèrent pour les vendre à vil prix. Le curé de Blénod,
un artiste, put soustraire à leur fureur et à leur rapa-
cité une Vierge de Pitié extrêmement ancienne et
quelques ornements. Le reste, que la Révolution
elle-même avait épargné, que l'invasion de 1870 avait
respecté, a disparu dans l'invasion actuelle...
« On dit que nous sommes envahis; on dirait
plus justement que nous sommes déjà conquis.
Ici, en Lorraine, nous avons l'impression d'être
enfermés dans un immense réseau d'espionnage. »
Quel plus terrible réquisitoire contre le régime cri-
minel qui nous vaut, en pleine paix, les horreurs de
l'invasion?
A Saint-Mihiel,
Dans la région de Saint-Mihiel, la question des
fours à chaux de Dompcevrin et de Billemont préoc-
cupe un grand nombre de nos compatriotes, car la
région fourmille d'espions juifs et allemands.
Cela s'explique si l'on envisage son importance
militaire. En effet, la garnison de Saint-Mihiel
compte environ de 12 à 15.000 hommes. A Sampigny
se trouve le fO" chasseurs à cheval, venu récemment
de Moulins ; à Lérouville se trouve le i54^ d'infan-
terie. Lérouville est tête de ligne, vers Sedan, sur la
ligne Paris-Avricourt. Toute la région est sillonnée
par la Meuse, canalisée ou non, par la ligne de Ver-
dun-Sedan. Elle est hérissée de forts [Les Paroches
— Camp des Romains) et, plus à l'est, Liouvillef
268 l'avant-guerrb
avec la batterie de Saint-Agnantj Gironville. Ces
forts rejoignent le système de Toul.
Donc, les fours à chaux de Dompcevrin sont situés
au nord de ce village, à trois kilomètres environ du
Fort des Parodies, c'est-à-dire aux portes de Saint-
Mihiel. Les troupes manœuvrent constamment dans
ces parages, puisque Chauvoncourt est le quartier gé-
néral de l'infanterie {150^ et 161'' de ligne; 25* et 20*
bataillons de chasseurs à pieds). Ces fours à chaux,
qui ont peut-être déjà huit ou dix ans d'existence, se
sont agrandis dernièrement. Ils appartiennent actuel-
lement à la Société Aumetz Fried ou Lapaix, montée
par actions (valeurs en banque). Les terrains, où l'on
a pratiqué des carrières, ont été vendus à vil prix. Un
nouveau four a été bâti, il y a quelque temps. Les
INGÉNIEURS ÉTAIENT DE MaYENCE ET LES MONTEURS DE
Francfort. Les machines et les dynamos sortaient
DE Mannheim {marque Heininch Lanz). Les petites
locomotives à essence vulgairement appelées « cou-
cous » viennent également de Mannheim. Tout le
matériel de traction, rails, wagonnets, épars dans
les carrières et aux abords, sur un parcours de 3 à
4 kilomètres, est originaire d'Allemagne. Toutes les
POUDRES CO.MPRIMÉES, DESTINEES A FAIRE EXPLOSER LES
blocs de PIERRE, VIENNENT d' ALLEMAGNE. ToutC la
houille (briquettes comprimées) vient de Sarrehrûck
ou d'Esseri {Ruhr-Kohlen-Gebiet) . Enfin, quand il y a
des réparations à faire aux fours à chaux, on n'em-
ploie JAMAIS DE maçons FRANÇAIS, mais des maçons»
plus ou moins alsaciens-lorrains, de Moyeuvre. Des
convois de wagons allemands se succèdent devant
les fours à chaux.
Le pont de Bislée fut saboté en août 1911, au
momeût de l'affaire d'Agadir. L'importance strate-
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 269
gique de ce pont sur la Meuse est considérable, et ce
n'est certes pas M. le président de la République
Raymond Poincaré, possesseur d'une propriété
située tout près de là, vers Sampigny, qui me dé-
mentira. Le pont met en communication Koeur-la-
Grande et Bislée. Il est sur piles et culées en pierres.
Parapets métalliques. Plancher en madriers. Dans
son milieu, se dresse une pile en maçonnerie. A
chaque extrémité de la pile se trouve une chambre
de mine, où Ton peut descendre par une trappe fer-
mée à cadenas. Un des cadenas avait été enlevé,
au moment d'Agadir, si bien que les enfants jouaient
à la cachette dans la cavité qui communique avec la
chambre de mine. Bien mieux : les chambres de
mines situées à hauteur du parapet avaient été dé-
truites, com,me les chambres de mine situées au-des-
sous du même parapet. Le génie, averti dc|iuis
quatre jours par le gardien du canal, fit enfin répa-
rer le malheureux pont.
Par ailleurs, une Compagnie belge-allemande
aurait mis la main sur les fours à chaux de Bille-
m.onty situés entre Dugny et V'erdun, toujours dans
la région des forts et près de la voie Lérouville- Se-
dan. Lesdits fours à chaux seraient prochainement
transformés en hauts fourneaux pour l'exploitation
du minerai (?).
Le fort de Dugny aurait à ses pieds une usine alle-
mande — à façade belge — traversée par la conduite
d'eau qui alimente le fort. Si bien qu'en temps de
guerre, il serait on ne peut plus aisé de crever cette
conduite et de mettre ainsi la garnison à la merci de
l'ennemi. Tout se passe comme si cette usine de
fours à chaux de Billemont n'avait comme destination
que de gêner le fort. De l'aveu même du directeur
270 l'avant-guerrb
Tentreprise ne rapporterait que du 2 0/0 à ses ac-
tionnaires. En effet, il faut faire monter la chaux
DANS LES fours, alors qu'il est reconnu qu'un four à
chaux doit toujours être installé dans le bas du gise-
ment exploité.
On raconte qu'avant la guerre de 1870-71, les Al-
lemands avaient ainsi envahi l'Alsace sous des pré-
textes industriels ou même de plaisance. C'est ainsi
qu'un Badois avait fait construire un magnifique
château près de Strasbourg. La guerre déclarée, un
quartier général allemand vint s'installer dans ce
château, où tout avait été prévu pour lui, jusquà la
guérite de la sentinelle. Les Allemands n'ont pas, à
beaucoup près, les qualités guerrières de» Français,
mais ils ont au plus haut point le sens de l' Avant-
Guerre. Depuis l'affaire du traître Dreyfus, grâce
à la suppression du Bureau des Renseignements,
ils ont tiré parti de toutes les ressources que leur
offrait, quant à l'espionnage, le gouvernement de la
République.
Dans les Ardenncs.
La ligne de chrmin de fer de Charleville à Reims
doit servir, en temps de guerre, à transporter de
ReimSf Épernay, Châlons- sur- Marne, Camp de Chà-
Ions, des troupes sur la frontière, depuis Mauheu^e
jusqu'à Longwy. Il était donc important pour les
Allemands de s'en rendre maîtres.
Aussi existe-t-il à Rcthei une usine allemande « La
Tbxtilose », dont les usines ne sont séparées de la
voie ferrée que par un chemin départemental que bor-
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 271
dent, de chaç[ue côté, le chemia de fer et l'usine. Le
chemin de fer passe, en cet endroit, à quinze mètres
environ de l'usine. La gare de Rethel est à 200 ou
300 mètres. Enfin, dans un rayon de moins de 500 mè-
tres, se trouvent plusieurs ponts.
Le directeur de l'usine est un juif venu d'Allema-
gne. De nombreux contremaîtres et ouvriers sont
allemands. Du fait de cette installation, les querelles
et bagarres sont devenues quotidiennes à Rethel,
comme dans tous les endroits envahis. Je n'insiste
pas sur cette conséquence forcée de l'Avant-Guerre,
conséquence qui ne peut que s'aggraver de jour en
jour.
La ligne de chemin de fer de Charleville sur le
Nord, par Hirson, doit servir à transporter vers la
frontière du nord une grande partie des troupes des
6^ et 20" corps, ou, inversement vers la frontière de
l'est, les troupes venant du nord (l" corps, une partie
du deuxième) et les vivres et munitions qui pour-
raient nous venir par mer (port de Dunkerque).
Or, il y avait autrefois à Charleville une usine
d'agglomérés. Les bâtiments surplombent la ligne de
chemin de fer Charleville-Hirson, Cette société fit de
mauvaises affaires. L'usine fut rachetée par le Badois
Himmelsbach, sous le prétexte d'installation d'une
usine de créosotage.
Au cours de notre campagne contre l'espion-enva-
hisseur dos renseignements fort intéressants ont
été recueillis sur ce juif-allemand, marchand de bois,
qui avait obtenu l'autorisation de déposer ses bois,
comme par hasard, sur les quais militaires d'Andelot
et de Riaucourt Haute- Marne) et qui, en temps de
272 l'avànt-guerrb
guerre, aurait entravé ainsi, toujours comme par
hasard, les opérations de la mobilisation.
Les Himmelsbach sont de Fribourg-en-Brisgau.
Le père, grand négociant en bois, a six ou sept fils,
dont l'un surveille à Andelot l'exploitation à blanc
des vastes forêts de M. X... Ces forêts (deux mille
hectares) ont été vendues, en premières mains, aux
fameux dépeceurs de bois Nathan et Bernheim, juifs
soi-disant français, dont il a été fortement question
à la tribune de la Chambre au moment des inonda-
tions. Nathan et Bernheim ont passé l'exploitation
à un marchand de bois d'Epinal, qui aurait fait de
mauvaises affaires, et ensuite, au Badois Himmels-
bach*. L'exploitation dure depuis trois ans, avec
une équipe de 300 bûcherons alleynands et italiens,
sous la conduite d'un contremaître français nommé
C... Aux dernières nouvelles, cette équipe allait
se transporter dans un autre canton de la Haute-
Marne, M. X... ne s' étant pas entendu avec Nathan
pour la vente du dernier millier d'hectares qui lui
restent.
Parmi ces biXcherons, il y avait des topographe$
qui, sous prétexte d'estimer et d'arventer les forêts à
vendre, ont parcouru tout le pays levant des plans
1. Un de nos confrères a donné ces renseignements sur ce
très bir.irre Himmelsbach :
« Ce M. Hinimcl9ba<h, qui parait avoir le droit perpétuel
d'encombrer les quais stratégiques de France, est un indus*
triel singulier qui, il y a deux ans, fit brusquement son appa-
rition dans la Haute-Marne, et se mit à couper à tour de bras
bois et forêts. Il n'emploie que de la main-d'œuvre étrangère :
l'an dernier, c'étaient deb Allemands ; cette année, ce furent
des Italiens. Cent dix ouvriers siciliens, qui ne savaient pas
cent dix mots de français, arrivèrent cette année dans le pays.
Ils débarquèrent le jour même de la fête d'Andelot ; c'était,
sans doute, la participation qu'apportait aux réjouissancss
\ocalss la maison Himmelsbach. •
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS AI.LEMANDS 273
sans se gêner. Il ferait beau voir qu'une telle orga-
nisation, composée de topographes et d'arpenteurs
français, fonctionnât en Allemagne, sur les lignes
de mobilisation qui font, comme on le sait, la préoc-
cupation constante de nos voisins.
Les Himmelsbach avaient, aux environs d'Ande-
lot, une grande usine pour injecter au sulfate et à la
créosote les traverses façonnées par eux. Le gouver-
nement avait accepté ces étrangers comme fournis-
seurs exclusifs de VOuest-État et ynis à leur disposi-
tioUj par traité, les quais militaires d'Andelot et de
Rimaucourt et les gares de Manois et de Saint-Blin!..,
Il serait intéressant de connaître les termes de ce
traité et les noms des personnages qui avaient appuyé
les Himmelsbach auprès du gouvernement. Depuis
le tapage fait autour de cette effarante et scandaleuse
concession et de l'encombrement des quais militaires,
Himmelsbach a loué des champs à côté des gares,
m,ais les quais étaient, il y a encore quelques mois,
couverts de traverses et de bois en grume. Il faut
donc que les protecteurs de Himmelsbach soient bien
influents pour que ce Eadois n'ait pas immédiatement
débarrassé nos quais militaires. Ajoutons que les
juifs pullulent dans la Haute-Marne et sont en train
d'accaparer littéralement le département.
Ces renseignements avaient été publiés dans
V Action Française quotidienne du 14 octobre 1911, et
quelque temps après on pouvait lire, dans le journal
Le Bois, sous le titre « Avis au commerce », la note
suivante :
On annonce que la maison allemande Himmelsbach
frères va vendre son usine de créosotage et d'impré-
gnation des bois sise à Gudmont (Haute-Marne), à son
représentant à Paris, M. Paradis, lequel forme à cet
274 f AVANT -GUERRE
eiïei une société en commandite par actions sous la rai-
son sociale « Société d'exploitation forestière et d'im-
prégnation des bois Paradis et C'" ».
Les Badois Himmelsbach, sentant la situation inte-
nable, passaient donc la main. Néanmoins, avant
de se réjouir de cette victoire du nationalisme fran-
çais sur l'espionnaije juif-allemand, il importe de se
méfier. S'agit-il d'une fin de système, d'un renonce-
ment, ou d'une transformation pure et simple de
Himmelsbach en Paradis ?
Quant à l'ancienne usine d'agglomérés de Charle-
ville, qui, nous l'avons vu, surplombe la ligne Charle-
vUle-Ilirson et que Himmelsbach devait transformer
en usine de créosotage, elle n'a jamais fonctionné.
Lorsque le Badois Himmelsbach eut ▲ créosoter
DES TRAVERSAS POUR LES CUEMINS DE FER DE l'EsT
ce qui d'ailleurs est un comble 1 — il le fit non pas
à son usine de Charleville, mais bien à celle de
Nouzon, QUI COMMANDE LA LIGNE CharlevUle-Givet,
Celte usine de Nouzon est aujourd'hui transportée à
Dijon.
Nul ne refusera au Badois HimmeUbach le choix
judicieux de ses emplacements.
Himmelsbach continue d'ailleurs à s'oiïrir le luxe
d'une usine inutilisée à Charleville. Il paie toujours
ses contributions. On affirme même — mais ceci
reste à vérifier — qu'il paye une redevance annuelle
à l'octroi. Or, il ne peut pas prétendre que cette
usine inutile en France lui serve à acquérir le droit,
de fournir une administration, puisqu'il possède déjà
celle de Dijon (autrefois à Nouzon). Enfin, et
j'appelle sur ce point l'attention des autorités compé-
tentes, je veux dire des autorités mifitaires, l'usine
ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 275
HiMMELSBACH COMMANDANT LA LIGNE CharleVlUe-Hir'
son, COMl ORTE CINQ OU SIX IMMENSES RÉSERVOIRS, NA-
GUÈRE REMPLIS DE MATIÈRES INFLAMMABLES ET EXPLO
SIBLES ET QUI POURRAIENT BIEN l'ÊTRE ENCORE. Cette
situation étrange rappelle ainsi celle de la gare de
Délie, soumise à la fantaisie pétrolifère d'une compa-
gnie autrichienne. Il y a quelques années, une péti-
tion des habitants de ce quartier de Charleville, si-
gnalant le danger, fut déposée à la Préfecture. Inu-
tile d'ajouter que la Préfecture la mit aussitôt au
panier.
La ligne de chemin de fer de Charleville- Longivy
vers Nancy doit servir, en temps de mobilisation,
dans un sens ou dans l'autre, à un transport intense
de troupes, selon les nécessités et circonstances delà
première attaque.
Il y avait jadis à Douzy une sucrerie construite en
1867, par un Belge, M. L..., excellent homme, très
travailleur, qui, plus tard, se fit naturaliser. Par suite
du manque de main-d'œuvre, l'agriculture de la
région se transforma; les pâturages et céréales suc-
cédèrent à la betterave. La sucrerie dut liquider en
1903. Le fils du fondateur racheta les terrains propres
à la culture, tandis que les bâtiments nus de l'usine,
AINSI que le raccord A LA VOIE FERREE, FURENT
vendus A MM. FicHTEL ET Sachs, Kugellagerprœci-
SIONS FABRIK, A SCHWEINFURT (BaVIÈRE). Ccci 86
passait au printemps de 1907.
Notons immédiatement que les bdtiments de l'ex-
sucrerie ne sont séparés de la voie ferrée que par la
largeur de la route nationale (Paris-Metz), qu'ils sont
à cent mètres de la gare et à proximité de nombreux
pttits ouvrages d'art (trois ponts i moins de
200 mètres).
276 l'avant-qubrre
En 1908, plusieurs caisses lourdes et demeurées
mystérieuses arrivèrent à l'usine. Des charpentiers
requis furent même obligés de construire des chariots
ad hoc pour les amener dans les bâtiments. Un
peintre fut chargé de les tapisser de papier, aûn d'em-
pêcher la poussière d'y pénétrer.
En 1010, un ingénieur allemand vint, muni des
plans d'une nouvelle usine, fit ostensiblement effectuer
des sondages, sous prétexte de prospecter la nature
du sol, encore qu'on la lui eût indiquée. Il avait an-
noncé son retour comme imminent. Cependant, aucune
suite ne fut donnée à ces travaux.
Entre temps, l'école d'aviation de Sommer fonc-
tionnait à Douzy; on y faisait l'essai de nouveaux
aéroplanes militaires. L'ingénieur allemand utilisait
ses nombreux loisirs à suivre ces essais et à excur-
sionner solitairement dans les environs. On le vit
prendre des notes et de multiples photographies.
Vers la même époque, une baronne (?) allemande,
accompagnée d'une automobile, faisait aux offi-
ciers aviateurs maintes avances, accueillies fraîche-
ment.
M. Fichtel, commanditaire de la société, est mort
aujourd'hui, mais la raison sociale continue. Il n'est
jamais répondu aux lettres adressées à Schweinfurt.
Vu la belle situation industrielle de Douzy, des ingé-
nieurs français ont fait aux Allemands des proposi-
tions de rachat très avantageuses. Les Allemands
n'ont même pas daigné entrer en pourparlers. Ils ne
consentent à louer leur usine à aucun prix. Les
parties habitables sont concédées gratuitement ou à
un prix dérisoire, à titre précaire avec clause d'éua-
cuation immédiate sur la demande du propriétaire.
Us paient sans discuter et même avec gratification
éTÀBLISSEMENTS INDUSTRIELS ALLEMANDS 277
les rares ouvriers qu'ils emploient pour le transport
de leurs lourdes caisses mystérieuses. Ils ont con-
servé un abonnement téléphonique dont on ne voit
pas bien l'utilité. Ils acquittent rubis sur Tongle leurs
contributions. On en conclut qu'ils ont une raison de
première importance pour conserver ces bâtiments et
y immobiliser des capitaux improductifs.
En dehors de son importance stratégique quant à
la voie ferrée, l'usine en question commande deux
routes vers Bouillon et la Belgique.
Nous avons ainsi rapidement énuméré quelques-
unes des principales forteresses industrielles alle-
mandes installées sur notre sol et dont la position, au
point de vue stratégique, présente incontestablement
de très graves inconvénients pour la Défense Natio-
nale.
Il ne viendrait à l'esprit de personne qu'une situa-
tion semblable pût exister chez nos susceptibles voi-
sins ; ils auraient vite fait de faire déménager l'in-
dustriel français assez hardi pour aller s'installer
près d'une gare importante, d'un pont, etc
Toutefois, si nous nous bornions à l'énumération
précédente, on n'aurait qu'un aperçu fort incomplet
de la situation qui nous est faite par les opérations
allemandes d'Avant-Guerre.
Aussi devons-nous maintenant relever certaines
fermes allemandes qui nous ont été signalées dans
cette région comme resserrant les mailles de l'immense
filet jeté par l'ennemi sur notre frontière de l'Est.
L'énumération de ces fermes n'a donné lieu à aucune
protestation de la part des intéressés, lors de sa publi-
cation réitérée dans V Action Française. Nous accueil-
lerions néanmoins volontiers toute réclamation même
tardive à ce sujet, à condition qiCdlc fiU accom-
278
l'avant-ouerre
pagnée de téynoignages positifs. Car il est trop facile
île se dire « annexé » alors qu'on est en réalité d'ori-
gine et de sentiment allemands. Beaucoup des
fermiers en question jouent volontiers de cette équi-
voque.
CHAPITRE m
LES FERMES ALLEMANDES DANS L'EST
Ces fermes seraient pour l'ennemi des centres de
ravitaillement tout indiqués. Les Allemands — plus
ou moins grimés en annexés — qui les occupent
feraient dès la première alerte et à n'importe quel
prix la razzia des bestiaux, fourrages, denrées, appro-
visionnements de la contrée. De plus, les valets de
ferme, à défaut des fermiers eux-mêmes, devien-
draient d'admirables guides pour les éclaireurs prus-
siens. Ils connaissent tous les petits chemins, les
abris, les creux, les bois, les taillis, les haies,
cachettes et obstacles précieux à repérer.
Il n'y a pas que la nationalité de ces fermiers
qui doive attirer l'attention des Français vigilants
et nous avons des renseignements bien curieux
sur certains d'entre eux qui occupent des fermes de
TEst, fermes bien situées, quoique d'ailleurs d'un
pauvre rapport, les payant au quadruple de leur
valeur et recevant à certaines dates, en cas de mau-
vaises affaires, d'importants, de mystérieux subsides*.
1. On m'a cité une ferme près de la frontière, arrivée à fin
280 l'avant-oubrrh
Les fermes allemandes se multiplient surtout, ce
qui est très caractéristique, dans la région impor-
tante appelée la Woévre, entre la Meuse et la Mo-
selle, jalonnant une route d'invasion qui va de Metz
à Saint-Mihiel et Lrérouville.
Avant de dénombrer, d'une façon forcément incom-
plète, ces fermes de la Woévre, nous en citerons
quelques-unes dans le Châlonnais, région également
des plus exposées au point de vue militaire.
!• Dans le Châlonnais.
A Coolus, à 4 kilomères de Châlons, siège du
iorps d'armée, en bordure de la ligne du chemin de
fer Paris-Nancy-Avricourt, par Toul, située sur une
hauteur qui domine la ligne, se trouve la ferme
Beuzard, occupée par des Allemands. Ladite ferme
est en outre à 100 mètres d'un petit pont (tablier mé-
tallique) sur le ruisseau la Coole, que franchit la voio
ferrée. Si ce pont saute, la mobilisation est en-
travée.
Dans la région de Sainte-Menehould, le long de 1»
ligne Châlons-Batilly-Metz paj* Verdun, plusieuri
de bail, lou<!;e jusqu'alors trou mille /rancs, qui a été louée
aussitôt par un Allemand, au prix de cinq mille /ranci . Le
cas n'est pas isolé. Nos voisins attachent, en ce moment, une
importance capitale à ces domaines, généralement bien placés,
qui deviendront, au jour de la mobilisation, autant de fortins
allemands en terre française, où s'instruisent, en attendant cette
heure critique, des guides et des éclaireurs de premier choix.
Certains de nos forts — très importants — ne sont occupés que
par cinq ou «w? hommes! Or l'envahissement allemand de
fermes voisines permettrait en outre à l'ennemi d'occuper ce»
fbrtA avant que la mobilisation ait pu renforcer leurs postes.
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'bST 281
fermes sont occupées par des Allemands. A Cemorif
à 15 kilomètres de Châlons, le château et la ferme,
précédemment propriété de la famille de P..., sont
aujourd'hui au pouvoir des Allemands.
A propos du Châlonnais et de la région de Sainte-
Menehould, on nous a écrit :
« Ils sont légion maintenant, dans cette contrée,
les villages où, lentement, systématiquement, patiem
ment, s'installent de véritables colonies allemandes ;
j'entends des familles d'Allemands qui savent à peine
baragouiner trois ou quatre mots de notre langue, qui
raahètent les fermes disponibles, qui vivent absolu-
ment à part, forment un monde fermé, où aucun de
nos paysans n'a le droit de pénétrer. Je ne parle pas
de leur morgue et de leur insolence. Je suis persuadé
que ces envahissements partiels ne sont que la réalisa-
tion d'un vaste plan d'ensemble et, au surplus, que
plusieurs de ces gens-là sont subventionnés. Ils arri-
vent toujours à point, au moment précis, admirable-
ment renseignés sur les avantages et les inconvénients
des combinaisons qu'ils se font proposer. »
Quant aux valets de ferme suspects :
« Ils arrivent, parlant très durement, mais assez
correctement le français. Ils paraissent même trop
distingués. D'ailleurs, ce sont des modèles d'honnê-
teté. Laborieux, toujours empressés, ils vivent à
part, eux aussi, taciturnes, ne communiquant leurs
observations à personne, paraissant étudier, exami-
ner quelque chose. Les dimanches et jours fériés,
ils vont seuls par monts et par vaux. On les surprend
à recueillir des notes, faire de la photographie, aux
alentours des ouvrages militaires, des travaux d'art.
Quelquefois, quand l'attention est éveillée, l'homme
282 l'avant-gubrrb
disparaît par une nuit sombre, sans même avoir
touché sa paye ^. m
2* Fermes de la Woëvre.
Nous avons dit que la Woëvre est une vaste plaine
s'étendant entre la Meuse et la Moselle. C'est surtout
un immense champ clos, bien connu de tous les mi-
litaires, promis aux premiers grands combats de la
guerre de demain.
Cette région, admirablement pittoresque, acci-
dentée, vallonnée, forestière, parcourue par des
t rupts » ou ruisseaux d'un aspect riant, est désignée
comme un des établissements principaux de notre
couverture. Depuis quelques années une lente infiltra-
tion allemande s'y produit. Les fermes tombent une
à une aux mains de l'ennemi. Celui-ci ne les choisit
pas au hasard. Il les lui faut spacieuses et bien
situées.
Nous ne pouvons mieux faire que reproduire les
lignes suivantes, extraites encore d'un article du
général Maitrot, publié par ÏÉcho de Paris sous ce
titre « Questions de frontière ».
Cet article a trait à l'occupation des fermes de la
Woëvre par les Allemands:
Les Allemands trouveront dans la Woèvre tous les
guides dont ils auront besoin; ce sont leurs nationaux
qui s'y sont fixés, avec le consentement des autorités
locales. j
1. On me signale au dernier moment comme allemandes,
dans la répion de Sainte- Sîcnehonld, les fermes de Remicourtt
de La. Batte, de VannouUlet-Dame» et de Saint-Jean-decanP
Pot nette.
\
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'eST 283
J'ai déjà signalé le fait à maintes reprises. Oui, la
Woëvre est pleine d'espions, installés à demeure, et
qui « attendent l'armée allemande ». Je pourrais citer
plusieurs grandes fermes du pays occupées par des fa-
milles allemandes qui n'ont de cultivateur que le nom.
Par un hasard singulier, toutes ces fermes sont situées
sur des points admirablement choisis ; plateaux élevés
dominant la région, embranchements de routes, grande
clairière dans une forêt.
Certain jour de l'année 1910, je chassais dans les
bois de... Le soir venu, je regagnais le rendez-vous
avec mon porte-carnier, paysan des environs, et je lui
parlais de la ferme de X..., située à l'extrême frontière
et à proximité de laquelle j'étais passé plusieurs fois
dans le courant de la journée. Et comme je lui deman-
dais quel en était le tenancier, il me répondit : « Un
officier allemand 1 »> Je fis un haut-le-corps et il ajouta :
■ Oui, mon général, un officier allemand, pas de l'ac-
tive, sans doute, mais un homme qui a servi, on le
voit bien à sa tournure. D'ailleurs, regardez les champs,
tous en friche; ça, un fermier, un cultivateur? Allons
donc ! Il est plus souvent à Metz qu'ici. »
Je fis cette réflexion : « Pourquoi a-t-on laissé cet
homme s'installer dans cette ferme? La mairie, la pré-
fecture ne savent donc rien? » Alors une réponse
conçue en termes énergiques que je me dispense de
rapporter.
Cette situation n'est pas particulière à la Woêvre ;
toute la région avoisinant nos frontières de l'Est et du
Nord est infestée d'espions, et toujours on les trouve
gités aux bons endroits près des places fortes, à proxi-
mité des ponts, des tunnels, des ouvrages d'art impor-
tants, qu'ils ont certainement pour mission de saboter
quand ils en recevront l'ordre, de façon à ralentir notre
concentration en arrêtant la marche de nos trains.
Le ministère de la Guerre français a été cent fois
prévenu de ce qui se tramait sur un des points les
plus importants du territoire. N'ai-je pas eu l'occasion
de lire récemment un ouvrage fort intéressant, une
<
284 l'avant-ouerre
de ces vues d'avenir comparables aux éclairs qui
sillonnent la nue avant l'orage, intitulé La Bataille de
la Woëvre. Mais le ministère de la Guerre français
sous André, sous feu Berteaux, sous Messimy, s'occu-
pait beaucoup moins des dangers qui menacent la !
Woëvre que des opinions politiques et des convictions
religieuses du corps des officiers. Au lieu de dresser
la liste des fermes allemandes de la frontière, ces
messieurs mettaient à jour Corinthe et Carthage, les
GRANDS LIVRBS DE LA DÉLATION, AUSSITÔT TRANSMIS
d'ailleurs au grand ÉTAT-MAJOR ALLEMAND, PAR LES
SOINS DE l'agence ScHIMMELPFENO, 2, BOULEVARD
Montmartre, a Paris.
L'enquête que nous avons entreprise sur l'acquisi-
tion des fermes dans la région de l'Est, au voisinage
de la frontière, par notre ennemi, est difficile, car les
Allemands — rcpctons-le — se donnent en général
comme des annexés plus ou moins naturalisés.
Un des nombreux patriotes qui m'a renseigné sur
cette région m'écrivait :
« Je suis ici à deux pas de la ligne de la Meuse,
sous le canon du camp des Romains, près du pont db
lilSLÉE, qui fut saboté, l'aN DERNIER, PAR DES MAINS
MANIFESTEMENT ALLEMANDES, AU MOMENT DB l'aFFAIRE
d'Agadir. On peut voir encore aujourd'hui, à deux
cents mètres de ce pont, un draj)eau allemand des-
siné sur une borne kilométrique du chemin de halage... î*
Nous sommes infestés de métèques, contrebandiers,
marchands de peaux de biques, romanichels de toute ;;*
couleur et de toute farine (jui paraissent beaucoup;,'
plus soucieux d'examiner le terrain et de supputerai
nos ressources que de débiter leurs marchandises. 2
Saint-Mihiel est enjuivé depuis longtemps... Onj
m'assure que les fours à chaux de Dompcevrin, prèa ''
À
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'bST 285
Saint-Mihiel, sont aux mains d'actionnaires alle-
mands, dont le principal demeurerait à Knùttange-
Hùtten. »
Pour en revenir à ces fermes, quand l'officier ou
le sous-officier qui les a acquises, quelquefois au triple
de leur valeur, se sent signalé et brûlé, il les revend
avec perte et transporte ailleurs son réduit.
C'est ainsi que la ferme de Montplaisir, au-dessus
de Thiaucourt (25 hectares) ^ dont la masse sombre se
voit à dix lieues à la ronde, appartenait, jusqu'à ces
derniers temps, à un prétendu Luxembourgeois des
plus suspects. Comme le scandale était un peu fort, il
passa la main à un Français. Ce cas est malheureuse-
ment isolé.
Au sud de Gorze, sur le long plateau boisé qui
longe la frontière, entre Arnaville et Chambley, on
nous a signalé deux grosses fermes, des plus impor-
tantes, entourées de maigres champs. Elles sont
toutes deux aux mains d'Allemands qui ne vont à la
poste qu'à Gorze en territoire annexé.
Sur le plateau de la rive droite du rupt de Mad,
entre Pagny-sur-Moselle et Thiaucourt, se trouvent
les trois fermes bien connues de La Grange-en-Haijey
de Bouleuvre et de Sainte- Marie. Elles sont tenues
par des fermiers soit allemands, soit annexés, qui y
emploient en tout cas la main-d'œuvre allemande.
En temps de guerre, les troupes allemandes trouve-
raient, dans ces manœuvres, des guides tout indiqués
et sûrs pour les conduire la nuit, les yeux fermés, à
travers ces longs rideaux de bois, impénétrables et
fangeux, qui barrent la mi-Woëvre du nord au sud.
Sur la route de Chambley*, une belle ferme com-
1. A Chambley, un sujet berlinois du nom de KraU *
286 l'avànt-qubrre
mande une partie de la position du défilé de Saint-
Benoit. Allez causer avec le propriétaire. Vous serez
vite édifiés sur la nationalité des fermiers.
Si vous continuez jusqu'à Vigneullcs, où débouche
la trouée de Spada, au pied des côtes, à un endroit
où l'on peut atteindre à couvert les hauts de la Meuse,
se trouve, à la lisière nord des bois de Creue, la
ferme de VaUen-Dois. C'est encore une famille par-
lant allemand qu'elle abrite.
Plus au sud, à la lisière ouest des bois de la Belle-
Ozière, une famille allemande possède la ferme très
importante de Buocières-au-Dais. Cette ferme com-
mande, outre un grand nombre de passages qu'il me
semble inutile de spécifier, la route de Buxières à
Heudicourt et la route d'Heudicourt à Nousard. Je
donne ces détails précis pour les ofliciers en particu-
lier qui voudront bien les vérifier, comme je l'ai fait
moi-même, sur les quatre cartes d'état-major de la
ré;iion de Commercy. Une de celles-ci manquait, il y
a quelques mois, mais je p nse (ju'elle est aujourd'hui
remplacée.
Depuis plusieurs mois, la ferme du Crioty sur la
route stratégique entre Chaillou et Heudicourt, est f
occupée par une famille que Ton dit allemande. Le
pire, c'est que le réseau se resserre, et qu'on pourra
bientôt dresser une carie des fermes alleinandes de
la Woëvre qui montrera aux plus aveugles le plan
d'investissement de l'ennemi.
loué la poche des étangs de Saint-BenoU, de la Chaussée, de
la Parroi, de Doncourl, et en général de tous les étangs de la
région. Cela lui donnera toutes les facilités pour se documen-
ter minutieusement sur les points itiiéres.sants de la topo^'^a•
phie p'pionale. Kratz a fait con>li une à Chanibley de vastes
réserroirs où le poi.s.son attend son départ en wagons spé-
ciaux pour l'Allemagne.
^
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'jLST 287
La ferme de Méraucourt.
En plein camp des forts de Verdun^ exactement au
nord des forts de Douaumont et de Vaux, se trouve la
ferme de Méraiicourt que la rumeur publique préten-
dit longtemps appartenir à l'empereur d'Allemagne
sous le couvert d'une personne interposée. Depuis le
fait a été formellement contesté et Ton conçoit com-
bien il est difficile en pareille matière de se recon-
naître au milieu des affirmations contradictoires qui
parviennent à l'enquêteur de tous côtés.
Ce qui est notoire c'est qu'à la suite d'une enquête
tenue fort secrète, — mais pas si secrète que les con-
clusions ne nous en soient parvenues — le fermier de
Méraucourt fut l'objet d'un arrêté d'expulsion. La
Sûreté générale avait eu la main forcée par l'autorité
militaire française.
Or, sur une simple démarche auprès du ministre
de l'Intérieur, cet arrêté d'expulsion fut rapporté.
Certains journaux de l'Est, et notamment le Petit
Montm^édien, ayant reproduit cette information, le
Courrier de la Meuse ajoutait, sous la signature de
son rédacteur en chef :
Méraucourt est un écart de la commune de Bezon-
vaux du canton de Charny. Cette ferme est située à
proximité des forts de Tavannes, de Douaumont et des
principaux ouvrages de la défense de Fleury et de Sou-
ville.
M, Bidon, qui l'habite avec son père, est, en effet, un
Allemand très distingué et qui semble de pure race. Le
service de la Sûreté me disait récemment que jamais
ce monsieur n'écrit en Allemagne, ce sont ses sœurs
qui font constamment le voyage entre Metz et Eix-
Abaucourt et lui servent sans doute de facteurs.
288 l'a-Vant-goerre
Au dernier banquet de la Société d'Agriculture à
Verdun, je me trouvais à côté de ces deux messieurs
Bidon qui échangèrent ensemble leurs impressions sur
les convives, à plusieurs reprises en allemand, si bien
que je jugeai utile moi-même d'ajouter au dessert quel-
ques reflexions en la même langue à leur adresse, ce
qui n'eût point l'air de leur plaire.
Je me demande, sans pouvoir comprendre, pour
quelles raisons secrètes la Société d'Agriculture }uf;eaL.
bon de donner, à ces MM. Bidon, son premier prix
d'améliorations culturales, le 13 octobre dernier. Ces
sujets de Guillaume sont depuis très peu de temps sur
cette ferme. En tout cas, la mesure a été très commen-
tée par tous les bons Français qui m'entouraient ce
jour-là à Verdun.
A quoi le mystérieux fermier de Méraucourt ré-
pondit par la lettre suivante, qu'il importe de lire
avec soin, elle en vaut la peine :
Méraucourt, le 5 novembre 1912.
Monsieur Malou,
directeur du Courrier de la Meuse ^
16, place Chevert, Verdun.
Monsieur,
Dans le numéro de votre journal du 2 novembre 1912,
première page, 4* et 5* colonnes, vous reproduisez un
article de V Action Française et du Petit Montmédien^
dans lequel vous prétendez que :
1*> La ferme de Méraucourt appartient à l'empereur
Guillaume II ;
2* Que cette ferme est gérée par un officier allemand
en activité de service ;
3° Que mes sœurs font constamment le voyage entre
Eix-Abaucourt et Metz, et me servent de facteurs dans
un service d'espionnage ;
4* Que j'ai été l'objet d'un arrêté d'expulsion rapporté
sur les instances de l'ambassade d'Allemagne;
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'eST 289
5" Que mon père et moi sommes des Allemands dis-
tingués et de pure race.
Je pourrais m'adresser à la justice française pour
obtenir contre vous une condamnation à des dommages-
intérêts pour votre article diflamatoire. Mais cet article
est rempli de telles erreurs et inexactitudes que sa por-
tée en tombe d'elle-même.
Que M. Léon Daudet, un polémiste ardent et pas-
sionné, écrive de telles bêtises à mon sujet, cela m'im-
porte peu! Mais qu'un journaliste local, qui devrait
connaître les gens et les choses de son pays, reproduise
ces bêtises, sans les contrôler, cela dépasse les bornes
de l'information sérieuse.
Permettez-moi de vous dire que :
1* La ferme de Méraucourt n'appartient point à l'em-
pereur d'Allemagne, mais à un citoyen français honora-
blement connu à Verdun : M. Jules Sponville, proprié-
taire à Vaux-devant-Damloup, dont je ne suis que le
fermier ;
2» Je ne suis point officier prussien et n'ai jamais servi
dans l'armée allemande, même en qualité de simple
soldat. Je vous mets au défi de prouver le contraire ;
S'* Mon père et toute ma famille habitent Metz, et si
mes sœurs viennent à tour de rôle à Méraucourt, c'est
parce que je suis célibataire et qu'elles viennent faire
mon ménage et m'aider dans la gestion d'une ferme de
200 hectares comme celle de Méraucourt ;
4'*Sifai été V objet d'un arrêté d'expulsion, c'est à
la suite de renseignements erronés donnes sur mon
: compte à la Sûreté générale. Il m'a suffi d'une simple
démarche personnelle^ sans le secours de l'ambassade
d^ Allemagne, au ministère de l'Intérieur français, pour
ifaire rapporter purement et simplement cet arrête
\d^expulsion.
A l'examen des renseignements et du dossier que Je
lui ai transmis, le ministère de Vlntérieur a reconnu
lu'il avait été trompé par des renseignements erronés
tendancieux sur mon compte provenant de concur»
\ents intéressés;
5" Si je ne suis point Français de nationalité, je le
lis de cœur. Mon père est né à Sierck (Alsace-Lor-
290 l'àvant-odbrre
raine) en 1850, et si, au lendemain de la guerre, il est
resté en Lorraine annexée, c'est que des intérêts maté-
riels et pécuniaires considérables ne lui ont point per-
mis une émigration en France qu'il désirait vivement.
Aujourd'hui, tous les Français intelligents, et avec
eux Maurice Barrés, reconnaissent que les Alsaciens-
Lorrains commirent une grosse faute, au lendemain de
70, en éinigrant en France, et qu'il aurait mieux valu
maintenir les traditions françaises et s'opposer à la
germanisation à outrance dont la France e^t victime en
Alsace-Lorraine,
Alsacien-Lorrain! voilà ce que je suis, avec toute ma
famille, Monsieur! et il est profondément regrettable
de voir un journaliste français traiter des Alsaciens-
Lorrains d'Allemands distingués et de pure race. J'ai
perdu la nationalité française à la suite de la guerre
de 1870 et les Français devraient être les seuls à ne
point le reprocher à leurs frères d'Alsace-Lorraine et
à ne point leur adresser gratuitement de telles in-
jures.
Je suis venu à Méraucourt pour y gagner ma vie et
non pour y faire de l'espionnage.
Si, au lieu de ramasser dans votre journal des potins
et des ragots, vous aviez pris la peine de faire sur mon
compte une enquête sérieuse, vous sauriez que je m'oc-
cupe en ce moment de rassembler les papiers qui me
sont nécessaires pour demander aux autorités compé-
tentes ma réintégration dans la nationalité française.
Mais il ne me plaît point, pour le moment, de me
défondre plus avant contre des accusations aussi gros-
sières et aussi injustifiées et je vous somme d'insérer,
confoimément à la loi, ma réponse dans le plus pro-
chain numéro de votre journal aux lieu et place de
l'article dans lequel vous m'avez si légèrement accusé.
Veuillez agréer. Monsieur, mes salutations.
Alphonse Bidon.
Je ferai d'abord remarquer à M. Bidon qu'il est
bien mal venu à invocjuer la thèse de Barrés puis-
qu'il fait précisément tout le contraire, puisqu'il
LES FERMES ALLEMANDES DANS L'eST 291
occupe une ferme en France au lieu de demeurer en
Lorraine annexée.
Mais, en outre, il est clair que, si l'empereur alle-
mand avait acquis une ferme en France, cVût été
sous un prête-nom et qu'il ne serait pas venu en per-
sonne à Verdun signer chez le notaire.
Enfin, il reste acquis, de l'aveu même de M. Bidon :
1* Qu'il n'est pas Français ;
2" Qu'il a été l'objet d'un arrêté d'expulsion;
3* Que ledit arrêté a été rapporté.
Les explications de M. Bidon au sujet de cet arrêté
d'expulsion sont embarrassées, confuses et obscures.
S'il s'était contenté de labourer son champ, la Sûreté
générale n'aurait pas eu à s'occuper de lui. D'autre
part, il fera difficilement croire qu'une mesure aussi
grave qu'un arrêté d'expulsion ait été rapportée sur
ime simple démarche de sa part au ministère. Il s'est
sûrement fait appuyer. Pourquoi ne donne-t-il pas
les noms de ses protecteurs?
Enfin, il est au moins singulier que M. Bidon
éprouve tout à coup, après un si long temps écoulé,
le besoin de demander aux autorités compétentes sa
réintégration dans la nationalité française et que
cette demande coïncide avec nos révélations concer-
nant la ferme de Méraucourt.
La lumière devra être faite sur tous ces points.
Cette question de la ferme de Méraucourt a eu son
écho à la Société d'Agriculture de Verdun, ainsi
qu'en fait foi l'entrefilet suivant paru dans le Courrier
de la Meuse :
Discussion très vive à la Société d'agriculture ce
matin mardi à dix heures à propos d'une /w^re da
292 l'avant-ouerrr
M. Letrique, de Watronville, demandant à la Société
d'exclure de son sein les étrangers. Cette motion vise
évidemment le cas Bidon et passionne de suite les mem^
bres présents.
M. Lieutaud expose les avantages et les services
rendus à Tagriculture par les cultivateurs belges dans
notre région et, avec le jury mis en cause pour le prix
des améliorations culturales attribué à M. Bidon, dé-
fend les étrangers.
M. Malou riposte aussitôt qu'il ne s'agit pas du tout
d'exclure nos amis les Belges, mais les Allemands et
que l'on peut très bien faire des catégories parmi les
étrangers. M. Delandre, maire de Gincrey et M. Hen-
nequin, l'aimable fermier de Renonvaux, près d'Etain,
appuient énerglquement le dire de M. Malou.
M. Lecourtier intercient avec plusieurs autres mem-
bres en faveur de M. Bidon et dit qu'il faut s'en pren-
dre aux parrains de ce membre.
M. Lieutaud dit que l'on ne peut créer des règle-
ments nouveaux sans modifier les statuts.
Eoân tout le monde se met d'accord pour décider
qu'au mois de mai, on proposera la modification du
règlement, afin que les étrangers ne soient pas admis
dans la Société avant un an de présence dans l'ar-
rondissement, afin quon les connaisse. On invite en-
suite les parrains à être très circonspects dans le patro-
nage qu'ils accordent quelquefois bien à la légère
et on prie les membres de reclamer le scrutin secret
quand ils le veulent, pour l'élection d'un candidat.
De ce compte rendu on pout facilement conclure
combien les déclarations de M. Bidon ont paru peu
convaincantes à ses collègues de la Société d'Agricul-
ture.
Au dire d'un journal républicain local, à la date du
!•' décembre dernier, la police tolérait, à Verdun,
165 sujets allemands des deux sexes établis en ville!
Sans préjudice des juifs, naturalisés et nomades qa'
fourmillent dans la région.
LES FERMES ALLEMAiNDES DANS l'bST 293
L'on m'écrit à ce sujet :
« ... Quantité d'étrangers s'installent ainsi comme
fermiers le long de la frontière, et tous se disent na-
tifs du Luxembourg. Ces individus sont tous en rela-
tions; jamais ils ne s'écrivent, et c'est en voiture
qu'ils se rendent visite. Comme exploitants, ils ne
sont nullement des lumières et, bien qu'ils fassent
tous de maigres récoltes, ils paient bien et vivent
encore mieux... Il n'y a aucun doute, la plupart de
ces fermiers sont des espions, et il est urgent que les
secteurs des camps retranchés soient occupés en
temps de paix par les troupes de forteresse, afm d'é-
viter le sabotage des points stratégiques importants
(lignes télégraphiques aériennes et souterraines), à
la première heure de la mobilisation. »
Mes correspondants s'accordent à me dénoncer des
conciliabules fréquents, entre ces fermiers d'Avant-
Guerre. Même depuis quelque temps, ils préside-
raient la nuit à des échanges de signaux optiques.
Il faut bien reconnaître, du reste, que cette occu-
pation du sol français dans cette région de la Woëvre
est singulièrement facilitée par l'exode des autoch-
tones. Les habitants abandonnent peu à peu ces ter-
res occupées jadis par leurs ancêtres. C'est un des
pires effets de la centralisation républicaine. Elle
fait le vide dans les campagnes et l'étranger en pro-
fite pour venir s'installer chez nous.
Un de nos amis qui a fait l'automne dernier un
stage militaire dans cette région m'écrivait :
« Durant l'été de cette année, nous n'avons guère
manoeuvré qu'en Woëvre : nombreuses manœuvres
de un jour, manœuvre de trois jours, en avant du
mont See, manœuvre de trois jours, contre Toul,
vers Minorville et Tremblecourt ; enfin manœuvres
294 l'avant-oubhre
d'automne, à la frontière même, vers Briey, Batilly,
Mars-la-Tour, Chambley. Dans toute cotte réi^ion,
la terre est à qui veut la prendre. A Limey, où nous
avions cantonné un jour, la vieille femme chez la-
quelle j'étais logé me disait :
« Un tiers du village est complètement abandonné;
un autre tiers n'est habité que par des gens de mon
âge, sans enfants. L'autre tiers tient encore debout.
Depuis deux ans, il n'y a pas eu de naissance dans
ce village. Dès que les jeunes gens atteignent dix-
huit ans, ils s'en vont aux mines. »
« Notez que le fait est général dans toute la
Woëvre, sauf peut-être sous les côtes, où les villages
vivent encore à peu près de la vigne. Alors, on
VEND, ET vous SAVEZ QUI EST ACHETEUR.
« A Monaville, à quinze kilomètres à l'est d'Etain,
je causai avec le propriétaire qui nie logeait. J'ai
quarante hectares, me disait-il, je m'en occupe seul
avec ma fem.yne, mais je ne sais si je pourrai aller
longtemps comme cela, et il faudra que je vende. La
plus vieille maison du village, que l'on appelle en-
core « le château », est occupée par des Allemands
et leurs domestiques, allemands, bien entendu. Une
ferme très importante, qui se trouve sur la route
de Chambley à Gorze, m'a été signalée comme occu-
pée par des Allemands. Je n'ai pu toutefois vérifier
le fait... »
La ville de Saiut-Mihiel est entre les mains des
juifs. Le maire est un nommé Pliassmann. Tous les
bouchers, ou presque, sont juifs. Le commerce est
réparti entre deux tribus juives, qui louent aussi des
meubles à l'année, au mois, à la semaine. Un certain
M... a fait le trust des logements. Pour louer, tout of-
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'eST 295
ficier de la garnison doit avoir affaire à lui, directe-
ment ou indirectement.
Mais continuons notre énumération.
La ferme allemande de Saint-Barthélémy était
située aux environs du fort de la Chaume et du fort du
Regret. Non loin de là, les fours à chaux d'Haudain-
ville appartiendraient à une compagnie allemande.
Leurs produits, en tout cas, sont expédiés en Alle-
magne, généralement par la gare d'Amanvilliers.
On sait que, dans la nuit du 26 novembre dernier,
eut lieu , à Arraitcour^, une alerte bizarre et encore mal
expliquée de mobilisation. Or, cette alerte coïncida
avec un certain nombre d'épisodes, incendies de
fermes, disparitions de fermiers très caractéris-
tiques.
C'est ainsi que la ferme de Saint-Barthélemij ^ que
nous venons de signaler, fut détruite par le feu. Le
25 novembre, à huit heures du soir, l'alarme était
donnée à Verdun. Comme il n'y avait pas d'eau, tout
fut brûlé. La quantité anormale des foyers d'incendie
fait qu'on a arrêté le patron de la ferme, nommé
Vendick et son domestique du nom de Daïhiès. Ven-
dick est d'origine luxembourgeoise (?), il était à la
ferme depuis peu de temps.
Faute de preuves, Vendick ainsi que son domes-
tique furent relâchés.
Dans cette même nuit du 26 novembre, un des plus
gros fermiers de Villers-la-Montagne, village de huit
cents habitants, situé à dix kilomètres de Longwy-
Haut, sur la route nationale de Longivy à Metz et à
six kilomètres de la frontière, fermier allemand ex-
ploitant une ferme modèle appartenant à un Fran-
çais de la localité, a passé la frontière avec tous
SES biens, SB6 troupeaux ET SES DIX-HUIT OBBVAUX.
296 l'avant-guerre
Ajoutons que cet Allemand est sous-officier de la
landwehr. Les autorités, afin de pallier le fait, ont
raconté qu'il avait pris la fuite pour éviter une saisie
imminente.
Mais son départ aurait-il eu lieu sans l'alerte du
mois de novembre? N'avait-il pas été renseigné? Le
certain, c'est que cette coïncidence a vivement ému
les autorités de la région. On n'avait pas encore de
nouvelle de ce fugitif le o décembre dernier. Le plus
ennuyé dans cette affaire serait le propriétaire de la
ferme, un fort brave homme, proche parent de Tex-
ministre Lebrun, auquel son fermier devait, dit-on,
une grosse somme.
Le fermier allemand de Montmeiise aurait égale-
ment disparu et serait recherché par la maré-
chaussée.
Cette ferme est située entre Bislée et Saint-Mihieî,
à cinq cents mètres du quartier du 12' chasseurs à
cheval. Ses fermiers ne travaillaient guère et ve-
naient chaque jour à Saint-Mihiel chercher des jour-
naux de toute sorte.
Une lettre datée du 10 décembre dernier, et venant
de la frontière, m'a rapporté qxïAUondrelle, village
situé au nord de [jonguyon, près de la frontière
belge, faillit avoir son alerte comme Arraucouri et
dans la môme nuit. L'erreur venait d'un receveur
des postes, lequel téléphona à l'officier des douanes
d' AUondrelle que la guerre était déclarée. Ce dernier
heureusement tint conseil avec le maire, et l'on dé-
cida d'avertir simplement les hommes mobilisables
d'avoir à se tenir prêts à partir, en attendant confir-
mation officielle de la mobilisation. Cet incident
prouve l'insuffisance de préparation des fonction-
naires Je l'administration des P. T. T. à l'éventuahté
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'eST 297
d'une guerre, ou du moins aux mesures de précaution
qui peuvent la précéder.
Mon éminent ami de Boisfleury a signalé, dans
V Action Française, le contre-coup immédiat provoqué
chez les Allemands, par notre mobilisation partielle.
Voici sur ce point un nouveau détail : à Amanvilliers,
frontière allemande, sur la ligne de Conflans à Metz^
nos adversaires éventuels avaient dirigé, avec une
remarquable célérité, outre une cinquantaine de
gendarmes, un assez fort contingent de troupes ei de
l'artillerie. De plus, sur toutes les routes, la gendar-
merie allemande questionnait avidement les gens
venant de France.
Il y eut là un ensemble de faits qui décidèrent
le ministère de la Guerre, par l'intermédiaire de
l'État-Major du 6" corps, à ordonner à la gendarmerie
locale — je citerai notamment les trois cantons de
Longwxjy de Longuyon et d'Audun- le -Roman — db
s'informer des Allemands suspects exerçant les
PROFESSIONS de FERMIERS, INDUSTRIELS, INGÉNIEURS,
ENTREPRENEURS, CONTREMAITRES, ETC. 11 en fut Si-
gnalé un grand nombre. En voici un de plus, qui
prouvera à l'autorité militaire que nous sommes
exactement renseignés et qu'il est grandement temps
pour elle d'ouvrir, comme on dit, l'œil et le bon.
Il s'agit d'un entrepreneur de camionnage, — j'ai
entre les mains son dossier complet, — protégé du
maire juif d'une ville importante de garnison dans
l'Est. Cet individu s'est fait naturaliser à trente-six
ans, après avoir accompli, en Allemagne, toutes ses
périodes d'instruction militaire. C'est exactement, on
s'en souvient, le cas de Lucien Baumann, des Grands
Moulins de Corbeil. Ce camionneur est le fils d'un
financier allemand qui fit de mauvaises affaires.
298 l'avant-guerrb
Lui-même ne vit que d'expédients. Il demeure tout
PRÈS d'un pont, dont l'importance stratégique est
CONSIDERABLE, DANS LA MÊME MAISON QUE DEUX OFFI-
CIERS FRAN(^'Ais, qui feront bien aussi de se mélier,
si ces lignes leur tombent sous les yeux. Il est l'in-
time ami du propriétaire d'un château des environs,
sur lequel on me communique par ailleurs des ren-
seiirnements fort impressionnants. Il a plusieurs
frères officiers dans l'armée allemande. Avant d'ha-
biter LA VILLE de garnison EN QUESTION, NOTRE
HOMME OCCUPAIT UNE FERME DE LA WoBVRB. Munie dô
ce signalement, l'autorité militaire n'aura pas beau-
coup de mal à découvrir de qui je veux parler et à
faire son devoir.
Autres fermes allemandes.
La ferme de VAm,érique, située entre Chonville et
Lérouville, à deux kilomètres du 154* d'infanterie,
serait occupée par des étrangers.
Seraient allemandes aussi les fermes de Dricourt
et de BricJiawiaud, situées à 4 kilomètres du fort de
Liouville et à 3 kilomètres de la batterie d'Apremoni»
On y garderait toujours deux récoltes de grains.
Seraient-elles destinées au ravitaillement de l'enva-
hisseur?
L'année dernière un oflicier français, allant en
reconnaissance de trois jours aux environs de Mars-
la-Tour, coucha dans deux fermes, sous le portrait
de Frédéric-Guillaume et de Guillaume II! Comme il
demandait au fils d'un de ces fermiers ce que sa
famille et lui feraient en cas de mobilisation : t Nous
LES FERMES ALLEMANDES DANS l'eST 299
rentrerions en Allemagne », répondit sans hésiter ce
petit soldat d'Avant-Guerre,
Un de mes correspondants attire mon attention sur
la situation toute particulière du chàteau-ferme de
Martincourt, situé, celui-ci, en pays annexé, mais à
une portée de fusil de la frontière et de la forêt
de Parroy {consulter la carte d' état-major). Martin-
court appartient à un propriétaire prussien qui y
entretient, comme cultivateurs (?) des vétérans de
l'armée allemande parmi lesquels des sous-offi-
ciERS, AU NOMBRE d'une TRENTAINE. Ccs vétérans cir-
culent fréquemment et librement dans le pays fran-
çais et notamment en forêt de Parroy. Ils seront, en
cas de guerre, d'excellents guides à travers ces bois
très marécageux, impraticables sans leur concours à
une armée d'invasion.
Or, la forêt de Parroy permet d'arriver jusqu'à
Lunéville^ en deux heures, achevai, et de surprendre
cette importante garnison (2" division indépendante
de cavalerie, 2° bataillon de chasseurs). La connais-
sance de cette forêt permet en outre d'amener des
troupes, au besoin de l'artillerie de siège, à deux
kilomètres nord-est du fort de Manonviller^ lequel
couvre notre voie ferrée d* Avricourt-Nancy et cons-
titue le seul ouvrage avancé à l'est de Toul.
Quelqu'un, dont l'intelligence et l'activité égalent le
patriotisme, m'écrivait au sujet de tous ces suspects :
Qu'en fera-t-on au moment de la mobilisation ?
J'estime qu'il sera à peu près impossible à nos gen-
darmes de les arrêter à temps ou de les expulser. A ce
moment, en etïet, les gendarmes auront à s'occuper de
quantité de choses. Il leur faudra d'abord porter dans
toutes les communes les aftiche* de la mobilisation et
en coller un certain nombre eux-mêmes. Et Tinvasion
des troupes allemandes se fera peut-être si rapidement.
300
L AVANT-GUERRE
sar certains points, qu'ils en auront à peine le temps.
Alors, que deviendront les suspects? C'est un premier
problème à résoudre.
Et il y en a un second: que fera-t-on de la masse des
étrangers non suspects, dont un grand nombre demeu-
rera certainement sur place? Je crois que la présence
d'une quantité d'étrangers sans travail et bientôt sans
pain pourra devenir fort dangereuse pour les popula-
tions indigènes.
C'est bien mon avis, et je transmets la question à
M. le Ministre de la Guerre, afin qu'il en fasse son
profit. Ces études sur l'espionnage juif-allemand ont
un but suprême qui est le renversement d'un régime
de trahison : mais elles ont aussi une portée immé-
diate, ({ui est la sauvegarde, en cas de guerre, de
certains points vitaux, essentiels. Mes correspon-
dants le comprennent à merveille. Eux et moi, leur
modeste porte-parole, faisons de notre mieux notre
devoir. Au Ministre de la Guerre de faire le sien.
CONCLUSION
Me voici arrivé au terme, non de Texposé de toute
l'Avant-Guerre allemande en France, certes, mais de la
première partie de cet exposé. Jusqu'à ce jour les écri-
vains patriotes, civils ou militaires, qui avaient traité
ce grave sujet, étaient demeurés dans des généralités
intéressantes, peu capables cependant de soulever
l'opinion. C'est pourquoi j'ai cru nécessaire de citer
les noms et les faits, d'être aussi concret qu© possible.
11 est très possible que, malgré ma vigilance, quel-
ques erreurs de détail se soient glissées dans cet amas
de documents que j'accumule depuis le mois de sep-
tembre 1911 et qui ont été publiés successive-
ment dans V Action FrançaUe quotidienne. Il est éga-
ment possible que ces révélations aient amené ici et
là des transformations de l'entreprise allemande,
soit que certaines des sociétés citées aient renforcé
leurs masques par prudence, soit que sur quelques
points l'envahisseur ait reculé et cédé la place à l'au-
tochtone. Non seulement j'accepte par avance, mais
encore je sollicite toutes les rectifications dûment
302 l'atant-gubrre
motivées et dont il sera tenu compte dans les éditions
ultérieures. Je préviens toutefois les protestataires
que je contrôlerai rigoureusement leurs dires et réfé-
rences, car il est sous la République plus d'une façon
de se prétendre français alors qu'on est bel et bien juif
et métèque. EnQn je ferai remarquer qu'au cours
d'une campagne de dix-huit mois je n'ai pas recueilli
plus de deux ou trois démentis catégoriques, s'il
m'est parvenu, directement ou indirectement, une
demi-douzaine de protestations d'ailleurs confuses et
embarrassées, scrupuleusement reproduites dans ce
volume.
Après une longue période de silence, la presse pari-
sienne — asservie par tant de contraintes — a dû faire
écho à nos révélations, alors que la presse provm-
ciale, beaucoup plus libre, les accueillait et les com-
mentait dès le début. Quelques journaux tentaient,
sur le terrain purement commercial et industriel, une
diversion qui devait bientôt échouer de la façon la
plus piteuse. Cette « guerre aux poupées » — ainsi bap-
tisée à cause de la part démesurée faite à l'importation
des jouets germaniques — ne doit pas nous détourner
de l'Avant-Gucrre, pas plus qu'il n'est permis aux
enfants tapageurs d'interrompre la conversation des
grandes personnes. Il s'agit ici non d'un thème de
polémique, mais d'une question vitale.
Je ne reviens pas sur Tinstallation de la Répu-
blique en France, à la suite de nos désastres de
1^70-1871 par la volonté du prince de Bismarck, ni
sur le parallélisme de la ])oliti(iue anti-cléricale, pour-
suivie chez nous par Gambetta, et du Kulturkampf.
Les travaux de nos amis Jacques Bainville et Marie
de Roux ont fait la lumière sur cette question. Il
suftit de s'y reporter. Je n'insiste pas davantage sur
CONCLUSION 303
la période de tâtonnements, de sursauts nationalistes,
de dérivation coloniale et de petits abandons qui
va de 1871 à 1896, à la veille de TalTaire Dreyfus.
A partir de l'affaire Dreyfus, de l'assaut de trahison
du peuple juif et de la suppression du bubkau des
RENSEIGNEMENTS, — but avoué de la campagne
dreyfusarde, — les Allemands ont estimé qu'ils
n'avaient plus à se gêner. Ils avaient, au ministère
DE l'Intérieur, un homme a eux, Jacques Grumbach,
CE QUI EXPLIQUE, d'aPRÈS LES PLUS RÉCENTES STA-
TISTIQUES, QUE LE NOMBRE DES NATURALISÉS AIT PASSÉ
DE 38.000, EN 1896, A 120.000, en 1911. Les Allemands
avaient à la Chambre et au Sénat un groupe de
politiciens français tout dévoués à leurs entreprises,
ce que j'ai appelé le clan des Ya. Ils tenaient, ils
tiennent encore pour des raisons demeurées mysté-
rieuses, un certain nombre d'organes de pressse. Bref,
uniquement bridés dans la République de Bismarck-
Gambetta (1871-1897) par l'élément militaire français,
ils avaient réussi, grâce à la complicité juive, à
basculer complètement cet élément militaire dans la
République Bismarck-Dreyfus (1897-1912). Les voies
étaient libres, les ministères ouverts, les pots-de-vin
aussi. Il n'y avait qu'à acheter et à marcher.
L'immense essor commercial, industriel, écono-
mique de l'empire allemand était là. Il était facile de
l'utiliser. Un des plus grands et des plus clairvoyants
ournalistes français, le plus clairvoyant de tous, quant
à la politique extérieure, notre ami Jacques Bainville
a maintes fois signalé la misère de l'argument fondé
sur la prétendue infériorité financière de l'Allemagne.
En dépit de notre bas de laine, absurdement évoqué
et invoqué par les libéraux et les conservateurs, c'est
la finance allemande qui, par deâ voies obliques et
304 l'avant-oubrrb
même en utilisant le marché français [ — la collabo-
ration Thyssen-Le Chàtelier en est le plus récent
exemple — ], a soutenu de toutes ses forces les entre-
prises allemandes dans notre pays. Elle a fait tous
les sacrifices nécessaires. Elle a acheté et corrompu
ceux qu'il fallait acheter et corrompre, dans ce monde
taré des politiciens républicains où tout est à l'encan.
Là où le pot-de-vin ne marchait pas, c'est le jeton de
présence, ce pot-de-vin déguisé, qui a fonctionné. Notre
sous-sol, notre sol, nos nœuds vitaux ont été conquis
ainsi en quatorze ans, à la muette et par échelons. Le
courtier de publicité allemand est un des plus habiles
du globe ; et la diplomatie allemande le soutenait,
comme c'était son devoir, de ses froncements de
sourcils, quand le défroncement de la bourse ne suf-
fisait pas.
L'Allemagne s'est installée ainsi, sans coup férir,
principalement :
— En Normandie, où elle tient partiellement
Cherbourg, où, demain, elle aura le port de Diélette
et le port de Caen, où ses enclaves sont déjà nom-
breuses.
— Dans la vallée de l'Oise, où ses établissements,
usines, hangars, dépôts, ne se comptent plus.
— Dans la région du Nord, à Douai et environs,
notamment.
— Dans la région de l'Est, Lorraine et Champagne.
— Dans les environs immédiats, dans la grande
banlieue et la banlieue de Paris.
— Sur les boriis de la Méditerranée, parages de
Toulon, d'Ilyères et de Nice.
Je rappelle, à ce sujet, que les deux centres d'es-
pionnage effectif allemand sont Bruxelles et la prin-
cipauté de Monaco. Le prince de Monaco est un
CONCLUSION 305
agent allemand (intervention dans V Affaire Dreyfut
et la loi de Séparation).
De ses forteresses et enclaves industrielles et com-
merciales en France, installées autant que possible
aux nœuds vitaux, aux points stratégiques, l'Allema-
gne a essaimé dans nos ports (compagnies allemandes
de navigation) f dans nos forts (charbon allemand,
wagonnet» allemands), dans nos campagnes [compa-
gnies d*automobiles judéo- allemandes) ^ dans notre
réseau électrique et de télégraphie sans fil (Allge-
m^ineElectricitàtsGesellschaft) y daLïïs notre minoterie
(trust des Moulins de Corbeil et d^ailleurSy par Lucien
Baumann), dans nos parcs d'aérostation militaires
(VElektronf à La Motte -Breuil), dans tous les budgets
locaux, départements, arrondissements, communes
(agence d'espionnage Schimmelpfeng et ses simi-
laires).
Une fois installée, munie, équipée de U sorte,
l'Allemagne s'est dit :
t Si la paix continue, je fortifie et j'augmente mes
€ prises. J'exproprie peu à peu, en France même, le
« Français de ce qui a fait autrefois sa richesse et sa
« grandeur. Je lui impose mon état-major d'ingé-
« nieurs et de techniciens, campés aux bons endroits,
f qui me renseignent et sont prêts à agir.
c Si la guerre éclate, c'est la perturbation automa-
« tique, par abstention ou par sabotage, d'un grand
c nombre d© services publics chez mon adversaire.
« Lucien Baumann affame Paris. Orenstein et
« Koppel, Hansen et Neuerburg, les mines de la
« Houve éteignent les forts de l'Est. Une légion d'of-
« ficiers chimistes, d'officiers électriciens, d'officiers
« aviateurs allemands détraquent les voies de com-
munication, font sauteries viaducs et les aqueducs,
306 L'AVA.NT-aUBRRB
c crèvent les dirigeables. Le décret de mobilisation
« allemande mobilisera du même coup tous les bons
c serviteurs de l'Allemagne qui travaillent en
t France, aux postes dangereux, à la gloire aile-
« mande. Il y aura sans doute du déchet, car les
« choses humaines ne marchent pas toujours comme
« un grand étatrmajor et un empereur prévoyant les
« ont conçues. Cette première guerre, sur les travaux
t d'art et les ressources économiques, n'en sera pas
€ moins un fameux atout. »
En cas de défaite de la France, tout ce peuple d'Al-
lemands, vivant en France et vivant sur la France, se
trouverait ensuite tout porté pour germaniser à fond
un pays dont il connaît et emploie les ressources, où
cohabiteraient désormais deux races : la vaincue,
c'est-à-dire nous ; la victorieuse c'est-à-dire l'allemande,
avec le juif comme compère et garde-chiourme : le
juif qui, depuis 1870-71 , qu'il s'appelle Alfred Dreyfus,
Rothschild, UUmo, Emile Weyl, Joseph Reinach,
Jacques Grumbach, Berthold Frischauer, Grùnebau-
Ballin, Cahen, Kohn, Kahn, Pereire, Camondo, Bam-
berger, Merzbach, etc., etc..., n'a jamais cessé de
servir l'intérêt allemand.
C'est afm de contribuer, dans la mesure de mes
forces, à éviter un pareil désastre que j'ai écrit le
présent ouvrage. Il aura une suite, s'il plaît à Dieu.
Quelques-uns, voulant donner à leur silence une
raison décente, m'ont accusé de jeter l'alarme, de
semer le doute dans les cœurs, à la veille d'une confla-
gration qui apparaît de jour en jour moins évitable.
Est-il besoin de me défendre contre un reproche aussi
absurde? Reprocherait-on de jeter l'alarme à l'éclai*
reur qui explore la région oii tout à l'heure on se
battra, signale les embuscades et les pièges et permet
CONCLUSION 307
ainsi de les déjouer? La vérité est que tout républicain
a senti la force et la portée d'un réquisitoire fondé sur
des faits visibles et tangibles. Le républicain de bonne
foi s'est tu, cherchant à sortir sans trop de dégâts de
l'alternative inéluctable : Patrie ou République. Le
républicain de mauvaise foi s'est jeté dans la première
impasse venue.
D'autres ont murmuré : « Exagération chauvi-
nisme étroit. . .nécessités financières et industrielles. »
Un avenir prochain montrera aux plus récalcitrants
si j'ai exagéré le mal, dont chacun peut contrôler dans
sa sphère les effrayants progrès ... Je ne connais pai
de nécessité industrielle ou financière, qui doive nous
obliger à contribuer de notre fer et de notre or à
l'armement intensif de nos mauvais voisins de l'Est.
Il est insupportable de songer que, par le jeu combiné
de la coulisse juive, de la Bourse de Paris, et de
quelques sociétés d'exploitation minière, les deux mé-
taux de notre futur asservissement sont hvrés en propor-
tions énormes à notre ennemi éventuel. Il est criminel
que le fer français serve à fondre les canons, les obus,
les mitrailleuses, les coques de cuirassés de l'armée
et de la marine allemandes I
Aux Français avertis, de juger, maintenant, s'ils
veulent conserver un régime qui a instauré cette
trahison et qui entend la continuer. Car la plus
eiïarante réponse à mes accusations a été faite par
M. Joseph Caillaux, livreur du Congo à l'Allemagne
en pleine paix, par M. Caillaux ex-président du Conseil,
déclarant sans sourciller qu'il entendait, pour la
première fois, parler de l'installation de Diélette! Ces
chefs de l'Etat républicain seraient ainsi capables de
livrer, sans s'en apercevoir, une nouvelle province
au roi de Prusse.
308 l'avant-qoerrb
Quant aux quelques rares Français qui, ayant partie
liée avec l'industrie allemande, ont essayé d'infirmer
ma campagne au nom de leurs intérêts personnels, ils
sont assez punis par l'aveu public qu'ils ont dû faire
de leur attitude. Je les abandonne à leur inconscience
ou à leurs remords. Leur excuse, c'est que jusqu'au
coup de tonnerre de 1905 — alerte de Tanger — ils
avaient pu croire bénévolement à un rapprochement
entre les deux pays, rapprochement que rendent dif-
ficile la spoliation, l'expropriation de 70-71, un natu-
rel antagonisme de race, la concurrence économique
et que rendent impossible la faiblesse et la disconti-
nuité inhérentes à notre constitution. Ces esprits
faibles n'ont pas compris que nous ne pouvions \âvre
en paix durable avec l'Allemagne sous la Républi-
que, qu'en scellant notre abaissement historique,
qu'en acceptant une situation de vassalité.
L'étranger de l'intérieur, le juif s'est tu. Il n'avait
pas autre chose à faire en attendant son châtiment.
Fourrier de l'Allemagne il est demeuré dans son rôle
ethnique, qui consiste à trahir le vaincu au bénéfice
du victorieux. Issue du clairvoyant génie de notre
maître à tous, Charles Maurras, mon étude très im-
parfaite sur l'Avant-Guerre continue à sa façon la
Urance Juive du grand Drumont et en constitue en
quelque sorte le corollaire. Le lecteur se rendra compte
que la trahison d'Alfred Dreyfus, mise en œuvre par
Joseph Reinacli, allait encore plus loin qu'on ne l'i-
maginait, qu'elle fut le signe de la livraison de notre
pays à l'Allemand par une horde orientale et le point
de départ d'un des envahissements les plus auda-
cieux, les plus méthodiques, qu'aient connus les
temps dits civilisés. L'Avant-Guerre, s'il en était
besoin, justifierait l'antisémitisme comme une néccs-
CONCLUSION 309
site de la Défense Nationale. Happelez-vous le mot de
Bismarck: t Pourquoi donc aurait été créé le juif, si
ce n'est pour servir d'espion? »
Je remercie de tout cœur les nombreux collabora-
teurs anonymes, ou connus de moi, qui ont bien
voulu me seconder dans ma tâche. Sans eux, sans
leur zèle incessant et minutieux, je n'aurais pu mener
à bien mon dessein d'avertir mes compatriotes et de
les mettre en garde. Militaires de tout grade, prêtres,
employés et voyageurs de commerce, chefs d'indus-
trie, marins, mineurs, fermiers, forestiers, électri-
ciens, que tous trouvent ici l'expression de ma recon-
naissance émue. Ils m'ont prouvé, par leur ardeur,
la survivance de cette énergie française qui, demain,
sous l'égide indispensable du Roi, étonnera le monde.
Grâce à eux, j'ai senti la flamme et vu danser la vic-
toire dans son reflet. Je dois une mention spéciale à
mes nobles amis les camelots du Roi, toujours au
premier rang pour le semcc de la Patrie. Mais ils
m'en voudraient d'insister.
En terminant, je m'excuse encore d'avoir été for-
cément incomplet.
C'est ainsi que je n'ai pas même fait allusion dans
ce premier volume à un espionnage d'approvisionne-
ment qui demeure, en prévision de l'envahissement
des campagnes françaises, une des grosses préoccu-
pations et des plus secrètes de notre en-iemi. Si les
événements nous en laissent le temps, j'espère pro-
chainement comj>léter cette lacune. Je ne désespère
pas de pouvoir dresser, d'ici quelques mois, un plan
de l'Avant-Guerre en France qui ne devra pas être
fort différent de celui que recèlent les arcanes du
Grand État-Major allemand à Berlin
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Avant-Propos ▼!!
Première partie
LES AUXILIAIRES DE L'AVANT-GUERRE
Chapitre I. — Le juif Jacques Grumbach, Fonc-
tionnaire du gouvernement allemand au minis-
tère de l'Intérieur français 3
Chapitre IL — L'Agence Schimmelpfeng 8
Chapitre III. — Lucien Baumann 33
Les Grands Moulins de Corbeil dits « Petite Prusse » et le
juif-allemand Lucien Baumann.
Deuxième partie
LA DÉFENSE NATIONALE TRIBUTAIRE DE
L'INDUSTRIE ALLEMANDE
Chapitre I. — Dans nos forts de l'Est, le char-
bon ET l'outillage SONT FOURNIS PAR DES ALLE-
MANDS 61
Chapitre II. — Notre aéronautique est tribu-
taire DE l'Allemagne pour la fourniture dk
l'hydrogène de nos OIRIGSABLIS BT CELLE DBS
312 TABLE DBS I14.T1ÈRB8
APPAREILS DB T&LÂORAPHIE SANS FIL DB NOS AERO-
PLANES 82
Chapitre IIL — Nos cotons-poudres et l'Allema-
gne 107
Chapitre IV. — Les Messageries départemen-
tales PAR automobiles 114
Troisième partie
LA NORMANDIE ENVAHIE
Chapitre I. — GéNÉRALiTés 127
Chapitre IL — Exploitation des mines de fer de
Normandie par l'Industrie allemande 136
Chapitre III. — Le port de Diélette 155
Chapitre IV. — Les hauts fourneaux et aciéries
de Caen (Association Thyssen-Le Chatelier) . . . 174
Chapitre V. — L'Envahissement commence en
Bretagne, dans la Loire-Inférieure et sur cer-
tains points de la côte {Manche et Méditerra-
née) 194
Quatrième partie
LES POINTS STRATÉGIQUES
Leur occupation par les sujets de Guillaume II.
Chapitre I. — GéNÈRALiTts 215
Chapitre II. — Les Allemands occupent de véri-
tables FORTERESSES LNDUSTRIELLES, DANS LE CEN-
TRE, LE Nord, l'Est et le Nord-Est de la
France 225
Chapitre III. — Les fermes allemandes dans
l'Est 279
Conclusion 301
Imprimerie spériiJe de la Nr>uvelle Librairie Nationale.
NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE
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EXTRAIT DU CATALOGUE
J\r«;i!:s H.MNviiiF,. — Bismarck et la France, d'après
les Mémoires du prince de Hohenlohe. — Irs.
ulres nti/to/ronit'une's et f unité allemande. — I.f^s
alliances de JS70. — Les difjlcultés de l'unité aile-
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tion. Un vol. in-18 jôsiis. de xvi-.'ÎOU pages, bro-
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tion. Un vol. in-IS de cxin-ri^ |»:ii:('s (8« mille). 4 ••
("iiAKiis MAntiiAs. — Enquête sur la Monarchie
• 1900-1909.. L. I. : Conccrsutmny d^ M.\L lUiul
J{fi(frifi tlt' Lur-Salurrs. — Lettre du duc d'Orlruns
ti l auteur dt l'Iùapute. !.. II. : Lfllres d*- l'aul
Jtourf/f't, Muufjcf liant s^ Henri Wiufffois^ Lucien
Mut eau. Cil. Le fiofflc, Henrij Bordeaux, Jact/ues
Haiurille, Louis JJimier, Léon de Montcsquiou,
(.'opiu-.\llfancellij Arttarielle^ Amour et ti, etc. —
L. 111 : Ju/es L^maitr-e et son ami. — Appendices. —
Jjocufur/its divers. -- Lettre de folliernent d'Octave
J'auxier. — Dictateur et roi, etc. Un vol. ïn-H'' de
i.vi-r».5U paires nver un dessin de Forain (2* edit.,
'.i" mille). I*rocisoirement 5 »•
1.» Mi;MK. Iviilion in-l8 jésus. Un vu!, in -18 de i.vi-55y
l«au'e»< it'/< rèimr/re-^ •' "
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